Interview Macron : «Ce qu’on peut mettre à son actif, c’est la lutte contre le terrorisme, mai
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
édité chez Guy Trédaniel. Je voudrais qu'on parle de l'intervention d'Emmanuel Macron hier soir sur TF1, 3h30 d'émission, sur des sujets divers. Là où on attendait des propositions de référendum, il n'y en aura pas. Là où on attendait des précisions sur la fin du quinquennat, il n'y en aura pas. Et je profite de votre déplacement aujourd'hui, Louis Zalter, avec le Président dans cette prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieille, pour vous faire entendre un sonore d'hier soir où Emmanuel Macron dialoguait avec Robert Ménard, le maire de Bézé, sur la question de l'immigration et de l'insécurité en France.
Je n'ai pas le sentiment d'avoir rien fait depuis des années. Excusez-moi, j'ai essayé de faire de mon mieux. Pendant des années, une partie de la droite et une partie de la gauche,
dès que vous leur parliez de sécurité ou d'insécurité, c'est un sentiment l'insécurité.
Moi je ne sais jamais dire ça, mais j'ai déjà assez à mon compteur tout seul pour répondre de ce que je dis moi. Non, ce n'est pas trop facile. Moi je ne m'avais jamais entendu dire aux Français que vous avez un sentiment d'insécurité. Nous sommes un pays aussi qui a besoin d'immigration, qui a une histoire d'immigration, mais on veut la contrôler. S'il y a des endroits où on en donne trop, on peut tout à fait le piloter. On les met toujours dans les mêmes communes. Et donc on a besoin, aujourd'hui, si on veut mieux intégrer, de mieux répartir l'effort. Et pardon, Robert Ménard, s'il vous plaît. On pourrait peut-être moins recevoir des gens.
Voilà, dialogue de sourds entre Robert Ménard et Emmanuel Macron, Louis Zalter. Oui, je trouve que c'est la partie de l'émission, très longue émission, de nombreuses parties. C'est peut-être la partie de l'émission où l'on voyait le plus à la fois. Les failles du bilan d'Emmanuel Macron et son bilan en matière de sécurité, de lutte contre la délinquance, d'immigration, d'identité, est quand même un angle mort depuis le début de... Depuis qu'il est à l'Élysée, depuis 2017. C'est vraiment un angle mort. C'est un sujet qu'il n'a pas su traiter. Il n'était pas outillé, doctriné, j'allais dire, pour le faire. Il n'avait pas la majorité.
C'est-à-dire que son propre camp n'était pas au clair sur ces questions, malgré la pression croissante de l'opinion publique. Donc il y a à la fois cet angle mort sur son bilan passé et puis il se voyait aussi beaucoup son impuissance actuelle. Aujourd'hui, il fait un déplacement. Alors il rend hommage aux agents pénitentiaires tués il y a un an, assassinés dans le cadre de l'évasion sanglante du narcotrafiquant Mohamed Amra. Là, c'est tout à fait son rôle. Mais il va aussi assister à inaugurer un nouvel état-major de lutte contre la criminalité organisée. Il visite une prison de haute sécurité. Il suit des chantiers qui sont lancés, mais il n'est plus à l'initiative.
Un, parce qu'il a effectivement ce bilan très faible qu'on connaît depuis 2017. Et puis deuxièmement, rappelons que politiquement, il n'a plus les leviers. Avant, il avait une majorité fracturée sur ces sujets. Aujourd'hui, il n'a plus de majorité du tout. Donc il ne peut plus être à l'initiative. Donc l'exercice hier, on le voyait, se débattre face à Robert Ménard ou face à d'autres contradicteurs qui ont été assez bons, qui l'ont bien bousculé. Il était ramené au feuille de son bilan et surtout à son impuissance actuelle. Georges Fenech. Non, ce qu'on peut mettre objectivement à son actif, en termes de sécurité, non, c'est la lutte contre le terrorisme. Oui, c'est vrai.
Là, dès son installation à l'Elysée, moi je m'en souviens très bien, il crée une task force, un centre national de contre-terrorisme à l'Elysée. Oui, il intègre dans une loi de 2017 les éléments de l'état d'urgence dont il fallait sortir, il renforce les moyens et d'ailleurs...
