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InterviewRMC (sur YouTube)· 16 septembre 2023ComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalSolidarités & famille

L'intégralité de l'interview de Benoît Hamon, directeur de Singa, sur la problématique migratoire

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Bonjour Benoît Hamon, merci d'être là sur RMC ce matin.

  • 0:15OuverteRéponse directe

    Il y a près de 11 000 migrants débarqués depuis le début de la semaine sur les côtes italiennes. Que doit faire la France ?

  • 2:00OuverteRéponse directe

    La solution est-elle européenne ou nationale selon vous ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Vous parlez de réchauffement climatique comme cause des migrations. Pouvez-vous développer ?

  • 6:00OuverteRéponse directe

    Comment inclure ces migrants en France ?

  • 8:00OuverteRéponse directe

    L'Allemagne a accueilli plus de migrants que la France. Pourquoi selon vous ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:00Benoît HamonFait
    « La solution, elle n'est ni française, ni italienne, ni allemande. Elle est européenne. »
  • 6:00Benoît HamonChiffre
    « La France est au 70ème rang mondial pour l'accueil des étrangers. »
  • 9:30Benoît HamonPromesse
    « Il faut permettre aux gens qui demandent l'asile de travailler. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

L'entretien RMC. Et l'invité de l'entretien RMC ce matin, c'est vous, Benoît Hamon. Bonjour.

Bonjour. Merci d'être là, ancien ministre socialiste, aujourd'hui devenu directeur général de l'ONG Singa, qui aide les migrants et les réfugiés à s'intégrer par le travail. Il y en a eu près de 11 000 en provenance d'Afrique du Nord, à débarquer depuis le début de la semaine sur les côtes italiennes, majoritairement à Lampedusa.

Petite île qui, elle, compte moins de 8 000 habitants. La présidente du conseil italien, Georgia Meloni, pointe de nouveau une pression migratoire insoutenable. Elle demande de l'aide à l'Union Européenne.

C'est un véritable chaos, selon les mots de Marion Maréchal, candidate reconquête aux Européennes qui est présente sur place. Emmanuel Macron appelle à la solidarité européenne, demande à son ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, de réunir ses homologues allemands, italiens. Ce sera fait dans la matinée Place Beauvau.

Est-ce à nouveau à la France de trouver une solution en premier lieu ? Que doit-elle faire ? La solution, elle n'est ni française, ni italienne, ni allemande.

Elle est européenne. Il n'y a pas de solution nationale à la question des migrations. Et la première chose qu'on peut noter, ensemble, c'est qu'une fois de plus, on répond à une urgence.

Tandis que des milliers de personnes sont arrivées le même jour à Lampedusa, pour des raisons qu'on connaît, c'est des raisons de météo, qui fait que d'habitude, les gens ne passent plus régulièrement. Mais là, tout le monde est arrivé à un peu près au même moment, parce qu'il y a eu 10 jours de mauvais temps au Méditerranée. La conséquence de cela, c'est quoi ?

C'est qu'il y a des réunions d'urgence partout. Tous les ministres de l'Intérieur, même le nôtre, vont faire des réunions d'urgence, pour reposer le même problème. La décision de l'Union Européenne, c'est globalement de fermer ses frontières.

Pas totalement. Il y a un tout petit peu de regroupement familial. Encore des étudiants qui rentrent sur le territoire européen étrangers de manière légale, ou des réfugiés.

Mais globalement, on ferme nos frontières et on sous-traite à des pays, la Tunisie, qu'on paye par centaines de millions d'euros, le fait qu'ils diminuent les départs vers l'Europe. Le résultat de ça, on le connaît. Des centaines de millions d'euros vers la Tunisie, qui conduisent à quoi ?

Des drames humanitaires et des tragédies humaines supplémentaires, puisque vous vous souvenez de ces images des policiers tunisiens qui abandonnent des personnes en plein désert, et de cette femme et de son enfant qui sont morts. Et en réalité, puisque la Tunisie fait cette politique-là, ça accélère quoi ? Les départs.

