Olivier Faure, "Pour les européennes, nous avons 7 listes à gauche, c’est du suicide"
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L'invité du grand entretien ce matin est le premier secrétaire du Parti Socialiste, Olivier Faure. Léa Salamé est à mes côtés. Pour intervenir, le standard au 01 45 24 7000, l'appli France Inter et les réseaux sociaux. Bonjour Olivier Faure.
Bonjour Alibado.
Et bienvenue, vous l'entendiez dans la chronique de Yael Goz. En une semaine, la popularité de Jean-Luc Mélenchon s'est effondrée. Il a chuté de la 6ème à la 17ème place. C'est dans le baromètre Ipsos. Benoît Hamon en profite, mais pas vous. Pourquoi ?
Mais d'abord, faites attention à ces sondages qui sont des sondages de popularité et qui n'expriment pas grand chose. Ensuite, il y a effectivement sur cette question une question de fond avec la France Insoumise et avec Jean-Luc Mélenchon. Je comprends très bien que sur le plan humain, on puisse ne pas vivre correctement une perquisition. Ça n'est jamais agréable. Mais ce qui doit nous distinguer dans la gauche en général et même dans le monde politique, ce qui serait une bonne nouvelle, c'est quand même le respect de nos institutions et le respect de l'indépendance de la justice.
Faire en sorte de comprendre que la meilleure façon de se défendre, ce n'est pas de contre-attaquer, mais c'est au contraire d'apporter des réponses à la justice. C'est précisément ce que moi j'avais demandé quand la question des comptes de campagne a été à nouveau sur la table, en expliquant que nous étions prêts, nous, à ouvrir nos comptes, à faire toute la lumière sur tous les sujets qui pouvaient encore être dans l'ombre. Parce que c'est la seule façon d'être compris des Français. Qui peut comprendre qu'il y ait un pouvoir ou des partis politiques qui se placent au-dessus de la loi ?
Et puis enfin, sur la question du rapport à la presse, quand même, je ne suis pas de ceux qui peuvent dire que la presse ne m'étrie pas chaque matin. Mais il n'empêche que je n'ai jamais cherché à pourrir les journalistes. Pourquoi ? Parce que nous avons la chance d'être dans un pays qui vit libre, notamment parce qu'il y a une expression libre de la presse. Et c'est comme ça que nous sommes heureux de vivre en démocratie.
Je citais le baromètre Ipsos pour indiquer qu'il y a un espace politique entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Et c'est comme si vous n'arriviez pas à l'occuper. Comment expliquez-vous ça, Olivier Faure ?
Bon, assez simplement. Nous avons été, l'an passé, sonnés par une défaite qui était une défaite historique. Notre candidat, Benoît Hamon, a fait 6%, ce qui est le score historique le plus faible depuis Gaston Deferre. Donc, depuis avant les années 70. Et donc, nous avons été siphonnés, si je puis dire, à la fois par Emmanuel Macron, principalement par Emmanuel Macron, et puis en partie par Jean-Luc Mélenchon. Donc, deux offres nouvelles apparues dans le champ politique ont progressivement, se sont substituées à la nôtre. Et il y a un an, c'est vrai, on pouvait se poser la question de savoir si nous n'avions pas une mort annoncée. Que s'est-il passé depuis un an ?
Enfin, pardon, on se la pose toujours.
Peut-être que vous vous la posez. Moi, je ne me la pose plus. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, il y a un an, nous pouvions être remplacés. Nous avions un président, un candidat, qui s'était présenté comme un nouveau progressiste. Mais un an après, les Français le savent. Ce n'est pas un nouveau progressiste, c'est un nouveau libéral. Il devait être exemplaire. Il n'est pas exemplaire, il est l'homme d'un clan. Il devait être l'homme d'un planète Great Again. Hulot est venu de vous dire, chez vous, que ce n'était pas le cas. Il devait être l'homme des réfugiés avec Merkel, qui était l'honneur de l'Europe. Qu'a-t-il fait ?
