Mercosur, dermatose, colère agricole... L'interview en intégralité d'Arnaud Rousseau (FNSEA)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. On est avec Arnaud Rousseau. Bonjour Arnaud Rousseau, vous êtes le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole. Et vous êtes, je le précise, y compris pour ceux qui nous écoutent, à Bruxelles, en direct de Bruxelles ce matin, 3000 tracteurs français ou manifestants français agriculteurs qui convergent vers Bruxelles. Manifestation aujourd'hui, parce que c'est aujourd'hui notamment que ça se joue sur le Mercosur. Est-ce que la France réussira à repousser, voire à faire annuler le Mercosur ? Je vous pose la question dans un instant sur le Mercosur.
Mais au fond, vous êtes à Bruxelles pendant ce temps-là, en France, sur le territoire et notamment dans le sud-ouest. Il y a toujours 80 points de blocage qui sont recensés ce matin sur les routes, sur les autoroutes. Est-ce que cette situation-là, en réalité, elle n'est pas en train de vous échapper totalement ?
Bonjour Apolline de Malherbe. Vous savez, ce qui compte au moment où on se parle, c'est de construire l'avenir de l'agriculture française. Et ce qui se passe en France, dans le sud-ouest, dans d'autres endroits, ce qui va se passer aujourd'hui à Bruxelles, sur le Mercosur, vous l'avez indiqué, c'est quelle agriculture et quelle alimentation on veut pour l'Europe et pour les Français dans les 20 prochaines années. C'est ça l'objectif. Et vous savez, de savoir si les querelles syndicales animent le bébat n'a pas d'importance. L'enjeu est beaucoup trop important aujourd'hui pour les querelles.
Ce qui compte, c'est quel avenir pour l'agriculture et comment on le construit collectivement, où que les agriculteurs se trouvent. Ils ont besoin d'avoir une vision claire sur ce qu'on veut faire de l'agriculture, ce que le chef de l'État, M. Macron, veut faire de l'agriculture. Et comment, encore une fois, on garantit aux Français qui sont peut-être encore en train de déguster leur petit déjeuner, qu'est-ce qu'on leur mettra dans leurs assiettes dans les années qui viennent. Voilà l'enjeu aujourd'hui. Et c'est là-dessus que nous sommes concentrés.
Ça veut dire que pour vous, il y a une continuité entre les manifestations qui sont sur le terrain en France et la manifestation qui se passe en ce moment même et qui va avoir lieu aujourd'hui à Bruxelles ?
Oui, bien sûr. Vous savez, ce qui a ému autour de la dermatose, cette maladie qui touche les vaches, c'est la goutte d'eau.
Parce que la situation en France économique, dans bien des territoires, l'Occitanie évidemment, mais dans d'autres régions, que ce soit en viticulture, que ce soit en grande culture, que ce soit aujourd'hui sur le sanitaire, en élevage avec la dermatose, mais je pense aussi à la grippe aviaire qui touche durement une partie du Grand Ouest, notamment la Vendée, tout le monde s'interroge sur comment demain, on va pouvoir à la fois avoir un cadre européen qui protège la production avec des standards, je le redis, pour les consommateurs parmi les plus élevés, comment on va pouvoir continuer à vivre de notre métier parce qu'on a besoin d'avoir du revenu et puis comment on garde la confiance des consommateurs.
Les blocages, est-ce que vous, en tant que patron de la FNSEA, vous appelez à ce qu'il soit levé ?
Non, mais ce n'est pas la question du moment et vous savez, dans notre réseau, comme ailleurs, je crois...
Un petit peu quand même, avec quand même une urgence aussi, pardon de vous le redire, mais dans quelques jours, c'est Noël. Je recevais par exemple ce matin sur RMC le représentant des transporteurs routiers dans une partie du Sud-Ouest qui disait à quelques jours de Noël. Pour nous, c'est extrêmement pénalisant. On n'est pas tout à fait sûr de pouvoir continuer à approvisionner les supermarchés, les commerçants, les colis. Donc la question des blocages, elle se pose de manière très urgente.
Oui, oui, j'entends, Apolline de Malherbe, j'entends évidemment, mais encore une fois, c'est au gouvernement et c'est à Bruxelles d'apporter les réponses. Vous savez, depuis plus de deux ans maintenant, on est mobilisé cette colère. C'est une surprise pour personne, en tous les cas pour ceux qui suivent le secteur. Et notre ambition, ou notre objectif, n'est pas d'emmerder les Français. Nous l'avons dit depuis deux ans, mais nous avons besoin de réponses politiques. Nous avons besoin que l'Europe confirme que l'agriculture continue à avoir du sens. Et c'est ça l'objectif.
