La grande interview : Robert Ménard
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Et notre invité dans la grande interview sur CNews et Européens, c'est Robert Ménard. Bonjour à vous.
Bonjour Laurent Serrat.
Maire de Béziers, parlons de Marine Le Pen, qui a donc annoncé sa candidature cette semaine, malgré sa condamnation en appel à trois ans de prison, dont un an sous bracelet électronique, dans l'affaire des emplois du Parlement européen. Sa peine d'inéligibilité a été ramenée à 15 mois ferme, elle a donc été purgée, elle a décidé de se pourvoir en cassation. Est-ce que le fait qu'elle puisse se présenter, qu'elle soit candidate, c'est une bonne nouvelle pour vous et pour la démocratie ?
Mais bien sûr que c'est une bonne nouvelle. On peut penser, moi je ne pense pas du bien de ce qu'a fait le Rassemblement national avec cette histoire d'attaché parlementaire, mais ça c'est un problème. La deuxième, est-ce que, en l'occurrence, trois juges vont décider eux si vous, si moi, on peut voter ou pas pour quelqu'un ? Écoutez, si les gens pensent que c'est une faute morale, que c'est pas bien et tout, ils auront l'occasion de le dire. Dans les urnes. Dans les urnes. Et je trouve que c'est une sage décision d'avoir remis au fond les clés à Marine Le Pen en disant, vous décidez ou pas. Elle a décidé, ensuite chacun en pense ce qu'il veut. Mais évidemment que c'est une bonne chose.
On ne peut pas confisquer. Ça a l'air des mots, mais ça n'en est pas. On ne confisque pas le vote des Français. En plus, attendez, là vous avez vu, il y a en gros plus d'un tiers des Français qui s'apprêtent à voter pour elle. Vous ne pouvez pas leur dire, mais écoutez, on ne va pas vous demander votre avis, c'est nous qui décidons. Alors après, vous pouvez dire, c'est pas bien et je ne vote pas pour elle.
Mais il y a quand même une épée de Damoclès judiciaire qui continue de planer sur sa tête. Ce matin, Rémi Hetz, procureur général auprès de la Cour de cassation, qui a donc été saisi par Marine Le Pen, s'est dit, nous sommes en ordre de marche pour rendre la décision avant le scrutin. C'est-à-dire qu'on pourrait avoir une décision de la Cour de cassation à quelques jours avant le premier tour.
Ah oui, mais ça, c'est le calendrier. Non, mais là, ça ne me choque pas. Parce que le RN, le nombre de fois où ils gueulent sur la lenteur de la justice, ce coup-ci, ils aimeraient qu'elle soit un peu plus lente, « Permettez-moi de sourire ». Non, et puis, je vais vous dire, pourquoi je dis que c'est pas... En plus, je trouve que ça n'a aucune importance. Parce que je pense qu'aujourd'hui, que Marine Le Pen, pendant une semaine ou quatre semaines, bien sûr, ça va lui casser les pieds, ça va lui compliquer la vie, elle porte un bracelet électronique, ça choquera un certain nombre de gens.
Mais je ne suis pas sûr qu'un certain nombre des électeurs du RN, je les vois chez moi, ne disent pas, au fond, regarder ce qu'on lui impose. Vous savez, elle apparaît comme quelqu'un... Moi, je préfère que ce soit elle que Bardella, parce que je pense...
C'est une meilleure candidate, Robert Ménard ?
Elle a d'abord une autre épaisseur, madame. Elle a une vraie expérience. Elle n'est pas un gamin de 30 ans qui n'a jamais bossé dans sa vie. Pardon de dire ça aussi brutalement, mais c'est ça. Moi, j'ai des divergences avec Marine Le Pen, mais je lui reconnais une suite dans les idées. Enfin, il y a des combats sur l'immigration, mais pas que sur l'immigration, sur l'identité, le fait que les Français se sentent menacés dans ce qu'ils sont, sur les questions de sécurité.
Ça, vous le partagez avec elle ?
Attendez, elle a eu raison avant tout le monde. Elle posait cette question-là, elle disait le mot immigration, ou vous disiez le mot immigration, vous étiez le facho de service. Ce n'est pas vrai, c'est elle qui a raison. Et elle porte... Aujourd'hui, les Français le disent massivement, y compris même les autres partis politiques qui se mettent à en parler.
