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interviewPRISE d'R· 24 août 2025 23 min

Violette Spillebout - Épisode 3 : Éducation et insertion : est-ce seulement l’affaire de l’Etat ?

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Bienvenue dans ce nouvel épisode de Prises d'air consacré à deux thématiques essentielles, l'éducation et l'insertion professionnelle. Comment une mairie peut accompagner les jeunes à l'école, mais au-delà, vers l'insertion professionnelle ? Bonjour Violette. Bonjour Yann. Alors, on pense traditionnellement que l'éducation nationale, c'est le rôle de l'État, que tout se passe à Paris, mais en réalité, la mairie a un rôle à jouer. Est-ce que vous pouvez nous parler de ces prérogatives ?

0:28
Violette Spillebout

Oui, finalement, l'éducation nationale, ce sont les programmes pédagogiques, ce que les professeurs doivent enseigner. Mais la mairie, elle a un rôle et notamment, elle s'occupe des écoles maternelles et primaires dans une ville. À Lille, c'est presque 110 écoles. À Lille, élèvent l'homme. Et donc, beaucoup de petits élèves dont on doit prendre soin, que ce soit la gestion du bâtiment des écoles, la cantine, le périscolaire, la sécurité aux abords des écoles. Donc, beaucoup de compétences qui sont purement municipales.

0:57
Présentateur

Alors, quels leviers, justement, ont les villes ? En l'occurrence, Lille, sur l'éducation au quotidien ?

1:04
Violette Spillebout

Il y a deux temps qui sont très importants. D'abord, le temps périscolaire. Le temps périscolaire, c'est avant d'arriver, la garderie du matin, le temps de la cantine et puis le temps de l'étude ou de la garderie selon l'âge. Et pendant ce temps périscolaire, c'est l'ouverture culturelle, l'éducation artistique, le sport, l'éducation à la citoyenneté aussi, autant de sujets qui permettent aux élèves de bien vivre ensemble. On a environ 20 000 élèves à Lille qui bénéficient de ces temps périscolaires. Et puis, on a des expériences qui sont très inspirantes à Grenoble, à Rennes, où l'enfant peut choisir son parcours périscolaire à la carte. Donc, ça, c'est très intéressant.

Et puis, pendant le temps de la cantine, c'est aussi un moment important. D'abord, pour apprendre le bien manger. Apprendre que bien manger, c'est prendre soin de son corps, de son esprit. C'est l'éducation à la santé. Il y a souvent aussi à l'école, à Lille, des ateliers cuisine ou découvertes de certains goûts pour mieux s'approprier la thématique de l'alimentation. Et puis, la cantine, c'est aussi un moment de partage, de respect des règles et de convivialité entre tous les élèves. Il y a environ 20 000 élèves à Lille qui fréquentent nos cantines, avec près de la moitié qui sont à 1 euro le repas, en raison des difficultés sociales dans la ville. Donc, c'est un temps de partage important.

Et là aussi, on a des exemples qui peuvent être très inspirants pour la suite. Je pense à Dijon, qui a mis en place un conseil des cantines avec les élèves pour qu'eux-mêmes puissent choisir l'animation et le contenu des menus.

2:33
Présentateur

Le vivre ensemble qui peut démarrer bien avant l'école, lors de la petite enfance, un sujet, je pense, qui vous tient à cœur, Violette ?

2:40
Violette Spillebout

C'est surtout qu'avant la maternelle, avant 3 ans, il y a la petite enfance. Et la petite enfance, c'est aussi une compétence municipale. Bien sûr, avec les crèches municipales, il y en a beaucoup à Lille et des crèches privées qu'il faut accompagner dans leur implantation, des micro-crèches même. Il faut aussi animer un réseau d'assistantes maternelles et faire en sorte qu'elles aient des conditions de travail et d'accueil des enfants qui permettent d'être au plus proche des familles et de leurs besoins. Et puis, il y a des expériences qui sont très, très inspirantes, pas très loin de chez nous, sur la petite enfance.

