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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 26 novembre 2021 40 minFond programmatiqueEurope & internationalÉconomie & entreprisesDéfenseAgriculture & alimentation

Conférence de presse du Président Emmanuel Macron et du Président du Conseil Mario Draghi

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Quels sont les premiers objectifs au niveau européen avec ce traité ?

  • 12:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce partenariat incarne un nouveau leadership européen après Merkel ?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Pacte de stabilité et défense commune : réécriture des règles d'ici 2022 ?

  • 20:00OuverteRéponse directe

    Faut-il davantage écouter le pape sur les migrations ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 8:00Mario DraghiFait
    « Nous reconnaissons la nécessité d'une politique de gestion des flux et de l'asile partagée par l'Union européenne. »
  • 12:00Emmanuel MacronFait
    « L'Union européenne est un projet politique non hégémonique. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour. Bonjour à tous. Bonjour, je désire remercier le Président Macron pour sa visite d'hier et d'aujourd'hui à Rome.

Ce traité de coopération renforcée que nous avons signé ce matin marque un moment historique des relations entre nos deux pays. La France et l'Italie renforcent leur voisinage, leurs liens diplomatiques, commerciaux, politiques et culturels. À partir d'aujourd'hui, nous sommes encore plus proches.

Ce traité est le résultat d'une longue et intense négociation. Je tiens en premier lieu à remercier chaleureusement les diplomates italiens et français qui ont réalisé cet excellent travail et les représentants de la politique et des institutions qui ont parrainé cet accord, en premier lieu le président de la République Sergio Mattarella, que je tiens à remercier. Nous, l'Italie et la France, nous partageons beaucoup plus que des frontières.

Notre histoire, notre art, nos économies, nos sociétés sont entrelacés depuis longtemps. Les institutions que nous avons l'honneur de représenter se basent sur les mêmes valeurs, les mêmes valeurs républicaines, sur le respect des droits de l'homme et des droits civils, sur leur [ INAUDIBLE ]. Parmi nos pères politiques figurent Jean Monnet, Robert Schuman, Altiero Spinelli, Alcide De Gasperi.

De Stendhal à Umberto Eco, de [ INAUDIBLE ] à Belmondo, à Claudia Cardinale, nous sommes riches en souvenirs et en références communes. Chaque jour, ces rapports s'enrichissent de nouvelles expériences de formations, de travail, de vie. Je pense aux nombreux jeunes étudiants et chercheurs qui partent pour passer une période longue ou brève dans nos pays respectifs et je voudrais aujourd'hui rappeler en particulier Valeria Solesin, tuée avec un grand nombre de ressortissants français et d'autres nationalités dans le lâche attentat de Paris dont nous avons célébré dernièrement le sixième anniversaire.

Comme nous l'avons dit hier et comme nous en avons discuté avec le président Macron et avec nos ministres, au cours de ces derniers mois nos rapports et les rapports entre nos deux pays se sont intensifiés. Je pense à l'engagement au combat contre le terrorisme passé et présent, qui nous a amenés à ouvrir les procédures judiciaires vis-à-vis d'un certain nombre de responsables de très graves crimes. Je remercie le président Macron pour cela.

En faveur de la stabilité en Libye, grâce à la conférence internationale de pays ce mois-ci, que l'Italie et la France ont présidée aux côtés de l'Allemagne, de la Libye et des Nations unies. Nous sommes alliés dans les grands défis mondiaux, de la gestion de la pandémie à la lutte contre le changement climatique. Je tiens également à remercier le Président Macron pour l'appui qu'il a offert à l'Italie au cours du déroulement du G20.

La France peut compter sur le plus total soutien de l'Italie pour le prochain semestre de présidence de l'Union européenne. Le traité naît parce que nous sommes conscients de la profondeur de nos liens. Nous voulons renforcer la coopération entre nos deux États.

Nous créons des instruments institutionnels qui puissent la rendre plus institutionnelle. Nous valorisons au mieux l'activité de nos ressortissants ainsi que l'activité de nos entreprises. Nous intervenons dans les secteurs capitaux pour nos deux pays, de la sécurité à la justice, de la recherche à l'industrie.

