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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 8 juin 2026 3 min

Bernadette Chirac, une vie au 19ᵉ siècle

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

6h56 sur France Culture, et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, Bernadette Chirac, une vie au 19e siècle.

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Présentateur

Oui, plus je lis les témoignages consacrés à Bernadette Chirac, plus je me dis qu'elle appartient à un monde plus ancien que celui de nos grands-parents, de nos arrière-grands-parents. Un monde quasiment préhistorique, c'est pas Lucie, si vous voulez, mais presque. Dans les récits qui lui sont consacrés, dont ceux recueillis ces derniers jours, affleurent une manière d'être au monde devenu presque incompréhensible. Il y a cette scène extraordinaire que rapporte Libération aujourd'hui, Bernadette Chirac, jeune épouse d'un secrétaire d'État premier à un grand avenir, déjeuner à l'Élysée.

Alors le général de Gaulle lui pose cette question incroyable, dans le fond comme dans la forme, Madame, quand vous voulez vous distraire, que faites-vous ? Et alors là, à l'écoute de cette question, elle a un choc, elle se dit qu'elle ne sait pas comment répondre, elle réalise qu'elle ne faisait rien pour se distraire, rien qui lui appartint en propre. Son existence était entièrement organisée autour d'une œuvre commune, la carrière de son mari. C'est peut-être ça qui frappe aujourd'hui. Les Chiracs formaient moins un couple qu'une institution, une sorte de groupement d'intérêt politique où chacun avait sa fonction.

Bernadette Chirac n'était pas seulement l'épouse de Jacques Chirac, elle était l'une des chevilles ouvrières du chiracisme. Sa vie se confondait avec celle de son mari. Lorsqu'elle évoquait leur « intimité », je mets ça entre guillemets, eh bien elle racontait des scènes qui semblent provenir d'un autre âge. Jacques Chirac, expliquait-elle, regardait le foot à la télé. Pendant ce temps-là, il ne fallait pas prononcer un mot, il ne veut pas entendre une mouche volée, disait-elle. Ou encore la formule qui revenait sans cesse dans la bouche de son époux. « Bon, alors je file ! » comme si toute l'existence était placée sous le signe de mouvement de la fonction, de l'agenda et du devoir.

Et pourtant, ce qui trouble le plus, c'est la proximité temporelle de cette vie avec la nôtre. On a été tous, nous avons tous été les contemporains de Bernadette. Elle n'appartient pas au XIXe siècle, ni même à l'après-guerre. Elle a traversé le monde des téléphones portables, d'Internet, des réseaux sociaux. Et cependant, tout dans son existence semble relever d'une anthropologie disparue. Avec Bernadette Chirac, disparaît peut-être moins une personnalité qu'une certaine conception du couple, de la politique et du destin. L'idée qu'une vie puisse être entièrement consacrée à un autre. L'idée qu'une femme puisse trouver son accomplissement dans la réussite de son mari.

L'idée aussi que le pouvoir exige une forme de sacrifice permanent accepté comme allant de soi. Bernadette Chirac emporte avec elle cette civilisation politique. Elle nous apparaît aujourd'hui qu'une figure exotique et historique, venu d'un pays disparu. Et c'est peut-être cela au fond qui rend son souvenir fascinant. La sensation qu'un monde extrêmement proche dans le temps est devenu infiniment lointain.

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Invité

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