Et je pense en particulier à Arras, où Frédéric Le Turc, le maire, m'a invité à venir voir la maison des mille premiers jours. C'est issu des travaux de Boris Cyrulnik, ce grand pédopsychiatre, qui a bien expliqué que c'est en soignant particulièrement la relation parent-enfant et l'enfant avant ses deux ou trois ans qu'on en fait des adultes qui ont le plus de chances de réussir dans la vie et d'avoir confiance en eux. Donc, c'est une maison où les parents ont toute leur place. Il y a des groupes de parents qui échangent. Il y a tous les spécialistes et tous les partenaires institutionnels.

Donc, je trouve que c'est un exemple extrêmement intéressant, y compris pour développer une politique de parentalité à Lille, qui ensuite se poursuit à tous les âges du jeune élève.

3:51
Présentateur

Le décrochage scolaire fait partie aussi de vos préoccupations, Violette ?

3:55
Violette Spillebout

Forcément. Forcément, parce qu'il faut rappeler quand même que l'école, c'est le lieu de la cohésion sociale, du respect de l'autre, du respect des différences. Et aussi, c'est le lieu de l'égalité des chances. C'est un lieu où on doit pouvoir permettre à chaque enfant de trouver sa place dans la société, de s'émanciper. Et on a beaucoup d'associations à Lille, et je tiens à les saluer, qui font un travail sur le décrochage scolaire, qu'il faut soutenir. La Croix-Rouge à Moulins, l'Apsco, qui est une association spécialisée, et puis tous nos centres sociaux qui ont des ateliers après l'école pour aider les élèves les plus éloignés de la réussite scolaire.

Donc, c'est un sujet à soutenir, à coordonner, et puis à continuer aussi, quand l'adolescent devient un jeune collégien, puis lycéen, avec un accompagnement qui va jusque à l'orientation et l'immersion professionnelle. Et là, les missions locales, par exemple, ont un rôle important à jouer à partir de 16 ans.

4:52
Présentateur

Violette, je vous propose maintenant d'accueillir notre première invitée dans cet épisode, Paul Macoba. Bonjour et bienvenue, Paul. Bonjour, Yann. Bonjour, Violette. Vous êtes professeur de mathématiques à Aluin, au lycée Antoine-Saint-Exupéry. Et Violette vient de l'évoquer, vient de parler de décrochage scolaire. Vous, Paul, vous souhaitiez nous faire part de votre expérience du quotidien. Vous êtes quelqu'un du terrain, au contact avec les élèves, évidemment, tous les jours. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur ce décrochage scolaire ? Est-ce qu'on peut parler de phénomène ?

5:24
Locuteur non identifié

Effectivement, on peut parler de phénomène, parce que c'est un état global, c'est une attitude qui se généralise aujourd'hui. On fait face à un phénomène quand même montant de décrochage scolaire au sein de nos établissements. Et du coup, si maintenant, on ne tire pas la sonnette d'alarme, je pense que dans les années qui vont suivre, ça va être un peu plus délicat d'y pallier.

5:40
Présentateur

Justement, alors quels sont les premiers signaux, vous, en tant que professeur, qui accompagnez des élèves chaque jour ? Quels sont les signaux type que vous constatez ?

5:50
Locuteur non identifié

Les premiers signaux sont de nature cognitif ou émotionnel, cognitif vis-à-vis de leurs résultats. On voit tout de suite que les gamins, comme on le dit dans le jargon de l'éducation nationale, produisent de moins en moins de bons résultats ou sont pratiquement insensibles aux résultats qu'ils produisent. Un gamin aujourd'hui va avoir 3 sur 20, ça ne lui fait ni si on lui froid. Et émotionnel vis-à-vis de leur attitude à l'école, la phobie scolaire, les attitudes en cours, on sent un désintéressement où les élèves en général sont lassés tout de suite. Ce sont des signaux qui doivent nous interpeller sur le décrochage scolaire.

