L'interview «Savoir comprendre» : Docteur Florian Ferreri - 19/05
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Chapitres
Questions et réponses
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- 0:48OuverteRéponse directe
Bien sûr, mais si on commence à rejeter ces sorties, avoir peur, si on repousse sa sortie, de plus en plus, on s'installe vraiment, on s'enferme totalement.
- 1:21OuverteRéponse partielle
Alors vous allez me dire comment on fait pour essayer de lutter, mais je voudrais un autre témoignage, celui de Patrick
- 1:40FerméeRéponse directe
Vous avez peur, et vous ne sortez pas, Patrick ?
- 2:10OuverteRéponse directe
Plus du tout. Comment faites-vous pour les courses ? Et vous n'avez plus aucun contact extérieur, Patrick ?
- 3:28OuverteRéponse directe
Vous êtes vulnérable. Vous avez 64 ans, Patrick, il a problème cardiaque, que faire ?
- 4:45ComplaisanteRéponse directe
Et n'écoutez plus, ne regardez plus, Patrick.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20PrésentateurFait
« Docteur Florian Ferreri, vous êtes psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, donc spécialiste de l'anxiété et de la dépression. »
- 1:42AuditeurFait
« La dernière fois que je suis sorti, il y a 15 jours, pour faire des courses, et j'ai vu beaucoup de gens sans masque. »
- 1:55AuditeurFait
« Pendant deux mois, on nous a mis tous les jours du matin au soir, le nombre de morts, le nombre de morts. »
- 3:28PrésentateurFait
« Vous êtes vulnérable. Vous avez 64 ans, Patrick, il a problème cardiaque, que faire ? »
- 3:43InvitéFait
« C'est vrai qu'il fait partie des personnes à risque, il ne faut plus bouger du tout et ne rien faire. »
Temps de parole
- Invité45 %
- Présentateur29 %
- Auditeur15 %
- Présentateur 211 %
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Vous écoutez RMC. RMC, 6h-9h. Il est 7h44, Corine est à Fécamp, en Seine-Maritime. Bonjour, Corine. Corine. Allô. Corine. Bien, Corine était là, elle n'est plus là. Docteur Florian Ferreri, vous êtes psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine à Paris, donc spécialiste de l'anxiété et de la dépression. Il ne faut pas que cette phobie, cette peur de sortir s'installe.
Alors il faut éviter parce que c'est très invalidant. C'est-à-dire que ce qui, dans un premier temps, est rassurant, apaise l'organisme et le cerveau, c'est-à-dire de ne pas sortir, finalement devient excessif et on est complètement reclus à la maison et on sait que quand on n'a plus d'interaction sociale, quand on ne fait plus les choses, on est très handicapé, on peut se déprimer.
Bien sûr, mais si on commence à rejeter ces sorties, avoir peur, si on repousse sa sortie, de plus en plus, on s'installe vraiment, on s'enferme totalement.
C'est exactement ça. C'est-à-dire qu'à un moment donné, l'apaisement qu'on a pour une distance certaine, par exemple, on va dire, je ne vais plus sortir à 300 mètres, devient, ce n'est pas suffisant, donc c'est 100 mètres, 50 mètres, et puis après, c'est le seuil de sa porte. Donc c'est très compliqué. Il faut identifier ça pour essayer de lutter contre cette tendance qu'on peut avoir, notamment quand on est anxieux, à éviter le danger.
Alors vous allez me dire comment on fait pour essayer de lutter, mais je voudrais un autre témoignage, celui de Patrick, qui est à Cucsac d'Aude, dans l'Aude. Bonjour Patrick.
Bonjour.
Vous avez 64 ans, vous avez peur du déconfinement. Oui. Vous avez peur, et vous ne sortez pas, Patrick ?
Non. Non, absolument pas. La dernière fois que je suis sorti, il y a 15 jours, pour faire des courses, et j'ai vu beaucoup de gens sans masque. Oui. Et vous savez, pendant deux mois, on nous a mis tous les jours du matin au soir, le nombre de morts, le nombre de morts. Oui. On ne va pas dire qu'on avait oublié la mort. On sait qu'un jour ça va arriver. Oui. Mais là, du matin au soir, on y est là, on voit des gens qui sont imprudents. Moi, j'ai peur, je ne sors plus.
