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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 26 janvier 2022 23 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sportSolidarités & familleEnvironnement & énergieEurope & international

Michaël Foessel : "La question du plaisir est aujourd'hui centrale en politique"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 15 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:40OuverteRéponse directe

    Pourquoi vous êtes-vous intéressé au plaisir et plus précisément au plaisir et à la gauche ?

  • 2:16OuverteRéponse directe

    Vous vous demandez si le plaisir, valeur de gauche à l'origine, n'est pas devenu une valeur de droite.

  • 3:36OuverteRéponse directe

    Comment est-on passé du jouir sans entrave de mai 68 à la situation de la gauche aujourd'hui ?

  • 4:29OuverteRéponse directe

    Quelle est votre réponse à la question : peut-on jouir dans un monde injuste sans collaborer à cette injustice ?

  • 5:06OuverteRéponse directe

    Prenons l'exemple de la vitesse et du plaisir de la vitesse au volant. Pourquoi ne pas le résumer à une passion capitaliste ?

  • 6:19OuverteRéponse directe

    Pourquoi les partis de gauche n'ont-ils pas supporté un discours crédible sur les gilets jaunes et les confinements ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:55InvitéFait
    « En tout cas, c'est une tentative pour comprendre pourquoi la question plus générale des mœurs, les manières de vivre et surtout les manières de bien vivre aujourd'hui, de bien manger, de bien se comporter, de bien faire la fête ou de s'abstenir de le faire, puisque nous y sommes invités pour des raisons sanitaires. »
  • 1:41InvitéFait
    « cette question-là est centrale, comme si en quelque sorte, elle avait été, c'est l'hypothèse du livre, en un sens, abandonnée par certains représentants de la gauche et de ce point de vue récupérée par ceux qui, du côté d'un hédonisme un peu conservateur, voire réactionnaire, mettent en avant l'art de vivre à la française, la galanterie et la gourmandise en avant dans leur discours politique. »
  • 2:25InvitéFait
    « Alors, émotion de gauche, oui, le plaisir, parce que j'essaie de montrer, alors c'est là l'aspect un peu philosophique du livre, j'essaie de montrer qu'un plaisir s'augmente d'être partagé. »
  • 3:45InvitéFait
    « Il y a des raisons objectives, d'abord jouir sans entrave, cela a déjà été présenté souvent, ce slogan, comme une sorte de cheval de troie du capitalisme ou du néolibéralisme. »
  • 4:24InvitéFait
    « mais je crois que beaucoup de gens se posent, peut-on jouir dans un monde injuste sans collaborer à cette injustice ? »
  • 5:15InvitéFait
    « J'avais été sensible à cet aspect, à propos en particulier de la crise, ou des débuts du mois de la crise des gilets jaunes, où typiquement on avait là une partie de la population française, les gilets jaunes en l'occurrence, qui revendiquaient leur droit à utiliser leur voiture, qui d'abord souvent est une nécessité pour eux, le fait de devoir prendre la voiture pour travailler, mais qui d'autre part, au fond, ne comprenaient pas pourquoi ils étaient, du fait du réchauffement climatique, et donc des problèmes liés à la taxe carbone, sans cesse attaqués. »
  • 6:32InvitéFait
    « Ben, précisément, sinon on en reste déjà à la question des gilets jaunes. Il y a eu beaucoup de discussions et des prises de position à gauche qui ont été tout à fait tenables, mais on est pris dans une sorte de contradiction entre des individus qui, d'ailleurs, spontanément ou socialement appartenaient à la gauche, autrefois, et puis, des impératifs, par exemple, écologistes, c'est-à-dire, peut-on effectivement refuser d'augmenter la taxe sur les carburants dès lors qu'on a décidé collectivement qu'il fallait réduire le recours à la voiture ? »
  • 10:00InvitéFait
    « le discours, je dirais sur le grand remplacement, sur l'identité nationale, s'accompagnait toujours, parce qu'il faut toujours à un moment faire corps, il n'y a pas que les abstractions en politique, par une espèce de référence, masculiniste, au fait que les femmes d'aujourd'hui, les féministes d'aujourd'hui, toujours considérées comme étant plus ou moins hystériques dans leurs discours, nous empêchent de vivre, qu'on n'a plus rien le droit de dire, et que l'hédoniste bon vivant, c'est finalement celui qui considère que ni le capitalisme, ni le pouvoir, ni rien de ce que la gauche a traditionnellement combattu ne sont des obstacles au plaisir, qui ne posent jamais la question du prix du plaisir, parce que c'est finalement aussi l'une des questions fondamentales dans une société, combien cela coûte d'avoir le droit d'aller dans un restaurant qui ne soit pas un McDonald's, par exemple, ou un restaurant peu cher, mais qui pose toujours le plaisir en termes de tradition, de culture, de plaisir à la française. »
  • 11:39InvitéFait
    « Je lui donne le point sur le fait en tous les cas de pouvoir évoquer, en l'occurrence ici sous la forme de l'alimentation, le plaisir comme quelque chose qui doit être égalitaire. »
  • 14:56InvitéFait
    « Peut-être parce que, pour une part d'entre elles, là aussi, il n'y a pas de généralisation à voir, mais pour une part d'entre elles, elles revendiquent une sorte de, ou elles annoncent plutôt, une sorte de catastrophisme. C'est comme si le réchauffement climatique nous mettait en quelque sorte, tout à fait réel, lui évidemment, nous mettait en quelque sorte à l'aune ou à l'aurée de la fin du monde. »
  • 15:53InvitéFait
    « Revoir, par exemple, nos modes d'alimentation, les adapter à un monde où l'élevage est prédateur pour l'environnement, c'est une chose. Mais entre la sobriété et l'austérité, entre la modification de nos goûts et la multiplication des interdits, il y a une marge. »
  • 16:47InvitéFait
    « la honte est devenue une notion qui est d'origine plutôt morale et religieuse mais qui s'est imposée en politique parce que, et c'est une bonne chose et c'est d'ailleurs un progrès pour les consciences militantes y compris celles de gauche que de réfléchir à ce qu'elles font, de ne pas simplement vouloir transformer le monde mais aussi essayer de changer leur vie, de modifier nos propres habitudes pour aller dans le sens de notre engagement. »
  • 19:27InvitéFait
    « je ne pense pas en tout cas que ce soit un risque aussi important que ceux qui à droite ou même parfois d'ailleurs au gouvernement dénoncent ici une idéologie qui serait je dirais quasiment à les entendre comparable à ce qu'a été le communisme dans les années 50 »
  • 20:55InvitéFait
    « je pense qu'elle est plus que maladroite la comparaison avec le virus dans un contexte actuel et pour définir ce qui sont d'abord des pensées n'est pas véritablement bienvenue »