6:25
Présentateur

Une première réaction, Violette, sur ce que vient de dire Paul ?

6:27
Violette Spillebout

C'est un peu effrayant parce qu'effectivement, on se dit toujours que c'est l'affaire de quelques-uns. Mais ce que j'entends avec un professeur comme toi, Paul, qui a aussi travaillé dans des collèges à Lille et dans beaucoup de quartiers, je crois que tu habites à Moulins, donc tu connais beaucoup d'élèves qui ont pu rencontrer des difficultés. On pense forcément aux liens peut-être avec les réseaux sociaux, au fait qu'on a un désintérêt pour le monde qui nous entoure. Et j'imagine que tout ce qui est ouverture culturelle, découverte de projets citoyens peut aussi renforcer l'intérêt finalement dans l'école.

7:01
Locuteur non identifié

Mais bien sûr, il faut justement reconnecter les jeunes à cet engagement citoyen. Aujourd'hui, la plupart de nos, on va dire, 10, 18, vivent dans un monde fictif. L'influence des réseaux sociaux, l'influence des jeux vidéo. Et du coup, nos jeunes, on va dire, ils vivent dans un monde parallèle. Ils ne se projettent pas dans un métier, ils ne savent pas quoi faire. C'est un déconnecté de la réalité.

7:24
Présentateur

Autre sujet qui a son importance, on vient de parler de décrochage scolaire. L'orientation professionnelle, qu'en pensez-vous ? Est-ce qu'aujourd'hui, nos élèves, nos étudiants sont bien orientés ?

7:34
Locuteur non identifié

Je reste mitigé sur le sujet. Il y a des choses qui sont faites, il faut le reconnaître. L'éducation nationale fait ce qu'il faut en mettant en place des structures. Mais il y a un bémol qu'il faut ressortir sur l'orientation. Nos élèves ne sont pas assez aiguisés sur les métiers. On va dire les métiers d'avenir. Parce qu'aujourd'hui, il y a des métiers d'avenir aujourd'hui. Et dès la troisième, l'orientation, je pense qu'elle devrait peut-être faite en fonction des notes. Parce qu'aujourd'hui, par exemple, dans un collage, on se dit qu'un élève qui a des résultats assez bas, tout de suite, c'est une orientation dans un lycée professionnel.

Mais on ne tient pas forcément compte de ce que l'élève en pense. C'est vrai qu'à 15 ans, on n'a pas forcément une ouverture propre de ce qu'on veut faire professionnellement. Moi, je pense que les mesures d'accompagnement sont quand même des bienvenues. Par exemple, et si on a un stage d'immersion au troisième d'une semaine, je pense qu'une rencontre avec plus de professionnels permettra par exemple à nos gamins justement de pouvoir se projeter et voir un peu plus ce qu'ils pourraient en faire.

8:35
Présentateur

Est-ce que ce que vient d'aborder Paul, Violette, correspond au retour que vous pouvez avoir spontanément sur le terrain lors de vos rencontres avec des parents d'élèves ?

8:44
Violette Spillebout

J'étais dans un lycée professionnel la semaine dernière à Oisem, l'Épil, qui a beaucoup d'élèves, plus d'un millier, je crois, et notamment dans des métiers techniques. Et en échangeant avec 80 d'entre eux qui s'intéressaient au sujet de la citoyenneté et de l'engagement, j'ai bien compris qu'il y en a plusieurs qui se retrouvaient effectivement dans une filière sans l'avoir vraiment choisie. Et je crois que ça, c'est le grand défi de l'orientation demain. Alors, c'est celui de l'éducation nationale avec l'ONICEP et tout ce qui doit être fait sur l'orientation. Mais je crois que là, les mairies peuvent jouer un rôle.

