"On a largement dépassé tout ce que les politiciens imaginaient à propos de l'extrême droite", selon Jean-Yves Camus, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques
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Jean-Yves Camus, l'arrivée du RN au pouvoir n'est-elle qu'une question de temps ?
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Aujourd'hui, est-il difficile de dire si le RN est condamné à rester un parti d'opposition ?
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Le RN a-t-il atteint son plafond de verre en nombre d'électeurs et de députés ?
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La stratégie de dédiabolisation du RN est-elle terminée ?
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Qu'attendre du comportement des députés RN à l'Assemblée ?
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Le Front républicain existera-t-il pour la présidentielle ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Vous ne savez rien n'est jamais certain en politique, ni la victoire, ni la défaite. »
- 1:02Invité politiqueFait
« Il faut cependant noter que les chiffres que vous venez de citer ont été acquis sans la proportionnelle. »
- 1:11Invité politiqueFait
« Au scrutin majoritaire, au niveau national à deux tours, dont on considérait, il y a quelques années encore, qu'il rendait pratiquement impossible l'entrée au Parlement de plus d'une poignée de députés. »
- 1:55Invité politiqueChiffre
« Il y a une vingtaine d'années, on le mettait aux alentours de 20%. »
- 1:58Invité politiqueChiffre
« Aujourd'hui, Marine Le Pen fait plus de 40% quand elle accède au second tour de la présidentielle. »
- 3:11Invité politiqueChiffre
« Avec, pour le FPE, plus de 49% des voix. »
- 3:41Invité politiqueFait
« les élections législatives, et beaucoup se sont mépris là-dessus, ce sont 577 scrutins particuliers. »
- 3:55Invité politiqueChiffre
« Marine Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle, recueille 13 millions de voix. »
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« Non, elle n'est pas encore terminée. »
- 4:34Invité politiqueFait
« le RN lui-même vient de l'admettre, puisque c'est produit entre les deux tours cet épisode qui a coûté des voix au RN de certains candidats dont les profils sur les réseaux sociaux ont été élevés par la presse et recelaient quelques tweets qui devraient bien évaluer qu'ils ne fassent pas. »
- 4:50Invité politiqueFait
« Jordan Bardella admet qu'il y a eu des erreurs le casting, des brebis galeuses, il n'y en a pas tant que ça. »
- 6:50Invité politiqueFait
« Oui, il y en a eu quelques-uns. »
- 9:00Invité politiqueFait
« on a un deuxième tour avec deux candidats. Donc on peut très très bien imaginer une situation où Marine Le Pen se retrouve au second tour, encore une fois, et où, par défaut, le candidat qui lui est opposé reçoit les voix de ceux qui n'ont plus leur candidat du premier tour. »
- 9:35Invité politiqueFait
« Frustrant pour les Français, parce qu'au fond, ce qu'il aurait demandé, c'est de voter pour quelqu'un dont il ne partage pas les idées, pour faire barrage aux idées de quelqu'un d'autre. »
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. Grégoire, votre invité ce matin est Jean-Yves Camus, politologue et directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean Jaurès. Bonjour Jean-Yves Camus. Bonjour. Merci d'être avec nous sur RCF. Deux députés Rassemblement National en 2012, huit en 2017, 89 en 2022. Et enfin, nous y voilà, 143 parlementaires du groupe de Marine Le Pen, élus dimanche dernier pour cette 17ème législature sous la Vème République. Marine Le Pen parle d'une victoire différée du Rassemblement National.
Jean-Yves Camus, l'arrivée du RN au pouvoir n'est-elle qu'une question de temps ?
Vous ne savez rien n'est jamais certain en politique, ni la victoire, ni la défaite. Donc je ne sais pas si le Rassemblement National arrivera un jour au pouvoir. Il faut cependant noter que les chiffres que vous venez de citer ont été acquis sans la proportionnelle. Au scrutin majoritaire, au niveau national à deux tours, dont on considérait, il y a quelques années encore, qu'il rendait pratiquement impossible l'entrée au Parlement de plus d'une poignée de députés. Alors on n'en est évidemment plus à une poignée. On n'y était même plus en 2022. Là, effectivement, on a largement dépassé tout ce que les politistes imaginaient avec ce mode de scrutin majoritaire.
Aujourd'hui, c'est difficile de dire si le Rassemblement National est « condamné » à rester ou non un parti d'opposition.
C'est très difficile à dire parce qu'on voit d'une part que la notion de plafond de verre n'a plus énormément de sens.
D'accord.
