Dette : les "boomers" doivent-ils payer ? - C dans l’air - 01.09.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
diminue efficacement l'envie de se gratter. ... - C.Roux: Bienvenue.
Certains parlent déjà avec un brin de malice d'une tournée d'adieu. F.Bayrou multiplie les prises de parole, défend sa méthode, son budget, sonne l'alerte sur les comptes publics et reçoit les formations politiques. "Un rendez-vous pour dire au revoir", ironise déjà le PS.
Le RN lance aujourd'hui ses réunions de travail pour une éventuelle législative. Les boomers sont-ils responsables de l'explosion de la dette? Doivent-ils accepter sans broncher de mettre la main à la poche?
Selon F.Bayrou, les plus jeunes vont devoir payer pour le confort de ceux qui sont aujourd'hui retraités. Avec cette lecture, il braque, y compris dans son propre camp, comme E.Philippe, qui dénonce la lutte des âges.
C'est le sujet de notre émission. Avec nous pour en parler, J.Jaffré.
Vous êtes politologue et chercheur associé au Cevipof. P.Dessertine, vous êtes professeur de l'Institut de haute finance et auteur de "L'horizon des possibles".
N.Mauret, vous êtes reporter politique pour le groupe de presse régionale Ebra. A.Rosencher, vous êtes directrice déléguée de la rédaction de "L'Express".
Bonsoir à tous les 4. Il a repris la parole hier soir, longuement, F.Bayrou.
Il tient sa ligne et dit ceci: "Je suis absolument persuadé que ça peut bouger." J.Jaffré? - J.Jaffré: Prudence devant cette assertion.
Mais je dois dire que la surprise serait vraiment totale, que les choses changent. Et les socialistes et le RN ont déclaré que leur position était irrévocable et qu'ils voteraient contre la confiance demandée par F.Bayrou.
La stupéfaction, C'est que le Premier ministre ait pu, semble-t-il, penser qu'un vote de confiance pourrait être obtenu. Le vote de confiance sous la Ve République, ce n'est pas comme a voulu nous faire croire F.Bayrou, le fait de dire qu'on est d'accord sur le constat que la situation du pays est difficile.
Le vote de confiance, c'est soutenir le gouvernement, et...
Comment pouvait-il penser une seconde, peut-être ne l'a-t-il pas pensé d'ailleurs, que des oppositions dans une polarisation politique aussi forte diraient "oui, nous voterons la confiance"? C'est impossible. 2e problème: s'il s'agit de rechercher un compromis entre les différentes tendances politiques pour bâtir un budget, c'est en discutant des mesures qu'on peut y parvenir, et non pas en demandant la confiance, alors qu'on a sorti des mesures au 15 juillet et qu'on ne dit pas...
Dans cette affaire, je dois dire qu'après la catastrophe politique du 9 juin 2024, nous avons une 2e catastrophe politique qui s'annonce, c'est-à-dire que le Premier ministre quitte de lui-même, pratiquement, la fonction, plongeant le pays dans une fragilité politique extrême. - C.Roux: On va y revenir, sur les conséquences de la décision de F.Bayrou.
M.Le Pen a donné une conférence de presse aujourd'hui. Elle a dit: "La question qu'on nous pose est absurde.
L'ensemble de la classe politique est d'accord sur le constat: oui, il y a un problème sur les finances publiques." A-t-elle tort? - P.Dessertine: Est-ce que la classe politique est prête à prendre les mesures que suppose la question du redressement des finances publiques?
Dès le vote aboutissant à cette Assemblée nationale, il était évident que ce serait impossible d'obtenir une majorité sur des budgets qui commenceraient à répondre aux problèmes...
Les 44 milliards de cette année, c'est le début d'un processus qu'il faudra répéter chaque année. C'est intenable avec l'absence de majorité. - C.Roux: Mais la question telle qu'elle est posée qui est de dire "je vais interroger les parlementaires pour savoir s'il y a un problème dans nos finances publiques", tout le monde a conscience de cela, non?
Vous avez l'air d'en douter. - P.Dessertine: On dit: "Oui, bien sûr...
Mais d'abord, ça fait longtemps. Ca peut encore continuer...
On exagère beaucoup..." "Il ne faut pas affoler les Français comme ça..." J'ai souvent été dans le camp de ceux qui sonnaient l'alarme et on a souvent atténué ça.
Là, il y a sans arrêt...
On dit: "Oui, on a un problème, mais est-ce si grave?" - C.Roux: On verra le contre-projet du PS et l'effort prévu par le PS.
F.Bayrou dit qu'il y a un trou de souris...
Il fait une tournée auprès des partis politiques. Qu'est-ce qu'il en espère? - A.Rosencher: Je pense qu'il espère, pendant 15 jours, susciter un débat national.