Robert Ménard, elle en est à sa quatrième candidature. Vous dites qu'elle est plus préparée que lors des dernières campagnes. Dans tous les cas de figure, dans tous les sondages, pour l'instant, elle semblerait en mesure de l'emporter. Est-ce que ce n'est pas un peu tôt par rapport à l'échéance ? Et qui redettez-vous le plus, en réalité, face à elle ?
Attendez, d'abord, on est, vous le disiez, presque un an. Si on s'amusait, là on ne le fera pas, mais à prendre les sondages des précédentes élections... On aurait des surprises. Je suis plus vieux que vous, et je me souviens d'un certain nombre de sondages qui disaient exactement le contraire de ce qui est arrivé. Donc, il faut faire attention. Deuxièmement, le Rassemblement national, quand même, quand vous regardez ses campagnes, il perd des voix pendant les campagnes, parce qu'il a tout le monde contre lui et tout ça. Troisièmement, qui, aujourd'hui, il n'y a personne face à elle ?
Il n'y a personne. Il n'y a pas Jean-Luc Mélenchon, par exemple.
Putain, mais Jean-Luc, vous avez vu, je ne sais plus lequel de sondage le donne. 70% pour elle au deuxième tour, contre 30% pour Jean-Luc Mélenchon. Dieu merci, il est disqualifié, je crois. Il peut être au deuxième tour, mais il est disqualifié. Moi, je pensais qu'il aurait pu y avoir une alternative de droite qui soit capable de dire, sur le terrain économique, on dit moins de bêtises que le RN, on est moins pro-russe que le RN, mais en même temps, sur les questions qui nous touffent, l'immigration et tout ça, on est capable de dire à peu près la même chose. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, le seul qui pourrait un peu incarner ça, c'est Bruno Retailleau.
Mais vous avez vu le parti qu'il a avec lui ? Mais attends, moi, j'ai ce parti, je me débarrasse du parti.
Avec des amis comme ça, pas besoin d'un ami.
Il te tue, ce n'est pas un boulet, c'est une enclume que tu as accrochée.
Donc il est déjà condamné à se rallier à Édouard Philippe ?
Je ne sais pas, moi, quand il me parle, il me dit jamais je le ferai. Je ne le traite pas de menteur, donc j'imagine qu'il ne le fera pas. Mais tant qu'il ne se débarrassera pas d'espèces de cohortes de gens derrière lui qui ne rêvent que d'une chose, c'est de lui foutre un coup de poignard dans le dos, il n'y arrivera pas. Et pourtant, c'est un homme de qualité et tout. Mais il y a quelque chose qui ne fonctionne pas encore.
Mais Robert Bernard, est-ce qu'il ne faut pas que ces candidats qu'on appelle du bloc central, je ne sais pas ce que ça recouvre exactement, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Rotaillot, ils sont très nombreux, à un moment s'unissent et se disent, allez, on se met en ligne de marche.
Mais pour faire quoi ? Attendez, pour faire quoi ? Pour décider ? Vous croyez que, je ne sais pas, on prend l'exemple Gabriel Attal, c'est la rupture par rapport à Macron. Enfin, qui peut vous faire croire ça ? Édouard Philippe aussi ? Mais pas plus que ça. Moi, je n'ai pas d'antipathie pour le maire du Havre. Mais enfin, vous avez un peu de mémoire comme moi. Il n'a pas été rien, il a été Premier ministre de ce pays. Moi, je lui ai posé la question, il m'a dit, oui, mais les choses sont différentes et tout. Mais Coco, si tu penses qu'on t'impose tous les matins, parce que l'autre est chef de l'État, de faire ceci ou de ne pas faire cela, qu'est-ce que vous faites ?
Vous vous tirez au bout d'un moment, les types, ils voudraient aujourd'hui bénéficier du fait d'avoir été ministre ou Premier ministre. Et aujourd'hui, dire, ah oui, mais vous savez, j'étais contraint. Tu n'es pas contraint dans la vie politique. Il n'est pas semi-car et il ne peut pas quitter sa boîte. S'il veut arrêter d'être Premier ministre, tu arrêtes. Tu dis, je ne suis pas d'accord avec ceci et cela et je le fais. Enfin, vous rigolez, ce n'est pas sérieux.
Donc vous nous dites ce matin, Robert Ménard, sur CNews d'Europe 1, il n'y a aucune chance que ces candidats du Bloc central se mettent d'accord. Ils vont y aller en ordre dispersé. Donc ça ouvre la voie à un second tour. Ehren, elle est fille, on est d'accord.
