Canicule : "Jusqu'à 200 000 climatiseurs" vendus par Carrefour cette semaine, selon son PDG Alexandre Bompard
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France Info.
Bonsoir Alexandre Bompard. Bonsoir. Vous êtes le PDG du groupe Carrefour. Carrefour qu'on ne présente pas. Merci d'être sur France Info. Ce soir nous sommes en direct d'Aix-en-Provence où se déroulent les rencontres économiques d'Aix. Il fait assez chaud, très chaud. Jolie chaleur d'été. Jolie chaleur d'été, forte. Et justement, où on en est du côté des climatiseurs, des ventilateurs. On a vu ces scènes, par exemple, dans d'autres enseignes où les gens se précipitent. Comment ça se passe chez vous ? Est-ce que vous avez encore du stock ?
Nous, on ne fait pas de coups de communication sur ces sujets-là parce que c'est des sujets très sensibles pour les Français en ce moment. En revanche, on a fait un gros travail ces derniers jours parce qu'à la fin de l'épisode caniculaire précédent, on a été comme un certain nombre d'acteurs, voire comme tous les acteurs, en quasi rupture de stock. On a reconstitué l'intégralité des stocks. Donc, on a aujourd'hui 100 000 climatiseurs et ventilateurs dans tous nos magasins de France pour faire face à des épisodes encore un peu incertains dans leur amplitude, mais enfin de très fortes chaleurs, voire dans le sud tout au moins de canicules.
Donc, si on va chez vous, a priori, on trouve ce dont on a besoin.
Oui, la probabilité pour que vous trouviez un climatiseur ou un ventilateur dans un magasin Carrefour est très forte. On a 100 000 aujourd'hui équipements disponibles.
Et vos ventes ont été multipliées.
Oui, je le disais, les ventes ont augmenté de 1000% dans le précédent épisode. On a vendu jusqu'à 200 000 clim en une semaine quand normalement, on en vend 400 000 en une année. Donc, il y a une accélération extraordinairement forte. Et il y a fort à parier que dans les prochains jours, et je regardais, même si elles peuvent parfois se tromper un peu, les prévisions des quatre prochaines semaines qui sont au-dessus des moyennes saisonnières, même si on ne sait pas encore si ça sera caniculaire ou pas. Mais il y a fort à parier qu'il fasse chaud. Et donc, je pense que les Français continueront à s'équiper.
Une question que se posent souvent les auditeurs, vous avez augmenté vos prix ?
Non, les prix n'ont vraiment pas bougé. Au contraire, d'abord parce que c'est très concurrentiel. Et donc, les prix sont vraiment au même niveau qu'avant la crise.
Qu'est-ce que vous voyez justement dans les changements de consommation du fait de ces fortes chaleurs ? Est-ce qu'il y a des habitudes de consommation ? Est-ce que vous avez plus de monde déjà qui vient dans vos centres commerciaux pour ne serait-ce que prendre un brin de fraîcheur ?
C'est un bon point. On a d'abord des clients qui viennent se rafraîchir. Ils ne viennent pas forcément plus nombreux, mais ils restent plus longtemps. Donc, on a en effet des clients qui passent du temps, à la fois dans les magasins et dans les centres commerciaux. Ils achètent, les paniers ont tendance un peu à augmenter. Et puis surtout, vous avez raison, il y a des changements de consommation. Au fond, les Français, ils sont passés en mode de consommation caniculaire. Ils ont besoin à la fois de se rafraîchir, climatiseur, ventilateur, de s'hydrater. Et donc, on a vendu la semaine dernière, la semaine la plus chaude, 4 millions de glaces. Oui, de l'eau, j'imagine aussi, des sodas.
Évidemment, de l'eau, des bières sans alcool, des melons. On a vendu 2 millions de melons. Bref, tout ce qui rafraîchit, hydrate, est plus léger, est plus frais, a été l'objet de la consommation des Français pendant cette période. En revanche, vous consommez un peu moins.
