Local elections, right-wing alliance...The full interview with Yaël Braun-Pivet
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonsoir, Yael Broun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale. Quand on regarde la moisson du bloc central aux élections municipales, elle est assez maigre. Édouard Philippe qui rempile au Havre, Annecy et Bordeaux qui tombent dans l'escarcelle de la majorité, et puis c'est à peu près tout. Ça veut dire que 9 ans de macronisme, électoralement parlant, c'est 3 villes.
Vous êtes durs avec nous, et je crois pas tout à fait exact. Parce qu'en fait, ce qu'on a tendance à regarder, et c'est normal, c'est les résultats dans les très grandes villes. Mais l'implantation locale, ça n'est pas que des très grandes villes de plus de 50 000, 100 000 habitants sur tout le territoire national. Il y a beaucoup de maires qui ont été élus, des équipes avec des maires, divers centres, divers droites, etc., qui sont raccrochés au macronisme, mais qui ne sont pas forcément étiquetés. Rappelez-vous, plus de la moitié des communes de France n'ont pas de maires étiquetées politiquement. Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas dans l'arc républicain, central, modéré, etc.
Je pense qu'il ne faut pas être injuste avec notre positionnement politique. Il existe, et je pense surtout que les Français, eux, sont fondamentalement des gens modérés qui vont se reconnaître dans ces camps-là.
Les Français sont majoritairement des gens modérés ?
Que ce soit nous, que ce soit les sociodémocrates, que ce soit les républicains, on a quand même une très large partie de notre population, et c'est heureux qu'ils refusent les extrêmes, que ce soit l'extrême gauche et l'extrême droite, et qu'ils se reconnaissent dans des personnes qui ont des positions plus modérées, plus raisonnables, plus responsables. Je le crois profondément.
Qu'a payé, selon vous, l'ancien Premier ministre François Bayrou ? C'est une des fêtes très remarquées hier soir à Pau. C'est quoi ? C'est d'avoir été Premier ministre d'Emmanuel Macron ? Je ne crois pas.
Vous savez, peut-être que c'est triste, mais c'est la fin d'une vie politique. Et je le regrette, parce qu'en fait, François Bayrou apporte beaucoup à la politique, avec sa vision centrale d'équilibre, et justement d'essayer de faire marcher les gens les uns avec les autres en mode coalition, ce que nous n'arrivons toujours pas à faire en France, c'est ce que je regrette. Après, c'est difficile, les élections municipales, ça s'est joué à pas beaucoup. Et là aussi, c'est important, ça veut dire qu'il faut que les gens aillent voter, qu'ils se disent que leur vote sert à quelque chose. Et on voit bien que parfois, ça bascule à une voix, à dix voix, à cent voix, à quelques centaines de voix.
Donc votre vote compte. Ça, c'est une bonne nouvelle. C'est vrai que c'est rude pour la famille Modem. C'est rude pour l'ancien Premier ministre. Et évidemment, je lui ai adressé un message de sympathie, parce que ça ne fait jamais plaisir. C'est quelqu'un qui s'est beaucoup engagé, qui va continuer, je l'espère, à s'engager. Il y en a d'autres. Il y a des défaites qui sont rudes. Celle de Christian Estrosi, celle de Rachida Dati également. Vous savez, la politique, c'est un engagement total. Et donc, humainement, de vivre ce type de défaite, c'est douloureux personnellement. Et donc, je pense à eux ce soir.
Vous parlez de Rachida Dati. On sait qu'Emmanuel Macron a fait beaucoup pour qu'elle arrive à la mairie de Paris. Ce n'est pas le cas. Et c'est même assez net. Un 10 points de retard sur Emmanuel Grégoire. Il l'a soutenue. Elle a pu rester ministre jusqu'à quasiment trois semaines avant le premier tour. Il est intervenu entre les deux tours pour obtenir le retrait du candidat horizon Pierre-Eve Bournazel. Est-ce qu'il a eu le tort de s'en mêler ?
Je ne crois pas. Je crois qu'il a raison. En fait, un président de la République, un Premier ministre, des ministres... A toujours raison ? Pas du tout. Mais il a raison de faire de la politique. Attendez. Mais il s'est investi beaucoup pour elle. Et on ne l'a pas vu s'investir pour les autres candidats. Mais il s'est aussi engagé pour d'autres. Maintenant, on voit bien que ça ne suffit pas, que les Français sont attentifs au projet, à la façon dont on le porte, etc. Et qu'il n'y a pas de recette magique ni miracle pour gagner une élection. Regardez Jean-Michel Aulas à Lyon. On pensait tous qu'il allait renverser la table. Et ça n'a pas été le cas. La politique n'est pas une science exacte.