Il a dénoncé les ONG qui, aujourd'hui, sauvent les migrants en mer Méditerranée.
Pardon, Olivier Faure, on vous pose la question sur vous. Vous répondez Mélenchon, vous répondez Macron. Là, la question, c'est pourquoi, vous, le Parti Socialiste ? Et là, je vais m'appuyer sur l'étude accablante pour le PS, difficile pour le PS que vient de mener la Fondation Jean Jaurès. Il y a El Gauze en parlé tout à l'heure. Un tiers des Français, un tiers des Français, c'est énorme, un tiers des Français se sentent proches des idées sociales démocrates. Mais le PS tourne autour de 5% des intentions de vote. Et surtout, seuls 9% des Français se disent proches du PS. Ils sont où ? Tous ceux qui sont proches de vos idées, mais qui ne sont pas pour vous, pour le Parti ?
C'est précisément ce que je suis en train de vous dire. C'est qu'il y a eu une confusion, il y a eu l'an passé un mouvement avec des déplacements de ceux qui se sont toujours reconnus dans les valeurs au sens large de la social-démocratie, de la gauche, du gouvernement, et qui ont cru pouvoir trouver dans d'autres formations politiques ce qu'elles avaient cherché avec nous. Et donc, c'est la raison pour laquelle il y a toujours cet espace qui reste à recréer.
Mais ils reviennent quand chez vous ?
Ah ben ça, c'est pas moi qui vais vous le dire. Je ne sais pas à quel moment ils reviendront. Ce que je sais, c'est que mon effort, mon travail, c'est aujourd'hui de faire en sorte de pouvoir parler à nouveau à ces électeurs. C'est la raison pour laquelle, dans quelques semaines, nous aurons aussi à produire notre inventaire pour dire quelles sont les leçons que nous tirons de notre échec. Parce que les Français ne peuvent pas revenir spontanément vers nous, s'ils n'ont pas le sentiment que nous avons réceptionné le message qu'ils nous ont adressé sévèrement il y a un an.
Ce qui est grave, c'est que les sympathisants socialistes ne sont plus forcément des électeurs socialistes. C'est ce qu'indique la fondation Jean Jaurès. Loin de là, vous n'arrivez plus à mobiliser au-delà du cœur de votre électorat. Et c'est assez frappant, vous avez pris la direction du PS avec un discours de rassemblement. Et depuis, il n'y a eu que des divisions. Les départs d'Emmanuel Morel, le départ de Marie-Noëlle Lindemann. Et vous avez entendu Marie-Noëlle Lindemann. Elle avait 20 ans au moment du congrès d'Epinay. Elle a 46 ans de militantisme. Elle a absolument tout vécu au PS, les bonjours, les mauvais jours.
Et elle est partie parce qu'elle ne se retrouve plus dans le parti que vous incarnez. Que lui répondez-vous ? A elle et aux autres militants qui ressentent la même chose.
Mais vous m'avez cité deux militants qui sont partis. Et vous appelez ça une hémorragie. Moi, je n'y vois en réalité que le départ logique de gens qui ont accompagné longtemps Jean-Luc Mélenchon et qui sont partis le retrouver.
Belle optimisme !
Mais ce n'est pas un bel optimisme !
Marie-Noëlle Lindemann, elle est au PS depuis le congrès d'Epinay. Elle a fait toute sa carrière militante au sein du Parti Socialiste et elle part maintenant.
Elle a fait sa carrière. Eh bien, il est temps d'en finir avec les carrières. Et d'avoir des gens qui viennent avec des convictions. Et donc, moi ce que je vous dis, c'est que vous me dites que le rassemblement ça ne marche pas. Mais c'est tout l'inverse. Je viens aujourd'hui avec un texte qui a été adopté il y a 15 jours par 80% des militants et qui a été porté par l'ensemble des sensibilités de ce parti. Sur une question qui n'est pas anodine, sur la question européenne. Voilà 13 ans, 13 ans, que nous nous divisons en permanence sur cette question. Et pour la première fois, nous avons un texte qui nous rassemble pour partir ensemble à l'élection européenne.