Mais c'est en même temps le pire des scénarios. Vous avez envie de choisir ? Moi, je n'ai pas envie de choisir. Si j'avais à choisir, je vous le dis tout de suite, je voterais Marine Le Pen. Mais bien sûr, je ne suis pas Joba. Enfin, vous avez vu ces derniers mois, l'antisémitisme aujourd'hui, il n'est pas là. Il est de l'autre côté. Enfin, on ne va pas prendre tout ce qu'on peut reprocher à Jean-Luc Mélenchon. Bien sûr, je choisirais. Mais je voudrais me retrouver dans une autre alternative. Sauf que pour ça, pardon de ma vulgarité, il faut des gens qui en aient un petit peu, qui aient envie de dire... Du courage. Du courage, voilà.
Vous avez raison, vous me sauvez d'une grossité épouvantable. Donc, qu'il y ait du courage, qu'il y ait suffisamment... Ils ont des convictions, mais pas de courage de rompre. À un moment donné, tu prends des risques. Je suis persuadé que les Français, ils attendent une voix forte qui ne soit pas enchaînée par des logiques de parti qui tombent sur un homme ou une femme qui leur disent, voilà, je vous propose ceci. Ça ne va pas être facile, mais je vous donne de l'espoir. Vous verrez, vous pouvez me faire confiance. Je vous comprends, je parle comme vous. Je comprends ce que vous dites. Attendez, il y a une détestation. Marine Le Pen, elle surfe sur un truc facile.
Non, ce n'est pas facile, mais évident. Il y a une détestation, pas seulement de M. Macron, mais de tout ce qui, de près ou de loin, vous rapporte à lui. Et puis l'idée, là, c'est pour ça que je trouve que pour le RN, c'est une meilleure solution. L'idée, t'es jeune, tu vas voir, tu vas montrer ça. On a donné, on a donné avec Gabriel Attal, on a donné avec Macron. Je ne crois plus que ce soit une qualité.
Donc, t'es jeune, c'est pour le journal de Bardella, c'est ça ? Bien sûr. Mais le ticket fonctionne pour vous ? Président de la République, Premier ministre, est-ce qu'ils nous vendent ?
Oui, je m'en bats l'œil un peu, pour dire la vérité.
Pour vous, ce n'est pas une bonne idée.
Non, non, bien sûr que pour eux, c'est une bonne idée. Je pense que le problème, et pourquoi je dis que je m'en bats l'œil, parce que ce que j'ai envie de savoir, c'est est-ce que Marine Le Pen aura le courage de dire sur la situation financière de la France, qu'est-ce qu'on fait ? Parce que, attendez, moi, je le vois tout le temps, mais à mon petit niveau, à mon tout petit niveau. Quand tu es dans l'opposition, tu peux dire, madame, n'importe quoi, n'importe quoi. Je veux dire, moi, oui, le SMIC, plus le SMIC, une augmentation du SMIC, l'essence pas chère, la retraite. Baissez les impôts. Mais ça n'existe pas, madame. Vous le savez bien.
Comment vous pouvez avoir en face de vous, quelqu'un qui vous dise ce genre de promesses ? En plus, c'est méprisant par rapport aux gens, parce que je pense que les Français, ils ne sont pas assez cons pour ne pas savoir que tu ne peux pas à la fois baisser les impôts, augmenter les salaires et baisser la dette. Ça n'existe pas, ça n'existe pas.
Robert Ménard, est-ce que vous accepteriez de participer à un gouvernement ?
Ça ne se pose pas comme ça, honnêtement.
Ah, si, ça se pose quand même.
Non, non, ça ne se pose rien du tout, d'abord. Si, ça se pose. Avec qui ?
Alors, Jordan Bardella, Premier ministre.
Enfin, attendez, ils viennent de présenter quelqu'un contre moi. Je veux dire, ils ne ratent pas une occasion de dire une saloperie. En l'occurrence, lui, plus qu'elle. Sur ça, ils se sont pris une raclée. Vous savez, voilà, il faut qu'ils apprennent quelque chose. Au fond, le RN, ils ont un défaut exactement le même que l'extrême-gauche. Exactement le même. D'un sectarisme de temps en temps. Ils sont capables. Enfin, vous n'avez jamais dit une connerie, vous, sur quelqu'un, et vous le regrettez, je suppose que ça vous est arrivé. Comme tout le monde. Je ne parle pas là, là, ici, vous n'en dites jamais. Je parle dans la vie privée. Tu as un mot qui est désagréable et tu le regrettes.