Et on se retrouve donc dans une situation où...

Ça accélère et ça les augmente même, Benoît Hamon. 127 000 migrants sur les côtes italiennes depuis le début de l'année, c'était 66 000 l'an dernier à la même époque. Absolument.

Il y a un changement d'échelle des migrations internationales. Il y a, entre 2000 et 2020, on constate que les migrations internationales dans le monde ont augmenté de 60%. Elles ont augmenté d'abord parce qu'il y a des causes à cela.

Les causes, ce sont les inégalités qui grandissent dans le monde, ce sont les guerres et les conflits, on les connaît, et c'est aussi aujourd'hui le réchauffement climatique. Et l'Afrique, et notamment l'Afrique subsaharienne, est frappée plein fouet par les conséquences du réchauffement climatique, tandis que pourtant le continent africain n'est responsable que de 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Ce sont eux qui concentrent les impacts les plus forts.

Donc il y aura de plus en plus de migrations, Benoît Hamon. Donc ces solutions doivent être trouvées, encore une fois, dans l'urgence, mais aussi de manière pérenne. Il y a un tout petit bémol depuis cette semaine, c'est l'Allemagne, qui refuse de prendre sa part, entre guillemets, tant que l'Italie n'accepte pas d'appliquer les accords de Dublin.

C'est ça, c'est que...

L'Europe se déchire encore. Oui, mais c'est là où la solidarité européenne doit à nouveau fonctionner. D'un mot, pourquoi je vous ai dit qu'il n'y avait pas de solution nationale ?

Le Brexit, par exemple, en Angleterre, s'est construit sur le refus de l'immigration. La réalité, c'est que l'immigration avait été multipliée par deux, et pourtant, l'Angleterre est une île. L'Italie a choisi une première ministre ou une dirigeante d'extrême droite, l'immigration augmente.

Donc toutes ces solutions qui consistent à dire on va ériger des murs technologiques, sécuritaires, administratifs, ne marchent pas. Ou Jordan Bardella qui appelle Emmanuel Macron à n'accueillir aucun migrant, c'est inefficace. C'est une pitrerie, je vous le dis, c'est une pitrerie qui est un déni absolu de réalité.

Si vous fermez l'immigration légale, vous augmentez l'immigration illégale. Donc vous invisibilisez les gens, vous les déshumanisez. Le coût social pour ces personnes, le coût humain humanitaire est tragique, mais le coût social collectif est encore plus grand.

Donc il faut regarder ce que nous pouvons faire pour faciliter l'inclusion de ceux qui veulent venir. La première chose que je voudrais vous dire, c'est que la compétition entre les dirigeants européens est de dire, « Ouh là là, il faut que mon pays soit le moins attractif possible, le moins d'aide sociale ». Il n'y a, je l'affirme ici, et c'est démontré par des chercheurs innombrables, notamment français, aucune corrélation entre les systèmes d'allocation sociale et l'immigration.

Ce qui fait que l'on part, en général, c'est parce qu'on ne peut plus vivre chez soi. Et ce qui fait que l'on choisit un pays, c'est son attractivité économique, la possibilité d'avoir un emploi, et l'existence de diaspora. Ce qui fait qu'aujourd'hui, ce que nous devons regarder, c'est de quelle manière toutes ces femmes et ces hommes qui viennent, qui ne sont pas si nombreux que ça, la France est au 70ème rang mondial pour l'accueil des étrangers.

Mais comment est-ce qu'on inclut des talents, des personnes qui ont des...

Arrêter de voir les choses comme un problème, mais plutôt comme une solution. En quoi ces migrants qui ont débarqué là, à Lampedusa, pourraient être une solution pour la France ? Très concrètement, vous avez entendu, sans doute peut-être même à ma place, d'autres l'ont dit, que nos modes de vie, seraient menacées par la migration.

Y compris dans votre famille politique. Jean-Pierre Chevènement récemment. L'immigration a changé de nature.

Que sont nos modes de vie ? Antinomique avec ce que nous sommes. Que sont nos modes de vie ?