On va en parler justement de l'Europe, Léa.
Et qui dit quoi, le texte ?
Le texte, c'est un texte qui... Si vous laissez plus de deux secondes pour vous répondre, je vous réponds. Bien sûr.
Mais sur l'Europe, très clairement, il dit quoi ?
C'est un texte qui dit tout simplement que l'Europe, telle qu'elle est aujourd'hui, alors que nous sommes profondément pro-européens, mais quand je dis profondément, c'est que de tous les pores de ma peau, je suis un Européen. Je suis persuadé que l'Europe est le niveau pertinent pour traiter les grandes questions qui sont devant nous. Mais cette Europe-là, celle d'aujourd'hui, celle de M. Juncker, c'est une Europe qui, malheureusement, sécrète autant d'anticorps qu'elle crée d'adhésions. Et donc, il est temps de marquer une rupture et de faire en sorte que cette Europe-là prenne en charge les grands défis réellement.
Alors, question concrète, le budget italien. Question concrète, où vous vous situez ? Le budget italien a été rejeté, c'est une première dans l'histoire européenne, a été rejeté il y a deux jours par la Commission européenne. Est-ce que vous êtes du côté des règles de Bruxelles ? Est-ce que vous êtes du côté des règles de la Commission ? Ou du côté de la coalition italienne qui dit non, c'est un budget du peuple et on le garde ? Vous êtes tout le PS.
Mais précisément, voyez bien que c'est le débat aujourd'hui qu'on cherche à nous imposer. D'un côté, en fait, la règle et le libéralisme qui seraient, en fait, la seule vision des pro-européens. C'est ce que prône Emmanuel Macron. Et de l'autre, vous auriez les populistes nationalistes de Salvini, d'Orban ou de Marine Le Pen. Mais là, dans le cas d'espèce, si vous étiez au pouvoir, là, vous diriez quoi ? Oui, mais j'y viens. Mais ce clivage-là, il est mortifère. Laissez penser, parce que ce budget est une provocation. Salvini ne fait pas n'importe quoi, n'importe comment, n'importe quand. Il le fait en sachant très bien qu'il va se voir opposer les règles de Bruxelles.
Il le fait parce que son jeu est assez limpide, assez clair. Il va essayer de jouer sur sa légitimité contre une autre légitimité que la légitimité européenne. Mais répondez à Léa, vous ne le faites pas. Mais j'y réponds, mais on ne peut pas répondre. C'est toujours la même chose. Je sais bien que vous voudriez qu'on réponde par oui ou par non. Mais ce n'est pas ça, c'est que c'est un cas concret. La vérité est plus complexe. C'est un cas concret.
Jean-Luc Mélenchon s'est positionné. Il a dit, je suis du côté sur cette histoire-là. Ça ne veut pas dire, je suis du côté de Salvini, mais je comprends la réaction des Italiens qui disent, on a été élu, pourtant on le fait.
C'est la première fois que je vois la gauche de la gauche venir en soutien d'un budget qui est porté par l'extrême droite. Ça, c'est quand même une rupture aussi. Mais moi, ce que je vous dis là...
Mais vous dites quoi ? Parce que Macron, il dit très clairement, c'est la Commission européenne a raison. Mélenchon, il dit, les Italiens ont raison de maintenir leur budget. Vous, vous dites quoi ?
Mais moi, ce que je dis, c'est que l'Europe, si elle n'est pas capable de se retrouver une attractivité, si elle n'est pas capable de redonner du sens à son action, alors, effectivement, nous allons vers des provocations multiples qui verront, au fur et à mesure, des peuples avoir le sentiment que, finalement, l'exit est une option.