Et ça n'est surtout pas une science mathématique.
Quand vous regardez la liste sur Michel Aulas à Lyon, annoncé grand vainqueur dans les sondages et qui finalement perd, vous avez cité François Bayrou à Pau, qui perd sa mairie. Pierre-Yves Bournazel, qui n'arrive pas à se qualifier pour... plutôt qui retire sa liste. Mais le score n'était pas phénoménal non plus. Christian Estrosi, candidat d'horizon à Nice, qui est battu par Éric Ciotti. Il y a un côté, la poisse des candidats macronistes.
Non, franchement, comment vous pouvez dire ça ?
Comment vous expliquez qu'après 9 ans au pouvoir, vous ne soyez pas à la tête de davantage de grandes villes et que les scores ne soient pas plus élevés que ça ?
Deux quinquennats. Non, mais parce que l'implantation locale, elle vient du bas. Elle ne vient pas d'en haut. Ah bah, Christian Estrosi, il était sortant. Non, mais elle vient du bas. Elle vient des citoyens. Elle vient d'un ancrage local. Elle ne se décide pas. Elle ne se décrète pas d'en haut. Ça n'est pas quelque chose de vertical, une implantation locale. Mais sans parler de poisse, il y a le bon sujet. Et ça met du temps, vous savez.
Mais sans parler de poisse, est-ce que vous entendez que l'étiquette macroniste, ou en tout cas ce lien avec le chef de l'État par son parti, est finalement un effet repoussoir ? J'entends qu'il y ait des villes aujourd'hui conquises, mais c'est vrai que ce n'est pas le grand chelème et que cette implantation locale est un manque pour le parti.
C'est un manque et on le voit bien. Mais c'est parce que c'est difficile de s'implanter localement. Et on voit bien que les nouveaux partis font eux aussi des scores qui ne sont pas mirobolants. Et que finalement, les partis qui réussissent sur des élections locales, des élections municipales, c'est bien souvent des partis qui sont installés depuis très longtemps, qui ont des cadres, qui ont des militants, qui sont implantés dans le tissu associatif. Ça met longtemps. Moi, je vois dans mon territoire, dans les Yvelines, on a gagné hier une ville. En 2020, on n'avait pas réussi à la conquérir. Hier, on a réussi avec les mêmes militants qui, courageusement, ont continué à travailler.
C'est la ville de Montesson. Et c'est des petites choses pour vous parce que vous avez la vision nationale. Et moi, je vois au contraire que c'est du travail sur mesure, méticuleux. C'est long, ça prend du temps. Et c'est ce travail qu'il faut que nous, on continue à faire parce que c'est fondamental. Parce que les maires, c'est la vie quotidienne des Français. C'est eux qui vont changer la vie des gens au jour le jour. Donc on ne peut pas, nous, partis politiques, se désintéresser de cette élection-là.
Yael Brunbi, je voudrais qu'on dise un mot des alliances à gauche qui ont fait beaucoup parler entre les deux tours des élections. Elles ont été parfois fructueuses. Ça a été le cas par exemple à Nantes où la maire sortante socialiste s'était alliée avec les insoumis. Parfois, ça s'est conclu par un échec. Toulouse, le candidat des Insoumis, rejoint par le Parti Socialiste, n'a pas réussi à prendre la mairie. Est-ce que vous les qualifiez, comme Bruno Retailleau, d'alliance de la honte ?
Alors moi, ce que j'ai observé surtout, c'est que les maires socialistes qui avaient été intransigeants avec la France insoumise ont quasiment tous été réélus. C'est-à-dire Emmanuel Grégoire à Paris, Benoît Payan à Marseille ? Grégoire à Paris, alors qu'il y avait une liste insoumise. C'est Mathieu Klein à Nancy. C'est Nicolas Meyer-Rossignol à Rouen. Il y a des contre-exemples aussi. C'est Michael Delafosse à Montpellier. On a des maires courageux qui sont droits, qui sont clairs dans leurs orientations politiques, qui n'ont pas fait d'alliance et qui gagnent. Donc moi, j'observe ça principalement.