Et je le redis, notre objectif n'est absolument pas d'ennuyer les Français au moment où ils vont aller se rencontrer et vivre des moments de convivialité autour de Noël. Nous sommes aussi attachés à la trêve de Noël, mais aujourd'hui, nous avons besoin de réponses très claires pour l'avenir de l'agriculture.
Alors ça se joue effectivement aujourd'hui. Est-ce que vous faites confiance à Emmanuel Macron pour réussir au moins à repousser l'échéance, à peut-être améliorer le Mercosur, voire même à le supprimer ? Qu'est-ce que vous demandez exactement ?
Écoutez, en tous les cas, on demande d'abord au président de la République de dire très clairement non pour la France. Et vous savez que depuis quelques semaines, on a parfois compris qu'il y avait des hésitations. Et donc aujourd'hui, pour nous, il faut dire non à cet accord. Alors ça n'est pas dire non à l'ouverture et au commerce, c'est dire non clairement à un accord vieux de 25 ans. Vous savez, 25 ans, moi, je ne sais pas si, Apolline de Malière, vous saviez où vous étiez il y a 25 ans, mais moi, il y a 25 ans, j'étais bien loin de toutes ces questions-là. Et un accord qui met plus de 25 ans à être voté, c'est un accord qui est mal monté, qui est mal né.
Et cet accord, il faut en tourner la page parce qu'encore une fois, ce qui compte, c'est la réciprocité. C'est que l'Europe garantisse que les conditions de production soient respectées. Donc non, la France ne peut pas accepter cet accord. Et puis ensuite, la deuxième question, c'est que pèse aujourd'hui la France en Europe ? Quel est le poids du président de la République et de la France, qui ont été des fondateurs de l'Europe telle que nous la connaissons aujourd'hui, pour faire en sorte que les intérêts français, et notamment agricoles, je redis que la France a la première agriculture européenne, soit défendue ? Voilà l'objectif pour nous.
Ce qui vous inquiète le plus au fond, c'est la faiblesse.
On jugera sur pied, je crois que demain soir, on verra.
C'est la faiblesse de la France qui vous inquiète le plus aujourd'hui. C'est le fait qu'elle ne soit pas forcément capable, elle, de peser suffisamment. Moi, ça me frappe quand même. Dans vos mots, vous dites, nous, on doit dire non. On doit considérer que cet accord, de toute façon, ça fait 25 ans qu'il traîne, donc il n'est pas bon. Or, à aucun moment, me semble-t-il, dans la parole de la France, il n'a été question de l'annuler purement et simplement. À chaque fois, il y a une sorte de petite astérique, ce qui nous dit, en l'état, c'est pas jouable. Vous, vous voudriez qu'on le jette à la poubelle, point barre.
En tous les cas, pour ce qui concerne l'agriculture, cet accord est très déséquilibré. Emmanuel Lechypre l'a redit il y a quelques minutes, même si quelquefois il y a des intérêts offensifs. Ce qui ne va pas dans cet accord, c'est l'absence de réciprocité. On ne parle pas d'ailleurs de mesures miroir ce matin à Bruxelles. Et ce qui ne va pas non plus, c'est très clair, c'est cette clause de rééquilibrage qui est extrêmement nocive pour l'avenir du continent européen. Donc non, nous n'en voulons pas. Et oui, nous sommes inquiets aujourd'hui du poids de la France en Europe, parce qu'on voit bien que nous avons perdu du terrain. Je le regrette.
Et ça, nous en serons évidemment extrêmement vigilants aujourd'hui. Mais encore une fois, nous allons attendre le résultat. Vous savez, pour nous, c'est absolument essentiel qu'on puisse en tous les cas continuer à commercer, mais le faire avec des règles de juste échange. C'est ce que nous réclamons depuis des mois. Personne ne découvre notre position. Et on est évidemment très déterminés.
Donc vous êtes extrêmement déterminés. Ça veut dire quoi déterminés ? Ça veut dire que si jamais l'Union européenne ne tient pas compte de cela, ou si jamais il y a vote, d'ailleurs s'il y a vote, il y a très peu de chances, honnêtement, que le traité ne soit pas voté, puisque seuls l'Italie, la France et deux autres pays, ils sont opposés. Donc si ce traité continue à avancer, quand vous dites qu'on est déterminé, ça veut dire jusqu'où ? Ça veut dire que vous poursuivrez des blocages, des manifestations ?
