Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 1 mars 2023 8 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Laurence Durieu : "Germaine Richier a bouleversé la sculpture"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:01OuverteRéponse partielle

    6h20, bonjour Laurence Durieux.

  • 0:11OuverteRéponse directe

    Laurence Durieux, petite nièce de la sculptrice Germaine Richier dont on peut découvrir l'exposition au Centre Pompidou à Paris à partir d'aujourd'hui et auquel vous avez contribué.

  • 0:19OuverteRéponse directe

    Germaine Richier pour la présenter est morte jeune, 57 ans, en 1959.

  • 0:24OuverteRéponse directe

    C'est une artiste qui fut reconnue de son vivant, quantité de prix exposée partout.

  • 0:28OuverteRéponse directe

    Elle fut la première femme à exposer au Musée National d'Art Moderne, aujourd'hui Palais de Tokyo, en 1956.

  • 0:33OuverteRéponse directe

    L'exposition au Centre Pompidou présente un résumé de sa vie en sculpture, des visages, des premières pièces façonnées dans l'atelier de Bourdel dont elle a été l'élève.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:28PrésentateurFait
    « Elle fut la première femme à exposer au Musée National d'Art Moderne, aujourd'hui Palais de Tokyo, en 1956. »
  • 0:33PrésentateurFait
    « L'exposition au Centre Pompidou présente un résumé de sa vie en sculpture, des visages, des premières pièces façonnées dans l'atelier de Bourdel dont elle a été l'élève. »
  • 0:42PrésentateurFait
    « aux animaux, sauterelles, araignées, aux mythes, cheval à six têtes, griffus. »
  • 0:56InvitéFait
    « elle disait qu'elle était contre les ismes, primitivisme, qui était très en vogue à l'époque, abstractionnisme, surréalisme. »
  • 1:16InvitéFait
    « Ses parents ne veulent pas qu'elle fasse les beaux-arts. »
  • 1:25InvitéFait
    « Elle a décidé que Bourdel serait son maître sans savoir vraiment qui il était. »
  • 2:06InvitéFait
    « elle a bouleversé, en fait, la sculpture en saisissant l'humain dans sa vérité, dans ses fragilités, mais ses forces aussi. »
  • 2:30InvitéFait
    « Elle n'est pas du tout fascinée par des félins, mais son monde est peuplé d'insectes, d'araignées, qu'elle regarde à la loupe dès son enfance provençale dans la Garrigue. »
  • 2:49InvitéFait
    « Elle dit qu'elle a une enfance de sauvageonne. »
  • 3:26InvitéFait
    « Elle les considérait comme des personnes vivantes. »
  • 3:35InvitéFait
    « Et elle les considérait tellement vivantes qu'elle a conçu des tombes pour ses deux sculptures, le tombeau de l'orage et l'ombre de l'ouragan. »
  • 3:51InvitéFait
    « Car elle a fait de la taille directe dans les années 30, mais technique, elle a rapidement abandonné. »
  • 5:03InvitéFait
    « Moi, je la rapprocherais plus d'un Picasso, d'ailleurs, il lui avait lancé On est de la même famille, au Salon de Mai en 1953. »
  • 5:26InvitéFait
    « En 59, l'année de sa mort, elle expose au MoMA, la grande exposition, les nouvelles images de l'homme, et elle est la seule femme parmi 23 artistes. »
  • 6:09InvitéFait
    « elle les encourage à ne pas abandonner leur sculpture, quand elles deviennent mères, quand elles se marient. »

Temps de parole

  • Invité66 %
  • Présentateur34 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

6h20, bonjour Laurence Durieux. Bonjour. Laurence Durieux, petite nièce de la sculptrice Germaine Richier dont on peut découvrir l'exposition au Centre Pompidou à Paris à partir d'aujourd'hui et auquel vous avez contribué. Germaine Richier pour la présenter est morte jeune, 57 ans, en 1959. C'est une artiste qui fut reconnue de son vivant, quantité de prix exposée partout. Elle fut la première femme à exposer au Musée National d'Art Moderne, aujourd'hui Palais de Tokyo, en 1956.