À la ville de Lille, on a des centres sociaux, je les ai déjà cités, des associations de parrainage extrêmement intéressantes. On a aussi beaucoup d'entreprises, de commerçants, TPE, PME, d'administration qui sont ouverts et qui ont envie de parrainer des jeunes. Donc, je crois que mettre en place vraiment un système, y compris avec nos missions locales, mais même plus tôt, tu parlais de la troisième, ça peut être même avant, au tout début du collège, pour découvrir des métiers, faire une demi-journée en immersion, faire une sortie dans une industrie, par exemple, ou aller voir ce que c'est l'agriculture dans un secteur rural quand on vient de la métropole lilloise.

Je crois que ça peut ouvrir aussi des vocations et puis faire connaître, comme tu le disais, les métiers de demain. Il y a l'intelligence artificielle, il y a les sujets de la maintenance industrielle et de l'électrotechnique qui sont en demande et puis aussi les métiers de l'hôtellerie, restauration. Voilà. Je pense que les lycées pros, ils ne sont pas tous pleins selon les filières et au-delà du lycée pro, l'important pour moi, c'est que le jeune trouve vite quelque chose qui lui donne envie, qui le motive et après, tout se déclenche.

10:24
Présentateur

Paul, vous voulez rajouter un mot sur ce que vient de dire Violet ?

10:26
Locuteur non identifié

Oui, surtout, là, je vais rebondir plus sur les élèves de Terminal avec le système Parcoursup, justement. Ah,

10:34
Présentateur

gros sujet, gros sujet. Ah oui,

10:36
Locuteur non identifié

effectivement, on avait APB dans le temps, APB a été remplacé par Parcoursup mais aujourd'hui, Parcoursup reste un mystère. à la fois pour le corps enseignant, pour les familles et surtout pour les élèves qui sont même au cœur du système.

10:50
Présentateur

Oui, on a vu cet exemple d'une élève qui avait été acceptée en mettant en guise de CV une recette de cuisine. Exactement. C'est pas malucie.

10:57
Locuteur non identifié

Tout à fait. Donc, aujourd'hui, c'est un système qui reste encore flou. On se retrouve avec des élèves, par exemple, qui se retrouvent dans des affectations qui ne sont pas forcément en adéquation avec leurs demandes. On a des élèves qui ont des super bons résultats, qui sont excellents, qui n'obtiennent pas leur orientation. Du coup, ils se retrouvent dans des filières pas souhaitées. Donc, il faut trouver la motivation. On dit, allez, moi, je dis toujours à mes élèves, il n'y a pas pire que de faire un truc que vous n'aimez pas. Parce que ça se voit.

On le subit et à force de le subir, du coup, on en prend un coup sur la santé mentale et on voit aujourd'hui, par exemple, nos élèves, quand ils subissent la formation qu'ils font, ça se voit tout de suite, ça se reflète sur leur santé mentale, ça se reflète sur leur comportement. Donc, Parcoursup, moi, je pense que ce serait super intéressant de mettre des ateliers d'information de comment ça fonctionne et surtout...

11:51
Présentateur

À l'échelle locale. À l'échelle locale,

11:53
Locuteur non identifié

bien sûr, effectivement. Ce serait super important. Je rebondis, par exemple, au niveau des centres sociaux, j'ai eu à dispenser des cours bénévolement. C'est, par exemple, judicieux de mettre en place des ateliers où il faut parler de Parcoursup, il faut parler, par exemple, des orientations professionnelles. J'ai un centre social, ce n'est pas forcément, j'ai envie de dire, une plateforme où les jeunes doivent venir passer du temps, mais c'est aussi une plateforme où on doit former le futur citoyen.

12:18
Violette Spillebout

En voilà une bonne idée. Oui, en voilà une bonne idée parce que je partage, en tout cas, moi, je connais plein de parents et puis moi-même, pour y être passé, Parcoursup, c'est hyper stressant. Ça l'est encore aujourd'hui. On a chaque jour des choix à faire qui sont extrêmement difficiles sans parfois avoir visité les établissements quand l'élève doit partir loin. Enfin, c'est des choix familiaux et des choix avec l'élève. D'autant plus, des fois, on arrive à se débrouiller, mais quand on a du mal avec le numérique, j'imagine à quel point c'est compliqué. Et donc, je crois qu'il y a deux choses.