Et, pendant que nous signions le traité ce matin, a été conclu un accord de coopération sur l'espace entre l'Italie et la France. Là aussi, il s'est agi des fruits d'une intense négociation qui nous a permis d'atteindre ce résultat. Puis nous avons eu toute une série d'initiatives concrètes, parmi lesquelles je tiens à citer quelques unes seulement.

Nous allons créer un service civil et italo-français et nous créons une unité opérationnelle partagée en soutien des forces de l'ordre, pour promouvoir les relations entre les régions transfrontalières. Nous prévoyons un comité à cet effet. Dans le domaine des migrations, nous reconnaissons la nécessité d'une politique de gestion des flux et de l'asile partagée par l'Union européenne, basée sur les principes de responsabilité et de solidarité.

Nous nous engageons à protéger nos systèmes agricoles et, là aussi, nous avons atteint une position commune. C'est un thème très important pour nos deux pays et cet appel commun est motivé par le fait que nous devons reconnaître notre caractère unique dans le secteur agricole et alimentaire. Nous allons lancer de nouvelles formes de coopération dans le secteur énergétique et technologique, dans la recherche et l'innovation.

Comme je vous l'ai dit, nous venons de signer un traité de coopération pour l'espace. Nous avons également créé un mécanisme qui prévoit qu'au moins une fois par trimestre un ministre italien participe à un Conseil des ministres du gouvernement français et vice versa. Le sens le plus profond de ce traité est que notre souveraineté, prise comme notre capacité d'orienter l'avenir comme nous le voulons, peut se renforcer seulement à travers une gestion partagée des défis communs.

Et, en plus de renforcer nos rapports bilatéralaux, l'accord a favorisé et accéléré le processus d'intégration européen. Je pense à la relance des investissements, surtout dans des secteurs stratégiques et novateurs comme les semi-conducteurs, à la transition numérique, énergétique ou à la création d'une véritable défense européenne. Nous devons doter l'Union européenne d'instruments qui soient compatibles avec nos ambitions et avec les expectatives de nos citoyens.

Le traité que nous avons signé aujourd'hui marque le début de ce parcours. Merci. Merci beaucoup, Monsieur le président du Conseil, cher Mario Draghi.

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, c'est pour nous un grand plaisir d'être à Rome aujourd'hui pour la signature de ce traité historique entre nos deux pays, qui scelle en effet une amitié profonde qui nous unit et vous venez, Monsieur le président du Conseil, d'en rappeler les traits saillants. Je veux ici remercier celles et ceux qui ont permis au fond ce processus. D'abord, celui ou celle d'entre vous qui, dès septembre 2017 à Lyon, lorsque nous étions dans un sommet franco-italien, m'a interpellé pour savoir pourquoi la France était moins proche de l'Italie, parce qu'il n'y avait pas l'équivalent du traité de l'Élysée.

Et ça semblait être une question qui documentait une distance entre l'Italie et la France à laquelle, à l'époque, bravache j'ai répondu : " Nous n'avons qu'à faire un traité du Quirinal. " Puis cette idée fut reprise, dès janvier 2018 à Rome, par Paolo Gentiloni. Je veux ici lui rendre hommage car il a, à ce moment-là, largement contribué à lancer les travaux.

Nous avons ensuite constitué un comité des sages et je veux remercier tous celles et ceux qui, des deux côtés des Alpes, ont œuvré durant toutes ces années pour avancer sur ce chemin et, je dirais, par beau temps comme à travers les orages, pour continuer à faire cheminer ce processus. Je veux, dans ce cheminement, remercier également nos parlementaires, présidents de groupes d'amitié, qui ont aussi œuvré à ce que la relation se poursuive. Et, évidemment vous l'avez fait, le président Mattarella au côté duquel nous étions à l'instant, qui a joué un rôle essentiel durant cette période et qui a veillé, j'ai tâché d'y contribuer pour ce qui dépendait de nous, au bon cheminement de ces travaux.