Mais ce qu'on comprend, Olivier Faure, en vous écoutant, c'est que vous ne pouvez pas, vous êtes incapable de trancher. Mais ce n'est pas que j'ai capable de trancher. Mais pourquoi voulez-vous trancher ?
Parce qu'il y a un choix à faire. Non, là, ce que vous me demandez de faire, c'est de dire, soit je suis Salvini, soit je suis pour une règle qui s'impose de manière impérative. Moi, ce que je vous dis, c'est exactement ce schéma-là dans lequel il ne faut pas rentrer. Le problème avec les Italiens, ce n'est pas de leur dire, vous devez vous plier. Si vous dites, vous devez vous plier, vous faites le jeu de Salvini. Et donc, si moi, ce matin, à votre micro, je viens dire, pliez-vous, vous, les Italiens. Mais qu'est-ce qui va se passer en Italie ? Les gens vont me dire, ce Français-là, il est en train de nous dire que, nous, peuple souverain, on doit se plier.
Et si je vous dis le contraire, si je vous dis, il faut suivre Salvini, je suis en train de dire qu'il faut détricoter l'Europe. Moi, ce que je vous dis, c'est qu'aujourd'hui, il y a un problème avec l'Union Européenne. Et votre position, on le voit, est assez inconfortable. Qu'elle n'est plus comprise. Non, elle n'est pas inconfortable.
Elle est simplement de dire que, si vous voulez que l'Europe plaise à nouveau, si vous voulez que les gens se plient à nouveau à ces règles, il faut qu'il soit une Europe qui soit plus juste, qu'il soit une Europe qui soit plus convaincante sur le plan climatique, sur le plan migratoire, sur le plan de la lutte contre les inégalités, sur la question de l'évasion fiscale, sur toutes ces questions-là. Si elle est convaincante, alors cette question-là ne se posera plus avec Salvini. Parce que les Italiens, y compris, comprendront où est leur intérêt. Ce qui n'est pas le cas.
En attendant, ils sont soutenus par 60% d'approbation dans les sondages. La campagne pour les Européennes se profile, Olivier Faure. L'hypothèse de Ségolène Royal pour conduire la liste du PS, est-ce qu'elle est sérieuse ?
Ségolène Royal est une grande figure à la fois de la gauche et de l'écologie. Et d'après ce que je comprends, et des discussions que j'ai pu avoir avec elle, elle cherche à incarner un rassemblement plus large, parce qu'elle considère, et de ce point de vue, elle a raison, c'était l'éditorial tout à l'heure de Yael Gauze, nous sommes face à la gauche la plus bête du monde. Mais est-ce que c'est le retour Ségolène Royal ?
C'est qui la gauche la plus bête du monde ?
La gauche la plus bête du monde, c'est nous tous. Nous sommes dans une situation incroyable, où nous avons aujourd'hui un pouvoir libéral qui est en régression. Et vous allez partir avec 7 listes.
La gauche présenterait 7 listes, c'est du suicide ?
C'est un suicide. Et donc, si nous ne voulons pas aboutir à cette situation-là, il faudra bien qu'à un moment donné, il y ait des gens qui se posent des questions.
Et donc, Ségolène Royal, est-ce que vous lui dites, je t'en supplie Ségolène, conduis notre liste, tu es la seule à pouvoir recevoir de la déroute ?
Mais moi, je ne supplie personne. Je dis simplement qu'elle est une grande figure de la gauche et de l'écologie, et qu'à ce titre-là, elle peut incarner ce rassemblement. Elle n'est pas la seule à pouvoir le faire.
Mais moi, je serai sensible à toutes les initiatives qui viendront expliquer à cette gauche-là qu'effectivement, aujourd'hui, elle va additionner des scores qui seront entre 2 et 10%, et qu'au bout du compte, nous allons accorder facialement une victoire à Emmanuel Macron, à un moment où nous pourrions au contraire le challenger, et faire basculer ce quinquennat, et donner à nouveau une espérance à celles et ceux qui, à gauche, ont effectivement le sentiment d'être les enfants du vide, les orphelins, pour prendre des expressions qui ne sont pas de moi, mais dans lesquelles je peux me reconnaître.