L'éducation nationale doit continuer de faire évoluer Parcoursup pour que ça s'améliore et que ce mystère des logiciels n'en soit plus un et qu'il y ait une bonne orientation est la meilleure possible pour la réussite des élèves. Et puis, au niveau local, effectivement, l'idée d'accompagner les parents et les élèves dans tout ce parcours pour remplir la plateforme, pour suivre les résultats, ça pourrait très bien être à l'hôtel de ville, de Lille, pourquoi pas ? Mais en tout cas, avec un vrai accompagnement à la parentalité parce que je crois que de la naissance jusqu'à l'insertion professionnelle et bien après, on est responsable d'accompagner nos enfants.

13:21
Présentateur

Je crois que le message est passé. Merci beaucoup, Paul.

13:23
Locuteur non identifié

Juste pour clôturer, je pense qu'aujourd'hui, Violette a les capacités et les capacités de mener à bien justement ce genre de thématiques. On a vu son engagement sur les violences faites en milieu scolaire. Je pense qu'aujourd'hui, si on a un porte-étendard pour cette cause, c'est bien sûr Violette. Merci, Paul.

13:41
Présentateur

Nous venons de l'aborder. Il y a l'école, le collège, le lycée, mais il y a aussi tous les jeunes pour qui le système scolaire n'a pas fonctionné. On peut parler de décrocheurs et pour aborder cette thématique, nous avons le plaisir d'accueillir Michel Maté. Bonjour et bienvenue, Michel.

13:58
Locuteur non identifié

Bonjour, Violette. Bonjour.

13:59
Présentateur

Vous êtes la fondatrice de l'école de la deuxième chance, ex-directrice de cette même école jusqu'à décembre 2024. C'est bien, Philippe. Quelle a été votre première rencontre avec Violette, Michel ?

14:11
Locuteur non identifié

Alors, en fait, notre rencontre, elle est très ancienne puisque j'ai connu Violette quand elle était à la communication en mairie de Lille et on s'est croisés à chaque fois lors de son parcours professionnel jusque maintenant et il y a des gens comme ça dans la vie qu'on ne voit pas nécessairement souvent. On travaille peu avec eux mais il y a un truc qui se passe et je pense que c'est ce qui s'est passé avec Violette et donc c'est pour cette raison sans doute que je suis là aujourd'hui parce qu'on a noué des contacts qui sont informels, pas forcément fréquents mais voilà, on sait qu'il y a quelqu'un derrière qui peut éventuellement aider l'autre.

14:43
Présentateur

Vous vous souvenez de cette rencontre, Violette ?

14:45
Violette Spillebout

Moi, je crois que c'était sur le sujet des circuits courts avec Pierre de Saint-Ignon. En tout cas, c'est là qu'on a travaillé plus ensemble.

Pierre de Saint-Ignon, c'était le premier adjoint au maire de Lille quand je travaillais en mairie de Lille et on avait monté un système pour aider l'emploi des jeunes parce que Lille est une ville où il y a plus de chômage des jeunes qu'ailleurs et j'avais visité à cette occasion-là l'école de la deuxième chance et j'avais déjà remarqué chez Michel l'énergie, la détermination, c'est quelqu'un qui ne lâche rien pour faire en sorte que les jeunes très rapidement quand ils ont justement cette envie dont on parlait tout à l'heure, cette passion pour un sujet, rendre les choses possibles et leur donner une seconde chance.

15:22
Présentateur

Michel, vous êtes donc la fondatrice de cette école de la deuxième chance. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le concept, ça consiste en quoi l'école de la deuxième chance ?