Et nous y voilà. Nous y voilà, et, au fond, c'était presque une anomalie de ne pas avoir ce traité du Quirinal parce que, comme vous l'avez rappelé, tant de choses nous unissent : nos histoires, nos cultures, nos artistes, et merci d'avoir scandé une partie du panthéon artistique, cinématographique ou littéraire français. Pour beaucoup de Français, ils vont découvrir que ces femmes et ces hommes étaient italiens tant l'évidence les avait fait nôtres mais, cela dit, tant et tant de notre intimité, celle de nos arts et je n'oublie pas que, dans les périodes les plus difficiles, c'est sous les auspices de Léonard de Vinci que le président Mattarella est revenu en France.

Et nous voilà ici dans cette [ INAUDIBLE ] qui est elle aussi portée par ces mêmes artistes qui ont travaillé dans nos deux pays. Pays fondateurs de l'Union, premiers signataires des traités, nous sommes dans cette ville qui représente tant pour le destin de l'Europe. Nous partageons cette vision d'une Europe plus intégrée, plus démocratique, plus protectrice et plus souveraine.

La France et l'Italie ont tout à faire ensemble. Et nous l'avons fait dans cette période récente encore, en nous battant ensemble contre le virus tout au long de la pandémie ; en relançant une politique budgétaire adaptée ; en nous battant pour obtenir des vaccins ; en nous battant ensemble pour la Libye, vous l'avez rappelé à l'instant, Président, et au fond en témoignant de toutes ces convergences lors du sommet du G20 que vous avez présidé et qui fut la démonstration parfaite de notre convergence de vues et de valeurs. Cette communauté de talents, de destins, d'histoire et de culture fut toujours profondément au cœur de l'histoire européenne mais c'est aussi une communauté humaine.

Nous sommes l'un et l'autre des pays si contributeurs à nos commerces et nos industries. Nous sommes le deuxième partenaire commercial l'un pour l'autre. Nos communautés expatriées comptent plusieurs dizaines de milliers de personnes dans chacun de nos pays.

Nous partageons une zone frontalière particulièrement riche en échanges. Nos jeunesses sont liées, les 70 lycées français proposent chaque année de passer le baccalauréat italien. 319 lycées en Italie préparent des élèves au baccalauréat français et, de la Villa Médicis à l'École française de Rome, à nos instituts culturels et nos alliances, cette amitié vient de loin, est profonde et unit ces relations.

Et, au fond, ce traité vient consacrer un nouveau chapitre et va permettre de bâtir sur ces bases solides que vous avez rappelées et que je viens d'évoquer, cette maison franco-italienne dans laquelle nous-mêmes, nos ministres, nos entreprises, nos intellectuels, nos diplomates et nos successeurs pourront se parler librement. Ce nouveau chapitre historique que nous ouvrons dans nos relations va permettre de créer un réflexe franco-italien entre nos peuples, nos économies, nos territoires, et d'inscrire résolument nos coopérations dans la perspective de notre ambition commune pour le projet européen. Plus encore, en créant une série de cadres de coopération étroits, de formes nouvelles d'interaction et de coopération, nous allons mettre nos affinités au service du projet européen de manière plus résolue encore.

Et nous allons construire un cadre plus sûr, plus résistant, renforçant l'intimité qui est déjà la nôtre : les participations communes aux Conseils des ministres, que vous avez rappelées, un Conseil franco-italien de défense et de sécurité permettant d'articuler nos vues communes, un programme d'appui conjoint à l'innovation technologique et à nos startups, etc. Nous allons ainsi ancrer d'abord une vision géopolitique commune. Et ce traité, comme nos échanges depuis tant de mois, ont permis de le faire.

Nous partageons, sur le projet européen comme sur les grandes questions du monde, une même vision. Nous allons ainsi pouvoir continuer d'œuvrer pour une défense européenne plus forte, contribuant à l'OTAN, et pour une action commune pour résoudre les principaux conflits, en particulier la situation libyenne. Nous avons aussi acté une série de coopérations renforcées en termes de lutte contre les migrations illégales et clandestines, pour démanteler ces réseaux, et en particulier mieux protéger les frontières extérieures de l'Europe, ensemble, par ces programmes de coopération.