Ça veut dire que c'est... Comment vous adaptez les chaînes logistiques derrière ?
Vous avez raison, c'est un très gros sujet logistique. Il faut être très organisé. Il faut être dans l'anticipation. C'est-à-dire que c'est des scénarios qu'on anticipe, qu'on prévoit. Quand on voit que ça va se déclencher, on les déclenche nous-mêmes. Et puis, on s'adapte en permanence. Évidemment, la différence entre la forte température et la canicule, ça conduit à des changements de comportement de consommation très forts. Là, on était en mode caniculaire. Et les équipes ont fait un travail incroyable. On a 15 000 magasins en France. Donc, pour achalander les produits, pour avoir en permanence les produits dont les Français ont besoin, on s'est très bien adapté.
On l'a bien géré, je crois.
On a eu les derniers chiffres de l'INSEE, la statistique publique, qui nous dit que la consommation française résiste bien. que l'inflation est moins forte que prévu. Ça, c'est une bonne nouvelle.
D'abord, il y a en effet deux informations. La consommation tient depuis le début de l'année. C'est d'ailleurs un des moteurs de croissance, voire le seul.
Oui, parce qu'elle est légère, notre croissance.
Elle est légère. Et donc, le moteur de la consommation tient. Il faut le préserver. Ce n'est pas une forte consommation, mais ça résiste. Et les prix n'augmentent pas trop. C'est le deuxième sujet. C'est la deuxième bonne nouvelle pour les clients. Moi, je me suis inscrit en faux depuis de longues semaines. Vous m'avez peut-être entendu. Surtout les oiseaux de mauvaise augure qui disaient « On va connaître un été écarlate, rouge, etc. » en termes de prix. La rentrée, tout va exploser. Moi, je disais que je ne voyais rien de tout ça.
Même avec les problèmes géopolitiques, le détroit d'Ormose fermé.
Non, je disais qu'avec la géopolitique constante, les prix resteraient relativement bien stabilisés. Et on joue ce rôle-là, nous, pour les Français, de bien négocier pour stabiliser les prix. Quand il y a dans les contrats qu'on signe avec les industriels...
Oui, vous parlez des négociations.
Dans les négociations qu'on conduit avec les industriels, il y a des clauses. Si les matières premières augmentent beaucoup, on renégocie. Mais en fait, les matières premières, on peut augmenter. Donc, vous n'allez pas renégocier. Donc, on ne va pas renégocier, sauf ça et là, ponctuellement, quand c'est vraiment nécessaire. Et donc, ça nous permet... Et moi, je dis ça depuis de longues semaines, je suis heureux de ne pas m'être trompé. Pas pour ne pas m'être trompé, mais parce que c'est important pour les Français. On a une inflation qui est autour de 1%.
Et ça ne devrait pas changer pour l'été, ni pour la rentrée.
Ça ne devrait pas changer en profondeur. On devrait être dans des eaux de ce type-là. Il y a des gens qui, quelques semaines, disaient qu'on va être à 3, 4, 5% d'inflation alimentaire. On ne les citera pas. On ne les citera pas. On les aime beaucoup.
Nous sommes à Aix. Rencontres économiques qui se tiennent... C'est un lieu d'échange, un lieu de discussion entre les décideurs, entre les politiques, les patrons, les Français. Qu'est-ce qui vous marque ?
La prévalence du sujet de l'intelligence artificielle, qui est un sujet très au cœur des réflexions.
Qu'est-ce que ça va changer, par exemple, pour vous, dans votre business, dans vos métiers ?
Il y a deux ans, quand on parlait de ce sujet, il était assez théorique. Il l'est toujours. Il y a toujours une partie d'inconnus, technologiques, etc., de sujets éthiques associés, qui sont des sujets très importants. Mais pour moi, ce qui est important aujourd'hui, la nouvelle phase, c'est une phase extraordinairement concrète. Je vous donne un exemple. Qu'est-ce que c'est l'intelligence artificielle pour nous ? C'est offrir à nos clients, sur les sites digitaux, des agents conversationnels qui leur permettent de faciliter leur course, d'aller très vite. Et ça, on l'a développé aujourd'hui.