Mais ils n'oublient rien. Ils sont capables de vous ressortir. Mais quand eux, ils vous disent une saloperie sur vous, comment vous osez rappeler qu'ils ne sont pas clean ?
La querelle n'est pas terminée. On parle du procès de Marine Le Pen.
Non, j'ai une querelle. Avec M. Bardella, j'en ai infiniment moins avec Marine Le Pen, pour qui j'ai infiniment plus de respect, même si je suis en vrai désaccord sur un certain nombre de choses avec elle.
On a parlé de la décision de justice là concernant. Il y en a une aussi qui pèse sur vous, 30 septembre prochain, puisque votre mandat de maire est remis en cause par une décision de justice. Vous avez refusé de marier un OQTF. Est-ce que, là encore, vous comprenez que c'est insupportable pour vos électeurs de voir que peut-être votre mandat va vous être retiré pour un acte que vous pensez illégal ?
Et que, attendez, et que 70, 75% des Français disent « j'aurais fait exactement la même chose ». Madame, je me serais retrouvé comme, voilà, exactement dans cette situation. Moi, maire, ici, de ce côté de la table, le monsieur en face de moi, en situation illégale, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Une obligation de quitter le territoire. Et vous, vous le mariez. C'est-à-dire, qu'est-ce que vous faites quand vous mariez quelqu'un ? Vous rendez quasiment impossible l'expulsion de ce garçon. « Non, je ne veux pas. Je ne veux pas le faire. Je ne le ferai pas. Je m'entête. Je dois être une bourroune, comme on dit chez moi.
C'est-à-dire, quelqu'un qui ne change pas d'avis. Non. On m'a dit « mais tu n'as qu'à le faire marier par un adjoint. » Vous voyez, on parlait du courage. « Ah non, je ne vais pas le faire. Mais écoute-toi, si tu voudrais me rendre un service, tu le fais. » Mais il y a plein de maires qui feraient exactement la même chose que moi. Sauf que, vous le disiez, la menace est tellement terrifiante. Tu te rends compte ? Je viens d'être élu avec plus de 65% des voix. « Moi, je pourrais en septembre ne plus être maire de la vie. » Et tu te dis, au fond, est-ce que ça vaut le coup et tout. De temps en temps, ça vaut le coup.
La proposition de loi interdisant les mariages pour les étrangers en situation irrégulière n'a pas été adoptée à l'Assemblée. C'est un regret pour vous, évidemment. Vous demandez peut-être que, justement, à l'avenir, les candidats s'engagent sur ce sujet-là ? Non, mais madame, ils se sont engagés.
J'ai eu tous les partis du centre dont vous parliez tout à l'heure. Je les ai eus personnellement. Robert, ou Robert Ménard, suivant les cas, tu peux compter sur nous. Évidemment qu'on va la voter cette loi. On ne va quand même pas te laisser tout seul face à la justice. Le jour que la gauche fasse de l'obstruction, on l'oublie. Vous y attendez, vous ne m'attendez pas. Mais que les partis, comme on dit, du centre et de loi, pas les LR, et le RN non plus, ils ont été hyper corrects là-dessus, mais les autres ne se donnent pas les moyens de voter la loi, mais enfin, ils se foutent de ma gueule. Moi, ce n'est pas trop important, mais ils se foutent de leurs électeurs.
Et ces gens-là vous disent, aujourd'hui, il faut lutter contre l'immigration illégale. Donc, il faut virer un certain nombre de gens qui sont en situation illégale. Et quand ils ont l'occasion de dire, un maire refuse de marier parce qu'il veut rendre possible ces expulsions, je ne suis pas là ou je ne fais pas le job, c'est se foutre du monde. Alors, on votera pour des gens, en tout cas, je ne vais parler que pour moi, je ne suis pas dans la partie, je voterai pour des gens qui ont un peu, comment vous dire, de figure. Qui s'engagent clairement là-dessus. Vous voyez, de figure, vous voyez ce que ça veut dire, de figure, vous voyez.
Tu as un peu de figure, c'est-à-dire quand tu dis quelque chose, si je vous dis quelque chose en face de vous, je le fais. C'est juste ça.
Donc, c'est ça, des marqueurs forts sur les sujets régaliens, sur la dette, apurer la dette, prendre des décisions difficiles
concernant la réponse publique.
Attendez, la dette...