15:29
Locuteur non identifié

L'école de la deuxième chance a accueilli des jeunes entre 18 et 25 ans qui ont arrêté l'école quel que soit leur niveau.

Donc ça va de la fin du collège jusqu'à Bac, Bac plus 1 parfois et qui se disent à un moment donné il faut que je fasse quelque chose parce que j'ai arrêté et donc ils viennent chez nous, ils se présentent, on fait un entretien de motivation pour savoir pourquoi ils sont là et en fonction de cet entretien, après on fonctionne comme une entreprise, ils rentrent ou pas, s'ils rentrent, ils ont une période d'essai de cette semaine et après on est partis ensemble sur un parcours de 9 mois mais qui est un maximum et très souvent les jeunes trouvent une solution puisque nous avons une obligation de résultat de 60% au bout de 5-6 mois.

Donc cette solution c'est effectivement un retour en formation initiale ce qui est assez rare pour les raisons évidentes donc du coup s'il y a un retour initial c'est plutôt dans le cadre du contrat d'apprentissage c'est une formation qualifiante ou directement un emploi mais c'est vrai que c'est l'accompagnement de ces jeunes de manière individualisée qui fait que l'outil est plutôt un outil intelligent.

16:30
Présentateur

Vous avez vu passer des filets des centaines de jeunes quels freins rencontrent-ils le plus souvent et en quoi une mairie peut-elle vous aider dans le cadre de l'école de la deuxième chance ?

16:43
Locuteur non identifié

Alors le frein de manière générale mais qui pourrait s'appliquer à d'autres personnes c'est un manque d'ambition. Alors c'est vrai que certains sont dans des situations quand même difficiles donc on peut le comprendre mais en même temps jusque maintenant il n'y a pas forcément eu dans le cadre de l'éducation nationale ou d'autres environnements des institutions des personnes qui leur ont fait vraiment confiance ou tout simplement qui ont cru en eux.

Donc ça déjà c'est une démarche éminemment importante et c'est vrai que du coup nous on va travailler sur l'ouverture d'esprit parce qu'en général on fait des choses si on parle d'orientation qui ressemblent à notre entourage et plus on ouvre effectivement la possibilité de rencontrer d'autres personnes plus effectivement on se dit tiens ça je pourrais faire ça etc.

Donc ça c'est vraiment le point central qui fait que ça fonctionne et donc du coup évidemment ça peut se faire aussi et surtout avec des mairies on pourrait très bien imaginer que la mairie qui recrute y compris en contrat d'apprentissage elle puisse de manière importante et de manière très communiquante dire voilà nous on accueille cette année X personnes en contrat d'apprentissage donc déjà elle peut faire ça parce que les collectivités en font peu finalement ça c'est un premier élément deuxième élément elle peut faire des sessions d'immersion dans les entreprises avec lesquelles elle travaille c'est à dire que voilà l'entreprise de maçonnerie de machin c'est vrai qu'elle peut demander dans le cadre de conventions ou pas à ce que des jeunes puissent connaître ces métiers et ça après on fait des conventions c'est très facile et elle peut aussi organiser des rencontres avec le service économique j'imagine de la ville entre les entreprises avec lesquelles elle a des projets pour là aussi faire connaître les métiers donc il y a plein de choses qui peuvent se faire qui sont assez faciles mais il faut une vraie volonté effectivement de la mairie et il faut que ça se sache donc ça c'est sur l'aspect orientation professionnelle