Ça, c'est pour les... Quand vous vous achetez sur les sites, en ligne. Exactement. Mais dans les supermarchés, concrètement.
Deuxième application très concrète. On a développé, avec d'ailleurs, une entreprise française qui s'appelle Vusion, des solutions qui permettent de résoudre ce qui sont des irritants pour les clients. Par exemple ? C'est-à-dire, gérer les ruptures, gérer les erreurs de prix, gérer les mauvaises implantations de produits. Et ça, on le fait grâce à des caméras connectées, grâce à des étiquettes électroniques, grâce à des rails connectés qu'on est en train d'imprunter.
Ça veut dire qu'il y aura moins d'erreurs et que le consommateur sera gagnant ?
C'est ce que vous nous dites ? Exactement. En fait, il y a deux gagnants quand on fait ça. D'abord, nos collaborateurs. Aujourd'hui, comment on détecte les ruptures ? On a des collaborateurs qui marchent dans les magasins et qui essayent de regarder tous les rayons pour voir où est-ce qu'il y a un produit en rupture. Désormais, grâce à l'intelligence artificielle, ils sont alertés immédiatement sur dans telle rayon, il manque tel produit. Deuxièmement, les erreurs de prix. On avait plein d'écarts de prix. Vous savez, vous avez votre catalogue promotionnel sur votre iPhone et puis vous arrivez en magasin, vous dites, c'est pas le même prix.
Désormais, on a une correction automatique qui se fait. Bref, tout ce qui contrariait la vie de nos clients, l'intelligence artificielle le change.
Est-ce que ça ne va pas contrarier la vie de vos salariés et faire des postes en moins, des jobs en moins ?
Aujourd'hui, ce que ça permet pour nos salariés, c'est de travailler sur des éléments qui, aujourd'hui, leur font perdre beaucoup de temps. Je citais les tournées en magasin un peu aléatoires. Quand un salarié, un de nos collaborateurs, aujourd'hui, sait exactement où il doit aller, exactement comment il doit corriger une erreur de prix, il gagne beaucoup de temps. Après, évidemment, il y a des inconnus de long terme et pour traiter ces inconnus de long terme, on a fait un plan de l'intégralité de nos collaborateurs, du groupe, qui sont formés à l'IA parce que tous les métiers vont être changés.
Donc, c'est-à-dire tous les métiers, de la caisse, à la logistique.
L'intégralité des collaborateurs de Carrefour vont être formés sur deux ans à l'IA de manière à, à la fois, les acculturer, les former et vaincre les peurs. Parce que quand vous ne connaissez pas, vous avez peur. Quand vous connaissez mieux, quand vous voyez ce que ça peut changer dans votre métier, vous avez une approche qui est une approche beaucoup plus positive.
Ça, ça fait partie de votre plan stratégique. J'imagine que vous avez été reconduit à la tête de Carrefour il y a quelques mois pour un mandat de trois ans. Alors, Carrefour, vous y êtes. C'est votre quatrième mandat que vous entamez. Vous y êtes depuis 2017. On vous a connu chez Fnac Darty. Un petit passage aussi, un peu long parfois, mais par les médias, puisque vous avez été du côté de Canal Plus et d'autres. J'ai dirigé une entreprise, une radio concurrente. Voilà, je ne citais pas le nom. On ne la citera pas non plus. On l'aime beaucoup aussi. On l'aime beaucoup.
Et au regard de ces expériences, comment vous expliquez que ça soit la plus longue, que ça fait dix ans, vous aimez la grande distribution ?
