Les Républicains, l'alternative modéré et sages des législatives - Xavier Bertrand est l'invité des 4V du 25 juin 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Tout de suite, Les 4V. Donc Thomas, vous recevez ce matin Xavier Bertrand, président des Républicains de la région Haute-France.
Bonjour et bienvenue dans Les 4V, Xavier Bertrand. Bonjour. Les programmes des extrêmes mènent à la guerre civile. C'est ce qu'a dit Emmanuel Macron dans un podcast auquel il a participé hier. Est-ce que vous êtes d'accord avec le chef de l'État ?
Il a perdu pied, le président. Ce n'est pas en faisant peur aux Français comme ça que ça changera quoi que ce soit la colère qu'il y a dans le pays. On sait tous, et à cause notamment de l'attitude irresponsable de la France insoumise, qu'il y a des risques d'émeute et que, de toute façon, les extrêmes ont toujours la vocation de diviser un pays qui a besoin avant tout d'être rassemblé.
Mais vous voyez un risque de guerre civile.
Mais non, on ne parle pas comme ça. On ne tient pas ce genre de propos. Et en plus, il est lui-même responsable de la situation depuis 7 ans, avec en plus sa décision de dissolution au pire moment qu'il soit. Et ce saut dans l'inconnu, il en est responsable. Moi, je préférerais qu'il dise clairement, qu'il fasse son mea culpa, qu'il nous dise pourquoi, depuis 7 ans, il a généré autant de colère dans le pays. Parce que les Français, aujourd'hui, veulent avant tout le sanctionner. Mais il y a différentes façons de le sanctionner. C'est lui imposer une cohabitation. Alors, ce sera soit une cohabitation avec le Rassemblement national de M.
Bardella, soit une autre cohabitation, et notamment en votant pour les candidats, les Républicains ou les candidats indépendants, qui peuvent justement changer cette donne.
Il a proposé un autre chemin. Vous avez lu sa lettre, j'imagine, de dimanche soir, lettre aux Français. Il parle d'une troisième voie autour du bloc central. Est-ce que, cette main tendue, vous êtes prêts à la prendre ? Est-ce que vous êtes prêts à faire une coalition avec Emmanuel Macron, s'il vous le demande ?
Il est où, le changement de politique ? Il n'a toujours pas compris. Les Français veulent vivre en sécurité. Que ne l'a-t-il pas fait depuis 7 ans ? Les Français veulent vivre de leur travail. Ceux qui donnent du travail ne veulent plus que ce soit le parcours du combattant. On veut avoir des services publics qui fonctionnent efficacement. La santé. 8 millions de Français sont 100 médecins traitants. Il faut que ça change. Vous allez à la pharmacie, vous ne trouvez pas les médicaments. C'est ça qui doit changer tout de suite. Et si c'est pour dire qu'on va faire un peu autrement, mais comme avant, c'est non. Les Français veulent ce changement.
Discuter de programme, ça peut être oui ? La seule façon de changer de projet, c'est qu'il y ait un changement de majorité.
Et c'est de faire en sorte que nos candidats, ceux d'une droite républicaine totalement indépendante, puissent obtenir le maximum de sièges. C'est pour ça que je me bats. Et c'est pour ça qu'ils se battent sur le terrain.
Ce n'est pas gagné. Les sondages ne font pas l'élection. Mais ce n'est pas gagné. Vous avez 62 députés dans l'Assemblée sortante. Et 20 députés indépendants. Et là, quand on regarde les sondages, les LRRN, donc les LR Ciotti, on va dire, font 4%. Vous faites 7%. Ce n'est pas avec 7% qu'on pèse.
Il y a une différence, Thomas Soto. On va regarder en détail les choses. C'est que les candidats sortants, comme aussi nos candidats qui sont bien souvent des élus locaux, parce que la droite républicaine, elle a beaucoup d'élus locaux, ce sont des gens qui ne sont co-responsables de rien de cette année passée. Ils sont complices de rien du tout. Ils se sont battus contre les décisions les plus injustes. Et cela bénéficie aujourd'hui de leur entrage.
Sans jamais aller jusqu'à voter la censure.
Oui, mais il faut bien dire les choses telles qu'elles sont. C'est qu'il y avait sur le budget, s'il était injuste, s'il faisait mal aux Français, la décision justement de s'opposer à ce budget et de voter clairement la censure. Donc nos candidats ne sont pas responsables de ces 7 dernières années. Et ils proposent une autre voie. Et c'est ça qu'il est important d'entendre dans cette campagne. Vous parliez notamment des sondages. Si on donne le sondage de tous, aujourd'hui, regardez bien, la France n'est pas majoritairement Rassemblement National. Elle n'est pas aujourd'hui Rassemblement National. Il y a 35%, c'est beaucoup.