Sur le volet économique et industriel, tandis que nos ministres se réuniront plus régulièrement pour faire le point sur les initiatives visant à tirer le meilleur parti de nos forces et complémentarités, nous avons acté aussi une vocation commune à travers les grands projets d'intérêt européen communs, qu'il s'agisse de l'hydrogène, du cloud ou du spatial. Et nous actons ce matin un accord important sur le spatial, qui vient donner une nouvelle impulsion à cette industrie si importante pour nos activités aussi bien civiles que militaires, et de la clarification dans le domaine des lanceurs jusqu'aux nouveaux projets. C'est là aussi une page importante de notre coopération spatiale que nous écrivons.

Vous avez rappelé également à raison ce que nous actons ensemble sur notre agriculture. Je veux ici dire combien, d'ailleurs, nous avons une action commune en la matière et la même vision des choses. Nous avons une agriculture forte, un modèle d'agriculture plurielle, avec des exploitations familiales, des appellations d'origine contrôlée, des appellations protégées, et la volonté de défendre ce modèle pluriel parfois menacé par les meilleures intentions du monde.

Et nous œuvrerons ensemble aussi pour qu'il n'y ait aucune déstabilisation en la matière et que nous défendions ce modèle agricole, vous diriez ici italien, on dirait chez nous français, au fond franco-italien, profondément européen, qui n'est pas celui d'une standardisation. De la même manière, sur les sujets commerciaux, nous avons aussi acté d'une volonté commune de continuer à avoir une Europe conquérante, ouverte, plus souveraine, mais cohérente aussi en matière de politique commerciale, prenant en compte son exigence climatique et le respect des accords de Paris chez ses partenaires. Sur le plan de nos coopérations transfrontalières, ce traité permet de façon solennelle de reconnaître la frontière entre nos deux pays comme lieu d'intérêts partagés, qui doit faire l'objet d'une attention commune particulière, avec des enjeux multiples de santé, d'infrastructures, de protection de l'environnement, de migrations.

La coopération est, je dois le dire, d'ores et déjà exemplaire, et elle le sera plus encore grâce à ce traité. Enfin, ce traité permet véritablement de nous projeter vers l'avenir, et offre à nos jeunesses des perspectives nouvelles. La création d'un service civique commun franco-italien que nous avons lancé avec le président Mattarella dès juillet dernier.

Ce sont 150 jeunes qui pourront effectuer bientôt un volontariat croisé entre la France et l'Italie en 2022. Un campus des métiers franco-italiens permettant d'appuyer la mobilité des élèves, des étudiants et des apprentis. Et des projets aussi pour nos jeunes artistes, en particulier ce grand tour qui permettra des résidences d'artistes croisées, un projet franco-italien, mais à vocation européenne, où nous intégrerons progressivement les artistes de tous les pays européens qui souhaiteront s'y joindre, étant à cet égard fidèles à cette histoire qui nous lie.

Je pourrais citer encore beaucoup de choses qu'il y a dans ce traité, mais je ne serai pas plus long, et le président Draghi a aussi apporté son éclairage. Nous disions, en arrivant ici, l'émotion qui était la nôtre tout à l'heure devant cette signature, et en voyant à la fois nos couleurs se mêler dans le ciel et s'effacer ensemble, presque indistinctes. Au fond, la signature de ce traité, comme tout le travail que nous avons fait, montre que même quand on a l'impression que tout nous lie, qu'on se connaît si bien qu'on pourrait perdre les habitudes, c'est là que les malentendus renaissent, et nous l'avons connu aussi dans la période récente, c'est là que les tensions reviennent.

Nous avons vécu des moments difficiles. Et, de part et d'autre, nous avons parfois des forces politiques, des expressions publiques de certains, qui voudraient tellement que les choses se passent mal entre nous, considérant qu'aimer l'Italie, c'est désigner la France comme l'ennemi ou la menace, et réciproquement. Nous, nous croyons le contraire.