Plus du tout. Comment faites-vous pour les courses ? Et vous n'avez plus aucun contact extérieur, Patrick ? Non, je n'ai plus de contact.
Je ne cherche pas à avoir de contact, j'ai trop peur.
Oui. Comment faites-vous pour les courses ?
Pour l'instant, j'ai des réserves. Oui. Et après, je ne sais pas.
Vous ne savez pas ? Non. Docteur Florian Ferret, vous entendez, Patrick ?
Moi, j'entends, c'est une grande souffrance. Moi, on comprend la logique, en tout cas. Il y a un danger, on évite de se confronter. Et surtout quand il y a un danger auquel on se sent impuissant, vulnérable. Quand on se sent impuissant à quelque chose, on est hyper vigilant à tous les signaux, aux informations, au nombre de morts, on va dire au catastrophisme qu'il peut y avoir. Et on ne voit plus, on a du mal à peser le risque par rapport à la réalité. Alors, que faire ? Que faire contre ça ? Déjà, ce qui est bien, c'est de reconnaître que c'est peut-être un peu excessif.
Et qu'on peut sortir avec des précautions, même si les autres ne les prennent pas, si on les prend soi-même, sans grand danger. Patrick, il ne pense pas ça, hein, Patrick ?
Non, non, non, moi, je ne pense pas ça du tout. Le problème, ce n'est pas que, comment dire, à la télé, on entend. Maintenant, c'est les laboratoires, les trucs de viande. Il y a des cas d'un peu partout. Oui, oui.
Les laboratoires. Je suis vulnérable. Vous êtes vulnérable, vous avez 64 ans, Patrick, il a problème cardiaque, que faire ? Mais que faire ?
C'est vrai qu'il fait partie des personnes à risque, il ne faut plus bouger du tout et ne rien faire. Parce que, par exemple, quand on a une pathologie cardiaque, c'est bien d'avoir un peu d'exercice physique, de sortir. Donc, c'est réussir à mettre en lien le danger qui est réel et le danger pour soi de rester à la maison. Un, c'est de reconnaître et de ne pas dire qu'on a raison de faire ça. Ce n'est pas forcément vrai, même si on pense que c'est bien. Et d'essayer de mentaliser un trajet, de travailler aussi sur sa respiration, pour ne pas faire une attaque de panique à l'extérieur. Et s'il y a vraiment une grosse difficulté, ne pas hésiter à en parler à son médecin.
Vous avez consulté, Patrick ? Non, mais le problème... Alors, moi, je vous ai expliqué, il y a deux jours, j'ai dit, tiens, je vais aller faire deux, trois courses dans le village. Et cinq minutes avant de sortir, j'ai la respiration qui a commencé à paniquer. Donc, j'ai dit, il faut que je me calme. Et voilà, je sais que dès que je vais sortir, c'est la trouille. J'ai la trouille. La trouille. Oui. Le fait, en plus de tous les jours, tous les jours, du matin au soir, sur toutes les chaînes d'information, on nous assise le long de mort, le long de mort.
Et n'écoutez plus, ne regardez plus, Patrick. Mais ce serait bien que aussi les informations arrêtent de le dire, ça aussi.
Oui. Alors, docteur Ferreri. Mais c'est très vrai, c'est-à-dire que quand on est anxieux et hypervigilant, on est hypersensible à l'information. Et comme les informations se répètent, elles sont hypermémorisées, avec une mémoire émotionnelle qui est négative. Donc, l'idée de couper, c'est un peu ça, c'est-à-dire de ne pas arrêter toute source d'information, mais de choisir ses émissions et de choisir des créneaux et un temps dans la journée dans lequel on va s'informer. Et l'autre aspect, c'est comment, puisque j'ai été anxieux à l'idée de sortir la prochaine fois, comment je vais réguler un petit peu cette anxiété en travaillant sur la situation.
Oui, on a cette volonté de ne pas regarder l'information, mais on est en même temps attiré par cette information catastrophiste.
Exactement, parce que quand la situation est stressante, on a besoin d'avoir des solutions. Et quand on cherche des solutions, on veut beaucoup d'informations. Et en fait, on s'aperçoit dans l'information qu'il en faut, mais quand il y en a trop, elle nous rend perplexes parce qu'il n'y a pas forcément des solutions. L'information n'est pas forcément solution.