Elle est plus Rassemblement National que Républicain ou que Macroniste, visiblement.
Mais ça veut donc dire qu'il y a deux tiers des Français qui ne veulent pas du Rassemblement National. Et ce que je voudrais dire à ceux qui sont tentés de voter Rassemblement National, tant ils sont en colère, c'est qu'il faut bien mesurer aussi les conséquences de ce qui se passera derrière. Je sais qu'ils en veulent au Président. Mais il faut voir que derrière l'incompétence du Rassemblement National et la façon dont ils diviseront forcément un pays fracturé, ça nous plongera dans de vraies turbulences et dans de graves difficultés.
Est-ce qu'ils en veulent au Président ? Est-ce qu'ils en veulent à tous les partis qui sont passés au pouvoir et qui disent « ils nous ont tous déçus », eux, vous l'avez entendu, ce « on n'a pas essayé » qu'on entend partout. Et quand on regarde le programme de Jordan Bardella hier, lutte contre la sécurité, peine minimale, peine planchée pour casser la récidive, un big band de l'autorité à l'école avec le port de l'uniforme, baisse des prix de l'énergie, baisse des impôts de production, etc. Est-ce que le RN de Jordan Bardella ne serait pas en train de vouloir mettre en place tout ce que vous n'avez pas réussi à faire depuis des années ? C'est faux, nous l'avions mis en place.
Les peines planchées pour éviter justement la récidive, ça a été cassé par qui ? Par la gauche à l'époque, par François Hollande. Et vous me faites penser à une chose en disant « on ne les a pas essayés ». Je me souviens très bien en 2012, quand nous faisions campagne pour Nicolas Sarkozy, moi-même aux législatives, nous disions « attention, regardez bien les projets parce que derrière c'est la fin des heures supplémentaires défiscalisées ». Les gens étaient tellement en colère qu'ils ne nous ont pas écoutés. Un an après, dans les usines dans lesquelles j'avais été pendant la campagne, M. Bertrand, on a perdu les heures supplémentaires défiscalisées.
C'est parce qu'à chaque fois, la colère, vous le savez, elle est mauvaise conseillère et on doit aussi voir quelles seront les conséquences. Mais aujourd'hui, dites-vous, il y a le côté « on n'a pas essayé », mais on ne regarde pas non plus les reniements du RN. Vous savez, mon opposition depuis des années à la prolifération, à l'invasion des éoliennes. Et depuis des années, j'ai cette position en disant « trop, c'est trop ». Le RN va pousser le nucléaire. Le RN disait « ouais, Bertrand dit qu'on est contre les éoliennes, mais nous, en plus, on va les démanteler ». Hier, retournement complet. M.
Bardella dit « non, non, on ne va pas démanteler les éoliennes, comme l'avait dit Mme Le Pen, et on va juste faire un moratoire ». Si on s'y oppose, c'est pour nos candidats à nous qu'il faut voter, pas pour ceux qui changent d'avis tout le temps.
Je reviens sur cette histoire de coalition, parce que vous êtes très opposé au RN, vous êtes très opposé au nouveau Front Populaire. Et je me dis, au-delà des susceptibilités, qu'est-ce qui vous différencie aujourd'hui d'Edouard Philippe ou de Gérald Darmanin ? Qu'est-ce qui vous empêche de faire une coalition, de vous mettre autour d'une table et de dire « on va faire un programme commun » ?
Je ne suis pas pour la retraite à 67 ans comme Edouard Philippe. Et je veux qu'on aille beaucoup plus loin sur l'autorité, notamment sur la question de la violence des mineurs. Il faut abaisser la majorité pénale. Et ce gouvernement... Ça, Gérald Darmanin n'est pas très opposé à ce que vous dites, là. Pourquoi ils ne l'ont pas fait sous l'impulsion de M. Macron ? Les Français, aujourd'hui, ce n'est pas des postures, ce n'est pas des alliances. Ils veulent que ça change. Et à ceux qui veulent sanctionner M. Macron, il y a une autre façon de faire, et notamment de voter clairement pour nos candidats. Et encore une fois, je sais bien aujourd'hui qu'il y a ce phénomène de ras-le-bol.
Et puis il y a en plus, derrière, la peur de M. Mélenchon. Il est vrai que M. Mélenchon, avec ses outrances, ses propos antisémites, ses attitudes antirépublicaines, clairement fait peur.