C'est ce qu'il nous a dit, quand on est allés le voir Dans son bureau, à 19h, le lundi. On s'attendait à avoir un petit entretien de rentrée. On s'étonnait quand même, en plein pendant l'interview, son téléphone a bullé...
Il y avait des alertes, le RN disait qu'il ne voterait pas...
Il disait qu'il voulait susciter un débat national pendant 15 jours. Sur le moment, je ne savais pas et je ne sais toujours pas si c'est un pari mal calibré. Est-ce Qu'il pensait vraiment qu'au terme de ces 15 jours, l'opinion publique se retournerait au point que les partis n'auraient pas le choix de revenir sur leurs déclarations?
Auquel cas, c'était quand même très osé. Mais, plus les jours passent et plus je pense qu'il a choisi sa sortie. Il a choisi de dire "je tombe sur ce sujet de la dette" sur lequel on ne peut pas lui reprocher d'être incohérent, qu'on soit d'accord ou pas.
C'est un sujet qu'il a porté depuis 40 ans. "Je tombe en suscitant ce débat sur le pays et cette prise de conscience, et j'aurai été le martyr de la dette et du déficit public." - C.Roux: Il aurait tendu des perches?
Dans son intervention d'hier, qui avait un côté solennel, est-ce qu'il y a eu des mains tendues à des alliés potentiels? - N.Mauret: Non.
Il a vaguement dit que 2 jours fériés supprimés, on pourrait revenir à un...
Il a vaguement dit que le débat méritait d'être ouvert sur les politiques migratoires. Ca, c'était en référence au RN. Il est allé parler à la télévision pour endosser cette espèce de démarche sacrificielle dans laquelle il est depuis maintenant une semaine.
Je suis tout à fait d'accord avec Anne. Le Premier ministre choisit sa sortie. Il choisit de ne pas être abîmé dans une motion de censure, comme l'a été son prédécesseur, M.Barnier.
Il tente de sortir par le haut sur des thèmes qui correspondent à son ADN politique, à savoir la dette et "mettez-vous d'accord" et tout ce qui fait cette démocratie sociale qu'il a longtemps défendue. Mais personne n'est dupe. Tout le monde sait qu'il tombera la semaine prochaine, lui en premier.
Toutes les oppositions ainsi que l'Elysée. L'Elysée travaille déjà sur l'après et passe des coups de fil. Tout le monde sait qu'il va tomber.
On est en train d'assister à un théâtre. Il y aura d'autres actes, mais on connaît la fin de la pièce. - P.Dessertine: Il faut rappeler comment se structure la démocratie française. - C.Roux: C'est un bon rappel. - P.Dessertine: Le budget, c'est très important.
C'est l'axe contre la majorité. Le budget, c'est le vote qui va permettre de savoir qui est pour et qui est contre. Depuis de nombreuses années, on a le 49-3.
Quand on pense qu'on ne va pas avoir la majorité, on fait passer son vote et on attend de voir si on aura une motion de censure. La motion de censure, c'est le non-non. Il y a déjà une ambiguïté depuis un moment autour de cette question budgétaire.
Bayrou veut revenir à l'approche presque originelle en disant: "Avant même d'aller au budget..." "Vous n'utiliserez pas le 49-3?" "J'aimerais ne pas l'utiliser." Il recherche une forme de majorité de principe en disant: "Si j'ai cette majorité, logiquement, on doit avoir la majorité budgétaire." Quand vous regardez la composition de l'Assemblée nationale, vous vous dites que c'est infaisable. - C.Roux: Les conséquences institutionnelles et symboliques peuvent être assez lourdes.
M.Le Pen est déjà en train de préparer des élections législatives. On est dans une crise institutionnelle?
Une crise politique? Comment vous voyez le jour d'après? - J.Jaffré: D'abord, par la position de F.Bayrou, je suis d'accord avec ce qu'ont dit Nathalie et Anne.
En préparant sa sortie, ce n'est pas tant la présidentielle de 2027 qu'il prépare. C'est de changer le débat de l'élection présidentielle de 2027, d'obliger le débat de la présidentielle à porter sur ces questions. De ce point de vue, ce n'est pas négligeable.
Evidemment, pour F.Bayrou, dans ce quart d'heure churchillien que "L'Express" a bien voulu lui accorder, c'est l'homme qui dit la vérité au pays. C'est ce qu'il a appelé son fameux moment Mendès France. "J'ai dit la vérité au pays." La tournée d'adieu de Bayrou, ne vous faites pas d'illusions, c'est minimum 2 ans et pas 15 jours.
Il passera son temps à dire: "J'ai dit la vérité, je suis le seul à l'avoir dite." Les conséquences politiques sont terribles. La situation est que nous avons LFI qui mène sa stratégie uniquement sur la démission d'E.Macron et le départ d'E.Macron.
Ils ne veulent même pas de la dissolution. C'est la démission directe de Macron. Deuxièmement, le RN, qui a durci terriblement sa position.