Oui, évidemment. D'abord parce que rien n'est perdu. Vous savez que pour que cet accord soit définitivement entériné, il faut que le co-législateur, c'est-à-dire le Parlement européen, donne aussi son avis. Et ce ne sera que dans quelques mois. Donc si demain soir, cet accord devait être voté, ce qui n'est pas encore acquis au moment où nous nous parlons, parce que plusieurs pays ont dit qu'ils étaient prêts à activer la minorité de blocage, vous l'avez indiqué, mais il restera ce combat des eurodéputés. Encore une fois, nous voulons convaincre que pour l'avenir du continent européen, faire respecter les règles qu'il a définies sur l'ensemble du territoire, c'est essentiel.
J'ai entendu il y a quelques semaines, au moment du sujet sur Chine, un certain nombre d'acteurs industriels dire « on ne peut pas laisser rentrer en Europe des produits industriels qui ne respectent pas nos standards ». Eh bien nous disons la même chose pour l'agriculture.
Pour vous, c'est la même problématique. Au fond, le Mercosur, comme la question du commerce avec la Chine, ce qui désormais d'ailleurs est vécu et même exprimé par un certain nombre de ministres eux-mêmes, comme une forme de guerre. Le ministre du Travail qui était à mon micro hier parlait d'une guerre commerciale avec la Chine. Est-ce que vous auriez aimé que l'on utilise les mêmes mots, la même énergie, la même opposition aujourd'hui vis-à-vis du Mercosur ?
En tous les cas, nous, nous avons envie que l'Europe et singulièrement la France réaffirment que ce continent, que cet esprit européen auquel nous sommes attachés, qui est le fruit de la dernière guerre, puisse être réaffirmé face à des continents ou à des grands pays qui se réarment. Je pense à la Chine, mais regardez ce que font les États-Unis avec M. Trump depuis quelques mois. Regardez ce que fait la Russie, notamment avec la question alimentaire, qui traverse tous les grands débats géopolitiques du moment. Il nous semble que l'Europe fait preuve d'une grande naïveté, comme elle l'a fait en son temps sur l'énergie, souvenez-vous, au moment de la guerre en Ukraine.
Et c'est le moment de réaffirmer que l'agriculture, se nourrir, est une question essentielle de souveraineté et qu'au moment où les tensions sont très vives, se nourrir trois fois par jour restera de toute façon un sujet central. Donc cessons cette naïveté, mobilisons-nous.
Vous avez échangé avec Emmanuel Macron, avec Sébastien Lecornu, ou vous allez échanger avec eux ?
Écoutez, j'ai rencontré le président de la République à son invitation il y a maintenant un peu plus de trois semaines. Je lui ai redit ça. Je lui ai dit que pour nous, ça n'était pas un sujet sectoriel, mais bien un sujet de vision. J'ai d'ailleurs regretté que depuis maintenant plus de quatre ans, nous n'ayons pas de vision pour l'agriculture. Et c'est aussi ce qui interroge les agriculteurs sur le terrain. Que veut-on faire de l'agriculture française ? Et puis, évidemment, je lui ai dit que nous serions mobilisés. Quant au Premier ministre, j'ai eu un contact la semaine dernière et nous le verrons demain matin à son invitation à Matignon à 9h45.
Demain matin, vous avez donc rendez-vous avec le Premier ministre. Un mot encore sur cette question du Mercosur. Si toutefois il était voté, Dominique Schellcher, mon invité il y a deux jours, le patron des magasins U, a pris l'engagement à mon micro de ne pas acheter de produits d'Amérique du Sud, même si le Mercosur le permettait, d'autres grandes distributions commencent à envisager de faire la même chose. Est-ce que pour vous, cette forme de solidarité vous paraît de bonne alloi ?
Écoutez, en tous les cas, moi je remercie Dominique Schellcher de cette position. Mais vous savez, au-delà de ce comportement que je salue, c'est le Parlement qui s'est exprimé contre. Vous savez que cet accord, il a été coupé en deux, notamment sur la partie commerce, mais le Sénat hier, comme l'Assemblée nationale il y a quelques jours, ont dit très clairement non. Les parlementaires français, ceux qui représentent le peuple français, ont dit non, très clairement. Donc c'est aussi un vrai sujet démocratique.