Donc, on peut gagner contre cette anxiété, pas à pas. Comme vous dites, on construit un parcours.
On construit un parcours, on le mentalise à l'avant, on sait ce qu'on va faire. On sait qu'on peut être un peu inquiet à telle distance, on va s'arrêter, respirer, choisir des horaires pour lesquels il y a moins de monde au début. Mais c'est quand même important, dans la mesure du possible, de se réexposer progressivement au danger. Pas aller se mettre dans le rouge tout de suite, mais progressivement, pas à pas, de reprendre quelques activités.
Bien, merci Patrick. Corinne, très vite. Bonjour Corinne, je vous ai trouvée finalement. Vous êtes à Fécamp. Bonjour Corinne. Alors, vous, vous sortez encore, mais c'est votre voisine qui ne sort plus depuis le 11 mars. Voilà, tout à fait. Elle a peur. Elle a peur. Elle a peur, elle a peur. Et bon, pendant le confinement, elle sortait pour les courses. Oui. On y allait ensemble, mais depuis, elle est tétanisée en fait. Elle est tétanisée. Elle est tétanisée. Et vous, Corinne ? Ah moi, pas du tout. Pas du tout, oui. Non. Mais vous essayez d'en parler avec elle, vous... Oui, je lui ai dit, je l'ai vu hier et je lui ai dit, bah écoute, dans la semaine, on ira se balader ensemble.
Alors, elle me dit que l'un de ses fils lui a dit qu'il fallait absolument qu'elle sorte. Et que l'autre lui dit qu'il faut qu'elle fasse attention parce qu'elle a un petit souci de santé. Donc, elle est à risque. Mais moi aussi, je suis à risque. Mais oui. Parce que je suis atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Touss et je suis asthmatique. Oui, oui. Mais pendant les deux mois, je suis sortie parce que je n'avais plus de kiné, forcément. Bien sûr, bien sûr. Donc, il fallait que j'entretienne les muscles de mes jambes. Donc, je me suis baladée. Voilà. Et par contre, depuis le confinement, je porte un masque. Dès qu'il y a du monde. Mais je n'ai jamais été tétanisée, par contre.
Bah, merci beaucoup, Corinne. Je vous en prie. Merci, Corinne. Passez une bonne journée. Oui, il y a des patients jeunes.
On voit des patients jeunes parce que c'est fait. Alors, soit il y a des personnes qui avaient déjà une vulnérabilité anxieuse et qui ont beaucoup de mal avec cette situation nouvelle. Ça, on les connaît, on les appelle. Ils nous disent authentiquement que c'est difficile et on sait comment les aider. Mais on peut aussi avoir des personnes qui n'avaient pas de difficultés particulières et qui ont été confrontées à un stress énorme, qui sont jeunes et qui ont du mal à reprendre leurs activités quotidiennes. Autre chose, d'autres personnes qui se lavent tout le temps, par exemple.
Exactement. Par peur d'être touchées par le virus, contaminées par le virus. dans l'air, alors que ça n'existe pas, mais qui se lavent tout le temps.
Exactement, ce sont des rituels de réassurance. C'est-à-dire que la personne qui inquiète à l'idée de sortir, elle ne va pas sortir. La personne qui inquiète par la contamination, qu'est-ce qu'elle va faire ? Elle va se laver les mains et ça va la rassurer. Alors, on a dit les messages qu'il faut se laver les mains régulièrement. Il ne faut pas que ça soit excessif non plus, sinon on ne fait que ça et on ne peut plus faire les autres choses.
Et puis certains aussi qui font des fixations sur des symptômes physiques. Le mal au ventre, la toux. Exactement.
Tout de suite, c'est le coronavirus. Ça envahit complètement la pensée des personnes qui ne pensent qu'à ça et à la moindre manifestation corporelle. C'est tout de suite le scénario catastrophe qui apparaît avec la maladie grave. Alors qu'en temps normal, on se dit, bon, ce n'est pas grand-chose, je ne vais pas consulter mon médecin pour ça. Ça va passer. Et là, les personnes les plus anxieuses vont se dire tout de suite, c'est quelque chose de dramatique, que je vais avoir du mal à respirer dans les heures qui suivent.
Bien. Merci beaucoup. Merci. Il va falloir aussi que nous traitions peut-être l'information légèrement différemment. Merci beaucoup, docteur. Merci.