Le RN aurait pu dire: "Discutons des thèmes migratoires, de la politique..." Pas du tout.
C'est dissolution ou démission. Et le PS a quand même beaucoup durci sa position, mais il ne veut pas de la dissolution. C'est différent de LFI.
Le PS dit: "Si le prochain gouvernement nous présente la même chose, on censure immédiatement." - C.Roux: F.Bayrou tente, dans un dernier souffle, la méthode Coué.
Chaque jour qui passe le renvoie à sa solitude avec des soutiens historiques qui désormais prennent leurs distances. *-Nouvelle crise politique. Chute annoncée du Premier ministre.
Budget introuvable. F.Bayrou y croit encore ou fait-il semblant d'y croire? *-La chute de F.Bayrou paraît inévitable.
Il le sait et manie la carotte et le bâton. - F.Bayrou seul contre tous et seul face à 4 chaînes d'information hier soir.
Le Premier ministre tente toujours de défendre sa position après avoir lui-même accéléré sa chute. - F.Bayrou: Si vous imaginez que je peux abandonner les combats que je mène, que je mène ici, que je menais avant depuis des années, et que je continuerai à mener après, vous vous trompez.
Je suis absolument persuadé que ça peut bouger. Comment? Si les Français, dans la semaine qui vient, disent: "Mais tout ça est dingue!" - Il y croit encore, F.Bayrou, alors que même son propre camp commence à se retourner contre lui. - Y.Braun-Pivet: Demander aux Français toujours de travailler plus pour ne pas gagner plus, ce n'est pas acceptable. - Plus sévère encore, X.Bertrand annonce qu'il ne voterait pas la confiance au gouvernement s'il était député. - X.Bertrand: Ce plan est injuste.
Je l'avais dit dès la mi-juillet. Or, le Premier ministre n'a rien bougé, n'a rien changé. Ce qu'on a entendu encore hier, c'est: "Les Français ne comprennent rien.
Les Français ne travaillent pas assez. Les Français ne donnent pas assez. Les Français ne comprennent pas l'intérêt de la situation et en plus, ils sont partis en vacances." C'est la position de F.Bayrou.
C'est irresponsable. - Au sein du gouvernement, G.Darmanin pressenti parmi d'autres pour succéder à F.Bayrou continue sa partition. - G.Darmanin: Bien sûr que le gouvernement doit faire des efforts.
La France est un immense pays avec un immense peuple. La France est tout à fait capable de relever ce défi à condition que nous soyons responsables, que les partis de gouvernement qui ont vocation à gouverner le pays quand il y aura des alternances politiques, et je pense au PS, qui est un grand parti d'opposition responsable... - Mais le PS a de plus grandes ambitions.
Il veut un Premier ministre issu de ses rangs. L'occasion pour O.Faure d'acter la rupture avec LFI. - O.Faure: J.-L.Mélenchon a dit: "Je ne soutiendrai aucun gouvernement autre qu'insoumis." Je n'imagine pas qu'il dise qu'il est parfaitement à l'aise avec ce que nous proposons. - Donc il n'y aurait pas de ministre insoumis? - O.Faure: Non. - Et ça tombe bien... - M.Panot: Nous ne voulons pas participer à un gouvernement qui continuerait une politique macroniste. - De son côté, le RN considère déjà F.Bayrou hors jeu.
M.Le Pen cible donc le président de la République et réclame de nouvelles élections législatives. - M.Le Pen: E.Macron est un être irrationnel.
Par conséquent, ses décisions, nous n'arrivons souvent pas à les comprendre ni même à savoir quels sont les leviers de prise de cette position. Donc dissolution ou pas dissolution, aujourd'hui ou dans 3 mois...
Comme on ne sait pas, il faut être prêt. - Une nouvelle dissolution a été écartée par E.Macron, qui qualifie cette option de politique-fiction. - C.Roux: Nous entendions à la fin de ce reportage M.Le Pen.
Est-ce que c'est elle qui a les clés? Est-ce que c'est elle qui va peser sur le calendrier de ce qui peut se passer dans les semaines qui viennent? Elle n'avait jamais parlé de dissolution de cette manière et encore moins de démission d'E.Macron.
Pourquoi elle durcit autant le ton? Qu'est-ce qu'elle espère? - N.Mauret: Il y a un petit point très technique qu'il faut avoir en tête.
Le RN demande maintenant, sur tous les tons, une dissolution, parce que ça va lui permettre de déposer une QPC, une question prioritaire de constitutionnalité devant le Conseil d'Etat, etc. Pourquoi elle fait ça? Parce qu'elle a trouvé...
Il y a une jurisprudence qui date de 2003. Pour essayer de faire en sorte qu'elle puisse faire voler en éclats le fait qu'elle ne puisse pas se représenter, elle doit déposer une QPC. Pourtant, il faut qu'elle soit en mesure de le faire, et donc qu'il y ait une dissolution. - C.Roux: C'est son destin devant les juges, devant la justice qui se joue dans le calendrier qu'elle a choisi? - N.Mauret: Absolument.