Beaucoup de questions au standard Olivier Faure. Didier, bonjour. Oui, bonjour. Votre question au premier secrétaire du PS.
Bonjour Olivier, bonjour à tous. Je suis militant du PS dans les Landes, réserve d'Indiens, comme l'a dit Henri-Emmanuelli, et nous avons un député, Boris Vallaud, qui est bien reconnu. Excellent. Ma question, nous avons un programme sur l'Europe en 9 points bien carré, un budget alternatif au projet de loi de finances mortifère de la macronerie. Depuis peu, nous avons 4 porte-parole, et pourtant, on est absent du terrain, si ce n'est pour mettre en avant nos déchirures. Comment faire évoluer cet état de fait à court et moyen terme ?
Réponse du camarade, camarade fort.
Le camarade fort répond tout simplement que ce qui vient d'être dit est l'exacte vérité. Nous sommes aujourd'hui dans une situation incroyable où nous avons à nouveau une capacité à nous exprimer, nous avons un projet européen qui nous lie, nous avons présenté il y a quelques jours avec Valérie Rabault et Patrick Cannaire un contre-budget au budget présenté par la majorité, et nous sommes en permanence dans les bisbilles, soit internes au Parti Socialiste, soit internes à l'ensemble de la gauche, et que c'est un défi à l'intelligence que d'avoir cette situation alors que nous sommes en capacité, en réalité, de nous poser comme alternative.
Et donc, la vérité, c'est qu'il faut maintenant nous déployer, et c'est la raison pour laquelle j'ai appelé depuis le mois de juillet à des combats communs de l'ensemble de la gauche, parce que je crois qu'au-delà de nos divergences qu'on ne peut pas nier, il y a des combats sur lesquels nous pouvons nous retrouver, sur lesquels nous devons nous retrouver.
Justement, Jean-Paul, sur l'appli France Inter, vous demande s'il serait possible de faire un congrès, de réunir les gauches au lieu de les séparer.
C'est certainement prématuré de parler de congrès, de réunification des gauches, mais cette perspective-là ne peut pas être absente de nos esprits. Nous avons forcément la nécessité de nous repenser les uns et les autres. Il y a une réalité qui n'est pas celle d'Emmanuel Macron, mais c'est que nous sommes d'entrer dans un nouveau monde. Ce monde, c'est celui du numérique, c'est celui des grands défis, que j'ai évoqué à l'instant, le climat, etc. Et donc, il y a une obligation aussi pour les vieux partis de se repenser, en termes de forme de militantisme, mais aussi tout simplement en termes de périmètre et en cherchant aussi à impliquer davantage.
Je viens de mettre en place une méthode différente avec ce qu'on a appelé laruche-socialiste.fr, qui est un site participatif et sur lequel, projet après projet, nous demandons aux Françaises et aux Français qui le souhaitent de venir participer et notre projet européen en est directement inspiré. Parce qu'il faut des méthodes nouvelles aussi et permettre aujourd'hui à des Français qui jusqu'ici ont snobé l'engagement de retrouver des raisons de s'engager, et y compris en pouvant y participer.
Quelques questions d'actualité, Olivier Faure, si vous le voyez bien. D'abord, c'est la une du Parisien. Aidez-nous à sauver nos enfants. Une dizaine de jeunes sont morts depuis janvier en Ile-de-France. Il y en a encore eu deux hier. Dans des affrontements entre bandes, les parents demandent de l'aide. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Écoutez, cette situation, moi je suis un élu de la Grande Couronne. Je suis de Savigny-le-Temple. Et nous avons ces situations-là avec des enfants qui sont parfois des enfants difficiles, pour ne pas dire plus. Et comment est-ce qu'on fait ? Eh bien, tout simplement, on les accompagne. Et c'est à la fois simple et compliqué. C'est que tout ça se passe dans la relation humaine qu'on noue avec des enfants qui sont souvent en dérive et qui sont souvent aussi identifiés. Les familles difficiles, les familles à problème, comme on dit parfois, les mairies, les travailleurs sociaux les connaissent. Et qu'est-ce qui manque souvent ? Ce sont les moyens pour pouvoir les suivre.
