ENTRETIEN AVEC MARINE LE PEN : « DES PAROLES ET DES ACTES » DU 11 ZAVRIL 2012.flv
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— Bonsoir Marine Le Pen. Soyez la bienvenue. C'est vrai que vous êtes remontée ? — Non, pas particulièrement. — Voilà. Réponse brève. Vous n'avez pas épuisé votre temps de parole. Vous avez 43 ans. Vous avez 3 enfants. Vous êtes avocate de profession, adhérente au Front national à 18 ans, présidente du Front national depuis l'an passé, députée européenne, conseillère régionale et municipale à Hénin-Beaumont. Vous êtes crédité de 14 à 17 % des voix dans les sondages. Question d'actualité. La répression semble plus féroce que jamais en Syrie.
Si vous êtes élue présidente de la République, est-ce que vous seriez prête, le cas échéant, à accueillir des centaines ou des milliers de femmes et d'hommes qui demanderaient le statut de réfugiés politiques ? — Non. Non, parce que nous n'en avons plus les moyens.
Ah, je vois la moue de ceux qui n'en accueilleront pas non plus chez eux, d'ailleurs. Nous n'avons plus les moyens. Nous n'avons plus les moyens de cela. À un moment donné, c'est bien de jouer les généreux, mais je préfère que ma générosité soit réservée d'abord à mes propres compatriotes. Quand des villages entiers vivent aujourd'hui avec un salaire moyen de 500 euros, quand il y a 11 millions de pauvres dans notre pays, 11 millions, vous entendez bien ? Quand il y a 5 millions de chômeurs, que notre système de protection sociale est en train de s'effondrer, que notre pays plonge, eh bien je l'assume, même si ça doit déplaire aux belles âmes. Je l'assume.
Mes efforts iront d'abord à mes propres compatriotes, parce que j'ai quand même le sentiment, maintenant, qu'en toutes circonstances, ils ont tendance à passer toujours après les autres.
— On ne parle pas là d'immigration économique, mais de réfugiés politiques, avec les bombardements qu'on voit tout de suite.
— Et vous allez les loger où, M. Pujadas ? Et vous allez les faire vivre avec quoi ? Et vous allez les soigner comment ? Parce que nous avons déjà un surcroît d'immigration, c'est le moins qu'on puisse dire. Nous avons accueilli 15 millions de personnes dans les 30 dernières années. Il y a 200 000 étrangers légaux qui entrent chaque année, sans compter l'immigration clandestine, qui est très importante.
— Cette tradition française d'asile, nous n'en avons plus les moyens, d'après vous.
— Ah ! Aujourd'hui, non, nous n'en avons plus les moyens, parce que nous avons été profondément laxistes en matière d'immigration. Et Nicolas Sarkozy, le premier, désolé de le rappeler, puisque ça fait 10 ans qu'il est en charge de l'immigration, 5 ans comme ministre de l'Intérieur, 5 ans comme président de la République. Non seulement il n'a pas réglé le problème de l'immigration, non seulement il n'a pas réduit les flux d'immigration, mais il a même fait pire, il a aggravé les flux migratoires. Eh bien nous ne pouvons plus accueillir d'immigrés supplémentaires et encore moins des centaines de milliers, parce qu'à cela, il va falloir ajouter...
— Des centaines ou des milliers.
— Oui, mais à cela, il va falloir ajouter aussi éventuellement les Égyptiens, lorsqu'il y aura un dirigeant qui va imposer la charia, peut-être si les frères musulmans... — ...est élu. Et puis il va falloir accueillir les deux tiers du Mali, puisque la charia, il est déjà appliquée par des djihadistes qui se battent avec des armes, je pense, françaises à la main, d'ailleurs, puisque ce sont celles qu'on a versées en Libye. Le problème, c'est que, encore une fois, c'est bien de faire de la générosité, surtout quand on est confortablement assis dans son salon dans le 16e arrondissement.
— Très bien. On va reparler, Marie-Jupin.
