Yaël Braun-Pivet débat avec Léa Chamboncel - LCP Assemblée nationale
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Léa Chamboncel, vous vouliez revenir sur la grande cause du quinquennat et parfois ce décalage entre la société civile qui avance vite sur ce sujet-là, qui a des attentes importantes, et puis la loi.
Et la classe politique surtout. En effet, bonsoir Madame la Présidente, merci de me donner cette occasion de vous poser cette question, qui est que pouvez-vous faire en tant que Présidente de l'Assemblée nationale pour faire en sorte que les promesses qui ont été prises par le Président de la République et votre majorité soient effectivement mises en œuvre ? Je m'explique. Nous sommes aujourd'hui le 30 novembre 2022 et depuis le 1er janvier, il y a déjà eu 124 féminicides. Depuis le début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron en 2017, les féminicides n'ont pas reculé, les agressions sexuelles n'ont pas reculé, les moyens des associations ont certes légèrement augmenté.
Néanmoins, le budget du ministère de l'égalité femmes-hommes reste l'un des plus petits budgets de l'État. Que faire, effectivement, entre ces annonces qui semblent relever d'une certaine forme de communication politique, qui sont parfois, et c'est le sentiment des associations sur le terrain, qui ont le sentiment que c'est saupoudré de petites mesures mais qu'il n'y a pas de véritable réforme structurelle pour lutter contre le fameux milliard que réclament les associations, qui est passé à 2 milliards désormais. Qu'est-ce qu'on peut attendre réellement de ce quinquennat en la matière ?
Je ne partage pas du tout votre analyse.
Alors ce n'est pas mon analyse, c'est l'analyse des associations sur le terrain, qui vraiment constate un gros décalage entre les annonces et les moyens.
Non, je ne partage pas. Et moi, qui vais beaucoup sur le terrain, là je reviens de l'île où j'ai passé une journée avec la députée Violette Spilboux, justement consacrée à la lutte des violences faites aux femmes. Et j'ai échangé longuement avec plusieurs associations et plusieurs femmes victimes de violences, et ce n'est pas ce qu'elles m'ont dit. Donc peut-être que certaines associations pensent que vous dites, mais ça n'est pas la totalité de ces associations. Mais les chiffres parlent. Eh bien les chiffres parlent d'eux-mêmes. Nous avons voté 4 textes pendant la précédente mandature, plus un texte sur l'égalité des hommes et des femmes dans le monde. Alors il y a plus de plaintes aussi.
Il y a la libération de la parole, vous avez raison. Il y a la libération de la parole. Mais qui n'est pas un fait du gouvernement. Nous avons fait, mais nous avons formé des policiers pour recueillir cette parole. Pour recueillir cette parole, c'est très important. Nous avons signé des conventions avec les hôpitaux pour pouvoir, justement, lorsque les femmes se rendent dans des hôpitaux, que le dépôt de plaintes, que le recueil des éléments permettant de matérialiser l'infraction soit facilité.
Nous avons accéléré profondément la prise en charge judiciaire avec la réduction considérable des délais de l'ordonnance de protection qui avant mettait à peu près 40 jours avant d'être prononcée et qui maintenant doit être prononcée dans un délai maximum de 6 jours. Nous avons doté toutes les juridictions de bracelets anti-rapprochement, de téléphones grave danger.
Alors ça, c'est un point très important parce que justement les associations disent qu'effectivement les TGD, ce qu'on appelle les TGD et les bars, ont effectivement été augmentés. Mais les moyens pour accompagner les personnes bénéficiaires n'ont pas été augmentés. Donc aujourd'hui, les associations se retrouvent à devoir gérer ces fameux dispositifs sans les moyens nécessaires.
Donc les téléphones grave danger.
Grave danger. Et aussi les bracelets anti-rapprochement.
C'est quand même un problème. Mais vous voyez que là, nous en sommes d'accord ? Nous avons fait des choses, nous n'avons pas rien fait. Oui, bien sûr. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il ne serait pas temps de passer à une étape supérieure ? Mais moi, je crois que... L'exemple espagnol, par exemple, Madame la Présidente. Ce qui est très intéressant, c'est un... Des juridictions spéciales formées avec des juges dédiés à ces questions des violences. Moi, ce qui m'importe, c'est qu'il y ait des juges dédiés et formés à ces questions partout sur le territoire. Et moi, je considère qu'avoir des... Et l'Espagne a réussi, peut-être là où on a encore du mal. Mais nous, on a fait...
C'est-à-dire quasiment éradiquer ce problème. On a fait des progrès, mais majeurs. Il y a encore beaucoup à faire. Et c'est un combat qui doit tous nous occuper. Évidemment, le gouvernement, le Parlement, les associations, qui font un boulot extraordinaire en la matière. Mais parce qu'il y a cette proximité, cette humanité. C'est bien, moi, j'ai fait partie du monde associatif. Je sais ce qu'elles apportent sur ces causes-là, sur ces combats-là. Mais c'est un combat qui doit tous nous préoccuper. Bien évidemment, les élus locaux. Moi, j'ai visité un bâtiment qui allait bientôt, dans quelques mois, accueillir plus de 45 femmes victimes de violences.
Et c'est une volonté du maire, de la préfecture, de l'État qui finance. Il faut que tous les acteurs soient mobilisés. Il faut que tous les acteurs soient mobilisés. Et le fait de faire une grande cause du quinquennat permet cette mobilisation.
La vague du MeToo, parfois, est plus exigeante et va plus vite que la loi. Pour terminer, Madame la Présidente Yalbrun-Pivet, peut-être, cette question se pose aussi à l'Assemblée nationale. On a parlé du MeToo en politique. Est-ce qu'il faut créer davantage de dispositifs, les collaborateurs, les députés ? Il y a eu, évidemment, des cas d'ouverture d'informations judiciaires et même des condamnations parmi la représentation nationale. Il faut faire davantage ?
Ce qui est important, c'est qu'avec MeToo, la parole s'est libérée. Il faut, une fois que cette parole est libérée, que l'on puisse la recueillir, l'écouter partout. Et donc, à l'Assemblée nationale, nous avons cette cellule anti-harcèlement qui existe, qui recueille les témoignages et qui peut effectivement faire des articles 40 pour porter plainte. C'est fondamental, il faut continuer et il faut toujours encourager les femmes, les victimes à parler.
Merci beaucoup. Merci enchaînement Yalbrun-Pivet d'être venue en direct, une heure de direct sur la chaîne parlementaire. C'est assez rare pour une présidente de l'Assemblée. Vous avez un modèle parmi vos prédécesseurs, d'ailleurs, pour terminer d'un mot ? Un grand président qui vous inspire, une présidente ? Philippe Seguin. Philippe Seguin, et bien voilà, c'est dit.
Parce que je crois qu'il portait vraiment, comme tous les autres, mais peut-être lui a incarné très fort l'amour de l'institution.
Merci beaucoup. Merci à vous de Pierre-Henri Tavoyeau et Léa Chambossel qu'on retrouve dans cette émission. Très belle soirée sur LCPI. A demain.
Yaël Braun-Pivet