Et après, ce que je vois, c'est qu'effectivement, les alliances de deuxième tour avec la France insoumise, ça ne marche pas. Mais je crois que les alliances de deuxième tour, ça ne marche pas. Les Français, ils ont besoin de clarté. Ils ont besoin de constance. Ils ont besoin de savoir que la personne qu'ils vont élire a une cohérence idéologique. Et lorsqu'on fait des alliances de deuxième tour, on perd de cette cohérence idéologique et je pense qu'on perd les Français.
Vous n'êtes pas très loin de dire comme Olivier Faure, le patron du PS, Jean-Luc Mélenchon, est un boulet pour la gauche. Pas très loin.
Ce n'est pas une question de boulet. Je pense que Jean-Luc...
Comment vous expliquez les exemples que vous venez de donner ?
Je pense que Jean-Luc Mélenchon, c'est le poison de la gauche. C'est le poison de la gauche parce qu'il a des positions qui sont radicales, qui le situent largement en dehors du champ républicain. Et le fait que... En dehors du champ républicain. Il y a des alliances avec le Parti socialiste. Eh bien, effectivement, ça fait perdre le Parti socialiste parce que... Et j'en reviens à ce que je vous disais au début, les Français sont radicalement modérés. Ils ne sont pas majoritairement en phase avec les partis extérieurs.
Je reprends ce que vous venez de dire. Il est en dehors du champ républicain. Est-ce que ça signifie qu'aujourd'hui, vous mettez un signe égal entre la France insoumise version Jean-Luc Mélenchon et le RN version Jordan Bardella et Marine Le Pen ?
En fait, je ne sais pas bien ce que c'est que le RN version Bardella ou Marine Le Pen.
Est-ce qu'il est en dehors du champ républicain ?
Ce qui est sûr, c'est que le RN continue à avoir des collaborateurs, des candidats qui sont suspectés d'antisémitisme, etc. Et élection après élection, ils doivent faire le ménage dans leur liste. Mais à chaque élection nouvelle...
Ça suffisamment, selon vous, les brebis galeuses, c'est ça ?
Le problème, c'est que ça se reproduit à chaque élection. Donc, en fait, il y a quand même... Ça pose question. Si le ménage était réellement fait, il n'aurait plus besoin de le faire demain. Et à chaque élection, on a des cas, on a des situations, etc. Donc, il y a un vrai sujet. Et puis, quand on regarde le programme du Rassemblement national, notamment ce fameux référendum sur l'immigration, non seulement, sur le fond, il propose quelque chose qui est complètement en dehors du champ républicain, puisqu'il propose une politique de préférence nationale, qui est complètement contraire à nos valeurs, à notre histoire, mais à la Constitution aussi.
Et ils le savent bien, puisque, sur la forme, ils veulent modifier la Constitution en passant par un chemin détourné. Mais la conclusion, vous en direz...
Pardon, je vous repose la question. Vous considérez que les deux sont aussi dangereux l'un que l'autre ? Elle est finie d'un côté RN de l'autre.
Alors, les deux, pour moi, sont aussi dangereux l'un que l'autre. Pas pour les mêmes raisons. Pas pour les mêmes raisons. Pas pour les mêmes raisons. Et les deux sont en dehors de l'arc républicain. Et résolument, les deux extrêmes. Après, en fait, on n'a pas besoin de le qualifier. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que les deux ont un programme qui est dangereux et un programme qui vient contrer ce sur quoi est fondée notre République et ce sur quoi la France s'est bâtie.
La France, ça n'est pas ça. Je suis saisie depuis le début de cette interview. Ça fait deux fois que vous dites que les Français sont modérés. Quand on voit les enquêtes d'opinion et cette projection, d'ailleurs, hier soir, que près de 38% des Français sont prêts de main à voter pour Jordan Bardella, franchement, c'est un peu contre-intuitif comme constat.
Non, je ne crois pas. Je crois que les Français, et quand on les interroge, et c'est ça qui est aussi intéressant, c'est que finalement, les 38% de Français dont vous parlez, je crois, ne se reconnaissent pas tous dans un programme extrême. Et donc, c'est aussi pour ça... C'est quoi ? C'est de la colère ? C'est du ras-le-bol ? C'est du ras-le-bol. On n'a pas essayé, etc. Mais je crois fondamentalement qu'ils n'ont pas forcément la conscience aiguë de ce que représente le programme du Rassemblement national.
Et là, on est probablement coupables, nous, en tant que mes femmes politiques, parce qu'on ne le dénonce pas suffisamment et on ne le déconstruit pas suffisamment et on ne dit pas peut-être suffisamment ce en quoi il est extrêmement dangereux et contraire à la République que nous aimons tous et que ces Français aiment aussi.