— Les migrations que nous avons accueillies, permettez-moi. — On va en parler, des questions d'immigration. — Depuis 30 ans, les migrations que nous avons accueillies... Ce ne sont pas les élites qui la vivent, qui la subissent, qui partagent leur logement avec eux et qui, accessoirement, de temps en temps, partagent leurs emplois. Ce sont les classes populaires. Ce sont les classes moyennes à qui on a dit « Poussez-vous, faites un peu de place, parce qu'il y a du monde à accueillir ». Il n'y a qu'un malheur, c'est que ceux qui décident, encore une fois, les décideurs, comme on dit, ne sont pas les payeurs.
— Très bien.
— Voilà.
— On va révoquer les questions d'immigration. Mais pour continuer... — Sur la Syrie, lorsque vous étiez venu à des paroles et des actes, il y a exactement deux mois, vous étiez à cette place. Vous aviez refusé de condamner explicitement le régime de Bachar el-Assad en disant « De toute façon, je suis persuadé qu'il ne pourra pas rester au pouvoir ». Bon, il est toujours en place. Les exactions continuent, se multiplient. L'armée frappe les populations civiles. Est-ce que ce soir, vous condamnez Bachar el-Assad et son régime ?
— Je vous avais dit, monsieur, encore une fois, je vous avais dit également que je pensais que la voie diplomatique était la plus sage étant entendue. L'échec absolu.
— Pour l'instant, elle est inefficace.
— C'est la faute dramatique, la faute politique majeure qu'a constituée notre intervention en Libye, parce que plus personne n'en parle. BHL est parti avec sa chemise. Et par conséquent, la Libye, ça n'intéresse plus personne. Eh bien en Libye, les Libyens noirs sont persécutés... — Qui ont contribué à l'échec du régime de Kadhafi. Je sais pas si c'est une mauvaise chose, mais enfin voilà. — Oui, oui, très bien. Parfait. Oui, c'est tout. Et alors game over. Game over. On termine. On arrête la vidéo. Oui, mais la vidéo ne s'arrête pas, monsieur. — Les Libyens noirs sont persécutés, enfermés dans des cages et traités comme des chiens.
En Libye, aujourd'hui, des milices font la loi et tuent effectivement des populations civiles sans que ça n'émeuve aucune des belles-âmes qui ont applaudi à l'intervention en Libye. — Donc il fallait rien faire à l'échec de Kadhafi en place. — Nous avons mis au pouvoir, monsieur, nous avons mis au pouvoir des djihadistes, dont le premier acte a été de mettre en place la charia. L'intervention en Libye a eu pour conséquence la déstabilisation massive du Mali, qui aujourd'hui, pour les deux tiers, nous les ordre également des djihadistes et d'al-Qaïda. Mais beau succès ! Mais quelles merveilleuses interventions internationales avons-nous fait là ?
Et je crois que nous ne sommes pas prêts de terminer de payer cette faute qui est imputable non seulement à monsieur Nicolas Sarkozy, mais également à tous les mouvements politiques qui étaient pour cette intervention en Libye. Alors vous voulez faire la même chose en Syrie ? Eh bien écoutez, moi, je crois qu'il faut être plus raisonnable que cela. — Non, c'était pas ça, la question, Marine Le Pen. C'était la condamnation du régime. — C'était la condamnation du régime.
— C'était la condamnation du régime. — C'était la condamnation du régime. — C'était la condamnation du régime. — C'était exactement le régime de Bachar Al-Assad.
— Mais je condamne tout ce qui fait des morts civiles. Tout. — Voilà. — Tout ce qui fait des morts civiles. — Donc Bachar Al-Assad.
— On n'entend pas dans votre bouche la condamnation, pardonnez-moi, du régime de Bachar Al-Assad.