Nous croyons que cette amitié qui vient de si loin, si elle a la force d'une évidence, oblige en quelque sorte à une discipline de l'amitié, celle de se parler souvent et d'agir beaucoup ensemble. Quand Montaigne, après avoir écrit les Essais, est venu voyager chez vous vers 1580-1581, c'est à peu près ce qu'il disait, et je veux finir en nous appliquant à nous-mêmes cette bonne formule connue entre Montaigne et La Boétie, définissant chez nous ce qu'est l'amitié : " Parce que c'était lui, parce que c'était moi ". Ce traité du Quirinal, c'est un peu cela : " Parce que c'était lui, parce que c'était moi ".

Nous ne pouvons le signer qu'entre nous, parce qu'il y a une forme d'évidence devenue indicible, mais que nous rendons ce faisant plus explicite pour la rendre plus forte encore. C'est cela, l'amitié fraternelle qui nous lie. Merci pour cela, Président, et merci pour tout ce qu'il nous reste à faire.

Merci. Nous passons maintenant à des questions de la presse italienne et française. Roberto, qui nous arrive de la première chaîne de télé italienne.

Bonjour, Président. Avec ce traité que nous voyons là, nous voulons juste renforcer un axe entre l'Italie et la France, qui, aux côtés de l'Allemagne sont les éléments moteurs de l'Europe. Mais quels sont les premiers objectifs au niveau européen ?

Merci. Nos objectifs sont ceux de l'Union européenne, à savoir la lutte contre le changement climatique, la transition écologique faite avec jugement et rapidité, la transition numérique et la recherche d'une souveraineté européenne. Et ce sont les mêmes objectifs que ceux de l'Union européenne.

Ce que ce traité nous permet, c'est de doter l'Union européenne d'instruments qui peuvent la rendre plus forte. Merci. [INAUDIBLE].

L'objectif que nous poursuivons, et je crois que le moment que nous vivons où nous avons encore à lutter contre le virus, et, on le voit bien, à accélérer la préparation de ces nouveaux défis qui sont les nôtres, le défi climatique, le défi numérique, le défi géopolitique, le défi migratoire, implique d'avoir en effet une Europe plus forte et plus souveraine, c'est-à-dire une Europe qui se met en situation de produire davantage, mais de produire de manière décarbonée, qui développe les nouvelles solutions technologiques et crée ses propres champions du numérique pour porter ses propres choix et ne pas dépendre d'autres acteurs et d'autres puissances, qui sait protéger son territoire, ses frontières et intervenir dans son voisinage, et qui, même si elle a des alliés et des partenaires, sait se défendre pour elle-même. Qu'il s'agisse des sujets industriels, climatiques, technologiques ou militaires, c'est construire davantage d'indépendance, et de manière cohérente avec les défis de demain. C'est cela que nous bâtissons en franco-italiens, et c'est ce que nous défendons au sein de l'Europe, et ce qui sera d'ailleurs au cœur de la présidence française de l'Union européenne.

Alison Tassin, TF1-LCI. Messieurs les Présidents, bonjour. Pour aller un peu plus loin que la question de mon collègue, on est effectivement dans la période " après Merkel ", et il se pose désormais la question des alliances.

Est-ce que c'est ce que vous êtes venus chercher ici avec un nouveau partenariat avec l'Italie ? Et est-ce que vous pourriez incarner ce nouveau leadership de l'" après Merkel " ? Et puis sur un autre dossier européen qui semble cette fois tourner à l'affrontement personnel avec la Grande-Bretagne sur les migrants, qu'est-ce que vous répondez à Boris Johnson, qui vous propose publiquement un retour des clandestins qui traversent la Manche ?

Est-ce que, après les mots et les réunions annulées par-ci, par-là, ce n'est pas le temps des actes contre la Grande-Bretagne ? Merci. D'abord, Madame la chancelière Merkel est en responsabilité aujourd'hui.