Il y a une vingtaine d'années, on le mettait aux alentours de 20%. Aujourd'hui, Marine Le Pen fait plus de 40% quand elle accède au second tour de la présidentielle. Mais d'un autre côté, on a vu aussi, entre les deux tours de cette élection législative, il est vrai, un peu particulière, par la très courte durée de la campagne, que certains élus du Rassemblement National, tout en recevant des scores parfaitement honorables, prévusaient sur la dernière marche. Alors c'est aussi ce qui peut se passer à l'élection présidentielle.
Et c'est aussi ce qui peut arriver au parti, je le dis depuis longtemps, c'est aussi ce qui peut lui arriver de pire, c'est-à-dire de rester installé, comme il l'est depuis longtemps, en tant que principale force d'opposition, en tant que grand parti qui est installé dans le lieu politique français, mais qui ne réussit jamais à gagner la magistrature suprême. Il y a un exemple de cette situation en Autriche, où le président Van der Bellen avait affronté le candidat du FPE et avait donc l'équivalent, enfin le parti frère, si je puis dire, du RN en Autriche, et avait gagné l'élection présidentielle par un tout petit peu plus de 50% des voix. Mais il l'avait gagné donc ?
Avec, pour le FPE, plus de 49% des voix. Donc oui, 49 et quelques pourcents des voix. Mais ce n'est pas 50% des voix plus jeunes.
Le Rassemblement National a-t-il, avec ses élections législatives anticipées, vous parliez de plafond de verre, atteint justement ce plafond de verre en nombre d'électeurs déjà ? On en compte à peu près 9 millions au second tour, mais aussi en nombre de députés au Palais Bourbon ?
Alors, en nombre de députés, c'est très difficile à dire, parce que les élections législatives, et beaucoup se sont mépris là-dessus, ce sont 577 scrutins particuliers. Pour ce qui concerne le nombre de voix, non, il n'est pas à son plafond, puisque Marine Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle, recueille 13 millions de voix. Alors, l'élection présidentielle, donc participation encore plus forte. Oui, il y a du réservoir, il y a du réservoir de voix.
Est-ce que cette stratégie du RN, on va prendre un petit peu de recul, mais cette stratégie de dédiabolisation, est-elle terminée ? Est-ce qu'on peut dire finalement qu'avec 143 députés à l'Assemblée nationale, elle a complètement fonctionné ?
Non, elle n'est pas encore terminée. D'une certaine manière, le RN lui-même vient de l'admettre, puisque c'est produit entre les deux tours cet épisode qui a coûté des voix au RN de certains candidats dont les profils sur les réseaux sociaux ont été élevés par la presse et recelaient quelques tweets qui devraient bien évaluer qu'ils ne fassent pas. Donc, il y a un débat en interne au RN qui a abouti à la dimension de son directeur général. Jordan Bardella admet qu'il y a eu des erreurs le casting, des brebis galeuses, il n'y en a pas tant que ça. Il n'y en a pas tant que ça, et là aussi, il faut juger en cas par cas.
Parce que prenons par exemple le cas de Roger Chudos, député du centre de la France, qui, entre les deux tours, déclenche la polémique sur la binationalité de Najat Vallaud-Belkacem. Cela fait pas mal de bruit. Il a rétro-pédalé hier dans un tweet où il explique que grosso modo ses mots sont allés trop vite. Moi, je pensais qu'il allait perdre des voix, voire qu'il allait perdre l'élection. Il est rélu. Ce qui veut dire que le bruit et la fureur de Paris, vous voyez vous, et de la presse parisienne ne descendent pas nécessairement en province. Donc, non, tous les candidats problématiques ne trébuchent pas devant l'internet.
Ceux qui, de toute façon, étaient mauvais, c'est-à-dire ceux qui n'étaient pas préparés du tout, n'arrivaient pas à répondre aux questions de la presse, etc., auraient perdu de toute façon que leur profil Twitter soit lisse ou qu'il soit galeuné de déclarations à problème.
Et parlons-en justement de ces profils de nouveaux députés à l'Assemblée, du député Rassemblement National. C'est vrai que les cadres du RN le promettent. On promet du côté du RN de la crédibilité et des députés irréprochables. Qu'est-ce qu'il faut attendre du comportement des parlementaires RN à l'Assemblée à partir donc du 18 juillet, à partir du début de cette 17e législature sous la Ve République ?
Ça, c'est Marine Le Pen qui sera chargée de les encadrer, de les coacher, de veiller à ce que rien ne dépasse. Ça va être compliqué parce qu'ils ne sont plus 88, ils sont 143.