Et quand on supprime les employés dans les associations, quand on supprime les subventions aux associations, c'est une vraie difficulté parce que ce sont les derniers qui sont là à créer du lien social. Quand on privatise aujourd'hui la française des jeux, vous allez me dire que c'est très très loin du sujet. Pas du tout. C'est aujourd'hui le principal financeur du sport amateur. Quand vous avez ces clubs sportifs qui sont aujourd'hui le dernier lien avec un certain nombre d'enfants, le dernier lien avec la communauté nationale, vous faites disparaître cette cohésion qui est absolument nécessaire.
Et ce sont ensuite des jeunes qui partent effectivement parfois dans des histoires qui finissent...
J'entends votre réponse. Il faut les accompagner, ces jeunes, plutôt que leur opposer de la fermeté. La gauche a souvent péché. On a souvent reproché à la gauche du laxisme ou une forme d'angélisme vis-à-vis des violences. Par exemple, exemple pratique, après le braquage d'une enseignante dans un lycée de Créteil, est-ce que vous demandez une sanction exemplaire pour le jeune qui a braqué l'arme sur l'enseignante ?
Bien sûr que je demande une sanction exemplaire. Et je ne sais pas... Je sais bien que c'est une légende urbaine que de dire que la gauche serait laxiste sur la question de la sécurité. Mais enfin, est-ce que vous pensez sérieusement que Bernard Cazeneuve était un laxiste quand il était à l'intérieur ? Est-ce que vous pensez que tous ceux qui se sont succédés dans ce ministère depuis Jean-Pierre Chevènement étaient en fait des gens qui avaient la main qui tremble ?
Vous avez du mal à citer Manuel Valls ?
Il y en a eu beaucoup, dont Manuel Valls, qui a été effectivement ministre de l'Intérieur, bien sûr, et qui a été un bon ministre de l'Intérieur. Un bon ministre de l'Intérieur ? Bien sûr. Mais je n'ai pas de problème à le dire. Je ne suis pas d'accord avec ce qui a été sa propre dérive politique, mais je ne suis pas non plus dans le déni et dans la volonté de détruire tel ou tel. Ça me paraît une évidence. Et la gauche, depuis longtemps, a fait sa conversion sur ce sujet.
On retourne au standard pour retrouver Céline. Bonjour, Céline.
Oui, bonjour.
Justement, sur les questions d'éducation, vous vouliez interpeller Olivier Faure.
Oui, tout à fait. Parce que les parents demandent de l'aide, mais les enseignants demandent de l'aide avec des rassemblements, peut-être même transpartisans, parce que, pour deux raisons, autour de l'éducation nationale. Alors certes, le ministre communique sur les dédoublements dans le premier degré, mais la réforme du baccalauréat
va mutiler le second degré. Et personne n'en est conscient.
Dans ma région, dans tous les lycées, on a de nombreux suppressants de postes qui s'annoncent parce que les moyens sont donnés pour des classes à 35. Et puis, les élèves vont en pâtir également. Et pour une autre raison, on demande de l'aide aussi. Avec la réforme des retraites qui s'annonce, en fait, les retraites des enseignants vont être misérables. les enseignants, tout le monde s'accorde à dire qu'ils sont insuffisamment payés. Et là, ils vont être les premiers impactés puisque nous n'avons quasiment aucune prime. Donc, que comptez-vous faire ? Comptez-vous rassembler ? Éveillez les consciences. Voilà, il faut quand même le dire et aux parents et à la population.
Merci pour votre question, Céline.