Je l'ai eue ce matin au téléphone pour parler des sujets de virus et des décisions coordonnées que nous prenons avec l'Italie, l'Allemagne et la Commission européenne sur la protection de nos territoires face au nouveau variant. Donc j'ai trop de respect et d'amitié pour elle pour vous suivre sur les formules que vous avez utilisées. Vous savez, en France, nous avons cette obsession de dire : quand les choses deviennent compliquées avec l'Allemagne, tournons-nous vers l'Italie.

Ça ne marche jamais ! Et ce n'est pas ça, la vraie amitié qu'il y a entre l'Italie et l'Allemagne. Elles sont complémentaires, elles sont différentes.

C'est d'ailleurs l'Europe ! De la même manière que l'Italie a une amitié et une relation très particulière avec l'Allemagne. Il ne faut pas chercher des voies de substitution.

L'Union européenne est un projet politique non hégémonique. Et je le dis avec beaucoup de force et de conviction : c'est la condition même de sa possibilité. La chancelière Merkel n'a pas dominé l'Europe durant les dix dernières années.

Toutes les décisions que nous avons prises l'année dernière étaient plutôt des décisions qui n'étaient pas au cœur du projet allemand, et qui n'étaient pas souhaitées par l'Allemagne. Mais elle a eu, comme dirigeante de l'Allemagne, le pragmatisme et l'intelligence de venir sur des positions qui n'étaient pas initialement les siennes et de construire des accords. C'est ça, l'Europe.

Donc moi, je ne suis pas obsédé par les leaderships, ce n'est pas comme ça que ça marche. Il faut proposer, avoir des idées. Je crois que c'est ce que nous faisons depuis toujours.

Je l'ai fait dès septembre 2017 avec la Sorbonne. Nous continuons, et nous continuerons. Il faut ensuite construire des accords, et il faut les construire à 27.

Á 27 ! Donc il ne faut pas chercher dans les les amitiés que nous bâtissons de part et d'autre des Alpes des substituts aux amitiés que nous consolidons de part et d'autre du Rhin. Ce serait à mon avis un mauvais raisonnement.

Elles se complètent, se renforcent, et notre vocation, c'est de travailler ensemble. Ensuite, j'ai parlé des Alpes et du Rhin, vous m'invitez à parler de la Manche. Ce qui s'est passé ces derniers jours est trop grave sur le plan humain pour céder aux facilités.

Vous savez, la France, depuis maintenant bien longtemps, prend ses responsabilités en matière migratoire. Je rappelle qu'il y avait la question de Sangatte avant que le président Sarkozy négocie et signe les accords du Touquet, qui sont encore ceux qui prévalent aujourd'hui dans la relation bilatérale sur les questions migratoires. Si cette question était simple, elle aurait alors été réglée autrement.

Elle ne l'est pas ! Et la France est aujourd'hui, pour ces femmes et ces hommes qui quittent la misère ou la détresse dans leur pays et cherchent à rejoindre le territoire britannique, ce qu'on appelle un lieu de transit. Ils ne veulent pas rester en France, ils veulent à tout prix traverser.

Donc la véritable réponse et dans une coopération sérieuse pour prévenir ces mouvements, pour démanteler ces réseaux de trafiquants et éviter que ces femmes et ces hommes n'arrivent sur notre sol, car c'est déjà trop tard quand ils sont là. J'ai discuté il y a deux jours avec le Premier ministre Johnson de manière sérieuse. Pour ma part, j'entends continuer à appliquer ce que je fais avec tous les pays et tous les dirigeants.

Je suis surpris des méthodes quand elles ne sont pas sérieuses : on ne communique pas d'un dirigeant à l'autre sur ces questions-là par tweets et par lettres qu'on rend publiques. Nous ne sommes pas des lanceurs d'alertes, allons, allons ! Donc les ministres vont travailler sérieusement pour régler une question sérieuse avec des gens sérieux.

C'est pour cela que, dès dimanche, le ministre Darmanin réunira ses homologues de l'Union européenne et la Commission pour travailler sur ce sujet. Et ensuite, nous verrons avec les Britanniques comment agir efficacement, s'ils décident d'être sérieux. Maintenant, une question d'Anaïs Ginora, de La Reppublica.