— Mais moi, j'entends pas dans votre bouche la condamnation, ni dans celle des responsables politiques, la condamnation du Conseil national de transition en Libye qui tue des populations civiles. C'est quand même marrant d'avoir comme ça le... On se scandalise, mais à géométrie variable. Bon, voilà. Donc il y a pour l'instant un plan de paix. — Vous me dites que ça continue. Moi, j'ai eu le sentiment depuis quelques heures. — Que les choses semblaient s'améliorer. Mais si vous considérez... — Il y a eu 53 morts encore. — Non mais écoutez, monsieur, si vous considérez qu'il faut faire la guerre en toutes circonstances, vous prenez votre pactage et vous y allez peut-être.
Ce serait un bon début. Voilà. — Vous aviez un sujet d'actualité à aborder aussi, Fabien. — Moi, je crois que la diplomatie me paraît quand même... Et obtenir la résolution de ces conflits par la diplomatie me paraît quand même être pour l'instant la solution la plus sage.
— Alors oui, un sujet d'actualité et qui fera résonance en tout cas dans votre bouche sur les sujets d'immigration que vous évoquiez. Je voudrais vous faire écouter une de vos déclarations que vous avez faites 4 jours. Après la tragédie, les meurtres de Toulouse. On vous écoute.
— Combien de Mohamed Merah dans les avions, les bateaux qui, chaque jour, arrivent en France remplis d'immigrés ? Combien de Mohamed Merah dans les 300 clandestins qui, chaque jour, arrivent en Grèce via la Turquie, première étape de leur odyssée européenne ?
— Alors, une déclaration très forte qui avait marqué les esprits. — Bonne question. — Alors vous posez... — Vous posez la question. Vous allez peut-être y répondre. Mais moi, je vous pose une question simplement. Mohamed Merah, il était français. Il était né en France. Il n'était pas arrivé sur ces bateaux que vous évoquez. — Et d'ailleurs...
— Est-ce qu'il n'est pas pratiqué une forme d'amalgame ? — Et merci de me permettre de dire que si j'avais été au pouvoir il y a 25 ans, Mohamed Merah n'aurait pas été français, parce que je n'y aurais pas accordé la nationalité française. Et comme j'aurais supprimé le droit du sol et qu'il n'y aurait plus d'acquisition de la nationalité automatique, il y aurait des critères pour obtenir la nationalité française, et notamment le critère du mérite. Et notamment le fait de ne pas avoir 15 condamnations à son actif. Parce que quand on aurait 15 condamnations à son actif, on ne pourrait pas obtenir la nationalité française. Et comme je n'aurais pas...
Comme j'aurais remis, puisque Nicolas Sarkozy a supprimé la double peine... Vous savez, la gauche l'avait rêvé, Nicolas Sarkozy l'a fait. Comme j'aurais rétabli la double peine, eh bien Mohamed Merah, à raison de ces 15 condamnations, puisqu'il était étranger sur le territoire français, aurait été renvoyé dans son pays d'origine.
— Il n'y a pas un grand amalgame, là, Marine Le Pen, entre les immigrés en Grèce et en Turquie, et puis des Français qui sont mal crédulés.
— Non, mais... — Arrêtez vos amalgames. L'amalgame est l'argument utilisé pour ne jamais voir les problèmes en face. Dès que vous parlez d'un problème, on vous dit « Ah ! Stigmatisation, amalgame ».
— Non, non, on n'a pas dit stigmatisation. On a dit « Là, on mélange des Français et des étrangers ».
— Non, mais ça n'a rien à voir. M. Pujadas, expliquez-moi comment est-ce qu'on surveille les gens qui rentrent dans notre pays si on n'a pas de frontières ? Expliquez-moi comment sont rentrés sur le territoire français... Et d'ailleurs, depuis quand j'ai posé la question à M. Guéant, il ne m'a pas répondu. Ceux qui ont été mis à la porte... Ceux qui ont été mis à la porte il y a quelques jours, là, qui ont été renvoyés chez eux parce que c'était des fondamentalistes qui appelaient à la haine, au meurtre des Juifs, etc., etc. Ceux-là, ils étaient bien sur le territoire. Ils n'étaient pas Français. Ils étaient là depuis quand ? De quoi vivaient-ils ?