Mais ça n'a pas été fait avant lui, après les attentats du Bataclan, vous qui avez connu cette période justement.
Non, bien sûr qu'il y a eu, sous François Hollande, des mesures, mais les mesures les plus importantes finalement ont été prises à son arrivée avec tous ces dispositifs que je viens de... Mais par contre, pour la sécurité du quotidien, la criminalité, c'est un échec total parce qu'il n'a pas du tout... Il est, comme on dit, déconnecté. Voilà, c'est ça.
Je le disais ce matin, déjà, ce qui m'a frappé à un certain moment, c'est après les émeutes de juin 2023, où il nous a expliqué, avec vraiment une conviction inébranlable, que ces jeunes qui avaient cassé des commissariats, des écoles, des mairies, c'est parce qu'ils étaient oisifs qu'on avait changé le calendrier du bac, qu'ils n'allaient pas à la montagne et à la mer, et donc, voilà.
Donc, il les excusait d'une certaine manière ?
C'est une culture de l'excuse. Il est imprégné de cette culture, de cette idéologie. Donc, on a vu sous son quinquennat, les lois Belloubet, la césure du procès pénal pour les mineurs, l'excuse de minorité.
La loi Belloubet, M. Retailleau l'a bien remarqué, fait remarquer aujourd'hui. C'est bien une des failles aujourd'hui du système.
C'est une des failles, effectivement, sur laquelle personne n'est encore revenu. Bien sûr, voilà. Parce que la petite loi de M. Attal n'est pas revenue sur la césure du procès pénal ou des mesures de cette ordre. Donc là, il y a un déni total, si vous voulez, de ce qui est un vrai terme dans l'enseuvagement de la France aujourd'hui, on le voit tous les jours, et également du lien qu'il y a, de manière très étroite, tous les chiffres le montrent entre l'immigration sauvage et même induite avec la délinquance.
Louis Ozelter, comment est-ce que vous avez vécu ce déplacement présidentiel aujourd'hui à Vendin-le-Vieille ? Ce n'est pas tant par les déclarations du chef de l'État que vous avez pu entendre, mais c'est peut-être dans l'analyse que vous avez pu faire, et je sais que vous êtes un fin observateur, de son visage, de la façon dont il écoutait, ou par les différents interlocuteurs.
Est-ce que, ma question, vous l'avez bien comprise, Louis, c'est est-ce qu'il y est allé parce que c'était au lendemain d'une, et on va y revenir, d'une émission ratée où finalement est apparu son mauvais bilan depuis 2017, est-ce que c'est une opération communication ou il est allé vraiment prendre le pouls de la situation de la criminalité en France ?
Alors non, c'est un déplacement qui était prévu quelques jours avant l'émission d'hier, donc ce n'était pas en rebond de l'émission qui, en effet, objectivement, on ne sait pas trop pourquoi il a passé plus de trois heures à s'adresser aux Français, d'autant qu'il n'y avait pas vraiment d'annonce.
Moi, c'est une question que j'aimerais poser à Rodolphe Belmer et à Thierry Tully. Pourquoi TF1 ? Non, mais oui, c'est ça. Mais qu'est-ce que vous en pensez, vous les mecs, honnêtement, de cette émission ? Alors, je crois qu'il y a eu quand même près de 5 millions. L'audience, ce n'est pas mauvaise.
Alors, quand on regarde la courbe d'audience de Médiamétrie, il n'a pas complètement vidé la salle. Si c'est que ça, fine.
Non, mais c'était long.
C'était long. Et la proportion entre la longueur de l'émission et l'absence d'éléments nouveaux, d'annonces, de rebonds, et même de dynamisme, de souffle, de cap, était flagrante. C'était un peu de pro-domo.
Oui, tout à fait, mais tourner vers le passé, tourner vers son passé. Le exalter sur l'attitude du président aujourd'hui.
