Bruno Millienne - L'interview politique du 02/07/26
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Bonjour Bruno Milienne, vous êtes ex-député des Yvelines, membre du Modem, ancien conseiller de François Bayrou, Ilana le disait à Matignon, aujourd'hui président de l'ARSE, l'Alliance Renouvelable et Souveraineté Énergétique, on va parler bien sûr des suites de la cadicule, mais on va commencer par la présidentielle, les dates sont connues, premier tour 18 avril, deuxième tour 2 mai, au lendemain des manifestations du 1er mai, d'ailleurs ça crée un peu la polémique dans le sens où beaucoup s'estiment que les syndicats, la gauche, vont forcément faire de la politique lors des défilés du 1er mai, alors qu'on sera en période de réserve à la veille de l'élection, qu'est-ce que vous en pensez ?
J'en pense que les français ne seront pas dupes, et puis de toute façon on est très loin encore de l'élection présidentielle, il peut se passer beaucoup de choses, j'ai écouté avec beaucoup d'attention tout ce qu'ont pu déclarer les putatifs candidats, il y en a de plus en plus, vous avez remarqué, le dernier en date je crois c'est Philippe Brun, absolument, donc on n'a qu'à continuer comme ça, on n'a qu'à continuer comme ça, et je pense que le deuxième tour est déjà inscrit sur vos tablettes, et il opposera Jean-Luc Mélenchon à Jordan-Nordella, on va en parler bien sûr, on va en parler, il faudrait bien que tous ces gens-là se ressaisissent un petit peu quand même.
Alors, pléthore de candidats, vous le disiez, à part au RN ou à l'EFI, où tout est bien organisé, bien cadré, à gauche, au centre, à droite, on a rarement vu ça effectivement à un an de l'échéance, personne ne s'impose sans discussion dans tous ces courants, et notamment dans le vôtre, on va dire, ce qu'on a coutume d'appeler le bloc central, et on a notamment deux ex-premiers ministres d'Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Edouard Philippe, qui ont pris leur distance parfois violemment avec le président, mais qui sont toujours au coude à coude, qui est le meilleur pour vous, pour incarner ce courant central ?
Moi, je vais être plus dur, je crois, que la plupart des observateurs politiques, je pense qu'il n'y en a aucun, en fait. Moi, ce que j'entends des discussions que j'ai maintenant que je suis semi-retraité, c'est ça, ce qui est bien, c'est qu'on me parle beaucoup, et les gens, la rue, et je ne suis plus à Paris, donc ça aussi, le fait de s'éloigner de Paris, de retourner dans la, entre guillemets, la vraie vie, vous permet d'avoir des discussions un peu préceptives, et les gens se foutent totalement de savoir qui sera candidat au centre, je vous le dis.
Ce qu'ils veulent, c'est d'abord qu'on mette sur la table un projet, un projet pour eux, pour les Français, pour le pays, pas pour les candidats, pas pour qu'ils puissent prendre le pouvoir, ça, les Français n'en veulent plus. Et ce qu'ils veulent aussi, c'est qu'on puisse contrôler ce que vont faire les futurs candidats, si jamais ils sont élus. Donc c'est surtout ça qui est important, le projet, une fois que vous aurez le projet qui sera accepté par les Français, alors peut-être vous pourrez parler de personnalités qui vont porter ce projet. Mais tant que ça, ce n'est pas fait, vous pouvez mettre n'importe qui.
Pour l'instant, les gens ne voient qu'une seule chose, ce qu'a très bien décrit François Bayrou, pour l'instant, c'est ce qu'on appelle le fameux TPMG, tout pour ma gueule.
Alors, François Bayrou, dont vous êtes proche, bien sûr, faut-il le rappeler, a récemment jeté un pavé dans la mare. Lui, il ne croit ni en Édouard Philippe, ni en Gabriel Attal, et lui, il mise sur Thierry Breton, ancien ministre de l'économie, ancien commissaire européen. C'est une bonne idée, Thierry Breton ?