— Mais là, encore une fois, ce sont des affaires différentes, Mme Le Pen. Encore une fois... — Non, mais M. Est-ce que par hasard, ils ne vivaient pas des aides sociales issues des impôts des Français, toujours les mêmes, les vachalets qui travaillent et puis qui payent difficilement des impôts pour permettre à un certain nombre de voyous de pouvoir toucher le RSA ? S'acheter des BMW ou des Porsche Cayenne comme celle qui a tué le policier ce matin ? Voilà. À un moment donné, il faut se poser les vraies questions. Moi, quand j'ai des frontières ouvertes, monsieur, je ne sais pas qui rentre chez moi.
Je sais que des frontières ouvertes, il n'y a pas que des gens qui ont des mauvaises intentions qui les passent. Mais il y a des gens qui ont des mauvaises intentions qui les passent. Il y a des réseaux. Il y a des réseaux criminels. Il y a des fondamentalistes. Depuis combien de temps je parle de la montée du fondamentalisme en France ? Depuis combien de temps on me regarde avec un air méprisant ? Sur beaucoup d'autres sujets, d'ailleurs, en disant « Mais de quoi parle-t-elle ? ». Et donc, il y a...
On pose des questions, tout simplement.
Non, mais vous voyez ce que je veux dire ? C'est que dans cette campagne, depuis 20 mois que je suis en campagne, j'ai été le brise-glace du conformisme politique et médiatique. J'ai mis les vrais sujets sur la table. Tous les sujets. Schengen. Je suis allé à Lampedusa pour dire « Il faut immédiatement suspendre Schengen ». J'ai parlé des problèmes de la zone euro au moment où tout le monde m'expliquait qu'il n'y avait plus de problème, que la crise était réglée, qu'elle était derrière nous. J'ai parlé du problème de l'euro. J'ai parlé du fondamentalisme. J'ai parlé du problème de la laïcité avec les prières de rue. C'est moi qui ai posé tous les problèmes sur la table.
Je suis en quelque sorte le centre de gravité de cette campagne présidentielle. Alors qu'on accuse les candidats de ne pas vouloir parler des sujets de fond, je veux bien l'admettre, mais pas moi.
La moitié du temps de parole est écoulée. Nathalie ?
Alors justement, pour préciser, vous avez dit vouloir interdire les signes religieux pour les usagers, c'est-à-dire les transports en commun. C'était le 28 mars. Dans votre tête, c'est le voile ou ça peut aller plus loin ? C'est-à-dire que ça peut concerner tout ce qu'on appelle les signes ostentatoires ? Ça peut être une grande croix, une kippa ? Oui, enfin une grande croix comme ça, c'est quand même pas... Non, mais j'ai peut-être un peu exagéré, oui.
Oui, je crois qu'il faut supprimer les signes ostentatoires, ou ce qu'on appelle ostentatoires, donc par définition, ostentatoires.
Et toutes les religions, toutes religions confondues ?
Toutes religions confondues. La kippa ? C'est ostentatoire. Une grande croix, comme disait Nathalie ? Oui, enfin, vous en croisez beaucoup, moi j'en sais pas beaucoup.
Non, mais je veux dire, le moindre signe que l'on voit, qu'elle soit grande ou petite, si on veut ou pas...
Non, parce qu'il y a des signes discrets, monsieur, enfin on va pas commencer à retirer les médailles de baptême quand même, ou les mains de Fatma d'ailleurs, ou les étoiles de David. Mais je crois que la laïcité est tellement en difficulté aujourd'hui, tellement affaiblie, qu'il faut effectivement que dans l'espace public, il n'y ait pas de signes ostentatoires. D'autant qu'un certain nombre s'en servent comme étant en réalité des signes politiques.
Alors, je voudrais qu'on revienne sur un autre sujet, sur ce que vous avez appelé des avortements de confort. C'est-à-dire que ce que d'autres appellent des avortements récurrents, qui d'après les statistiques, devaient être à peu près aux alentours de 5%. En France, c'est dire que c'est peu, si on veut faire faire des économies à la sécurité sociale. Est-ce que vous dites clairement, à l'ouvrir... Vous avez des chiffres d'où, madame ? J'ai des chiffres qui viennent d'un certain nombre d'études, de remontées de centres de planning familial. Non, parce que monsieur Moutel lui disait 2 sur 10, mais bon... Monsieur Moutel a pas dit 2 sur 10, je l'ai dit hier au téléphone, monsieur Moutel.