Mais comme vous avez raison, Céline, ce n'est pas pour moi une question. J'ai envie simplement de vous applaudir et de dire qu'effectivement, il faut faire prendre conscience de ce qu'est l'imposture de Jean-Michel Blanquer. Vous avez aujourd'hui rappelé qu'on dédouble les classes dans le premier degré, vous avez raison, mais dans le second degré, on supprime 2650 postes cette année et qui seront en partie compensés par les heures supplémentaires, mais il va en manquer la moitié. Et donc, on est en train de jouer comme souvent chez Emmanuel Macron, au bon taux.
On vous laisse penser que dans la main qu'on vous montre il y a la balle, mais en réalité, on la fait disparaître dans le gobelet suivant.
Il n'y a pas si longtemps, vous étiez au pouvoir, Olivier Faure, les socialistes gouvernaient la France. C'était très différent. Vous avez vu le Conseil National d'évaluation des politiques scolaires qui rendait un rapport sur 900 collèges d'Île-de-France, un rapport qui pointe l'échec de la politique éducative dans les quartiers défavorisés. Les écarts de réussite scolaire sont considérables entre les quartiers favorisés et ceux où il y a des difficultés économiques, sociales. Les taux de réussite au brevet vont du simple au double. Là, il y a une part de responsabilité des gouvernements de votre famille politique.
Bien sûr qu'il y a une part de responsabilité. Nous ne pouvons pas les uns et les autres laisser penser que nous avons tout réussi. Mais quand même, là aussi, rappelons ce qui a été fait pendant quinquennat précédent. 60 000 enseignants qui ont été embauchés et à nouveau formés, ce qui n'était plus le cas depuis Nicolas Sarkozy et depuis Jean-Michel Blanquer en réalité. Et donc, qui était à l'époque des GESCO, enfin non, qui était à la direction du ministère dans l'administration. Et donc, nous avons aussi cherché étage après étage, d'abord dans les petites classes puis ensuite au collège.
Nous avons cherché à faire en sorte que de ramener aussi de l'équité et notamment en révisant la carte scolaire, en révisant en fait la carte de l'éducation prioritaire. Ce rapport montre
que ça ne marche pas,
que ça ne marche pas. Et ce rapport qui est appuyé pardonnez-moi,
qui est appuyé par ce que disait la Cour des Comptes également dans un autre rapport il y a deux semaines qui dit qu'au fond, les politiques en direction des REP, des ZEP, des quartiers défavorisés ne fonctionnent pas, ne marchent pas, ça ne réduit pas l'écart.
Non, ça n'est pas...
Il faut l'entendre quand même.
J'entends ce que... Y compris, je suis dans une circonscription où il y a les quartiers dont vous parlez et qu'on stigmatise trop souvent en Seine-et-Marne. Et ce que je vois, c'est que quand on y met les moyens, quand on accroche l'idée même de la réussite à ses élèves, quand il y a par exemple une classe dans laquelle on permet à des jeunes d'espérer rentrer à Sciences Po, eh bien, il y a des jeunes qui ont aussi cette ambition qui la portent, qui avancent, etc. Il y a eu quelques erreurs dans ce que nous avons pu produire et notamment dans la réforme du collège.
Moi, je n'étais pas d'accord pour la suppression des classes bilingues parce qu'elles sont le moyen de continuer à maintenir de la mixité dans les établissements, dans les collèges. Ça, c'est vrai. Mais ce que...
Donc, Jean-Michel Blanquer a bien fait le rétablir, les classes bilingues.
Jean-Michel Blanquer ne fait pas que des erreurs non plus.
Non, parce que vous avez dit imposture, le mot est fort.