Temps de parole

  • Invité74 %
  • Présentateur16 %
  • Présentateur 210 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin un philosophe dans le grand entretien du 7-9, professeur à l'école Polytechnique. Il publie le 2 février prochain, Quartier Rouge, le plaisir et la gauche, aux presses universitaires de France. Intervenez au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Michael Feusel, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Vous nous proposez avec Quartier Rouge, j'adore le titre, un livre savant, accessible, ironique et allègre. On y croise aussi bien Gilles Deleuze et Michel Foucault que les plateaux télévisés de CNews. Vous y décortiquez la question du plaisir en politique.

Alors dites-nous, pour commencer, pourquoi vous êtes-vous intéressé au plaisir et plus précisément au plaisir et à la gauche ? Est-ce votre contribution, votre tentative d'explication du désarroi de cette famille politique ?

0:55
Invité

En tout cas, c'est une tentative pour comprendre pourquoi la question plus générale des mœurs, les manières de vivre et surtout les manières de bien vivre aujourd'hui, de bien manger, de bien se comporter, de bien faire la fête ou de s'abstenir de le faire, puisque nous y sommes invités pour des raisons sanitaires.

Bref, l'ensemble des choses qui relevaient des plaisirs un peu évidents il y a ne serait-ce que quelques années, ces questions sont sur le devant de la scène, y compris dans la campagne électorale, peut-être on y reviendra, ce qui montre que les mœurs, c'est politique et que par conséquent, le plaisir, qui est la dimension centrale des mœurs heureuses, ce qui donne un petit peu de joie dans des existences qui sont socialement souvent douloureuses, et bien cette question-là est centrale, comme si en quelque sorte, elle avait été, c'est l'hypothèse du livre, en un sens, abandonnée par certains représentants de la gauche et de ce point de vue récupérée par ceux qui, du côté d'un hédonisme un peu conservateur, voire réactionnaire, mettent en avant l'art de vivre à la française, la galanterie et la gourmandise en avant dans leur discours politique.