Ah bah il l'a dit dans le Figaro. Non, il l'a dit dans le Figaro, attendez, on va pas se battre avec monsieur Moutel. Vous m'avez dit qu'il y avait des chiffres dans le Figaro, je dis pas. Je peux vous dire que j'ai passé une demi-heure au téléphone avec lui, justement, parce que vous le citiez fréquemment. D'accord. Pour pouvoir expliciter, et c'est de 3 à 5%. Alors, oui, j'avance, très bien. On y va. Vous avez dit que vous supprimez le remboursement quand il y avait des avortements récurrents. Alors, votre ouvrière, des nains-beaux-bons, elle ou une autre, c'est invisible. Ça veut dire que vous lui dites, si c'est la deuxième fois, s'il y a un problème, c'est fini.
300 euros, l'avortement, vous devrez l'assumer vous-même. Et quelqu'un qui sera plus aisé, il devra, il pourra plus facilement l'affronter.
Oui. Et la pauvre jeune couple des nains-beaux-bons qui veut faire une five parce qu'ils ont de très grandes difficultés à avoir des enfants, eux aussi, au bout de 3 ou 4 fois, l'État français leur dit, bah écoutez, maintenant c'est terminé, il faut aller en Espagne. C'est quoi la règle ? Il faut payer 4 000 euros. C'est quoi la règle ? À quel moment vous arrêtez ? La règle, elle est claire. Pas d'abus dans la... Voilà, il y a le droit à l'avortement, pas d'abus. C'est quoi l'abuse ? Celle qui abuse, qui avorte 2 ou 3 fois de suite, il n'y a pas de raison que la communauté prenne en charge le remboursement de ce que j'appelle ces avortements de récidive. Mais pourquoi aussi, madame ?
Parce qu'à côté, moi j'ai un Français sur 3 qui se soigne plus correctement. D'accord, madame, mais c'est pas une intéressante...
Le fumeur qui récidive en fumant, contrairement aux lois de la santé publique, vous allez lui dire, bah la coronarographie, parce que si, vous allez lui dire le traitement pour le cancer du poumon, le diabétique qui enfreint son régime, vous allez lui dire la même chose.
Mais permettez-moi, permettez-moi de vous rappeler, excusez-moi, qu'une grossesse, c'est pas une maladie, quand même. Non ? Non, non, mais c'est bien de le rappeler, parce que de temps en temps, vous en parlez, vous en parlez avec des raisonnements qui sont quand même assez inquiétants. Une grossesse, ça n'est pas... Non, mais madame, d'accord, ça n'est pas une maladie, d'accord ? Et en plus, on peut l'éviter. On est quand même en 2012, il y a quand même 15 moyens de contraception en amont pour éviter cela. Donc, je demande à faire l'effort de faire attention. Parce que l'argent, chaque sous-compte, maintenant. Et vous demandez à tout le monde de faire un effort.
Et il y a des personnes âgées, figurez-vous, qui ne peuvent pas se soigner, qui ne se soignent plus, parce qu'on leur dit, ben non, on dérembourse vos médicaments, et ben non, on dérembourse vos radios abdominales, et ben non, on ne peut pas vous prendre en charge.
Une question, dans ce cas-là, puisque vous considérez que la prévention est plus intéressante, et de vous favoriser... Ça n'est pas une maladie, madame. Je n'ai pas dit que c'était une maladie, je dis que votre raisonnement sur il faut faire attention, vous pouvez s'appliquer cette philosophie à d'autres cas. Une question très simple. Le pass contraception, qui permet l'avortement gratuit, anonyme, pour les mineurs, dont le taux d'avortement est en explosion, et dans certaines régions, moins de 30% d'avortement. Êtes-vous favorable à la généralisation du pass contraception dans toute la France, si vous arrivez au pouvoir ?