Si c'était simplement son destin politique de députée, elle n'a pas intérêt à le faire dans la mesure où le pourra pas se représenter. Tandis que s'il y a dissolution, elle se représente et le Conseil constitutionnel sera obligé de statuer pour voir si elle est inéligible ou pas. Après, en dehors de ça,... - C.Roux: Elle regarde les sondages aussi, peut-être?
Un sondage Elabe de dimanche dit ceci. C'est ça qu'elle regarde. - N.Mauret: L'autre chose qu'elle regarde, c'est qu'il n'y aura sans doute pas de front républicain qui permette à la gauche de faire autant de voix qu'ils l'ont fait il y a 12 ou 13 mois.
Sur tous les plans, elle a intérêt à tenir le discours qu'elle tient. Ce qu'elle a fait aujourd'hui, c'est tenir un discours de responsabilité. "C'est le chaos en France, nous, on est là et on travaille...
Nous sommes l'alternance." - C.Roux: Est-ce qu'elle peut tout figer?
Est-ce que là, M.Le Pen a la capacité de tout figer et de dire "sans nous, de toute façon, rien ne passe"? - A.Rosencher: Là, en termes de groupe...
En termes RN, je ne parle pas de la coalition du NFP...
Bien sûr qu'elle pèse très fort et qu'elle peut espérer peser plus fort. Plus les élections passent et plus ce plafond de verre semble prendre l'eau de toutes parts. Mais là, il faut revenir sur cette dichotomie entre destins personnels et biens communs.
Pour le coup, je pense que c'est partagé par beaucoup. Il y a une phrase que j'ai trouvé géniale: "A tout moment, à Paris, il y a 123 personnes qui pensent avoir une chance sérieuse d'être le prochain locataire de l'Elysée." - C.Roux: Ca marche aussi pour Matignon. - A.Rosencher: Le 123 est taquin, dans cette citation.
Mais ça veut dire que tout semble figé par les arrière-pensées personnelles des uns et des autres. Entre ceux qui visent l'Elysée, ceux qui disent qu'E.Macron ne pourra pas se représenter...
On se demande à la fin parfois où passe l'intérêt général. Je dirais que ça nourrit une crise qui est peut-être encore plus grave que la crise institutionnelle qu'on a évoquée tout à l'heure, avec J.Jaffré.
La crise de confiance...
Il y a un moment où la démocratie se fonde quand même sur une confiance, dans le fait que quand vous donnez mandat aux élus de vous représenter, vous avez confiance en ce qu'ils vont agir pour le bien commun, qu'ils vont avoir le sens de l'Etat, des responsabilités. Or, aujourd'hui...
Je ne veux pas renvoyer un camp vis-à-vis de l'autre, parce que j'ai l'impression que c'est partagé, mais on a le sentiment que chacun joue sa propre partition et que l'intérêt général passe un peu à l'as. - J.Jaffré: En complément de ce que vient de dire A.Rosencher, je pense que l'équation s'est simplifiée pour E.Macron.
Ceux qui réclament sa démission, par définition, aucune entente n'est possible avec eux. C'est parfaitement clair. LFI d'un côté, le RN de l'autre...
RN que M.Barnier avait tenté désespérément d'attirer pour le vote du budget l'année dernière, en tout cas pour le fait qu'il ne vote pas la censure sur un budget qui passait par le 49-3. Et il s'est fait rouler in extremis par le RN.
Donc ça passe par le PS, point final. Et évidemment par le retour du 49-3...
Car le prochain Premier ministre dira de manière radicale: "On change de méthode par rapport à F.Bayrou. Nous recherchons la stabilité politique et un compromis raisonnable." Et ce compromis serait de faire un certain nombre de concessions majeures pour la préparation du budget.
Voilà l'équation politique qui se présente devant nous. - C.Roux: Donc ça veut dire que le prochain Premier ministre serait plutôt à gauche.
Augmentation des impôts, moins d'économies que ce qui était prévu... - P.Dessertine: Ils ont un contre-budget...
Si le budget 2025 passe, c'est que probablement, à la fin, la situation financière de la France ne se sera pas arrangée, mais peut-être détériorée. C'est intéressant de voir que le PS a fait cet exercice. Le premier parti aujourd'hui de France, c'est le RN.
Or, il n'y a pas de contre-budget. Ce serait une vraie question en disant: "Vous faites quoi? Vous allez économiser combien et vous allez économiser avec qui?" Ce serait absolument fondamental.
Lorsqu'on parle d'une clarification, notamment par la dissolution, tant qu'à faire...
S'il y a dissolution...
L'année dernière, c'était au mois de juillet. Là, si on fait la dissolution en septembre ou en octobre, ça veut dire que la procédure budgétaire...