Monsieur le Président, peut-être que cet accord bilatéral pourra faire avancer l'Europe. Je crois qu'il y a deux priorités : le Pacte de stabilité, la défense commune, donc la réforme du Pacte de stabilité. Est-ce que vous pensez que les règles pourront être réécrites d'ici l'année 2022 ?

Est-ce que vous pensez que la reprise continuera ou il y aura encore des problèmes avec la pandémie, à cause de nouveaux variants ? Quant à la reprise européenne, comment peut se développer le secteur de la Défense ? Je pense par exemple à la menace de nouveaux conflits, comme en Ukraine.

Je voudrais, si vous me le permettez, revenir un instant sur quelque chose que j'ai dit dans mon introduction. Tendre à la souveraineté européenne, ça veut dire vouloir esquisser l'avenir tel que nous, les Européens, nous le voulons. On ne veut pas que ce soient d'autres qui esquissent notre avenir.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire miser sur la souveraineté européenne. Et pour être souveraine, il faut que l'Europe sache se protéger.

Il faut que l'Europe sache défendre ses frontières. Il faut créer une véritable défense européenne. Bien, ce traité, ce traité nous vient en aide pour construire cette défense européenne qui, bien entendu, est complémentaire à l'OTAN, ne remplace pas l'OTAN.

Une Europe plus forte permet à l'OTAN d'être plus forte à son tour, et c'est là l'un des premiers pas fondamentaux pour ce traité. Tel que vient de le dire le président Macron, nous devons apprendre la discipline de l'amitié. Et dans ce domaine, cela est particulièrement important.

Il faut se consulter et lorsque cela est possible, il faut agir ensemble. En ce qui concerne les règles budgétaires, je l'ai répété maintes fois, les règles qui étaient en vigueur jusqu'à la période précédente, la pandémie, n'étaient déjà pas suffisantes à l'époque. Elles avaient déjà démontré leurs insuffisances pendant toute la crise financière.

Nous l'avons vu, c'était des règles cycliques qui, d'une certaine façon, empiraient le problème au lieu d'aider les pays à résoudre ces problèmes. Donc, il fallait, on avait déjà pensé à une révision de ces règles. Aujourd'hui, cette révision est inévitable, non seulement en raison des coûts très élevés que la pandémie a entraînés : coûts au niveau budgétaire, coûts au niveau social.

Et le message est que, sans un soutien solide de l'État, on n'aurait pas pu s'en sortir, de cette pandémie. On n'aurait pas pu trouver des solutions, et cela est vrai pour l'avenir aussi. L'Europe pose devant soi des objectifs de lutte contre le changement climatique, de transition écologique, de transition numérique, de nouvelles technologies, d'investissements énormes des semi-conducteurs.

Donc, les nouvelles règles sont, ou doivent être des règles en mesure de refléter un passé qu'il nous faut corriger et un avenir qu'il nous faut dessiner. Et cela doit être fait avec l'Union européenne. Il est important également que les pays se pourvoient d'instruments qui les rendent plus forts, dans le cadre de ce débat que la Commission vient d'ouvrir.

Et c'est bien de cette façon que l'Italie et la France pensent aller de l'avant. Merci. Dernière question de Anne Bourse, France Télévisions.

Monsieur le Président, vous avez rendez-vous à 11h avec le pape. Hier, vous avez déclaré que vous êtes là pour éviter la montée des nationalismes, notamment en gardant, vous gérez les frontières, ce qui n'est pas la mission du pape, avez-vous ajouté. Est-ce qu'il ne faudrait pas davantage écouter le pape, qui prône une démarche d'accueil ?

Par ailleurs, c'est votre deuxième rencontre avec le pape. Jean Castex était là il y a quelques semaines, tout cela à à peine cinq mois de la présidentielle. Que venez-vous chercher ?

Sur la question des migrations, je crois que l'Italie comme la France prennent leur part. L'Italie comme pays de premier accueil et la France comme étant l'un des premiers pays européens d'accueil de mouvements secondaires, comme on dit. Ces termes ne sont pas très jolis, mais c'est une réalité.