Non. Et ben pourquoi ? Et ben parce que je considère que les responsables des mineurs sont leurs parents, madame. Et que je crois, moi, à l'autorité, et à la nécessaire autorité des parents sur leurs enfants.
Si ils n'osent pas y aller, si la jeune fille tombe enceinte, vous êtes là aussi, on fait quoi ? Madame... Moins 30% quand c'est...
Madame, madame, madame, pourquoi les parents sont-ils toujours considérés comme des gens qu'il faut contourner, qu'il faut suppléer ? Vous ne croyez pas que nous sommes des grands ? Vous ne croyez pas que nous parlons à nos enfants ? Vous ne croyez pas que... Ah, il y a peut-être certains parents qui ne parlent pas à leurs enfants, mais à ce moment-là, c'est au niveau peut-être de l'éducation des parents qu'il faut agir. Mais un mineur est sous la responsabilité de ses parents. Et quand on commence à retirer un mineur de l'autorité de ses parents, moi, pour le coup, ça me rappelle des choses assez désagréables, voyez-vous ? Ça se voit. On parle d'économie.
Alors, dans votre programme économique, Marine Le Pen, vous indiquez que, je vous cite, « La France doit cesser d'être dépendante des banques internationales et les marchés financiers pour son financement. » C'est vrai qu'aujourd'hui, on va chercher, pour financer l'État et à la fois financer le déficit et renouveler des échéances qu'on ne peut pas régler, on va voir s'afficher ça tout de suite, on va chercher près de 200 milliards cette année, un tout petit peu moins en 2013 et un petit peu moins en 2014.
À partir de cette contrainte d'avoir à chercher de l'argent, vous dites, vous préconisez des mesures fiscales et réglementaires pour que les ménages français et les banques achètent de la dette française. Des mesures réglementaires, qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Ça veut dire que vous allez inciter, obliger les ménages à acheter de la dette française et les banques, c'est la même chose ?
Mais dites-moi, il me semble quand même qu'ils ont fait exactement l'inverse depuis quelques années. Ils partaient les VRP du gouvernement partout dans le monde entier pour vendre la dette aux étrangers. Donc si on pouvait faire l'inverse, ce serait pas mal, parce qu'après tout, c'est plutôt pas mal que notre dette nous appartienne.
C'est les mesures réglementaires qui m'intéressent. Qu'est-ce que c'est que ces règlements ? En quoi est-il contraignant pour les ménages ?
Monsieur, la question essentielle, c'est celle que vous n'avez pas abordée avec moi, et pourtant, c'est l'axe majeur, c'est la loi de 1973. Que les choses soient... On analyse bien. Là, il vous a posé une question précise, Marie-Claude. On va dire dans un instant. Non, mais c'est fondamental. Vous êtes en train de me chercher, excusez-moi, des bouts dans la tête sur des... Ah non, non, je vous demande une précision. Alors qu'il y a une énorme mesure majeure. Et pourquoi j'en parle de cette mesure ? C'est un point de programme, madame Le Pen. Pourquoi je parle de cette mesure ?
Les règlementaires pour les ménages français, de quoi s'agit-il ?
Monsieur, moi, ce que je voudrais vous expliquer, c'est que ça fait 40 ans qu'un certain nombre de politiques ont défendu l'idée que nous devions donner un monopole au marché financier. Nous leur avons versé 1 400 milliards d'euros. Vous contestez pas ce chiffre ? C'est merveilleux. 1 400 milliards d'euros... Les intérêts de l'UE, ça doit faire quelque chose comme ça. 1 700 milliards d'euros. 1 000 millions de dettes. Est-ce que...
Non, mais c'est sur 40 ans.
Oui, sur 40 ans. Mais est-ce que les Français peuvent comprendre, donc, que cette captation de richesses absolument spectaculaire est en réalité, elle, à l'origine d'une immense partie de notre dette ?
