Niels Schneider, ému par le prix décerné à Virginie Efira
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
On découvrait tous avec un regard très innocent. Je portais sur Cannes un regard d'enfant. J'avais une jolie robe et des talons.
Mes parents étaient là et j'avais pas du tout conscience de l'ampleur du Festival. Aujourd'hui, on pose tous plus ou moins un regard de cinéaste, d'acteur, d'actrice, un regard plus professionnel et conscient. - M.Bouhafsi: Il n'y a pas que vous qui avez monté les marches mineur à Cannes.
Il a quelqu'un d'autre: N.Schneider. Que s'est-il passé, à 17 ans? - N.Schneider: Il va y avoir la photo. - M.Bouhafsi: Vous avez pas monté les marches à 17 ans? - N.Schneider: A 17 ans...
J'étais parti en vacances avec ma copine. C'était pendant le Festival de Cannes. - A.Baudry: On a encore le droit de partir en vacances... - N.Schneider: J'étais passé sous la barrière.
Je crânais un peu. Je disais: "Un jour, je monterai les marches pour un film." - M.Bouhafsi: Et vous les avez montées, beaucoup. - N.Schneider: Beaucoup, je sais pas, mais je les ai montées. - M.Bouhafsi: Vous incarnez le général Leclerc, qui a joué un rôle essentiel pendant la Seconde Guerre mondiale.
Il a été un personnage central de la Libération de Paris. C'est la 1re fois que vous jouez un personnage que vous admirez. J'adore cette photo.
Qu'est-ce qui vous a le plus marqué, chez ce personnage? - N.Schneider: Aujourd'hui, on regarde l'histoire avec la certitude rétrospective de la victoire.
On sait tous que la France a été libérée de l'Allemagne nazie. Le film m'a permis de me remettre dans le présent de l'époque et de sentir à quel point c'était très, très loin d'être gagné, et à quel point ils étaient en position de faiblesse, à quel point il fallait cette force intérieure d'être convaincu, pour l'honneur, de refuser d'avoir tort avec leur époque. C'est un personnage dont j'ai adoré croire, entre les "action" et les "coupez", que c'était moi. - A.Baudry: Quand tu disais qu'à l'époque, ce n'était pas gagné d'avance...
Ce n'est pas exagéré de dire que c'était perdu d'avance. S'il n'y avait pas eu cette folie de la part de tous, c'était perdu. - M.Bouhafsi: On est sortis de la salle de cinéma et on s'est tous posé une question qui revient souvent dans les dîners: "Est-ce que j'aurais été résistant pendant la guerre?" Niels, vous vous êtes posé la question sur le tournage ou après? - N.Schneider: Impossible de répondre à cette question.
Celui qui se dit "j'aurais pas résisté", c'est sûr qu'il aurait pas résisté. - A.Bégot: Des fois, on se surprend.
Regarder ça avec nos yeux d'aujourd'hui...
C'est impossible de se mettre à la place... - N.Schneider: Je sais que je n'aurais pas été Leclerc, c'est sûr. - M.Bouhafsi: Anamaria? - A.Vartolomei: J'ai envie de dire que j'aurais essayé.
J'aurais eu l'envie de m'en sortir et de suivre la figure qui représentait la France, qui refusait l'humiliation. J'aurais eu envie de refuser ça aussi. Mais je sais pas si j'aurais été aussi forte que mon personnage.
Certainement pas aussi forte que le tien. D'ailleurs, tu peux rebondir. C'était ma petite passe... - M.Bouhafsi: Je vous laisse, si vous voulez.
Vous posez les questions! - F.Lesieur: J'ai lu un bouquin après le tournage.
Je pense que tout le monde s'est posé la question. Le livre s'appelle "Aurais-je été résistant ou bourreau?" C'est impossible de répondre à cette question.
C'est pas le même contexte, la même époque. C'était un climat de guerre avec une occupation d'un pays, avec un régime ultra agressif. Evidemment qu'on aurait tendance à pencher d'un côté.