Pardon, je suis obsédé par le budget. P.Moscovici a dit qu'il fallait au moins 70 jours de débat pour le budget.
Ca ne doit pas se voter comme ça ou être reconduit à l'année précédente. Si vous demandez la dissolution, montrez votre budget. Pour le coup, le PS a dit: "On est prêts." - C.Roux: Ca, c'est un vieux rêve, de se dire qu'on arriverait à trouver un Premier ministre qui arriverait à mettre tout le monde d'accord. - A.Rosencher: Je prends toujours ce genre de chiffres avec précaution.
Et en plus, "52" on n'est pas sur...
On a le sentiment quand même que, depuis qu'en 2022 les Français n'ont pas donné la majorité à l'Assemblée au président qu'il venait d'élire, on se cogne aux murs pour trouver la porte de sortie de cette crise de gouvernance. Et on a utilisé beaucoup de cartouches, déjà. - C.Roux: Qu'est-ce qu'il reste, comme cartouches?
Le référendum? - A.Rosencher: Moi, je pense que oui, mais c'est mon côté hyper gaulliste.
Je pense qu'il reste le référendum. Je ne vois pas comment s'en sortir différemment. - J.Jaffré: Vous poseriez quelle question? - A.Rosencher: Il y a plusieurs questions.
En plus, ils ont commencé à regarder, à étudier ce qu'ils ne peuvent pas faire. Il va falloir être un peu inventifs. On ne voit pas très bien comment on réussit à rester jusqu'en 2027 avec un pays...
La Ve République, on croit que c'est compliqué, la Constitution, mais ce n'est pas si compliqué. Il y a une chose qui est très simple, de Gaulle et les constituants ont dit: "Une démocratie doit toujours être gouvernée." Sinon, elle est ouverte aux crises extérieures, intérieures.
Donc le 49-3, c'est pour ça. Les motions de censure, c'est pour ça aussi. C'est pour dire: "Voici une majorité alternative." Aujourd'hui, on a trafiqué ce truc-là.
Les gouvernements tombent, mais vous n'allez pas faire une majorité de LFI et du RN. On est dans une crise ouverte où on va essayer d'innover. - C.Roux: Il y en a un qui veut innover.
Il fait son retour sur le devant de la scène politique, c'est J.-L.Borloo.
Il parle de "gigantesque bordel". Il veut le retour d'un big-bang général. Il a expliqué que ce n'était pas un homme seul qui pouvait redresser la barre ou le pays. - J.-L.Borloo: J'ai failli mourir.
Je me suis retrouvé...
J'ai fait 10 ans de Valenciennes, 10 ans de gouvernement dans des postes un peu complexes. Il y a un moment où je me suis retrouvé à l'hôpital. J'ai fait une grave maladie.
J'en suis sorti, j'ai fait une rechute. Mon corps m'a dit: "Tu arrêtes." J'ai arrêté.
Quand vous le faites vraiment, avec passion, bonne foi, avec angoisse, parce que vous ne le faites jamais vraiment bien, que les choses vous échappent, ce que vous n'avez pas été assez convaincant, à trouver les bons arguments, vous n'êtes pas bien. Il faut vraiment remettre tout à plat. Il faut qu'il y ait une bande du redressement de la France. - C.Roux: "Une bande du redressement de la France". - J.Jaffré: C'est très touchant.
Ce que dit J.-L.Borloo...
Les politiques sont tellement mal vus qu'on oublie le temps qu'ils passent au service des citoyens. Il n'y a pas que l'ambition dans tout ça, il y a aussi le service du pays. Ce qu'a dit J.-L.Borloo est intéressant. l'urgence dans laquelle nous sommes et le problème de stabiliser le pays sur le plan politique et financier, dans les mois qui viennent, pour aller jusqu'en 2027.
C'est ça, l'urgence. Donc le grand big-bang que souhaite Borloo...
C'est peut-être dans le débat de 2027. Et encore, je trouve qu'on en attend un peu trop. - C.Roux: Question. - A.Rosencher: Ca a fait énormément de mal, dans cette rentrée.
On a eu une journaliste qui est allée dans la foire de Châlons-en-Champagne et c'est le truc qui revenait. Il avait compris quelque chose, quand il avait demandé la mission sur les avantages des politiques, c'est qu'il y a cette idée que si on demande aux Français de faire des efforts, il faut en faire soi-même. On est dans l'idée de crise de confiance. "Il faut que je vous fasse confiance pour travailler pour le bien général." Il avait compris ça et cette polémique sur son bureau est en train de revenir dans les conversations... - C.Roux: Il trouve que ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu. - A.Rosencher: C'est ça. - N.Mauret: Le principal écueil...