Donc tous ceux qui, dans leur comportement, expliqueront que, encore une fois, nous restons un pays et un continent ouverts, mais que nous nous sommes fixés des règles parmi les plus exigeantes de la planète en termes de production agricole, eh bien nous voulons faire respecter ces règles. Je trouve que tous les comportements qui vont dans ce sens-là sont à saluer. Mais j'attends surtout une réaction politique, parce que c'est de là où ça vient. Je redis que la crise agricole, partout où elle se déploie, est la conclusion, ou est la conséquence plus exactement d'un manque de vision, que ce soit à Bruxelles ou que ce soit en France.
Et tant qu'on n'aura pas comblé ce manque de vision et qu'on n'aura pas expliqué clairement, et aux agriculteurs et aux Français ce qu'on veut faire de l'agriculture, on restera dans ce marasme. Et vous avez compris que pour nous, il n'en est pas question.
Vous venez de dire à Arnaud Rousseau que c'était même un problème démocratique. Et au fond, certes, vous m'avez dit au début de cet entretien, non, non, mais la question de la division syndicale, ce n'est pas la question. C'est la question. En tout cas, ici sur le terrain en France, depuis quelques jours, on le sent bien, cette colère agricole, elle est aussi extrêmement clivée. Je recevais hier le patron des jeunes agriculteurs, qui est sur la même position que vous, au fond, sur la question de la dermatose, qui est plutôt dans le respect, en tout cas, du protocole sanitaire, ou dans la volonté de faire plutôt confiance aux scientifiques.
Sauf que, sur le terrain, ce qui manifeste, c'est principalement la coordination rurale, la confédération paysanne. Et le patron des jeunes agriculteurs, il se disait très inquiet du point de vue démocratique, parce qu'il disait, au fond, c'est exactement comme le reste du pays, nous sommes divisés, nous sommes clivés. Et il disait même que c'était d'un côté l'extrême droite et de l'autre l'extrême gauche. Est-ce qu'au fond, la colère agricole, aujourd'hui, n'est pas en train complètement de vous échapper, à vous, la FNSEA ?
Non, mais encore une fois, vous savez, Apolline de Malherbe, les présidentielles vont arriver dans un an et demi, et nous, on fera en sorte que l'agriculture soit au cœur des discussions pour la présidentielle, parce que c'est là que ça va se trancher. Ensuite, je l'ai redit depuis des mois, la FNSEA n'est pas un syndicat politique, elle porte une ambition pour l'agriculture. Comme vous, j'observe ce clivage sur le terrain, et je vais vous dire, la question n'est pas, est-ce que ça échappe à la FNSEA, aux jeunes agriculteurs, à la Confédération Paysanne ou à la Cornillation Rurale ? Le sujet, c'est qu'est-ce qu'on veut faire de l'agriculture dans les années qui viennent ?
Et ensuite, chaque agriculteur, avec son bulletin de vote, comme n'importe quel Français, pourra se définir. Moi, je ne veux pas de récupération, parce que ce sujet, il dépasse les clivages. Et je l'ai déjà dit, la dermatose n'est pas une maladie.
Je comprends parfaitement que vous ne vouliez pas de récupération, mais est-ce qu'elle n'est pas en train d'être, en train de se faire face à vous et face à votre impuissance là-dessus ?
Non, non, mais encore une fois, j'ai bien observé ce qui se passait sur le terrain avec la visite d'un certain nombre de politiques de tous bords. Écoutez, si les hommes et les femmes politiques de ce pays s'intéressent à l'agriculture, c'est tant mieux. J'observe ce que vous me décrivez, Apolline de Malher, mais encore une fois, notre mission à nous n'est pas de servir la soupe à tel ou tel parti politique. Notre mission à nous, c'est d'avoir une vision claire de l'agriculture qui porte l'ambition d'hommes et de femmes qui ont le goût d'entreprendre sur les territoires. C'est ça notre vision de l'agriculture.
Je l'entends parfaitement, mais Arnaud Rousseau, ça a une question qui est de la question de la conséquence, c'est qu'au fond, si ce soir, vous avez effectivement obtenu gain de cause, ce soir ou demain, on apprend que le Mercosur est gelé, voire même abandonné. Aurez-vous, vous, la FNSEA, le pouvoir, l'autorité, j'allais dire, le respect des troupes qui font qu'ils se calment vraiment ? C'est-à-dire, ma question est, en réalité, qui représentez-vous ?
Moi, je représente les adhérents qui ont élu sur le terrain des représentants avec la légitimité d'un vote.
Ce n'est pas vos adhérents qui sont sur les routes ou les autoroutes ou les ronds-points depuis quelques jours ?