C'est le fait de notre goût pour l'égalité, les services publics, le fait d'avoir une école, le fait d'avoir un train, le fait d'avoir des services publics près de chez soi, de pouvoir être soigné, de pouvoir avoir accès à des commerces de proximité. Combien de territoires sont aujourd'hui abandonnés ? Dans combien de territoires, aujourd'hui, la possibilité justement qu'il y ait une population qui maintienne une boulangerie ouverte, maintienne une classe ouverte, permette qu'une infirmière soigne des personnes âgées à domicile, permette qu'une maternité soit encore ouverte et qu'il y ait encore des médecins, la migration dans beaucoup de territoires peut être une solution.

Et pour revenir à l'Allemagne, c'est ce que l'Allemagne a décidé de faire, l'Allemagne a accueilli un million de réfugiés syriens. La France, 38 000. Elle a accueilli un million de réfugiés ukrainiens.

Ça marche en Allemagne ? 100 000. Non seulement ça marche, mais vous avez un débat qui est beaucoup moins excessif, polémique sur la question des migrations.

J'ajouterais même que si on se faisait un tout petit peu confiance, on regarderait que quand on a accueilli 100 000 ukrainiens et qu'on s'est mis à travailler ensemble, l'État, les municipalités, les entreprises et les associations, pas un ukrainien n'a dormi dehors. Pas un ukrainien ne dort dehors aujourd'hui. Donc il faut saluer l'initiative cette semaine de l'aile gauche de la majorité et d'une partie de la NUPES, cette tribune pour appeler à l'humanisme dans le projet de loi immigration qui va arriver au Parlement.

Il défend la régularisation des travailleurs sans papier dans les métiers en tension comme l'hôtellerie. Mais moi, je défends la régularisation des travailleurs sans papier. Là où il y a les gens du travail, c'est qu'on a besoin d'eux.

Et peu importe que ce soit dans l'hôtellerie ou ailleurs. En France, faisons comme, là encore, je reprends l'exemple de l'Allemagne. Est-ce qu'on est moins fort que l'Allemagne en matière d'inclusion ?

Est-ce qu'on a moins de talent que eux ? Moi, je ne crois pas. J'ai beaucoup de respect pour eux.

Mais regardons aujourd'hui. Il faut permettre aux gens qui demandent l'asile de travailler. Parce que le fait de travailler vous donne une place dans la société, une utilité et facilite votre intégration.

Il faut aussi faire en sorte que quand des nouveaux arrivants sont sur notre territoire, le plus vite possible, ils apprennent le français. On ne met pas assez de moyens sur l'apprentissage de la langue. Et objectivement, croire que nous ne sommes pas capables d'inclure plusieurs milliers de nouveaux arrivants par an, c'est manquer considérablement de confiance en nous et surtout dans le projet politique qui est celui de la France.

Une République. Et c'est pour ça que je vous dis, n'écoutez pas ceux qui vous disent qu'ils vont fermer les frontières. D'abord, ils n'y arriveront pas.

Pas plus que Mélanie ou le Brexit. Tout ça, c'est de la poudre de perlimpinpin. Concentrons-nous sur les moyens qu'on peut mettre dans l'inclusion.

Changer de regard, volonté politique, solution européenne. Merci beaucoup Benoît Hamon, directeur général de l'ONG SINGA, ancien ministre socialiste. Ça vous manque pas la politique ?

Non. Du tout. Non, j'ai refait un petit tour pour aller parler à mes amis.

Oui, aux universités d'été. Et honnêtement, moi qui suis un, qui préfère l'unité, je pense que c'est une union de la gauche aux européennes. Et comme j'ai compris que beaucoup, tout le monde voulait partir, chacun dans son coin, je me suis dit que c'est bon, voilà, ça me manquait vraiment pas.

Ah bah écoutez, je applaudirais, je serais très content. Et vous participeriez ? Quand m'écoutez, non, non, j'écoute, je regarde, moi je regarde.

Benoît Hamon, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin sur RMC 8h51. Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada Bistre.

Sous-titrage Société Radio-Canada

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