Ce n'est pas complètement idiot, si vous vous rappelez du personnage qui a sorti l'Italie de la crise, qui s'appelait Mario Draghi. Donc, quand notre personnel politique est à ce point aveugle, de ne pas comprendre que c'est un projet pour la France qu'il faut qu'il porte et un projet pour les Français, eh bien, peut-être qu'il faut faire appel à des personnalités extérieures qui ne sont pas engluées, on va dire, dans le marécage politico-médiatique qu'on connaît ici à Paris, et des gens qui peuvent apporter des solutions simples, de bon sens, à l'aune de l'expérience qu'ils ont pu avoir. Ça peut être Thierry Breton, ça peut être Christine Lagarde, ça peut être beaucoup de gens comme ça.
Donc, c'est pour ça que je vous dis, pour l'instant, l'homme ou la femme providentielle n'existent pas, il faut travailler énormément sur le projet. C'est ce qu'a commencé à faire discrètement, je crois, Elisabeth Borne, avec pas mal de centristes autour d'elle, il y a la semaine dernière, je crois, il y a eu une réunion là-dessus, pour voir comment on peut effectivement avoir un projet commun qui puisse rassembler finalement de la social-démocratie jusqu'à la droite compatible, on va dire ça comme ça. Parce que plus d'un candidat dans cet espace-là, ça ne passe pas.
Effectivement, le problème, c'est que ça tire un peu dans tous les coins. Donc, François Bayrou, lui, ne mise ni sur Philippe, ni sur Attal. Et puis, à droite, Laurent Wauquiez, lui, torpille la candidature Retailleau. Il estime dans le filet que c'est Édouard Philippe qui incarne l'ordre et le sérieux permettant de redresser la France. Et en creux, il suggère de débrancher son ami, si j'ose dire, Retailleau. C'est sympa l'ambiance là ?
Non, mais c'est encore, vous le voyez bien, c'est encore les vieilles recettes, c'est encore du TPMG. On voyait bien que Wauquiez est en train de se placer.
TPMG traduisé par ?
Tout pour ma gueule. Voilà. Donc, Wauquiez est en train de se placer. Retailleau, pour l'instant, ne dépasse pas les 10% dans les sondages. Donc, pour l'instant, si on regarde objectivement, que fait Laurent Wauquiez ? Il place son parti en allié d'Édouard Philippe qui, pour l'instant, caracole en tête, pas de beaucoup, mais caracole en tête un peu. Mais on est très loin d'avril-mai 2027. Donc, encore une fois, on voit, les pions sont en train de se placer. Les choses bougent. Mais tous ces gens-là se placent, encore une fois, non pas pour amener sur la table un projet pour les Français et pour la France.
Ils se placent pour pouvoir, eux, occuper des postes et continuer à être importants dans la vie politique française.
Alors, vous le disiez, il y a un risque. C'est celui d'un deuxième tour Mélenchon-Le Pen ou Mélenchon-Bardella l'année prochaine. Ça vous inquiète vraiment ? Ce n'est pas un scénario de politique fiction ?
Ah non, pour moi, ce n'est pas un scénario de politique fiction. Si vous regardez aujourd'hui, avec la multiplicité des candidatures, je ne crois pas me tromper en disant que Mélenchon, dans les sondages, aujourd'hui, est plus haut qu'il ne l'était à la même époque à la précédente présidentielle.
Voir 16% dans les sondages, alors que d'habitude, il démarre plutôt autour de 10, 11, 12.
Donc, le deuxième tour se joue aujourd'hui aux alentours de 16, 17%. D'accord ? Donc, il n'en est pas loin. Et il va tout faire pour y arriver. Ne vous inquiétez pas. Et puis, vous voyez bien, la gauche, enfin la gauche, ce qui reste du Parti Socialiste, on va dire, n'est encore pas tout à fait au clair par rapport à la candidature de Mélenchon. Ils ont beau dire, sans Mélenchon et tout, ça tire de tous les côtés. Parce qu'après la présidentielle, encore une fois, il y a les législatives. Et les législatives, c'est ce qui sauve votre parti. Plus vous avez de députés, plus vous avez d'argent.