1:57
Présentateur

Alors, vous nous aviez habitués à des essais enlevés où vous faisiez de la philosophie sur des objets originaux, vous aviez notamment écrit un livre autour de la nuit, vous avez aussi écrit un livre où vous compariez la situation politique de 1938 et celle de 2018, on y reviendra à la fin de cette interview, mais dans ce quartier rouge, vous vous demandez, au fond, si nous sommes condamnés au plaisir bourgeois, ou plus précisément, si le plaisir, valeur de gauche, à votre avis, à l'origine, n'est pas devenu une valeur de droite.

2:25
Invité

Alors, émotion de gauche, oui, le plaisir, parce que j'essaie de montrer, alors c'est là l'aspect un peu philosophique du livre, j'essaie de montrer qu'un plaisir s'augmente d'être partagé. Au fond, contrairement à ce qu'on pourrait croire, le plaisir n'est pas d'autant plus intense qu'il est le mien, qu'il m'appartient, qu'il me sépare des autres et qu'il me distingue des autres.

Mais ce qui est un fait, c'est qu'effectivement, pour des raisons sur lesquelles on reviendra, mais la gauche apparaît souvent dans l'inconscient collectif, mais aussi dans le débat public tout à fait officiel, comme une sorte de morale, aujourd'hui, en raison de l'écologie, en raison d'un certain nombre de normes tout à fait légitimes, apparaissant dans le champ de la sexualité, l'égalité entre les hommes et les femmes, et que vous avez peut-être été sensible, comme moi, à cette petite musique venant de la droite, et souvent même de l'extrême droite, consistant à dire que finalement, on ne peut plus rien rire de tout, et le rire c'est un plaisir, on ne peut plus vivre comme avant, dans nos délectations, dans nos allégresses, il est impossible de manger de la viande sans être attaqué par les végétariens, et de ce point de vue, qui insistait sur le caractère moralisateur, culpabilisateur des discours des féministes, de la gauche ou des écologistes.

3:36
Présentateur

Mais comment est-on passé du jouir sans entrave de mai 68 à la situation de la gauche aujourd'hui, que vous décrivez dans votre livre ?

3:43
Invité

Il y a des raisons objectives, d'abord jouir sans entrave, cela a déjà été présenté souvent, ce slogan, comme une sorte de cheval de troie du capitalisme ou du néolibéralisme, c'est-à-dire, on a commencé à expliquer dans les années 70, qu'au fond il n'y avait plus de plaisir, il n'y avait que de la consommation, et que celui qui, ou que les consommateurs, l'individu consommateur, c'est celui qui cherchait à jouir à tout prix, en s'appropriant des marchandises, et de ce point de vue-là, qui collaborait à un monde injuste, du fait même qu'il achetait des produits qui, par exemple, étaient fabriqués à l'autre bout du monde par des enfants, qui ne se souciaient pas des conditions sociales de leur production, et donc cet essai, c'est aussi pour poser la question toute simple, mais je crois que beaucoup de gens se posent, peut-on jouir dans un monde injuste sans collaborer à cette injustice ?

4:29
Présentateur

Et quelle est votre réponse à ça ?

4:30
Invité

Ma réponse, c'est qu'en tous les cas, on ne peut pas miser seulement sur la honte, sur le sentiment de culpabilité que nous avons de collaborer à ce monde, sauf à considérer que ce monde est intégralement dominé, soit par le capitalisme, soit par le règne de l'argent. Il y a, et le plaisir au fond, c'est ce qui le rend intéressant, il y a des expériences qui, dans le monde, ne sont pas véritablement des expériences nécessairement économiques, rentables. Il y a des plaisirs, je dirais, gratuits, il y a des expériences du partage qui échappent dans cette société, qui donc sont un signe de l'avenir.

5:06
Présentateur

Prenons un exemple précis que vous donnez dans le livre. Vous prenez l'exemple de la vitesse, du plaisir de la vitesse au volant, de la passion pour la voiture, et vous dites qu'il ne faut pas résumer ça à une passion capitaliste pour la bagnole.