18:31
Présentateur

vous voulez rebondir sur les propos de Michel

18:33
Violette Spillebout

forcément ça donne envie ça donne envie de monter des projets parce que effectivement comme tu l'as dit Michel dans une mairie il y a quasiment tous les métiers il y a des informaticiens des jardiniers des personnes des cuisiniers des personnes qui font de l'accompagnement social les services culturels le service des sports avec des éducateurs sportifs qu'est-ce que j'oublie enfin il y a la transition écologique il y a tous les sujets et la maintenance des bâtiments et donc à tous les niveaux aussi l'encadrement la conception de projet la réalisation et l'entretien de la voirie enfin voilà il y a plein de choses il y a aussi l'inclusion le handicap et du coup je pense que effectivement en donnant une culture au sein d'une municipalité comme Lille qui a plus de 3000 agents et donc de nombreux services une culture de l'accueil de jeunes en stage en immersion en service civique en contrat aidé et bien c'est pas seulement une question de moyens financiers c'est une question de comment on embarque avec soi toutes les directions de la mairie pour qu'il y ait systématiquement de l'accueil de jeunes et participer à cette remotivation qui ensuite est un des clics qui permet de faire des choses incroyables moi qui ai travaillé à la SNCF je sais qu'à la SNCF il y a une politique sur l'apprentissage et l'accueil de jeunes qui est très très proactive parce que parfois ça peut être un poids d'avoir un jeune qui ne connaît rien à côté de soi pendant une semaine deux semaines un mois mais à la SNCF c'est vrai que c'est devenu culturel dans la plupart des services et moi ça m'avait beaucoup surprise quand j'y ai travaillé parce que je venais de la mairie ça n'existait pas vraiment donc je crois que c'est quelque chose à développer

20:11
Présentateur

un dernier mot Michel pour conclure

20:13
Locuteur non identifié

pour conclure on peut aussi tout à l'heure vous évoquer l'aspect engagement citoyen c'est vrai que quand on s'introduit dans la mairie quelle que soit la raison tout au moins au niveau de l'orientation forcément on connaît mieux donc on connaît mieux sa ville donc on a sans doute une autre image de la ville et on peut de fait aussi monter des projets avec soit des clubs sportifs des activités culturelles avec évidemment les structures qui dépendent de la mairie pour aussi là encore élargir son champ de vision sur notre environnement et s'apercevoir que même si on est jeune peu qualifié en échec scolaire on peut monter des projets ambitieux avec des structures qui dépendent de la mairie et on peut effectivement travailler dans la mairie dans le cadre d'un contrat d'apprentissage ou de manière générale en immersion donc il y a tout à gagner entre une mairie et l'orientation et le combat à l'échec scolaire même si bien évidemment c'est d'abord une responsabilité de l'État

21:01
Présentateur

Merci Michel Violette à partir de ce que l'on vient de découvrir dans cet épisode si vous étiez maire de Lille demain quelles actions concrètes mettriez-vous en place à Lille ?

21:15
Violette Spillebout

Ça m'a donné beaucoup d'idées cet échange avec un professeur avec la fondatrice de l'école de la deuxième chance parce que finalement le point commun dans ces interventions et dans nos échanges c'est la motivation l'envie et la confiance dans le jeune et je crois que c'est le défi de l'éducation nationale mais c'est aussi le défi des collectivités territoriales comme une mairie qui de la petite enfance jusqu'à l'âge adulte accompagne ses futurs citoyens ce défi c'est de les aider à trouver leur place dans la société à trouver quelque chose qui va les faire vibrer et puis c'est le défi de la considération et du respect je crois que plus que jamais à un moment où les jeunes sont critiqués où il y a des problématiques de délinquance des jeunes dans nos quartiers et ailleurs il faut que la puissance publique les élus locaux montrent qu'ils considèrent le jeune parce que quand on donne du respect quand on écoute quand on répond à une envie et bien je crois que le jeune est là et on a plein de talents qui parfois ne se connaissent pas eux-mêmes et qui peuvent devenir des fiertés pour notre ville

22:16
Présentateur

Merci pour ce beau message Violette on remercie nos deux invités Michel merci Paul Macoba qui était également parmi nous ne l'oubliez pas vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux Facebook X Twitter LinkedIn sur la chaîne officielle Violette Spielboot Youtube mais aussi sur violette2026.fr Merci Violette

22:38
Violette Spillebout

Merci Anne

22:39
Présentateur

et à très bientôt A bientôt

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