Madame Ferrari, 33 500 milliards l'an prochain, les intérêts de la dette, pas rembourser la dette, on ne la rembourse pas la dette, on rembourse les intérêts de la dette, ce sera plus que les impôts que nous payons tous ici. Mais enfin, comment tu peux ne pas prendre en compte ? Alors, évidemment, dans une campagne électorale, tu n'as pas envie de dire ça. Tu n'as pas envie de dire aux gens, parce que 3 500 milliards de dettes, ça vous dit quelque chose à vous, rien, à moi, rien du tout. C'est inimaginable. Donc, c'est tellement inimaginable qu'on ne sait pas en parler. Et donc, on ne sait pas en parler. Donc, vous verrez qu'une bande de lâches n'en diront pas un mot.
On n'en parlera plus tard. Et non, il faut juste prendre des décisions là-dessus.
Trois questions importantes pour terminer, Robert Ménat. Vous avez été choqué par le fait que Laurent Panifou, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, organise le 15 juillet prochain un cocktail pour célébrer le vote de la loi sur la fin de vie. Ça, ça vous choque ?
Mais vous ne trouvez pas que c'est honteux ? Vous imaginez ? Quelle que soit votre opinion, on ne pense peut-être pas la même chose sur ça. Vous avez envie de célébrer la mort, madame. La mort. Moi, j'ai une position particulière. Je ne suis pas contre l'euthanasie. Parce que j'ai aidé mon frère à mourir. Parce qu'il avait une maladie de charcot. Et c'est une merde absolue. Vous savez ce que c'est. Donc, je n'ai pas de position que vous avez tranchée. Je pense que chacun essaye de se dépatouiller comme tu peux. Tu vas chercher un médecin. Ça existe déjà.
Ça existe déjà. Bien sûr, ça existe. Il manque des unités de soins palliatifs.
Il faut des soins palliatifs. Mais le reste, il ne faut pas le faire. Il ne faut pas de nouvelles lois. Vous savez pourquoi ? Je ne réponds pas du tout sur un terrain moral. Vous avez bien compris. Je ne me passe pas du tout là-dessus. Vous savez ce qui va se passer ? Exactement ce qui se passe au Canada. Ça va être une loi pour les pauvres. Vous savez, payer. Elle est vulnérable. Dans ma ville, il y a des EHPAD. Je ne sais pas si vous savez, ça coûte cher un EHPAD quand vous avez un papa ou une maman. Tout le monde ne l'a pas. Quand vous aurez répété deux ou trois fois à quelqu'un en EHPAD, écoute, tu sais, c'est difficile. Tes petits-enfants, il faut aller à l'école.
Ça coûte cher l'EHPAD et tout. Comment ça pèse ? Si tu te sens inutile, si tu sens que tu as une charge pour tout le monde et une charge pour tes enfants, pour tes enfants, vous avez vu l'explosion au Canada des gens ?
Et célébrer ça, pour vous, c'est indigne et indécent ?
C'est dégueulasse, madame. C'est immonde. Attendez, c'est un cocktail de célébration. Et le Conseil économique et social qui va y inviter les gens qui ont travaillé, comment ça s'appelait ? Je ne savais jamais. La Convention, la Convention sociale, c'est du procri, au lieu de prendre tes responsabilités, tu vas demander aux autres de les prendre à ta place. Vous avez vu, ils ont écrit aux gens qu'ils allaient prendre en charge leur hébergement et leur déplacement.
Mais tu prends en charge l'hébergement et le déplacement de gens pour participer à une fête sur un truc qui est quand même de près ou de loin, tellement lié à la mort, tellement intime, tellement difficile à prendre, tellement compliqué. Mais qu'est-ce qu'ils ont dans la tête, madame ?
Robert Ménard, on est sur CNews et sur Europe 1. Ce soir, à 22h, vous le savez, la France va affronter le Maroc en quart de finale de la Coupe du Monde. Au-delà du simple enjeu sportif, il y a un risque de débordement qui est réel, il y a un dispositif de sécurité qui est extrêmement conséquent. Le ministre de l'Intérieur l'a annoncé. On s'y habitue ? Il faut s'habituer ou pas s'habituer ?