5:15
Invité

J'avais été sensible à cet aspect, à propos en particulier de la crise, ou des débuts du mois de la crise des gilets jaunes, où typiquement on avait là une partie de la population française, les gilets jaunes en l'occurrence, qui revendiquaient leur droit à utiliser leur voiture, qui d'abord souvent est une nécessité pour eux, le fait de devoir prendre la voiture pour travailler, mais qui d'autre part, au fond, ne comprenaient pas pourquoi ils étaient, du fait du réchauffement climatique, et donc des problèmes liés à la taxe carbone, sans cesse attaqués. Mais plus profondément, j'ai essayé de comprendre ce que cela...

Moi, j'en parle d'autant plus volontiers que je n'ai ni voiture, ni même permis de conduire, mais cela pouvait signifier le moment où je me sens libre dans ma vie sociale, surtout quelqu'un qui est en permanence pressuré, compressé par sa vie sociale, obligé d'être, en quelque sorte, de courir partout, le moment d'être seul dans sa voiture, de pouvoir faire l'expérience d'une certaine forme de souveraineté. Dans le plaisir, au fond, je ne fais pas d'apologie de la vitesse, mais dans le plaisir, il y a le moment aussi où on gagne un peu sur le monde social, on gagne un peu sur ce qui, dans le monde, n'est que douleur ou que contrainte.

6:19
Présentateur

Et sur les gilets jaunes et les confinements liés au Covid, vous écrivez, sauf exceptions individuelles, les partis de gauche n'ont supporté un discours crédible, donc, sur les gilets jaunes et sur ces mesures de confinement. Pourquoi cette incapacité ?

6:32
Invité

Ben, précisément, sinon on en reste déjà à la question des gilets jaunes. Il y a eu beaucoup de discussions et des prises de position à gauche qui ont été tout à fait tenables, mais on est pris dans une sorte de contradiction entre des individus qui, d'ailleurs, spontanément ou socialement appartenaient à la gauche, autrefois, et puis, des impératifs, par exemple, écologistes, c'est-à-dire, peut-on effectivement refuser d'augmenter la taxe sur les carburants dès lors qu'on a décidé collectivement qu'il fallait réduire le recours à la voiture ?

D'autre part, la gauche a tendance, et ça fait partie, d'ailleurs, de sa vocation, je dirais, la gauche en général, à demander des services publics, de la protection sociale, et donc, quand les mesures liées au confinement, y compris les plus drastiques, ont été prises, eh bien, le plus souvent, elles les ont soutenues. Il y a une tendance, si vous voulez, assez logique de la gauche à dire, on avait bien prévenu, par exemple, sur la politique de l'hôpital, on savait qu'il ne fallait pas mener cette politique néolibérale, maintenant, la chose est faite, on essaiera de faire mieux la prochaine fois.

Le problème, c'est qu'en politique, il faut souvent s'adresser aux situations des gens tels qu'ils sont dans le moment où ils se trouvent, et j'ai trouvé qu'il y avait assez peu, à gauche, d'ailleurs, et dans le monde intellectuel, au-delà, pas seulement en politique, de discours articulés sur ce qu'ont pu être aussi les privations de plaisir pendant ce confinement, les plaisirs les plus élémentaires, celles du café, celles de la liberté de marcher, celles des rencontres érotiques, qui ont aussi un impact politique parce qu'elles touchent à la liberté.

7:54
Présentateur

Mais aussi parce que, sans doute, les Français ne voulaient pas les entendre, cela. C'est-à-dire que les leaders politiques, vous dites, n'ont pas tellement parlé de cette privation de liberté, mais on n'avait pas l'impression... Comme la politique, aujourd'hui, c'est une politique, de la demande, en fait, et on s'adapte à ce que les Français disent. On voyait dans les sondages que les Français avaient surtout peur, et ils ont répondu à cette peur-là. On ne voyait pas dans les sondages que les Français étaient en train de manifester pour leur liberté, au fond.

8:18
Invité

On ne le voyait pas dans les sondages, et on ne l'a pas vu dans la rue. On pouvait l'imaginer, néanmoins, dans les formes, disons, d'échanges qui nous ont accompagnés pendant tous ces moments où nous étions isolés les uns des autres, et au fond, ou simplement, dans ce moment-là, peut-être, ça n'était pas possible. De fait, ça n'était pas possible, mais où nos rêves étaient, justement, des rêves de retrouvailles, des rêves d'allégresse, des rêves de fête, des rêves aussi de douceur, simplement, j'ai pensé à la situation de ceux qui ne pouvaient pas rendre visite à leurs proches malades.