Oui, enfin, il y en a aussi, pardon, Apolline de Maire, on a des gens qui sont en action partout, avec parfois des clivages très clairement sur le sujet de la dermatose. Mais encore une fois, je ne voudrais pas que la dermatose cache le reste des difficultés agricoles. Donc moi, pour ce qui est des autres syndicats, écoutez, en tous les cas, ils donneront les consignes à leurs adhérents. Et puis après, si des agriculteurs qui ne se reconnaissent plus dans les syndicats, parce qu'il y en a aussi, veulent faire n'importe quoi, ils le feront. En tous les cas, pour ce qui nous concerne, nous sommes structurés, encadrés avec des consignes. On a aussi du débat interne, Apolline de Malherbe.
Mais ce qui compte pour nous, c'est d'avoir une vision claire. Et je le redis, chacun s'encarvera. Vous savez, ces questions sur est-ce qu'on est débordé, est-ce qu'on tient, c'est des questions qui reviennent de manière normale et récurrente à chaque fois qu'il y a une action agricole. En tous les cas, nous, on continue à porter une vision claire. On est clair sur la science concernant la dermatose. On est clair sur l'ambition de production. On est clair sur l'ambition du goût d'entreprendre. On déplore de ne pas avoir de vision. On a besoin que l'Europe soit moins naïve. Et on a besoin que le chef de l'État nous dise clairement ce qu'il veut faire de l'agriculture.
Et surtout, on a besoin de mobiliser les futurs candidats à la présidentielle pour que chacun nous dise ce qu'il entend faire de l'agriculture. Et enfin, les agriculteurs se définiront. C'est le principe démocratique et c'est ça qu'on poussera.
Et la question d'ailleurs, elle se pose, j'allais dire, pour tous les syndicats, y compris les syndicats de travailleurs. C'est la question que je pose aussi quand je reçois les patrons de la CGT, les patronnes en l'occurrence de la CGT ou de la CFDT. Un mot sur les fêtes de Noël. Est-ce qu'au moment où on se parle, vous vous dites malgré tout que vous espérez qu'une trêve soit respectée ? Ou est-ce que vous n'empêcherez pas les blocages ?
En tous les cas, je veux dire que Noël, dans le monde agricole, c'est une date importante. C'est la date de la convivialité, du repas de nos produits en famille. C'est aussi des valeurs auxquelles sont attachés le monde agricole. Et donc, évidemment, on souhaite que ce soit le plus protégé possible. Mais cette décision ne m'appartient pas. Elle sera aussi très liée à ce qui va se passer demain. Et puis, je l'ai dit, il appartiendra ensuite à chaque département au plus près du terrain de décider s'ils se mobilisent pendant cette période ou pas.
Mais vous savez, janvier arrivera vite, le salon de l'agriculture arrivera vite et les problèmes ont besoin d'être réglés et pas simplement d'être évoqués. Et c'est ce que nous souhaitons ardemment. Donc, on continuera évidemment à être mobilisés.
Il y aura des conséquences, y compris sur les législatives. Parce que quand on tire le fil de votre agenda, là, effectivement, il y aura le salon de l'agriculture fin février. Et puis, en mars, il y aura les élections municipales. Est-ce que pour vous, les municipales, ça se joue aussi maintenant sur le terrain ?
Non, vous savez, les municipales, c'est une élection à part. Le maire, c'est peut-être encore celui qui tient le mieux le maillon démocratique. Les municipales, ce sont des problématiques très locales. Mais je l'ai dit aussi, j'invite tous les agriculteurs ou agriculteurs retraités à s'engager dans ces élections parce que c'est celle du terrain, c'est celle de la connaissance, c'est celle de la compétence. Et je sais que les agriculteurs, qui sont aujourd'hui la classe socioprofessionnelle la plus représentée dans les élections municipales, doivent continuer à s'engager.
Je ne crois pas qu'il y ait de lien direct, même si la question alimentaire à travers les projets alimentaires territoriaux peut traverser les municipales. Je crois qu'il y a d'autres enjeux, mais en tous les cas, la question de la ruralité, la question de l'agriculture seront des questions municipales. Il y en a bien d'autres. Et moi, j'invite aussi, encore une fois, les agriculteurs à s'engager. C'est important de continuer à porter ce que nous sommes sur les territoires essentiellement ruraux, vous l'avez compris.
Merci beaucoup, Arnaud Rousseau, d'avoir accepté de répondre à nos questions en direct de Bruxelles. On l'a bien compris, manifestation aujourd'hui contre le Mercosur, mais vous nous l'annoncez aussi. Vous avez rendez-vous avec le Premier ministre demain matin. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA depuis Bruxelles. Il est 8h47 sur RMC BFM TV.