Et on a vu déjà des dérapages lors de la dernière législature, ça a existé ?
Oui, il y en a eu quelques-uns. Donc, on va dire mathématiquement, s'il y en avait avec 88, il devrait y en avoir un peu plus avec 143. Sauf si, évidemment, les consignes sont parfaitement suivies. Et puis, ces 143 personnes, il va falloir passer moins linguistiques, ça fait. Il va falloir recruter des assistants parlementaires, des collaborateurs. Et là aussi, le problème de trouver des collaborateurs lisses et non pas des gens qui viennent de petits groupuscules politiques d'extrême droite, c'est quelque chose qui va se poser au Rassemblement National. C'est considérable de staffer 143 des coutiers.
Il va falloir leur apprendre les codes, mais ils seront sans doute bien moins destructifs que les députés de la France Assoumise. Et puis, il va falloir les faire travailler parce qu'il ne s'agit pas simplement d'être lisses. Il faut aussi prouver par son travail en commission, par les interventions lors des questions au gouvernement, que vous avez quelque chose à dire et que vous savez le dire. Donc, c'est un chantier absolument immense qui s'ouvre. Et Marine Le Pen, dès 2022, a fait le pari de garder la main sur le groupe parlementaire. Alors, c'est l'une des raisons pour lesquelles elle a donné la présidence du parti avant d'embarrer là.
La présidence d'un parti politique, c'est toujours beaucoup de tambouilles, c'est toujours beaucoup de quotidiens à gérer, de finances à regarder, d'égo personnel, des fois à départager. Et donc, Marine Le Pen s'est mise un petit peu en retrait pour faire ce qui peut parachever la stratégie de dédiabolisation, c'est-à-dire coacher le groupe parlementaire. Mais attention, la stratégie de dédiabolisation, on vient quand même de voir avec le résultat qu'elle ne fonctionnait pas totalement et que ce qui reste du Front Républicain, ou le vote anti-RN, appelons-le comme ça, marchait tout de même pas mal.
Et c'est vrai que ce Front Républicain qui s'est ouvert dans l'autre deux tours du camp présidentiel aux Insoumis, est-ce qu'il sera toujours là ? Est-ce qu'il va exister pour un prochain scrutin ? Je pense évidemment à la présidentielle. Face à la montée du RN, est-ce que d'autres partis politiques vont encore s'allier ?
Vous savez, l'origine présidentielle, c'est plus compliqué, parce qu'on n'a pas 577 situations bien gérées, on a un deuxième tour avec deux candidats. Donc on peut très très bien imaginer une situation où Marine Le Pen se retrouve au second tour, encore une fois, et où, par défaut, le candidat qui lui est opposé reçoit les voix de ceux qui n'ont plus leur candidat du premier tour.
Mais c'est un truc qu'on a connu déjà, finalement, en fait.
Tout à fait. C'est à la fois assez efficace et c'est en même temps terriblement frustrant. Frustrant pour les Français, parce qu'au fond, ce qu'il aurait demandé, c'est de voter pour quelqu'un dont il ne partage pas les idées, pour faire barrage aux idées de quelqu'un d'autre. C'est une roue de secours. Mais la démocratie, ça n'est pas ça. La démocratie, c'est voter pour quelqu'un dont on souhaite qu'il applique un programme dans lequel on croit. Alors, c'est effectivement quelque chose qui s'est fait en 2002.
C'est quelque chose qui s'est fait, évidemment, avec Nicolas Sarkozy en 2007, sans grande difficulté, qui ensuite a été réitéré en 2017, en 2022, à ses élections, les qui s'étaient passées. En 2027, il va peut-être falloir quand même que les Français aient la possibilité de voter véritablement pour un candidat dont les idées le séduisent. Parce que sinon, il y a une forme immédiate de rejet du président qui sort des urnes. Puisque de toute façon, il n'a pas été élu par des gens qui croient en lui, mais par des gens qui le considèrent comme un grand remal.
Si tôt qu'ils commencent à bouger les pièces du pèse et à mettre en place des réformes d'autres que techniques, de vraies réformes politiques, structurelles. Et c'est ce qui est arrivé à Emmanuel Macron, d'une certaine manière. Eh bien, les Français ne suivent plus, ils veulent dire.
Oui. Merci beaucoup, Jean-Yves Camion. On n'a malheureusement plus le temps de continuer à analyser aujourd'hui la normalisation du Rassemblement National. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Je rappelle que vous êtes politologue, directeur de l'Observatoire des Radicalités Politiques de la Fondation Jean Jaurès.