Je ne veux pas m'y habiter. Moi, j'ai appelé la consul du Maroc à Montpellier parce qu'on a eu quelques petits problèmes lors du précédent match avec le Maroc. Moi, j'ai envie de faire la fête. Moi, je n'ai rien contre l'équipe du Maroc. Quand il y a eu la finale de la Cannes, pour l'Afrique, il y avait un match entre le Maroc et le Sénégal, je suis allé avec les supporters marocains parce que, je vous le dis ici, je préférais le Maroc au Sénégal. Ce n'est pas gentil, mais c'est comme ça. Peut-être parce que je suis né en Afrique du Nord et que c'est mon histoire et que j'aime bien le Maroc et tout ça. Donc, je n'ai aucun problème.
Moi, simplement, comme maire, on a eu des réunions hier à la sous-préfecture pour éviter les débordements. Vous avez compris ? On a tous intégré le fait que demain, c'était hier, c'est ce soir, vous pouvez avoir des problèmes à cause d'une bande de petits cons qui ne représentent pas la communauté marocaine chez moi, mais qui sont là, qui sont de la deuxième ou de la troisième génération, qui vont aller foutre le bordel. Et puis, de façon dangereuse, vous savez, ils roulent en bagnole avec le drapeau, c'est ce que je disais à la consuline. Je disais, vous avez envie qu'ils écrasent quelqu'un ou qu'ils se cassent la gueule et qu'ils meurent ce soir-là ? Moi, ça me tue qu'on soit là.
Et encore, chez moi, c'est calme. Personne ne va piller quoi que ce soit, va casser l'ombre du lit. Ça n'arrive jamais, mais peut-être que j'ai un goût de l'ordre tel que ça décourage n'importe qui. Mais dans les grandes villes, ça sera peut-être la même manière. Vous êtes sûr qu'à Paris, il n'y aura pas le bordel ? Vous y mettriez votre main à couper ?
Le préfet croit qu'il y aura des bords de bord.
Mais c'était, alors que ça va être une fête, même si, évidemment, j'ai envie que ce soit la France qui gagne.
Dernière question. Il y a évidemment un contexte géopolitique très lourd autour de cette élection en 2027. Ce qui se passe en Iran, avec la reprise, en tout cas, de certaines frappes iraniennes sur le Kouaït et Bahreïn. Et puis l'Ukraine. Vous revenez, je crois, d'un voyage en Ukraine. Qu'est-ce que vous y avez vu, Robert Ménard ?
D'abord, je suis allé saluer mes amis ukrainiens parce que ma ville jumelait avec une ville qui s'appelle Chorkiv en Ukraine. Parce que c'est terrible, madame, la guerre. Parce que les gens, ils parlent comme ça. Peut-être parce que vous, moi, on sait ce que c'est, on y est allé et tout. La guerre, ce n'est pas la fleur au fusil. C'est des horreurs. Je suis allé dans les hôpitaux voir les blessés. Ils sauront, eux, quoi qu'il arrive, quand tu es amputé, tu restes amputé toute ta vie. C'est terrifiant. Les orphelins, enfin, vous êtes maman, vous savez ce que c'est. Les femmes habillées toutes en noir parce qu'elles ont perdu leur mari. Et leur mari, souvent, c'est des jeunes papas.
Donc, d'abord, leur dire ça parce que c'est facile. Je ne voulais pas simplement dire, comme je peux vous le dire, que je suis du côté, évidemment, des Ukrainiens et pas que du côté des forces russes. Je le redis pour tous ceux qui renvoient dos à dos. Il y a un agresseur, un agressé. Il y a un pays qui est envahi par un autre pays. Tu tournes, tu vires. C'est quand même ça, la réalité. Donc, ça, c'était la première chose. La deuxième chose, ils m'ont amené au front et je suis allé dans un bunker, vous savez, où ils pilotent les drones. Et là, c'était terrible pour la première partie, la douleur.
Et là, l'espoir, personne ne m'a dit, on va gagner la guerre, de toute façon, personne n'a cette prétention. Mais ils me disent tous, avec les drones, le rapport de force a changé et les Russes ne gagneront pas la guerre. Et je trouve ça formidable parce que je suis de ceux qui pensent que les Ukrainiens, je sais le régime ukrainien, je suis allé 20 fois en Ukraine, je sais ce qu'il est. Mais quand même, ils se battent pour, pardon madame, pour nos libertés, pour le fait qu'on puisse ici dire ce qu'on dit sans problème et sans menace. Et rien que pour ça, rien que pour ça, il mérite plus qu'un coup de chapeau. Notre admiration, je suis admiratif.
Merci beaucoup Robert Ménard d'être venu ce matin dans la matinale. C'est nous et Europe 1. Bonne journée à vous.
Robert Ménard