Politique agricole commune : "Il faut re-réguler les marchés agricoles"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:18OuverteRéponse directe
Est-ce que rapidement on peut rappeler ces enjeux autour de la PAC aujourd'hui ?
- 1:02OuverteRéponse directe
Le président de la République a exposé ses pistes pour réinventer la PAC. Quelle est votre réponse ?
- 2:08OuverteRéponse directe
Environ 300 000 exploitations reçoivent les aides de la PAC. Ça représente 85% du revenu agricole. Les agriculteurs veulent-ils vraiment des aides ?
- 3:05OuverteRéponse directe
Bruxelles prépare le prochain budget européen 2021-2027. Les agriculteurs auront-ils leur place dans ce budget ?
- 4:27OuverteRéponse directe
Les élections européennes peuvent-elles avoir un impact sur la PAC ?
- 5:50OuverteRéponse directe
Quelles conséquences le Brexit aura-t-il concrètement sur la politique agricole commune ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« la PAC c'est un ciment historique de l'Union européenne qui représente encore un tiers de son budget »
- 0:43InvitéChiffre
« les aides c'est plus de la moitié du revenu agricole européen »
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Bonsoir Aurélie Trouvé.
Vous
êtes maître de conférence en économie à l'Institut Agro Paris Tech, à Paris donc, et vous suivez de particulièrement près la PAC, la politique agricole commune. La PAC qui est évidemment au cœur de l'actualité à la fois avec le salon de l'agriculture et les élections européennes qui approchent. Et puis le Brexit aussi, on va le voir. Deux
gros
enjeux. Est-ce que rapidement on peut rappeler ces enjeux autour de la PAC aujourd'hui
? Alors
d'abord, la PAC c'est un ciment historique de l'Union européenne qui représente encore un tiers de son budget, mais qui a représenté dans l'histoire beaucoup plus. Et ce qui permet quand même à la plupart des exploitations agricoles aujourd'hui de se maintenir, du moins en France, il faut savoir que les aides c'est plus de la moitié du revenu agricole européen et que si on enlevait les aides de la PAC, la plupart des exploitations agricoles ne pourraient pas se maintenir. En France, en moyenne, chaque bénéficiaire de la PAC, chaque agriculteur bénéficiaire de la PAC reçoit 30 000 euros d'aide, en moyenne.
Le président de la République, Emmanuel Macron, est allé au salon de l'agriculture, il y a passé la journée de samedi, et il a exposé ses pistes pour, a-t-il dit, réinventer la politique agricole commune lancée en 1962. Alors son plan, c'est de parvenir à une autonomie alimentaire, environnementale et industrielle. La réponse de l'économiste au président de la République ?
Mais ce sont des très beaux objectifs. Maintenant, justement, il y
a
un problème. Pourquoi les agriculteurs ont-ils autant besoin d'aide ? Eh bien tout simplement parce qu'on a démantelé des outils de la politique agricole commune qui, auparavant, permettaient de stabiliser les prix et de les déconnecter de cours internationaux qui sont extrêmement volatiles et qui sont tirés vers le bas par les excédents des pays les plus compétitifs. Est-ce qu'il faut que la plupart des prix payés aux producteurs sont en fait inférieurs à leur coût de production ?
Donc si on veut réellement, comme il l'a dit, comme a dit le président de la République dans son discours samedi, si on veut réellement protéger les agriculteurs, eh bien il faudrait faire en sorte de sécuriser leurs revenus. Or, les aides massives qui sont versées aujourd'hui ne permettent pas de les sécuriser parce qu'elles sont invariables d'une année sur l'autre.
Oui, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, environ un peu plus de 300 000 des 440 000 exploitations agricoles françaises reçoivent les aides de la politique agricole commune. Ça représente environ quand même 85% du revenu agricole. Si ce n'est que les agriculteurs, les exploitants, aujourd'hui, ils disent « Nous, on ne veut pas d'aide, on veut travailler dignement de notre métier.
» Avec des prix rémunérateurs. Et donc, ça signifierait de penser tout à fait autrement la politique agricole commune, de sortir de cette option néolibérale qui a été prise par l'Union européenne pour enfin re-réguler les marchés agricoles. Ça veut dire aussi une chose. Ça veut dire aussi changer, je dirais, d'orientation en matière de politique commerciale parce qu'à côté de la PAC, qu'est-ce qu'on fait ?
On multiplie des accords de libre-échange commerciaux qui, au contraire, enlèvent des protections aux agriculteurs, enlèvent des droits de douane, mais aussi mettent en concurrence face à des agricultures qui, parfois, ne respectent pas les mêmes règles environnementales, sociales ou sanitaires.