Ce que le Premier ministre n'a pas compris, et ça m'est confirmé par l'une de ses ministres, c'est son immense impopularité. Il pense qu'il est impopulaire parce que les hommes et les femmes politiques sont impopulaires. Or, aujourd'hui, à tort ou à raison, peu importe, il souffre d'une impopularité record.
C'est important parce que ça veut dire que ça l'empêche d'être entendu sur le discours qu'il tient. Il y a un certain nombre de choses qui commencent à imprimer dans l'opinion, notamment tout ce qui est relatif à la dette, mais tout ce qu'il a dit hier, il l'avait dit en grande partie le 15 juillet et ça n'a pas été entendu. N'était pas forcément la plus intelligente, mais malgré tout, tout ce qu'il dit n'est pas entendu parce qu'il est très impopulaire. - C.Roux: Mais cette question n'est pas anecdotique.
C'est aussi ce qu'on avait entendu au moment des "gilets jaunes" et c'est ce qu'on entend systématiquement lorsqu'un politique dit: "Il va falloir faire des efforts." Il y a toujours à un moment donné ce retour de manivelle sur le fait de montrer l'exemple. - J.Jaffré: Bien sûr.
Le sentiment d'injustice, c'est quelque chose qui est dominant dans le pays. Et c'est ce qui bloque sur les efforts à faire. C'est ça aussi, dans les missions du prochain Premier ministre ou de la prochaine Première ministre, c'est qu'il faut trouver un accord ou un compromis minimum de non-censure.
Il faut un minimum d'accord de non-censure et répondre au sentiment d'injustice. Dans la note des services de la mairie de Pau, la formule employée...
Ce sont les services qui ont écrit ça. Ils sont encore moins adroits que le Premier ministre, si c'est possible. Ils ont écrit: "Il faut que le bureau retrouve sa splendeur passée." Alors là, je me suis dit qu'on était complètement perdus. - C.Roux: Le sentiment d'injustice qui est très présent dans ce débat politique.
Nous avons parlé des boomers, qui sont nés après-guerre. Ils ont aujourd'hui entre 60 et 80 ans. C'est à eux que le Premier ministre s'est adressé, estimant qu'ils avaient une sorte de responsabilité à assumer des efforts.
Antoine Foucher estime que les actifs payent trop aujourd'hui pour financer les retraites. - Ils sont les enfants sacrés de l'après-guerre, bébés désirés... - Il faut à la France une politique de la population.
Il faut à la France desenfants qui rient et qui jouent... - Les baby-boomers, nés entre 1945 et les années 60, sont désormais dans le viseur. - F.Bayrou: Ceux qui ont profité de l'aisance de l'après-guerre devraient être aujourd'hui, à mes côtés, les premiers qui font baisser la dette et pour que ce ne soit pas les plus jeunes qui aient à la payer. - Antoine Foucher, ancien directeur de cabinet du ministère du Travail, s'est exprimé... - A.Foucher: il y a 2 fois moins de travailleurs pour payer la pension des retraités aujourd'hui.
C'était 3 au début des années 80. Il y a eu un effet mécanique par rapport à cet effet démocratique qui est que les cotisations ont doublé au début des années 80. Pour 100 euros gagnés, on donnait 15 euros pour les retraites.
Aujourd'hui, on donne 28 euros pour 100 euros gagnés. - Des travailleurs davantage mis à contribution et une situation qui interpelle. Si les retraités ont en moyenne moins de revenus que les actifs, leur niveau de vie est quasiment similaire. - Vous avez un niveau de vie similaire parce que vous n'avez plus d'enfants à charge.
Même avec une pension de retraite inférieure à votre salaire, votre niveau de vie est le même que lorsque vous travailliez. Comment demander aux gens de travailler davantage si, quand ils sont à la retraite, ils vivent de la même manière? - Que faire?
Pour lui, il faut aller bien plus loin. - A.Foucher: Ca ne nous exonèrera pas d'un débat plus large.
On investit 7 % de notre richesse nationale sur l'éducation. C'est la même chose qu'il y a 50 ans. Il y a 50 ans, on était à 7 % du budget sur la retraite.
Aujourd'hui, on met 14 %. Il ne s'agit pas de sabrer les retraites pour tout mettre sur l'éducation, mais pour préparer notre avenir. Ce serait plus intelligent de remettre un peu plus sur l'éducation. - Un choix politique qui pourrait passer par un référendum en 2 étapes. - Quel effort demandé aux retraités ou aux actifs? - Mais qui pour le faire?
Une seule certitude, il faudra parvenir à convaincre les retraités que la question mérite d'être posée. Le risque politique est important. - A.Foucher: Il y a une forme de droit de veto générationnel.
Tant qu'il n'y aura pas de prise de conscience que les enfants et les petits-enfants sont partis pour vivre beaucoup moins bien que les personnes à la retraite et que ce n'est pas entièrement de leur faute mais qu'on n'arrivera pas à corriger la trajectoire si on ne demande pas un effort historique aux personnes à la retraite...