Madame, le problème, c'est la dette elle-même. Quand on s'endette, on paye des intérêts. C'est votre cas, c'est mon cas, c'est le cas de l'État.
Non, mais... Eh bien, justement, non, monsieur Langlais. Bien sûr que si. C'est comme ça depuis la nuit des temps et probablement pour encore des milliers d'heures. Non, justement, puisqu'avant, le privé... Le privé financier, le privé et le public financier, le public. Donc, rendre à la Banque de France la possibilité de prêter au trésor sans intérêt. Sans intérêt. Sans intérêt. Ça voudrait dire qu'on aurait fait 1 300 milliards d'économies, 1 400 milliards d'économies dans les 40 dernières années. Mais on serait les rois du pétrole, monsieur Langlais. Nous serions un État heureux, un État avec une dette minimum. Alors, est-ce qu'on va continuer comme ça ?
Le seul problème, c'est que les pays qui font cela, qui font marcher ce qu'on peut appeler la planche à billets. Vous proposez ça, d'ailleurs, dans votre programme. Vous dites qu'il faut émettre 100 milliards d'euros par an, principalement, pour rembourser la dette. Tous les pays qui font cela ont des taux d'inflation qui se sont littéralement emballés. J'en cite quelques-uns. L'Iran, Cuba, le Venezuela.
Oui, c'est ça, oui. 45 % d'inflation. Oui, non, mais vous n'avez rien d'autre comme exemple, non ? Parce qu'il y a quand même d'autres pays... Permettez-moi, il y a quand même d'autres pays qui ont la maîtrise de leur monnaie, non ? Non, non, mais c'est... Non, mais prenez des pays plus près. Ceux qui font... Rapprochez-vous, monsieur Langlais. Ceux qui font marcher la planche à billets. Rapprochez-vous de l'Europe. Allez pas me prendre un tout petit pays ou des pays comme l'Iran. J'ai aussi le zim à bouiller, d'ailleurs. Est-ce que vous croyez que c'est sérieux ? Est-ce que vous croyez que c'est sérieux ? Oui.
Non, mais devant tous les Français, vous êtes en train de me dire que ça, c'est sérieux ? Oui. D'accord. Et comment font les autres pays qui ont la maîtrise de leur monnaie ? Ils font quoi ?
Lesquels, madame Le Pen ? Tous les pays du monde qui ont la maîtrise de leur monnaie ? Citez-moi un nom. Eh bien, tiens, les États-Unis. Les États-Unis ne font pas marcher la planche à billets. Non, jamais ! Pas du tout. Mais jamais, monsieur Langlais ! La Banque Centrale Américaine ne finance pas le trésor.
Et d'ailleurs, la Banque Centrale et la BCE, elles ne font pas de la planche à billets ?
Elles soutiennent ces banques indirectement. Ah, d'accord. Ça n'est pas du tout la même méthode.
Donc, elle a créé 1 000 milliards. Elle a injecté 1 000 milliards d'euros. Vous qui m'accusez en permanence de vouloir faire fonctionner la planche à billets, que la Banque Centrale Européenne, elle, fasse marcher la planche à billets pour 1 000 milliards d'euros, vous trouvez ça super. C'est quand même étonnant, non ? Et alors, attendez, parce qu'à un moment donné, monsieur Langlais, ce n'est pas vous que je vais réussir à convaincre, parce que vous, vous serez d'accord avec moi au moment où tout ce que j'aurais dit aura fini par arriver. Donc ça, je ne suis pas très inquiète. Mais je suis en train d'essayer de convaincre, en l'occurrence, les Français. Bon.
La Banque Centrale Européenne a injecté, a prêté aux banques 1 000 milliards à un taux d'intérêt de 1 %. Et les banques prêtent aux États à 3. 4 ou 5 %. Mais vous ne voyez pas là que c'est une escroquerie massive ? Vous ne voyez pas l'escroquerie majeure que ça représente ? Non, mais vous êtes d'accord avec ça ?