De ce point de vue-là, c'est la question des corps, aussi bien, d'ailleurs, avec les gilets jaunes qu'avec le virus, qui s'est invité dans la politique. C'est-à-dire pas simplement les imaginaires, les programmes, les désirs que nous pouvons avoir de changer la société, mais ce qui, d'ores et déjà, est vécu, ici et maintenant. Et la manière, on dit souvent, qu'on parle souvent, à mon avis, un peu trop souvent, du vivre ensemble, j'aurais voulu aussi un petit peu contribuer à la question du bien-vivre, d'une certaine manière.

Et de ce point de vue-là, il n'y a pas de raison de considérer que ni l'alimentation, ni la sexualité, ni la fête, ni la douceur, ne soient pas aussi des questions politiques.

9:24
Présentateur

Michael Fussell, vous ne ménagez pas la gauche dans ce livre, mais vous ciblez aussi la droite, vous faites donc, on va s'y arrêter maintenant un tout petit peu, le portrait du réactionnaire bon vivant, pour qui tout était mieux avant, y compris la gauche, dites-vous. Vous pensez à qui dans ce portrait ?

9:41
Invité

Écoutez, cela se comprend assez vite si je regarde le paysage médiatique, si vous regardez plus d'une journée ce que j'ai fait, je me suis astreint à le faire d'ailleurs pour écrire ce livre, une chaîne comme CNews, j'ai été frappé plutôt par le fait, et le candidat qui est celui que cette chaîne soutient, j'ai été constaté par le fait que le discours, je dirais sur le grand remplacement, sur l'identité nationale, s'accompagnait toujours, parce qu'il faut toujours à un moment faire corps, il n'y a pas que les abstractions en politique, par une espèce de référence, masculiniste, au fait que les femmes d'aujourd'hui, les féministes d'aujourd'hui, toujours considérées comme étant plus ou moins hystériques dans leurs discours, nous empêchent de vivre, qu'on n'a plus rien le droit de dire, et que l'hédoniste bon vivant, c'est finalement celui qui considère que ni le capitalisme, ni le pouvoir, ni rien de ce que la gauche a traditionnellement combattu ne sont des obstacles au plaisir, qui ne posent jamais la question du prix du plaisir, parce que c'est finalement aussi l'une des questions fondamentales dans une société, combien cela coûte d'avoir le droit d'aller dans un restaurant qui ne soit pas un McDonald's, par exemple, ou un restaurant peu cher, mais qui pose toujours le plaisir en termes de tradition, de culture, de plaisir à la française, c'est comme si nous n'avions droit à nos plaisirs que ceux qui sont avalisés par l'histoire de France, et donc de ce point de vue-là, il me semble qu'il y a dans le succès actuel d'une certaine frange de droite, disons relativement extrême, il y a aussi ce fait de s'adresser directement au corps des individus, et j'ai voulu peut-être ne pas laisser seuls sur cette scène-là.

11:18
Présentateur

C'est ça le cœur de votre livre, vous dites que la gauche n'a aucune raison d'abandonner le plaisir à la pensée réactionnaire, on imagine donc, et on s'est dit avec Nicolas en lisant votre livre, que vous devriez l'envoyer à Fabien Roussel, quand il déclare un bon vin, une bonne viande, un bon fromage, pour moi c'est ça la gastronomie française, et qu'il fait hurler une partie de la gauche, justement, vous lui donnez un point, non ?

11:39
Invité

Je lui donne le point sur le fait en tous les cas de pouvoir évoquer, en l'occurrence ici sous la forme de l'alimentation, le plaisir comme quelque chose qui doit être égalitaire, on a beaucoup parlé de savoir pour ou contre le foie gras, je dirais que la question se pose évidemment de l'exploitation des animaux, mais elle se pose aussi de l'accès des plus pauvres à une nourriture qui n'est pas seulement une nourriture, je dirais, bonne pour la santé, la nourriture ce ne sont pas que des alicaments, ce sont aussi des choses qui sont censées être bonnes. J'ai constaté que Roussel était le candidat communiste qui dans toute l'histoire de France était le plus apprécié par la droite.