Sans ça, on ne pourra pas réorienter. - Les baby-boomers seront-ils, in fine, prêts à payer? - C.Roux: Le sujet a suscité énormément de réactions. "Il croit quoi, F.Bayrou?" - P.Dessertine: Pas que F.Bayrou.
Ce qui est évoqué dans le reportage, c'est le déséquilibre démographique de la France. Les baby-boomers, ce sont ceux qui sont nés après la guerre jusqu'à 65. Il y a eu 2 vagues de boomers.
Quand vous naissez dans les années 60, c'est dans une période de prospérité beaucoup plus forte. L'élément démographique, c'est le grand fait de demain. - C.Roux: Mais ce n'est pas de leur faute. - P.Dessertine: C'est la faute de personne, mais notre système n'est pas tenable et va l'être de moins en moins.
Ce n'est pas juste le problème qu'il y a eu beaucoup de bébés au moment du baby-boom et, du coup, plus de retraités, et qu'à leur mort, ça ira mieux. Non. On a plus de personnes qui meurent en France que de personnes qui naissent.
C'est encore plus fort dans la période qui va venir. Ce n'est pas la question d'une fiscalité ou d'une baisse des revenus. C'est vraiment la manière dont on doit dire comment on va payer les gens qui vont se retrouver à la retraite à un moment donné. - C.Roux: Vous dites qu'on ne cible Personne, mais F.Bayrou y va.
Il dit ceci. Il imagine une espèce de prise de conscience de cette génération. "On en a bien profité et ça va être compliqué pour les générations d'après.
On va accepter de faire un effort." Ce n'est pas ce qu'ils disent. Regardez ce qu'ils disent. - A.Rosencher: Il faut arrêter de présenter le problème d'un point de vue émotionnel.
Ce n'est pas qu'il y a une génération d'égoïstes qui n'aimeraient pas leurs enfants ou leurs petits-enfants. Dit comme ça, je comprends que la personne qui a juste vécu sa vie et qui est aujourd'hui à la retraite, qui n'a pas plus profité du système, se sente...
Il faut juste mettre les choses à plat. Il faut retourner au mot d'ordre, au slogan des "gilets jaunes" 1re génération sur le rond-point qui était: "Où va l'argent?" Ce n'est pas possible que les services publics se dégradent.
Si, au moins, cette dette servait à financer un hôpital extraordinaire, une école qui va très bien, au moins...
Là, rien ne va. On a une dette et des déficits publics qui nous mettent en risque vis-à-vis des prêteurs. Il y a des problèmes de souveraineté économique qui vont se poser.
En plus, tout se dégrade. Quand on met à plat, on s'aperçoit que le vieillissement de la population, et ce n'est pas une question de génération, comme on est à 40 % aujourd'hui des retraites, plus la santé, et c'est notamment dû au vieillissement de la population, c'est ça qui augmente. Si vous regardez la dépense de fonctionnement de l'école, des hôpitaux, c'est égal en pourcentage du PIB depuis 40 ans.
Ca ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'autre question qui se pose de justice fiscale, de bureaucratie...
Mais la big picture, c'est celle-là. - C.Roux: Mais qui va faire l'effort?
Le PS propose la suspension de la réforme des retraites, une taxe sur le patrimoine, une hausse de la CSG et un plan à 14 milliards d'économies de réduction des déficits à 21,7 milliards. Est-ce que dire que cette génération doit faire un effort supplémentaire peut passer collectivement? Est-ce que c'est une fracture générationnelle qu'on écrit en faisant cela? - J.Jaffré: C'est le danger du propos.
Quand F.Bayrou dit "les boomers considèrent que tout va très bien", il est totalement à côté de la plaque. Les boomers, et j'en suis un, considèrent que ça va très mal dans le pays, comme tous les autres Français.
Ils constatent que notre pays ne fonctionne pas bien, que l'éducation des enfants, des petits-enfants...
C'est le jour de la rentrée des classes, y compris des miens, donc j'y suis attentif...
Ils s'inquiètent du niveau de qualification et de leur avenir. - C.Roux: Ils n'entendent pas l'appel à la responsabilité? - J.Jaffré: Ils estiment que dire que les boomers considèrent que tout va très bien, c'est inacceptable. 2e chose: l'inquiétude des Français n'est pas de dire que les boomers ont trop, mais que les jeunes sont en grande difficulté.
C'est sur les jeunes, le problème. L'accès au logement des jeunes... - C.Roux: Et l'emploi. - J.Jaffré: C'est plutôt sur ce genre de questions.
Pour boucler sur l'aspect politique, le propos de F.Bayrou valorise la formule et le mouvement "c'est Nicolas qui paie". En attaquant les boomers comme ça, il installe "c'est Nicolas qui paie".
Comme si nous n'en avions pas assez dans le pays, d'affrontements. Rajouter un affrontement dans le quart d'heure churchillien, c'est une performance à saluer. - C.Roux: Question.