Donc, pour avoir des députés, on est capable de s'allier avec le diable parce que ça nous fait gagner des sièges supplémentaires qu'on n'aurait peut-être pas eu tout seul. Donc, voilà, on est toujours dans la même chose. C'est-à-dire qu'avant tout intérêt général, avant tout projet pour le payer pour les Français, on place d'abord ses pions, on place d'abord son parti et on ne pense pas à l'intérêt général. Moi, je plaide pour un pacte d'unité nationale. Je sais bien que c'est complètement utopique. Mais je ne vois pas comment on s'en sort sans ça, honnêtement.
Alors, qu'est-ce que ça vous inspire sur le fait que potentiellement, les Français veulent installer en finale un représentant de l'extrême gauche et un représentant de l'extrême droite ? Sur l'état de notre démocratie, c'est grave, docteur ?
Sur l'état de la démocratie, les Français, ils ont été clairs deux fois. Ils ont été clairs en 2022, ils ont été clairs en 2024. Qu'est-ce qu'ils ont demandé aux partis politiques et à leurs représentants ? Ils leur ont demandé de travailler ensemble pour le bien du pays. L'ont-ils fait ? Non. Donc maintenant, qu'est-ce qu'ils font ? Il leur reste soit effectivement ce que je prône, c'est-à-dire un projet d'unité nationale qui s'occupe uniquement des intérêts des Français, et que les Français disent, bon, allez, on va essayer ça. Encore une fois, on va essayer ça parce qu'ils ont l'air sincères. Ou alors, les extrêmes qui, effectivement, eux, n'ont pas de souci d'objectif.
Leurs objectifs sont clairs. Enfin, leurs programmes sont clairs. Même s'ils sont catastrophiques pour la France, ils sont clairs. Il y en a un qui est un peu plus dangereux que l'autre, mais ils sont clairs. Voilà. Les deux sont dangereux pour le pays. Mais après tout, les Français se disent, écoutez, vous savez quoi ? Vous êtes un foutu de bosser ensemble. C'est ce qu'on vous demande déjà depuis 2022. Eh bien, on va essayer les extrêmes. On verra bien. Les institutions sont solides. Peut-être qu'ils ne pourront pas faire tout ce qu'ils ont promis et que finalement, ça ne changera pas grand-chose.
Moi, je ne crois pas que, contrairement à ce que disent les Français, que ça ne changera pas grand-chose. Ça a changé beaucoup de choses. Notamment pour la démocratie, la liberté de la presse, etc. Des deux côtés. Donc, voilà. C'est un jeu dangereux. Mais c'est tout le personnel politique entre ces deux extrêmes qui amène les Français à faire ça.
L'un est plus dangereux que l'autre. C'est lequel, d'après vous ?
Économiquement, c'est Mélenchon. C'est clair. Parce que je vais être un peu cash. Quand vous regardez le programme économique du RN, d'abord, il n'est pas clair. Vous avez le programme de Jordan Bardella et puis vous avez le programme de Marine Le Pen. Ils ne sont pas les deux mêmes. Et puis, ils ne sont pas quand même super costauds en économie. Donc, je pense que si les organisations patronales arrivent avec des programmes assez complets qui tiennent compte à la fois du social et à la fois de la vie des entreprises, ça sera beaucoup plus facile pour les gens du RN de chausser les patins et d'essayer de l'appliquer tel qu'on leur aura amené. C'est un danger, donc.
Parce qu'effectivement, on voit bien que le RN peut être choisi pour plus de facilité de négociation avec eux que Jean-Luc Mélenchon, qui, lui, ne négociera rien du tout avec personne. Il est là pour prendre le pouvoir, faire du CPI une dictature trotskiste, comme il en existe partout dans le monde, et que les gens ne croient pas qu'il va redistribuer le pouvoir aux autres. Ce n'est pas vrai.
Mais très clairement, si on a un deuxième tour, Bardella-Mélenchon ou Le Pen-Mélenchon, les sondages disent tous que c'est le RN qui gagnera et très largement, Mélenchon ne peut pas gagner cette présidentielle. C'est l'homme politique qui effraye le plus l'opinion et qui effraye le plus les Français.