D'abord, j'ai vraiment, je le dis en toute honnêteté, j'ai énormément de chance. C'est une entreprise qui réunit tout ce que j'aime. La compétition, il y en a tous les jours, comme d'ailleurs il y en a dans votre métier. Des combats sociétaux et sociaux en permanence. Le pouvoir d'achat des clients, qui est un sujet que je trouve absolument passionnant. Et puis, des immenses transformations, à la fois environnementales. On a parlé climat. Si on parle, quand on parle ventilateur, climatiseur, on est juste dans l'adaptation. Mais comment est-ce qu'on atténue cet effet climatique, ce défi climatique qui est le défi de ma génération ?
Nous, on investit 200 millions d'euros par an pour réduire nos émissions.
Dans votre transformation, il y a aussi le fait d'avoir moins de carrefours ou des carrefours plus petits, des espaces, des supermarchés un peu différents.
Donc, transformation environnementale, transformation digitale, vous le disiez avec l'IA. Et puis, vous avez raison, changement des formats. On a développé énormément les petits formats, les formats de proximité. On va en ouvrir 1000 en France d'ici 2030. On en a ouvert 400 l'année dernière.
Moins de grands carrefours, beaucoup plus de petits formats
qu'on ouvre avec des entrepreneurs. On est très leader. On est le premier acteur français dans ces enseignes que les Français connaissent bien. Carrefour City, Carrefour Contact, etc. C'est des formats formidables qu'on ouvre un peu partout, à la fois dans les zones urbaines, dans les zones rurales. Alors, les syndicats,
ils ne sont pas forcément très contents.
Si, ça, ça ne les gêne pas du tout parce que ça, c'est des entrepreneurs qui ouvrent des petits magasins. Le sujet sur lequel on a des discussions, pas avec tous les syndicats, mais avec un certain syndicat, c'est la transformation de nos grands hypermarchés en location-gérance. En fait, les hypermarchés qui fonctionnent difficilement, ceux qui ont enregistré des pertes depuis longtemps, on avait deux solutions. Les fermer, ce qu'on fait un certain nombre de nos concurrents, ça veut dire que vous êtes en grande difficulté et que vous détruisez de l'emploi. Ou trouver des entrepreneurs qui s'engagent à développer ces magasins.
Donc, chaque année, on transfère 15 de nos magasins hypermarchés les plus en difficulté en magasins franchisés ou locataires gérants pour développer ces magasins.
Il n'y a pas à certains syndicats que c'est une restructuration déguisée.
Oui, ce que ce n'est pas du tout.
J'aimerais vous faire réagir hier aux rencontres d'Aix. Sébastien Lecornu, le Premier ministre, s'est dit très inquiet sur le budget. Est-ce que vous partagez cette inquiétude sur l'incapacité de trouver un compromis ? Est-ce que vous craignez que les grandes entreprises, qu'il faut trouver de l'argent, les grandes entreprises comme la vôtre, soient mises à contribution ?
J'ai deux grandes inquiétudes. Une qui est, au fond, en effet, comme le Premier ministre, une inquiétude politique. Je ne vois pas comment on va trouver un consensus pour faire passer un budget qui est pourtant extraordinairement sensible dans une période de fort déficit public, d'une dette qui explose et sans croissance. Et puis, j'ai une inquiétude de chef d'entreprise parce que bien souvent, quand on ne trouve plus rien, on se dit, tiens, si je mettais une petite surtaxe aux entreprises que vous avez déjà eues comme si ça n'avait pas d'effet. Mais malheureusement, les surtaxes, elles ont un effet.
Elles font perdre de la compétitivité aux grandes entreprises françaises et elles ont un effet sur l'ensemble du tissu économique. C'est pour ça que je me bats pour qu'on évite de surtaxer encore plus les entreprises françaises parce que la compétitivité des entreprises françaises, c'est de l'emploi, c'est de l'innovation en France.
Merci beaucoup, Alexandre Bompard, d'avoir été l'invité. Merci. L'écho de France Info, merci à vous.