Il est cité sans arrêt comme étant... Oui, il est plébiscité par le Figaro. Par Alain Finkielkraut,

12:20
Présentateur

je ne sais pas s'il est de droite, mais en tout cas dans une forme de conservatisme.

12:22
Invité

Oui, et puis la presse qui est généralement conservatrice, qui généralement n'est pas favorable à l'une des classes, lui rend souvent hommage parce qu'il a fait le choix Roussel de dire ça c'est l'art de vivre à la française. Alors je suis tout à fait d'accord avec ça, je n'ai rien contre l'art de vivre à la française, je dirais simplement qu'il y a aussi des plaisirs qui sont des plaisirs de la contre-culture, des plaisirs qui nous amènent un peu ailleurs que dans nos arts de vivre qui nous font découvrir d'autres arts de vivre. Lesquels ?

Les plaisirs qui sont liés à la rencontre tout simplement avec d'autres nourritures, pas forcément les nourritures françaises, avec d'autres manières de danser, avec d'autres cultures. Tout à l'heure, on écoutait ici même David Bowie, que serait la gauche, qu'aurait été la gauche dans les années 70 sans Bob Dylan, sans David Bowie, sans la contre-culture, c'est-à-dire des plaisirs qui étaient des plaisirs au sens strict, inimaginables en France avant qu'ils n'adviennent de l'étranger.

13:14
Présentateur

Alors, Fabien Roussel, mise à part, on est en pleine campagne électorale, il y a 7-8 candidats de gauche à ce stade, ne vous cachez pas derrière votre petit doigt, envoyez-vous un ou une qui incarne le plaisir ?

13:27
Invité

Alors, j'ai écrit un livre sur la gauche et le plaisir, mais je ne considère pas que le plaisir puisse être un principe pour la gauche. Le principe pour la gauche, c'est l'égalité, et le plaisir, je le considère plutôt comme quelque chose qu'il faut valoriser pour donner de l'énergie aux individus pour se mobiliser. On ne peut pas faire un programme fondé sur le plaisir. Alors, qui a cette énergie ? Alors, je dirais plutôt qu'aujourd'hui, dans l'état actuel des choses, peu me semblent être nombreux à avoir beaucoup d'énergie. On a beaucoup parlé justement de, on parle encore des primaires entre la gauche ou des primaires populaires, pardon. Les programmes ne sont pas véritablement à l'avant.

On a beaucoup parlé des questions liées à l'alimentation. Pour le reste, je n'ai pas vocation, moi, à dire pour qui je vais voter, ni à donner des conseils de vote qui auraient d'ailleurs fort peu de chances d'être suivies, heureusement, par vos auditeurs. Mais si l'on veut envoyer un signal à gauche, je ne crois pas que la gauche soit forcément en état de l'emporter cette fois-ci, mais un signal à gauche, eh bien, il faut prendre les deux ou trois candidats, choisir les deux ou trois candidats qui sont les moins bas,

14:26
Présentateur

tout simplement. Vous avez des pages consacrées à l'écologie. Yannick Jadot était à ce micro hier sur France Inter et nous lui avons cité les propos de Bruno Latour dans son dernier livre qui écrit que l'écologie politique réussit l'exploit de paniquer les esprits tout en les faisant bailler d'ennuis. Pourquoi cette écologie politique, à en croire Bruno Latour, ne parvient pas à susciter des affects positifs et n'en mobilise que des négatifs ?

14:56
Invité

Peut-être parce que, pour une part d'entre elles, là aussi, il n'y a pas de généralisation à voir, mais pour une part d'entre elles, elles revendiquent une sorte de, ou elles annoncent plutôt, une sorte de catastrophisme. C'est comme si le réchauffement climatique nous mettait en quelque sorte, tout à fait réel, lui évidemment, nous mettait en quelque sorte à l'aune ou à l'aurée de la fin du monde. Dans cette mesure-là, il y a un discours de l'urgence, si vous voulez, dans lequel on est pris d'ailleurs en permanence, y compris dans le champ écologique, qui n'est pas, par définition, le discours de l'urgence ou du salut, n'est pas un discours qui est tout à fait favorable au plaisir.

Parce que, là aussi...