Justement, il y a le bon de pivet. Gérald Darmanin, ministre aujourd'hui, dit qu'il y a d'un côté LFI, de l'autre le Rassemblement national. Ils font donc organiser notre camp en vue de l'élection présidentielle. Il apporte même une petite néance désormais. Il dit qu'il faut un seul candidat de la droite et du centre et peut-être même de la gauche républicaine pour gagner l'élection présidentielle. Est-ce que vous dites comme lui, il faut étendre cette grande primaire, y compris à la rive d'en face ?
Je suis heureuse parce que c'est plutôt lui qui dit comme moi. Alors, on ne va pas se battre pour savoir qui porte cela, mais je suis ravie qu'on le porte ensemble. Parce que je crois profondément qu'effectivement, le périmètre du candidat commun, il doit s'élargir vers la social-démocratie. Vous mettez qui dans ce périmètre commun ? Vous mettez qui dans le périmètre commun ? Je tente,
mais c'est important. La question, elle va se poser dans les semaines qui viennent. Édouard Philippe, il doit être dans ce périmètre ? Bien sûr. Lui qui, pour l'instant, n'en veut pas. Olivier Faure ?
Pourquoi pas ?
Pourquoi pas Olivier Faure dans une primaire ?
Parce que, en fait, et c'est là où ce n'est pas qu'une question de personne, c'est quel est le projet et quelle est la vision de la politique que l'on a. Et je pense que c'est de cela dont il faut qu'on parle aujourd'hui. Aujourd'hui, j'entends beaucoup, on parle des personnes. Qui ? Ça peut être qui ? C'est quoi le match ? Qui est candidat ? Comment on départage les candidats ? C'est un sujet et c'est super intéressant. Mais quand vous voyez toutes les personnalités dont on parle, c'est quand même plus le qui avant le quoi.
Justement, mais ça n'a pas de sens parce que si le qui nous fait porter quelque chose qui n'a pas de cohérence, on perd la clarté dont je vous parlais tout à l'heure dans notre interview, à laquelle je crois que les Français sont attachés. Il faut qu'on ait une cohérence et une clarté de ligne. Et donc, discutons avant et c'est ainsi qu'on pourra déterminer le périmètre. Qu'avons-nous en commun ? Et moi, je crois que nous avons beaucoup en commun des républicains aux sociodémocrates et qu'il y a des lignes de force que nous avons en partage et sur lesquelles nous devons aujourd'hui travailler.
Est-ce que vous excluez, vous, Yael Brunpivet, vous avez dit en janvier dernier, ce n'est pas le sujet aujourd'hui. C'était en janvier dernier, en mars. Est-ce que vous excluez, vous, de faire partie de cette primaire ?
Alors aujourd'hui, en fait, vous voyez, moi j'ai... Non mais, je vais vous décevoir. Aujourd'hui, je suis présidente de l'Assemblée nationale. Et ce que je me dis, à la place qui est la mienne, il faut impérativement que l'année qui vient soit une année utile aux Français. Et à la place qui est la mienne, je peux le faire. J'ai le pouvoir de faire cela. C'est-à-dire que il y a des textes qui sont importants. L'aide à mourir.
La fin de vie. Vous savez que je me bats
depuis des mois, depuis des années pour que ce texte arrive. Il doit être examiné au Sénat. Là, la semaine prochaine. Et puis il reviendra à l'Assemblée. Et on pourrait le voter avant l'été. C'est mon ambition. Il y a un texte important sur l'aide sociale à l'enfance. Il faut absolument qu'on examine ce texte. Il faut protéger les enfants de la République. Il y a un texte important sur la sécurité du quotidien. Vous savez, la lutte contre les rodéos urbains, la lutte contre tous ceux qui font, en fait, qui emmerdent les Français au quotidien, dans nos quartiers, dans nos villes, etc. Le perchoir, mais rien que le perchoir jusqu'à la fin du quinquennat, si je viens d'entendre.
pour faire cette année utile. Je crois que c'est ça la mission qui est la mienne. Merci. Parce que les Français, ils ont besoin de résultats concrets. Moi, je me bats tous les jours pour cela. Et j'asticote aussi le gouvernement, comme vous le savez, pour que les lois que nous votions soient appliquées. Parce qu'autrement, elles ne rentrent pas dans la vie des gens.
Merci.
Yaël Braun-Pivet