L'exposition au Centre Pompidou présente un résumé de sa vie en sculpture, des visages, des premières pièces façonnées dans l'atelier de Bourdel dont elle a été l'élève, aux animaux, sauterelles, araignées, aux mythes, cheval à six têtes, griffus. Germaine Richier, Laurence Durieux, joue avec la matière, elle n'est jamais lisse et en même temps, elle est extrêmement difficile à classer.

0:53
Invité

Oui, c'est vrai, elle est inclassable. Elle est complètement inclassable. D'ailleurs, elle disait qu'elle était contre les ismes, primitivisme, qui était très en vogue à l'époque, abstractionnisme, surréalisme. Et c'est une affranchie. Une affranchie. Toute sa vie, elle s'est affranchie, non seulement des courants, mais aussi de son milieu familial. Ses parents ne veulent pas qu'elle fasse les beaux-arts. Elle va les faire à Montpellier. Ils sont très inquiets qu'elle monte seule à Paris, une femme pas mariée. Elle a décidé que Bourdel serait son maître sans savoir vraiment qui il était. Elle suit son instinct. Elle découvre les bas-reliefs de l'Opéra de Marseille.

Elle est complètement fascinée. Elle est chez son frère et c'est son grand frère Jean, mon grand-père, donc, qui va rassurer les parents et l'aider à monter à Paris.

1:45
Présentateur

Alors, ce qu'on découvre dans cette exposition au Centre Pompidou à Paris, il y a un mot récurrent qui vient, c'est l'humain, le corps dans sa vérité. Vraiment, il y avait ça ?

1:56
Invité

Oui, elle a bouleversé, en fait, la sculpture en saisissant l'humain dans sa vérité, dans ses fragilités, mais ses forces aussi. Et c'est vrai que le lys n'est pas de mise chérifiée et son modelé est bouillonnant, transpercé de lumière, parfois scarifié, vivant.

2:18
Présentateur

Et il y a aussi un énorme rapport à la nature parce qu'elle va sculpter aussi des animaux, on va dire aussi des insectes, enfin des animaux, ce qu'elle appelait des animaux méprisés.

2:30
Invité

Oui, exactement. Elle n'est pas du tout fascinée par des félins, mais son monde est peuplé d'insectes, d'araignées, qu'elle regarde à la loupe dès son enfance provençale dans la Garrigue. Elle est plutôt du style à sécher l'école, justement, l'école buissonnière. Elle dit qu'elle a une enfance de sauvageonne. Et c'est vrai que son art est aussi une fusion du vivant. Et en ça, elle est extrêmement moderne car pour elle, on est aussi minéral, végétal, animal et de surcroît humain.

3:11
Présentateur

Et il y a aussi dans l'exposition un cabinet de curiosité où on découvre ses outils, ses instruments. Et il y a une photo, moi, que j'ai notée, où on la voit enlacer une de ses œuvres, la sauterelle. Quel rapport Germaine Richer ? Elle avait un rapport très particulier avec ses œuvres.

3:26
Invité

Elle les considérait comme des personnes vivantes. D'ailleurs, dans l'exposition sont présentées l'orage et l'ouragan, qui sont son grand homme et sa grande femme. Et elle les considérait tellement vivantes qu'elle a conçu des tombes pour ses deux sculptures, le tombeau de l'orage et l'ombre de l'ouragan, qu'elle fait tailler par un autre sculpteur intérieur sur pierre d'Odègne. Car elle a fait de la taille directe dans les années 30, mais technique, elle a rapidement abandonné. Et donc, derrière l'orage et l'ouragan sont présentés ces tombeaux de pierre, qui, eux, sont lisses. La mort est lisse chez Richer.

4:05
Présentateur

Et elle disait aussi, je travaille selon ma bonne humeur, ma santé, mon instinct. On a le sentiment de quelqu'un d'heureux dans son milieu.