15:31
Présentateur

Oui, mais bon, il existe. Ce que je veux dire, c'est que...

15:33
Invité

Le discours de l'urgence existe. On ne peut pas avoir

15:35
Présentateur

une posture dandive vis-à-vis de l'urgence écologique, parce qu'elle est là, en fait.

15:40
Invité

Non, non, mais entre l'urgence et la catastrophe, il y a peut-être un pas à ne pas franchir, parce qu'après tout, qu'on nous amène, ou qu'on soit obligé, contraint, aujourd'hui, de passer à des politiques de la sobriété. Ici, on touche vraiment à la question du plaisir. Revoir, par exemple, nos modes d'alimentation, les adapter à un monde où l'élevage est prédateur pour l'environnement, c'est une chose. Mais entre la sobriété et l'austérité, entre la modification de nos goûts et la multiplication des interdits, il y a une marge.

Une marge, d'autant plus importante, que l'on ne peut tout de même pas demander à ceux qui n'ont jamais véritablement participé à la fête, on ne peut pas leur annoncer simplement que la fête est finie.

16:19
Présentateur

Michael Fossel, je reviens aux propos que vous avez juste esquissés tout à l'heure. Dans votre livre, vous écrivez, il y a aujourd'hui des raisons d'avoir honte de porter des vêtements fabriqués par des enfants réduits en esclavage, des raisons d'avoir honte de prendre l'avion comme on prend le train ou de manger avec gourmandise sans égard pour le prix de cette nourriture en matière de souffrance. Et vous posez une question redoutable, que peut-on faire d'utile avec ces hontes ?

16:47
Invité

Oui, effectivement, la honte est devenue une notion qui est d'origine plutôt morale et religieuse mais qui s'est imposée en politique parce que, et c'est une bonne chose et c'est d'ailleurs un progrès pour les consciences militantes y compris celles de gauche que de réfléchir à ce qu'elles font, de ne pas simplement vouloir transformer le monde mais aussi essayer de changer leur vie, de modifier nos propres habitudes pour aller dans le sens de notre engagement. De là à dire que la honte est un sentiment politiquement prometteur, je ne ferai pas ce pas.

Parce que le problème qui se pose de la honte que nous pouvons éprouver à collaborer en quelque sorte avec un monde que nous n'aimons pas, la seule question qui se pose c'est qu'en faire et la réponse en un sens est évidente, il faut faire en sorte de ne plus avoir à subir ce genre de honte. Mais là, ce ne sont pas nos comportements personnels, ce ne sont pas seulement les modifications dans la manière dont nous allons analyser nos propres privilèges qui sont importantes, c'est une transformation de la société.

Ce qui manque peut-être à la gauche aujourd'hui, quelle que soit sa modalité, c'est d'arriver à articuler des émotions personnelles, la honte mais aussi le plaisir, à des projets politiques collectifs.

17:52
Présentateur

Alors, vous savez ce que vous dites ce matin va faire réagir et ça fait réagir évidemment et c'est tant mieux. Je vous lis la réaction de Mathieu, pas convaincu, sous couvert d'une pensée complexe, ce monsieur est juste un réactionnaire, il véhicule une vision post-68ard hyper individualiste, bref, l'arrière-garde de gauche décalée et dépassée.

18:11
Invité

être un réactionnaire tout en étant un 68ard, c'est au moins une synthèse qui est assez originale. 1968 a souvent été présenté comme le a posteriori et pour une part certains de ses représentants l'ont démontré comme le triomphe de l'individualiste. Je rappelle tout de même que 1968 ça a été d'abord un mouvement de mobilisation parallèle, pas conjointe mais entre des ouvriers et des étudiants.

C'était une époque où on ne faisait pas la différence entre le social, c'est à dire tout ce qu'il relevait de l'économie, de la répartition des richesses et puis le sociétal c'est à dire les revendications en matière de mœurs, en matière d'émancipation féminine ou d'émancipation du point de vue des orientations sexuelles. De ce point de vue là, vous savez on est toujours le réactionnaire de quelqu'un mais je veux dire le problème du réactionnaire c'est qu'il faut lui demander à quelle période va sa nostalgie si c'est à 1968 alors je veux bien l'admettre.