Quand vous dites qu'on va faire marcher la planche à billets pour financer l'État français, vous prenez le risque d'engager l'économie. Comment faisions-nous avant ? Mais auparavant, madame, votre loi de 1973, on ne pouvait émettre de la monnaie que quand on avait des dollars ou de l'or en caisse.
Ah ! Mais c'est pour ça que ça tenait le système. Voilà un sujet que nous devrions ouvrir ensemble, d'ailleurs.
On l'a fait avec monsieur Dupont.
Il est parfaitement d'accord avec moi là-dessus. Donc ça tombe bien. Ça veut dire que cet argument a déjà été développé pour une fois. Il reste une minute trente. Il y a quelqu'un qui peut être d'accord dans la classe politique. J'en suis heureuse. Parce que vous remarquerez que sur ce sujet, tous les candidats, tous, sont en opposition avec le fait de sortir de ce carcan. Nous sommes dans un carcan. Je ne pourrai pas vous trouver de solution si vous me laissez dans un carcan. Je vous remercie.
Et s'il vous plaît, on a juste un autre sujet au moins à aborder. J'en ai pour 10 secondes. J'en ai pour 10 secondes. On a bien parlé d'économie.
Est-ce que vous connaissez cet énigme ? Vous voyez ça ? Ah ! Voilà. Donc vous avez neuf points à égale distance. Et vous devez, avec quatre lignes, rejoindre tous les points sans passer deux fois par le même. Et sans lever le stylo.
Le rapport avec la Banque de France ?
Eh bien, je vais vous expliquer. La solution, c'est ça. C'est qu'en réalité, vous ne pouvez pas y arriver si vous ne sortez pas du cadre, monsieur Langlais. Sortez du cadre. Il faut sortir du cadre. Sinon, on ne trouve pas. Mais bien sûr que si. Sinon, on ne trouve pas la solution. Vous voulez nous obliger à trouver des solutions dans un cadre qui est une prison. Un cadre, monsieur, un cadre contraint qui nous a été imposé par le système. Eh bien, moi, je propose de sortir du cadre. Et la solution, elle est en sortant du cadre. En sortant de la prison. En étant audacieux. Et surtout, en ayant un peu de bon sens. On a compris pour la géométrie, il reste 20 secondes.
C'est pas mal le bon sens de temps en temps. Merci, Marine Le Pen. Fabien, il reste 16 secondes.
15 secondes. Simplement, Marine Le Pen. Qu'est-ce que vous direz à vos électeurs qui disent, selon les études, en majorité, souhaiter voter Nicolas Sarkozy au second tour ? Si tu le vois, vous n'y figurez pas. Il est en train, semble-t-il, de rééditer l'opération sur votre électorat qu'il avait menée en 2007. C'est-à-dire convaincre une partie de vos électeurs.
Pas du tout. Qu'est-ce que je crois qu'il va prendre, monsieur Bayrou, comme Premier ministre ? C'est celui qui devait être Premier ministre de Ségolène-Royale la dernière fois. En tout cas, il y a une partie de votre électorat qui semble tentée par le vote de Nicolas Sarkozy. Il y a 20 ans qu'il a négocié avec les syndicats de gauche, d'ailleurs, qu'il a co-géré avec les syndicats de gauche. Qu'est-ce que vous leur dites ? Je leur dis pourquoi vous votez pour Nicolas Sarkozy, puisque c'est lui qui amène la gauche. Fadela Amara, monsieur Jouyé, BHL, Attali... La cloche a sonné.
La cloche a sonné. Merci, Marine Le Pen, d'avoir répondu à nos questions. C'est moi qui vous remercie. Et si vous le voulez, vous pouvez répondre à Guillaume Deschamps. Guillaume Darès a fait un peu plus de temps de parole, qui est en train de procéder en quelque sorte au débriefing dans la coulisse. Il recueille les impressions des uns et des autres après leur passage dans l'émission. Merci d'avoir été là.
C'est la téléréalité dans le couloir, c'est ça ?
C'est vous qui voyez les choses comme ça. Ici, on parle de politique. Je crois un peu différent.
Marine Le Pen