4:14
Invité

Oui, d'ailleurs, elle disait, elle utilise peu d'instruments, il faut sentir la joie de créer. Et c'est vrai que Richer, c'est aussi un tempérament très contrasté, comme sa Provence natale. Voilà, où le mistral peut rendre fou, les cigales, le champ des cigales perçait la tête, les bois sont cassants, les oliviers sont secs. Et donc, c'est vrai que c'est un tempérament très gai, inquiet, impétueux, généreux.

4:43
Présentateur

Il y a une chose qu'on dit, que j'ai lu ça et là, on l'a comparée à la Giacometti féminine. Je ne sais pas si c'est le bon terme, mais il y a quand même une chose que moi, je constate, c'est qu'on connaît tous Giacometti, on peut tous dire qui c'est. Mais Germaine Richer, comment vous expliquez, malgré son succès de l'époque, qu'elle soit encore méconnue du grand public ?

5:03
Invité

Moi, je la rapprocherais plus d'un Picasso, d'ailleurs, il lui avait lancé On est de la même famille, au Salon de Mai en 1953. Et alors, elle meurt jeune, à 57 ans, et c'est vrai qu'elle porte son œuvre. Et comme vous dites, elle est internationalement reconnue, ça c'est une pionnière, c'est vraiment l'artiste reconnue des années 50. En 59, l'année de sa mort, elle expose au MoMA, la grande exposition, les nouvelles images de l'homme, et elle est la seule femme parmi 23 artistes. Mais c'était le fait d'être une femme, justement ? Non, pour Richer, le monde dominé par les femmes n'était pas un sujet.

En fait, elle est aussi affranchie du féminisme, dans le sens, elle n'est pas une militante, mais elle agit, elle crée. Alors, elle est aussi très protectrice envers ses étudiantes, parce qu'elle a eu beaucoup d'élèves. Oui, c'est quelqu'un qui partage. Voilà, exactement. Et elle est très soucieuse de, quand elle représente, quand elle concourt à des prix, elle les encourage à ne pas abandonner leur sculpture, quand elles deviennent mères, quand elles se marient. Mais voilà, donc sa mort jeune, et aussi le fait que son travail, après sa mort, n'a pas été porté par un grand galeriste d'un calibre d'un Pierre Matisse, par exemple. Ou d'un grand galeriste comme Magde, qui va choisir Giacometti.

En effet, oui, c'est vrai qu'elle l'expose en 48, chez Magde, c'est un grand, grand succès. Giacometti expose après, et il le somme Magde de choisir. Entre elle et lui, et j'imagine qu'à l'époque, Giacometti est un immense artiste, mais ça devait être peut-être plus rassurant de représenter un homme plutôt qu'une femme.

6:56
Présentateur

Oui, c'était une sculptrice dans un monde d'hommes. J'ai une phrase pour terminer, moi, qui m'est revenue lors de l'exposition. J'ai trouvé cette exposition émouvante. Vous vous adoubez ?

7:06
Invité

Complètement. On est transpercé par l'émotion et on n'a pas besoin de savoir quoi que ce soit en histoire de l'art pour être alpagué par l'art de Richier.

7:16
Présentateur

Merci beaucoup, Laurence Durieux. Je rappelle donc que l'exposition Germaine Richier est visible jusqu'au 12 juin à Pompidou, à Paris. Ensuite, elle ira au musée Fabre à Montpellier jusqu'en novembre. J'ajoute aussi un livre, le vôtre, l'ouragan qui sort aujourd'hui. Et puis une bande dessinée que vous signez également aux côtés d'Olivier Sautreuil, Germaine Richier, la femme sculpture, coédition Bayard Graphique au centre Pompidou. Je crois que j'ai été complète. Merci infiniment, Laurence Durieux. Merci beaucoup. Et allez voir cette exposition. Vous étiez l'invité du 5-7.