19:08
Présentateur

Le mot woke ou wokisme est entré dans le débat public vous êtes nuancé sur le sujet Michael Fesel le wokisme est une sensibilisation bienvenue à la multiplicité des injustices mais en substance quand il devient radical ou sectaire il se transforme en nouvelle discipline hostile au plaisir c'est un vrai risque ?

19:27
Invité

je ne pense pas en tout cas que ce soit un risque aussi important que ceux qui à droite ou même parfois d'ailleurs au gouvernement dénoncent ici une idéologie qui serait je dirais quasiment à les entendre comparable à ce qu'a été le communisme dans les années 50 ce n'est pas une idéologie le wokisme c'est tout au plus moi je me suis arrêté au sens même du mot qui veut dire être en éveil c'est tout au plus une attitude une attitude qui me paraît il faut prendre les choses avec un peu de complexité qui me paraît à la fois salubre c'est à dire que quand on fait de la politique on peut aussi se poser la question de savoir si on est soi-même à la hauteur de ses engagements c'est donc il y a toujours une éthique dans la politique simplement l'éveil ou l'obligation d'être en permanence en éveil sur les privilèges les siens et ceux des autres a parfois porte parfois avec lui le risque d'oublier que finalement nous sommes tout de même dans une solidarité avec les autres que les privilèges individuels des personnes ne suffisent pas ou le combat contre ces privilèges ne suffisent pas à transformer la société au fond c'est le projet de transformation de la société qui politiquement me paraît le plus important

20:33
Présentateur

le quotidien le monde rapporte que lors du colloque à la Sorbonne contre le wokisme Jean-Michel Blanquer a pointé la responsabilité de ce qu'on appelle la French Theory des années 70 les travaux de Gilles Deleuze de Derrida de Michel Foucault que vous citez d'ailleurs dans votre livre et qui ont rencontré un grand succès sur les campus américains et qui nous reviendraient en boomerang après avoir fourni le virus nous devons fournir le vaccin dit le ministre de l'éducation vous pensez quoi de cette phrase ?

20:55
Invité

je pense qu'elle est plus que maladroite la comparaison avec le virus dans un contexte actuel et pour définir ce qui sont d'abord des pensées n'est pas véritablement bienvenue si on prend les choses avec un peu de distance je dirais que si tous ceux qui aujourd'hui à ce colloque et ailleurs dénoncent Foucault Derrida avec autant de passion se mettent à les lire enfin et bien au moins nous aurons gagné quelque chose maintenant l'idée que je dirais que des complots plus ou moins ourdis dans les laboratoires de sociologie et de philosophie des universités françaises visent à transformer le monde est assez ridicule et pour finir je pense que ce n'est pas le rôle d'un ministre que de donner disons des conseils de lecture au peuple

21:39
Présentateur

puisqu'on parle de Jean-Michel Blanquer un mot sur la polémique autour de ses vacances à Ibiza dont le seul nom renvoie au plaisir et à l'hédonisme il y a eu avant ça les homards de François de Rugy en ce moment il y a Boris Johnson empêtré dans le Partigate qui fait stoyer alors que les anglais devaient respecter un confinement strict ça dit quoi toutes ces polémiques ?

22:01
Invité

ça dit peut-être que la politique aujourd'hui est arrivée enfin le discours politique est arrivé à je dirais un degré non pas forcément de désintérêt mais de vide qui fait que ce sont les comportements individualistes ou des individus plutôt qui viennent au premier plan les fêtes de Johnson les vacances du ministre de l'éducation nationale sont sans doute à mes yeux en tout cas compte tenu je suis plutôt de nature hédoniste ne sont pas des choses que je mettrai à leur désavantage en tant que tel cela évite de parler de leur politique si vous voulez donc de ce qu'ils ont fait et pour le coup Blanquer on en pense ce que l'on veut on ne peut pas dire qu'il n'a rien fait à l'éducation nationale pour le reste vous savez que Johnson fasse des grosses fêtes que les puissants fassent des fêtes c'est assez normal en général ils jouissent deux fois la première du plaisir de tout le monde la deuxième d'être les seuls à pouvoir y aller

22:52
Présentateur

Michael Fussel merci Cartier Rouge le plaisir et la gauche est publié aux presses universitaires de France et sera en librairie le 2 février c'est à dire dans une semaine France Inter le 2 février

23:08
Locuteur

c'est à dire