Personne se dit "j'aurais aimé être collabo". Fatalement, la plupart des Français ont collaboré ou n'ont rien fait. C'est très utopique de se dire qu'on aurait été résistant, mais évidemment que mon coeur a envie de dire ça. - M.Bouhafsi: Vous vous êtes posé la question, S.Abkarian? - S.Abkarian: Beaucoup.
Mais encore une fois, on sait pas. Résister, c'est aussi tuer l'autre, tuer. Est-ce qu'on est prêt à prendre une vie?
C'est ça, la question qui se pose. Je me la pose comme ça. C'est pas dire "est-ce que j'aurais été résistant"...
Il y a un côté très poétique, romantique. On se lance sur ce projet, dans la romance, mais la réalité du terrain, c'est qu'il va falloir peut-être tuer son voisin. On se battait, à l'école, quand on était petits.
Tout d'un coup, tu te retrouves avec quelqu'un qui braque un flingue sur ta tempe quand tu vas acheter du pain. On sait pas. Tu peux pas savoir. - M.Bouhafsi: N.Schneider, vous êtes le général De Gaulle.
Vous êtes aussi un pervers narcissique dans "Si tu penses bien" de G.Nakache. Vous êtes méconnaissable dans "L'Inconnue", présenté en compétition avec une énorme standing ovation.
Il n'y a pas que N.Schneider qui brille à Cannes. Il y a quelqu'un d'autre. - Merci, T.Frémont et tout le reste.
Tout mon respect, ma gratitude, mon amour à toi...
Applaudissements. - M.Bouhafsi: Votre compagne, V.Efira, était la femme du Festival de Cannes.
Vous étiez aussi ému qu'elle? - N.Schneider: Oui.
Ce film, pour elle, c'était plus qu'un tournage, qu'une expérience professionnelle. C'était une expérience de vie. - M.Bouhafsi: Vous viviez en japonais? - N.Schneider: Je me réveillais en japonais.
Je m'endormais...
Elle avait 2 mois pour apprendre le japonais. C'était plus que des tartines de texte. C'étaient des dizaines de pages en japonais.
Je me réveillais à 3h du matin...
Le matin, c'était pareil. C'est un film qui l'a transformée. Surtout, on s'y attendait pas du tout.
Elle a été rappelée en disant: "Ce n'est ni la Palme d'or ni le prix d'interprétation, mais c'est un prix important." Tout de suite, elle a dit qu'elle fonçait à l'aéroport. Pour elle, c'était plié.
C'est sûr qu'elle l'avait pas. Pour moi aussi. J'ai regardé à la télé, mais je me disais qu'elle l'aurait pas.
J'étais avec la nounou. "Ne sois pas excitée. Elle l'aura pas." Quand elle s'est levée, j'étais aussi surpris qu'elle.
Extrêmement fier et heureux. - M.Bouhafsi: Il trône où, ce prix? - N.Schneider: Comme c'est un ex aequo...
Ils avaient fait qu'un prix d'interprétation. Elle a donné celui-là à sa partenaire de jeu. Ils vont en refaire un pour elle.
On l'a pas encore. - M.Bouhafsi: L'élégance de V.Efira.
Suivez-moi. On va passer à la table du dîner. On va se régaler avec un plat préparé par notre cheffe, Nawel.
Il va sûrement vous plaire. On va rester dans le thème du général De Gaulle. Asseyez-vous.
C'est une très belle table. Bienvenue à la table du dîner. Cette belle table, c'est grâce à notre cheffe.
Elle va nous présenter le péché mignon du soir, qui a un lien avec le général De Gaulle. - Nawel: C'est la bouillabaisse. Ca représente parfaitement la cuisine que j'aime et que je partage sur mes réseaux sociaux.
C'est la cuisine conviviale, familiale, celle où on ne compte pas, où on met nos oignons, nos tomates, le bon filet d'huile d'olive, des bons poissons...
On a du saint-pierre, de la daurade, de la lotte.
Charles de Gaulle