Et donc nous accueillons chaque jour, nous accueillons, nous hébergeons, de manière inconditionnelle, je le rappelle. La France a décidé l'année dernière de son plus gros investissement, en termes d'hébergement d'urgence, pour une très large part, pour des femmes et des hommes qui fuyaient ou les changements climatiques ou les périls politiques ou la misère dans leurs pays. Plus de 2 milliards d'euros.

Et donc nous faisons ce que nous avons à faire. Après, nous sommes des États souverains, avec des citoyens, et donc il nous faut garder ce qui est l'accueil et la tradition d'accueil politique qui va avec les valeurs de l'Europe, en particulier ce qu'on appelle l'asile constitutionnel, protéger les combattantes et les combattants de la liberté, protéger les femmes et les hommes qui risquent dans leur pays, compte tenu de leur combat et de ce qu'ils sont. Ça, pour moi, ça ne se discute pas, ça ne se remet pas en cause.

Nous aurons toujours des migrations économiques. Nous en avons dans nos pays. Et après, il est clair que des femmes et des hommes qui rentrent de manière irrégulière sur notre sol, nous devons pouvoir les prendre en charge, regarder de leur régularité et les ramener vers leurs pays d'origine, et prévenir ces mouvements, parce que sinon, le modèle social européen n'est pas compatible avec cela, dans un monde ouvert.

Sinon vous aurez de plus en plus de monde qui vient, simplement parce que notre modèle est bien mieux- disant que dans beaucoup de pays de l'Afrique, du Proche ou du Moyen-Orient. Et donc il faut avoir aussi cette lucidité qui va avec ce qu'est un État-Nation, même ouvert, même porteur de valeurs, prendre sa juste part. Et donc oui, nous devons avoir des politiques de coopération avec les pays d'origine, et de transit, pour éviter ces mouvements subis et permettre d'offrir dans les pays d'origine des opportunités économiques et des destins, en particulier à la jeunesse.

Nous devons protéger nos frontières extérieures, pour lutter contre les trafiquants de la misère que sont ces réseaux qui organisent ces mouvements clandestins. Nous devons accueillir et intégrer celles et ceux qui arrivent sur notre sol dans les règles, et ont vocation à y rester. Et nous devons pouvoir reconduire vers leurs pays d'origine celles et ceux qui n'ont pas vocation à y être.

Je crois que c'est comme ça que les choses doivent se passer, avec humanisme, mais avec des règles, parce que ce n'est pas vrai qu'on peut être humaniste sans règles. Et c'est d'ailleurs ce qui nourrit ensuite les nationalismes et c'est ce qui nourrit le mauvais accueil, l'impossibilité de faire. Je crois que nos pays, véritablement, Italie comme France, font tout ce qu'ils peuvent, et nous avons plutôt, ensemble, la volonté de mieux organiser la prévention de ces mouvements.

Voilà ! C'est cette discussion que j'aurai, que j'ai déjà eue avec le pape François, mais qui est un homme extrêmement lucide, d'ailleurs, et vigilant sur les problèmes du monde, et avec lequel nous avons toujours eu des échanges profonds sur ce sujet. Parce que n'oublions jamais qu'il s'agit de la vie de femmes et d'hommes.

Pour le reste, je pense que discuter avec le pape, venir échanger sur plusieurs dossiers internationaux est extrêmement important. Nous nous parlerons de la question du vaccin, sur lequel il est très engagé, et à nos côtés, attentif à l'accès libre aux vaccins pour les pays les plus pauvres, comme vous le savez, qui est une position que défend la France et que l'Europe porte, que nous avons lancée dès le printemps 2020 avec l'initiative ACTA. Nous parlerons des sujets climatiques, nous parlerons aussi du Liban et de quelques autres pays qui nous sont chers, où je crois que le rôle de la France, de l'Europe, est important, mais où la voix du pape est aussi attendue.

C'est de tout ça que je vais venir discuter. Je pense qu'il faut le faire à tout moment utile. Ce moment est utile.

Et je dis tout cela, et puis il y a tout ce que je ne vous dis pas aussi. Merci beaucoup.