Aurélie Trouvé, Bruxelles prépare ce que l'on appelle le prochain paquet budgétaire,
c
'est-à-dire le budget européen pour les années 2021 à 2027. Est-ce que les agriculteurs auront réellement leur place dans ce budget
? Alors,
le problème, c'est que, comme la réforme précédente, le budget de la PAC va être fortement diminué si on s'en tient pour l'instant aux propositions de la Commission européenne, baisse encore d'environ 16% en euros constants, si on tient compte de l'inflation, ce qui est beaucoup. Mais j'ai envie de dire, si on veut, par ailleurs, sauvegarder les aides de la PAC, au-delà de faire en sorte qu'il y
ait
des prix plus rémunérateurs, eh bien, il va falloir aussi les relégitimer sur le plan environnemental et social. Or, ces aides
aujourd'hui...
Alors, le problème, c'est que la Commission européenne ne propose pas de remettre en cause les aides découplées, ces aides versées par hectare, quel que soit l'état des marchés. Et ce sont des aides qui ne favorisent ni la transition écologique et sociale de l'agriculture, parce qu'elles ne favorisent pas les exploitations qui maintiennent le plus l'emploi et qui favorisent le plus l'environnement. Mais ce sont aussi des aides versées par hectare, donc qui favorisent l'agrandissement et la concentration des exploitations et le renchérissement du coût de foncier. Donc, il faut repenser ces aides et, à côté, faire en sorte qu'on ait des prix beaucoup plus rémunérateurs pour les agriculteurs.
Deux échéances arrivent très rapidement maintenant. C'est à la fois le Brexit, le 29 mars, et puis les élections européennes du mois de juin. Avant de revenir sur l'important Brexit, qui aura un impact, bien sûr, sur la politique agricole commune, est-ce que les élections européennes en tant que telles peuvent avoir un impact sur la PAC
?
Oui, à condition que les futurs députés européens puissent réellement peser pour avoir une vision commune de l'agriculture dans la politique agricole commune à 27 États membres. J'ai envie de vous dire, on n'a pas le choix si on veut répondre aux attentes de la société. Parce que dans un espace de libre-échange européen, avec la mise en concurrence de toutes les agricultures européennes, eh bien, si on ne veut pas niveler vers le bas les normes environnementales, sociales et sanitaires, il faut absolument avoir des normes jusqu'à une échelle européenne et avoir une vraie politique agricole commune forte au-delà de l'aspect budgétaire.
Oui, on peut imaginer un renforcement, par exemple, du noyau Allemagne-France sur la PAC ?
Il est vrai que si la France et l'Allemagne étaient réellement très volontaires là-dessus, si elles disaient, ben voilà, maintenant on veut à nouveau avoir des prix plus rémunérateurs, on veut protéger nos agriculteurs par des outils de régulation de marché, on veut relégitimer les aides sur le plan environnemental, social, en remettant à plat toutes ces aides-là, c'est sûr que ça entraînerait certainement le reste de l'Europe.
Donc ça, c'est pour les élections européennes. Revenons au Brexit, donc hard ou soft, dur ou, on va dire, plus facile, plus léger. Ce sera le 29 mars, on sait que maintenant c'est acté. Quelles conséquences le Brexit, c'est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l'Europe, aura concrètement sur la politique agricole commune, sachant que le Royaume-Uni est aujourd'hui, je crois, le troisième contributeur derrière l'Allemagne et les pays contributeurs à la PAC budgétaire
?
Le
premier impact, c'est sûr, c'est la question budgétaire, c'est le fait que du coup le budget de la PAC est un peu, est beaucoup réduit, mais il est, attention, parce que, c'est aussi parce qu'on a voulu mettre plus dans d'autres budgets, le budget de la sécurité, de la défense, sur les migrations, etc. Et puis, l'autre impact du Brexit, il est, si on a un Brexit dur, eh bien, il y aura des protections aux frontières entre le Royaume-Uni
et
l'Union Européenne, des taxes,
mais aussi des
normes différentes, sans doute,
d'un côté et de l'autre. Et là, c'est l'agriculteur et le consommateur qui vont en fâtir ?
Le Royaume-Uni, pour le coup, est un importateur net fort de produits agricoles et alimentaires du reste de l'Europe. Donc, ça veut dire aussi qu'on aura plus de difficultés à exporter certainement, certainement, vers le Royaume-Uni en cas de Brexit dur.
Affaire à suivre. Merci Aurélie Trouvé, professeure, enseignante en économie, précisément maître de conférence en économie à l'Institut Agro-ParisTech. Bonsoir.