Alors, j'ai l'habitude de ce genre de déplacement présidentiel, suivant beaucoup l'Élysée pour le Figaro. Emmanuel Macron est toujours égal à lui-même dans ce genre de déplacement. C'est quelqu'un qui est affable, il porte le masque de cire. Tous les présidents, pas tous, pas de la même façon. Ils ne sont plus crispés, ils ne sont plus joyeux. Mais Emmanuel Macron, oui, il est très fort pour porter le masque de celui qui écoute ou fait mine d'écouter, qui s'intéresse ou fait mine de s'intéresser, qui pose des questions ou fait mine de les poser. Vous dites fémine, donc c'est déjà la réponse à ma question. Parfois il fait mine parce qu'il est obligé.
Et puis, en fait, vous savez, dans ce genre de déplacement, le risque, et c'est d'ailleurs souvent le cas, c'est le risque Potemkin. Tout est nettoyé avant, on trie les gens, les séquences sont soigneusement organisées, la presse est embarquée, même si parfois c'est un nombre limité, mais les journalistes sont là. Il y a toute une file de responsables d'administration, de conseillers, d'agents qui le suivent. Un président ne visite jamais ou quasiment jamais tout seul avec une ou deux personnes qui peuvent lui dire réellement le fond de leur pensée. Ça n'existe pas, et c'est d'ailleurs sans doute un problème pour Emmanuel Macron, mais pour le chef de l'État français en général.
Je pense ensuite qu'il voulait aujourd'hui matérialiser le fait, c'est intéressant, mais je ne pense pas que ça soit beaucoup suivi de réussite, matérialiser le fait que c'est fini la période où il ne se concentrait que sur l'international et la diplomatie. Aujourd'hui, il recommence à essayer de vouloir jongler le lundi avec l'Ukraine, le mardi avec l'économie, le mercredi avec la sécurité, le régalien. Il réessaie de faire ça, alors même que la situation politique normalement ne lui permet pas. C'est ce qui est fascinant, c'est qu'il continue à parler de problèmes intérieurs alors qu'il n'a plus aucun rôle, aucun pouvoir. Voyez-vous, les prisons, ce n'est plus lui, c'est terminé.
Les prisons, c'est le gouvernement, c'est M. Darmanin, etc. C'est fini. Donc, il y avait un côté pathétique. Oui, c'est décalé, c'est décalé. Un roi déchu qui n'a plus aucun pouvoir et qui est le seul finalement à défendre son bilan. Vous en connaissez beaucoup, ces anciens premiers ministres ou ministres qui viennent défendre le bilan de la Macronie ? Je n'en connais pas beaucoup. C'était flagrant d'ailleurs ce matin. Vous savez, quand un président fait cet exercice, souvent ses partisans sur les réseaux sociaux font des messages pour dire « Très belle prestation du président, je salue tel propos, il a très bien l'écritier.
» Ce matin, vous faites les réseaux sociaux des responsables macronistes, de Gabriel Attal, des ministres, anciens ministres. Il n'y a vraiment pas grand monde qui a relayé la parole présidentielle. C'était le désert. Et même le parti présidentiel Renaissance n'a pas eu un tweet, pas un post. Le parti présidentiel, maintenant sous la roulette de Gabriel Attal, n'a pas eu un post sur les réseaux sociaux pour relayer la prise de parole présidentielle.
Voilà pour le volet sécuritaire. Écoutons à nouveau Emmanuel Macron lorsqu'il échange avec Agnès Verdier-Molinier, la directrice de l'IFRAP, sur le déficit budgétaire du pays. Deux constats diamétralement opposés.
Si on peut regarder juste le déficit, on a en effet la guerre, l'inflation, on a protégé. Mais donc on a évité le chômage. On a protégé plus que les voisins, vous avez raison. Mais pourquoi ?
Parce qu'on a protégé pour réformer. En 2022, M. le Président, on a dépensé 90 milliards de plus que ce qui avait été voté au Parlement.
Alors en 2022, on a eu beaucoup plus de recettes.
On a complet... Mais ce n'est pas une raison. Non, non.
Mais pourquoi ? Parce qu'il y a eu une surélasticité. Le problème qu'on a eu, il est beaucoup plus en 2024.