Hier soir, il a dit Jean-Franzeux qu'il n'était pas... le Premier ministre, ce n'était pas pour lui.
Oui, enfin, en tout cas. Et pourquoi il s'exprime ? Parce qu'il veut rester dans le paysage, alors qu'on sait très bien que, clairement, personne ne veut de M. Mélenchon. Il nous avait dit à l'époque, en 2022, je serai Premier ministre. On a vu le résultat, ça a fait un flop. Mais cette peur également de M. Mélenchon attise le fait qu'on cherche quel est le meilleur obstacle. Ce sont nos candidats qui sont, dans leur circonscription, le meilleur obstacle.
Est-ce que LR va survivre au passage de son président Éric Ciotti dans le camp lopéniste ?
Oui. Oui, parce qu'on est une famille politique ancienne, mais il faut juste que cette famille politique croit en elle-même et qu'elle sache clairement qu'il faut qu'elle reste indépendante et droite. Je me bats depuis des années contre les extrêmes. Vous le savez, le combat que je mène dans la région des Hauts-de-France, avec des résultats. Parce que quand on cherche à rassembler ce que je fais dans la région, et quand on obtient des résultats, que celle de Tarlet parlait notamment des batteries électriques, même si les débuts ne sont pas fulgurants, ça sera dans 10 ans, et cette réalité, ce sera des dizaines de milliers d'emplois en plus.
Quand on obtient des résultats, les Français font confiance.
Ça, c'est dû à Emmanuel Macron, pour le coup.
Quand je me suis battu au début pour l'avoir dans les Hauts-de-France et pas dans une autre région, je me suis battu seul. Maintenant, quand les planètes sont alignées, c'est mieux. Et ça montre aussi une chose, c'est qu'avoir de l'expérience sur les dossiers. On n'est pas non plus dans n'importe quel pays. On est un pays fracturé et on n'est pas à n'importe quelle moment. Vous savez pertinemment aujourd'hui l'état de nos finances, 3 000 milliards d'euros de dettes. On a la guerre aux frontières de l'Europe. Et sur tous ces sujets, on va avoir besoin de gens qui sont écrits, qui sont expérimentés et qui comprennent le message des Français.
Est-ce que Xavier Bertrand, président expérimenté de la région des Hauts-de-France, serait intéressé par l'idée de prendre la tête des LR après les législatives ?
Je ne suis pas venu ici vous dire autre chose que je me bats pour mes candidats. Et je me bats aussi pour une certaine conception de la politique, en voulant rester vraiment, vraiment avec cette conviction que notre pays mérite aujourd'hui, qu'on regarde les choses en face et qu'on se batte pour éviter la victoire du Rassemblement. Vous savez, il n'y a pas de dissolution possible pendant un an. Si M. Bardella l'emporte, ça sera un an ferme, Thomas Soto. Minimum. Minimum. Et il faut que chacun se réveille en prenant conscience de ce qui est en train de se passer ou qui risque de se passer dans notre pays.
Alors précisément, et ce sera ma dernière question, il y a 577 circonscriptions. Il y aura des circonscriptions où il y aura des oppositions entre le nouveau Front populaire et le Rassemblement national. Est-ce que vous donnerez des consignes de vote ?
Des consignes de vote, les gens sont suffisamment grands pour choisir eux-mêmes, mais je donnerai moi ma position, et très clairement, dès le soir du premier tour. Et quelle est votre position ? Je vous dirai dès le soir du premier tour. Non mais vous connaissez ma position, je vous ai dit, pas les extrêmes. Ni Mélenchon, ni Le Pen, Bardella. Pour moi, les choses sont claires, mais c'est au soir du premier tour qu'on aura à se prononcer et que les Français, qui en ont marre de recevoir des leçons, pourront se déterminer. Je le répète, à une présidentielle, pour gagner, il faut 50,1% des voix. La responsabilité terrible de M. Macron, c'est qu'aux législatives, il n'en va pas de même.
Donc toutes celles et ceux qui ne veulent pas de cette victoire du Rassemblement national, il est temps de se mobiliser.
Merci Xavier Bertrand d'être venu dans les 4V. Bonne journée à vous tout à l'heure pour le deuxième épisode des 4V. C'est Christian Estrosi. Vous avez quelque chose à lui dire, Christian Estrosi ?
Rien de spécial, sinon que je pense qu'on combat de la même façon les extrêmes. Merci à vous. Merci.
Merci à tous les deux. Merci également à Isabelle Lombard pour la traduction en langue des signes.
C'était les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Xavier Bertrand