Oui, mais on est d'accord, David. Et oui, il ne gagnera pas. Mais il ne veut pas gagner, Mélenchon. Il veut installer Marine Le Pen ou Jordan Bardella au pouvoir pour pouvoir mieux les combattre, pour pouvoir gagner une espèce de légitimité d'opposant à l'extrême droite et pouvoir être présent pour le coup d'après, voire même avant, si tant est qu'il arrive à bordéliser complètement le pays et provoquer des élections anticipées. En tout cas, on va vers le bordel, ça c'est clair.
Alors, il va y avoir une date importante la semaine prochaine, le 7 juillet, c'est mardi, jugement de la cour d'appel concernant Marine Le Pen et l'affaire des assistants parlementaires au Parlement européen. Elle risque d'être écartée de la course. C'est qui pour vous celui ou celle qui peut porter le RN au plus haut ? C'est Marine Le Pen ou c'est Jordan Bardella ? Quel est le candidat le plus dangereux ?
Moi, je pense que ça reste Marine Le Pen. Alors après, on verra si elle est en capacité de se présenter ou pas parce que Jordan Bardella, vous le savez et vous le sentez, quand la campagne va se durcir, quand les débats vont devenir plus rugueux, avec beaucoup plus de fonds, ça va être plus difficile pour lui que ça ne le serait pour Marine Le Pen. Donc, on verra bien ce que les juges décideront. On se perd en conjecture, notamment avec vos confrères. Des fois, quand on discute de ça hors micro, comme dirait l'autre, il y en a qui disent « Non, je ne crois pas qu'ils vont la rendre inéligible, ce n'est pas possible.
» D'autres qui disent « Ben si, il n'y a pas de raison parce que sinon, ça ne veut rien dire, ça veut dire qu'elle n'est condamnée à rien. »
Les voix des magistrats sont impénétrables quand même.
Oui, ils sont indépendants, ils feront ce qu'ils veulent. Mais pour moi, Marine Le Pen reste la plus dangereuse. Parce qu'elle a la pif de fond que Jordan Bardella, c'est simple.
En quelques secondes, pour finir, je le disais, vous êtes président de l'Alliance Renouvelable et Souveraineté Énergétique. Après la pire canicule qu'on ait vécu en France et en Europe depuis des décennies, le sujet est devenu très politique. Beaucoup d'attaques sur l'impréparation du gouvernement, beaucoup de critiques. Est-ce que c'est justifié ?
Absolument pas justifié. C'est de la politique politicienne. Les dix gouvernements successifs ont fait des erreurs. Je vous prends, puisque le temps court, je vais vous prendre un exemple rapide sur la rénovation des bâtiments. On pense la rénovation des bâtiments uniquement en termes de chauffage. Et on la pense mal, parce qu'on base tout ça sur un DPE, un diagnostic de performance énergétique, qui est nul et non avenu.
Il faut revoir le système, pas changer ma prime rénov', il faut qu'elle reste là, mais plutôt que de subventionner l'achat de matériel énergétique, il faut qu'on revoie le système, c'est-à-dire que le DPE se transforme en vrai diagnostic énergétique, que vous ayez les forces et les faiblesses de votre bâtiment, pour la chaleur et pour le froid, et que vous fassiez la rénovation en fonction d'eux, et qu'on récompense l'efficacité énergétique obtenue, et non pas les machines que vous allez mettre dedans, qui ne font qu'engraisser certains industriels et qui n'amènent aucune solution.
Merci Bruno Milienne d'avoir répondu aux questions de Radio-J. On aura l'occasion de vous interroger, bien sûr, dans les mois qui viennent, sur la présidentielle. A bientôt.
Merci beaucoup David. Est-ce qu'on vous retrouve lundi ou est-ce qu'on vous retrouve cet été ?
Écoutez, il est possible que la semaine prochaine je ne sois pas là, mais la semaine suivante je serai là.
Ah super, et bien on compte sur vous. Merci beaucoup David. Demain ce sera l'édito, vous le savez, de Paul Amart.