Et en 2023, on a continué autour de 30 milliards de plus. Et en 2024 aussi. Mais madame... La réalité, c'est qu'on ne respecte pas ce qu'on vote au Parlement. Et que derrière, on ne peut pas suffisamment baisser les prélèvements obligatoires pour réenclencher une dynamique positive.
On a protégé les Français, les entreprises et les Français. Vous vous dites trop, très bien. Moi je dis que c'est ce qui nous a permis de faire des réformes.
C'est incroyable parce que les 90 milliards dont parle Agnès, on a besoin aujourd'hui. Rends-les. C'est le film de Woody Allen, Take the Money and Run. C'est ça. 3 300 milliards de... Et tire-toi.
Elle a été excellente Agnès, elle a vraiment mis en difficulté.
Mais oui, mais parce qu'elle compte Agnès. Regardez les livres qu'elle produit à chaque livre d'Agnès. Bien sûr. Alors, certaines mauvaises langues disent que c'est toujours le même livre. Ça alerte sur l'état dramatique dans lequel on est. Et à chaque livre d'Agnès Verdier-Molinier, à la fin, il y a des tableaux. Il y a des statistiques. Et moi, il y a une statistique que j'ai toujours avec moi le dimanche pour les grands rendez-vous. Quel que soit l'invité, qu'il soit de gauche, de droite, LFI, LR, RN, peu importe, il y a le tableau de la dépense publique. Bien sûr. Et de la dépense sociale qui coûte chaque année, et à date, qui coûte 900 milliards chaque année.
Voilà. Et la moitié, c'est les retraites. Vous savez que nous sommes les derniers de la classe. En Europe, on est les derniers de la classe. Puisqu'on a, je crois, à peu près 54-55% de notre PIB en dépense publique, alors que la moyenne européenne est autour de 46-47%. Vous voyez ? C'est ça. La différence, vous voyez, le Delta, ça correspond à tout l'impôt sur le revenu, la TVA, la TPP, c'est-à-dire l'importance. On n'a pas été fichu de réduire, notamment, la voilure en matière de fonctions publiques. Et d'ailleurs... On en a rajouté. On en a rajouté. Alors qu'il avait annoncé qu'il baisserait la fonction publique. Il y a eu 150 000 créations depuis qu'il est arrivé à la visée.
Donc, on voit bien qu'aujourd'hui, c'est un gouffre, c'est une histoire sans fin, et on va le payer très cher. Mais attention, dans ces créations, il y a des policiers, des militaires, des magistrats. Il faut savoir ce qu'on veut. On ne peut pas que les 150 000, il y a quoi ? Non, mais c'est quoi la ratio ? Il y a des policiers, des magistrats. Il y a du régalier aussi. Je ne dis pas ça pour défendre le bilan qui est catastrophique en matière de dérive des finances publiques. Comment vous expliquez qu'en Allemagne, il y a un million de fonctionnaires en moins, les services publics sont aussi performants, voire plus ?
Non, mais parce qu'on ne connaît pas en France le mot « réaffectation ». C'est-à-dire qu'il y a des fonctionnaires, non seulement qui ne sont pas réaffectés, mais qui en plus refusent d'être réaffectés.
Vous parlez des dépenses sociales, des retraites. Ce n'est pas la sphère étatique régalienne qui pose problème en soi, parce que tout le monde voit bien l'importance du réarmement à tous les points de vue, pour que l'État se fasse respecter à la fois à l'intérieur du territoire et puis à l'extérieur face aux menaces. Vous parliez de la sphère sociale, Pierre, et c'est très important. Ça a été soulevé hier dans l'émission avec Emmanuel Macron. Effectivement, la dépense qui est hors de contrôle en France, c'est la dépense sociale, c'est les retraites, c'est l'assurance maladie. Et on est dans une population qui vieillit.
Donc, ça va nous coûter de plus en plus cher, à la fois en retraite et en maladie, et dans toutes les natures de dépenses sociales. On a un ralentissement économique qui va provoquer une hausse, normalement, des dépenses d'assistance aux gens. Donc, cette dépense qui est hors contrôle, ce n'est pas la sphère étatique en tant que telle, c'est la sphère sociale. Et là-dessus, Emmanuel Macron, effectivement, n'a pas fait de réforme normale.
Emmanuel Macron