Imposture sur les moyens parce qu'effectivement, il y a une difficulté aujourd'hui, c'est qu'on nous fait prendre pour des vessies, pour des lanternes. Mais sans vouloir accabler les uns ou glorifier les autres, bien sûr, il y a eu des erreurs chez tout le monde. Et il y a beaucoup à faire encore parce que l'éducation, ça doit être une priorité et ça doit être une question même y compris sur le plan économique. Si nous voulons être demain capables de relever le défi de la globalisation face à des pays qui sont des pays dits émergents, il n'y a pas d'autre moyen aussi que de faire en sorte que l'école soit effectivement un lieu de formation pour tous.
On retourne au standard. Bonjour Eric. Bonjour. Vous avez une question pour Olivier Faure ?
Oui, bien sûr. Bonjour monsieur. Bonjour. Voilà, c'est simple que je suis d'accord avec 95% du programme mais les 5% qui sont rédhibitoires c'est la politique d'immigration. Moi, j'ai vécu à Villiers-le-Belle pendant 20 ans et j'ai vécu la discrimination anti-blanche et vraiment, je l'ai vécu et il y a un déni de réalité par rapport à ça. On ne voulait pas me donner d'appartement à certains endroits pour m'en donner à d'autres pour faire un mélange ethnique et je trouvais ça totalement injuste.
Votre réponse, Olivier Faure ?
C'est une question qui est l'une des questions les plus difficiles aujourd'hui. Mais déni de réalité,
vous acceptez le reproche ?
Je n'accepte pas. Sur la question migratoire ? Je ne sais pas s'il faut parler de déni de réalité. Je pense que c'est une question que nous n'avons pas réussi à aborder de manière frontale et que nous avons souvent évité la question pour ne pas avoir à y répondre. mais il n'y a pas de déni de réalité. Tous les élus qui vivent aujourd'hui connaissent les difficultés et y compris la crise identitaire qui est profonde chez un certain de nos concitoyens.
Vous entendez l'auditeur, il parle de racisme anti-blanc. Est-ce qu'il y a parfois du racisme anti-blanc dans certains quartiers ?
Il existe aujourd'hui des endroits où le fait de ne pas être issu de l'immigration peut poser problème à des gens qui vivent dans ces quartiers et qui peuvent se sentir exclus. Il y a des endroits où il y a des regroupements qui se sont faits génération après génération et qui donnent le sentiment qu'on est dans une forme de colonisation à l'envers. Ce que m'a dit un jour une de mes concitoyennes qui me disait après avoir voté longtemps pour la gauche qu'elle ne voulait plus voter pour nous parce qu'elle avait le sentiment d'être colonisée. Donc ce message-là, je l'entends.
En même temps, la difficulté, elle ne tient pas aux étrangers ou à ceux qui sont depuis de longues années français en réalité. Elle tient à la politique du logement, elle tient à la façon dont ont été conçus l'ensemble des politiques et où on a créé des ghettos, véritablement des ghettos et des quartiers qui sont devenus effectivement des endroits où la mixité ethnique n'existe plus.
donc c'est cette question-là qu'il faut reprendre et aujourd'hui quand on reprend la question migratoire et par rapport d'un mot, quand je vois dans ma propre circonscription, quand on doit intégrer des gens qui viennent de Syrie par exemple, si vous dites qu'on en accueille 500 dans un gymnase, les gens vous disent mais non, pas d'accord. En revanche, si on vous dit on va prendre la famille du boulanger parce qu'on n'a plus de boulanger dans le village, bien là, les gens applaudissent. Et donc la question, c'est comment est-ce qu'on organise les choses ?
Comment on ne laisse pas en fait le terrain s'organiser tout seul parce que ça donne ce que dit Eric à l'instant à Villiers-Lebel, c'est que ça donne le sentiment de regroupement qui ne sont pas maîtrisés et ça donne le sentiment que effectivement...
On va devoir en rester là Olivier Faure. On en restera là.
Je reviendrai pour vous parler de la suite à l'heure.
Leur tourne, évidemment. Merci d'avoir été l'invité du grand entretien à suivre. Dans le carrefour du 7-9, l'édito-média, la revue de presse et le billet de Chris Esquer.
Olivier Faure