Ca va dans votre sens. - J.Jaffré: L'un des problèmes majeurs, c'est qu'il n'y a pas assez de gens de 55 à 63 ans qui sont au travail dans les entreprises.
Les entreprises se débarrassent de leurs seniors, qui sont à 7-8 ans de la retraite en se disant qu'ils toucheront le chômage et qu'il n'y a pas de problème. Les finances publiques payent tout ça. Si nous avions un taux d'emploi qui allait de 55 à 64 ans qui était égal aux autres pays européens, nos problèmes seraient résolus, en partie. - P.Dessertine: On a des problèmes aux 2 extrémités de la cloche, y compris pour les moins de 23 ans. - C.Roux: Certains de ses supporters habituels ont été très secs contre F.Bayrou contre sa charge sur les boomers.
Ecoutez cette réaction d'E.Philippe et de L.Wauquiez. - L.Wauquiez: Je vais parler des boomers.
C'est une erreur d'ouvrir une fracture entre générations. - E.Philippe: Je n'ai, pour ma part, jamais adhéré à la lutte des classes.
Je n'adhérerai pas plus à la lutte des âges. Je n'accuserai pas les boomers d'égoïstes. Je ne crois pas qu'ils soient égoïstes.
Je suis convaincu en revanche qu'ils sont nombreux. Dans une démocratie, le nombre compte. - C.Roux: Surtout quand ils votent. - N.Mauret: C'est le problème.
Pourquoi L.Wauquiez et E.Philippe, qui ont tous les 2 des visées sur 2027, cajolent les boomers?
C'est un problème que tous les 2 ne découvrent pas. On l'a déjà un peu effleuré ce soir. Ce sera vraiment un débat de 2027: comment faire pour financer notre modèle social pour que ça ne repose pas simplement sur les actifs?
Je mets ça de côté. Simplement, les boomers sont 17 millions, du moins, les retraités, et ils votent. La moitié ont voté, quand 1 jeune sur 5 a voté pour la dernière présidentielle.
Il faut les cajoler. Si le Premier ministre F.Bayrou commence à parler de ces problèmes entre générations en attaquant les boomers au moment où il va sortir du gouvernement, ce n'est pas un hasard.
Il ne l'a pas fait lors de sa 1re déclaration de politique générale. On ne l'a pas entendu avant les critiquer et mettre les générations les unes contre les autres. En sortant par le haut, il veut mettre les problèmes sur la table.
Celui-là en est un. - C.Roux: Plus de 1 retraité sur 4 a voté RN aux dernières législatives. - A.Rosencher: C'est une grande nouveauté.
Avant, les retraités, c'était la population qui votait le moins pour le RN. On a vu ces choses, pas s'inverser, mais évoluer différemment sous les 2 quinquennats d'E.Macron. - C.Roux: On parlait du système social français.
Une proposition radicale venant de G.Attal dit que la France ne peut pas tourner en 2025 avec un modèle de 1945. - P.Dessertine: C'est là qu'on mélange les 2 choses.
Vous avez le problème du déficit de cette année. Les 44 milliards qui nous manquent, les 170 milliards qui sont intenables...
Là, on dit: "Est-ce que cette année, ceux qui doivent payer des impôts et financer le déficit, ce sont les boomers?" C'est la 1re question. Vous avez une montée de boucliers incroyable.
Les boomers disent qu'ils ne sont pas responsables et se demandent pourquoi seulement eux. Le système ne tient pas. Dans nos dépenses publiques, les dépenses sociales sont trop lourdes.
On a 14 % pour les retraites et le reste de l'Europe, c'est 12 %. Mais ce n'est pas le problème des boomers. C'est le problème de notre système dans lequel on a eu ce débat, qui a commencé à être esquissé avec l'âge de départ à la retraite et qui, en fait, a été complètement écarté par la suite. "On ne veut pas baisser l'âge de départ à la retraite..." Dans le contre-budget socialiste, on a l'effacement de la réforme.
Ca voudrait dire que la retraite pèserait plus lourd et qu'on aurait encore un déficit supplémentaire de ce point de vue. - C.Roux: Compensé par des hausses d'impôts. - P.Dessertine: On est en train de corriger le système, essayer de trouver comment payer le déficit.
Il y a confusion entre tous les problèmes. Les politiques disent: "C'est très dangereux. Ce n'est pas la solution pour réduire le déficit." On n'est pas du tout en train de proposer des solutions structurelles.
On doit mettre sur la table les questions structurelles: comment payer les retraites dans les 50 ans qui viennent? - C.Roux: J'ai l'impression que ça fait 30 ans qu'on fait ça, poser sur la table cette question. - P.Dessertine: Mais c'est la 1re année cette année que nous avons plus de morts que de naissances en France.
La problématique s'accélère avec l'hiver démographique que nous commençons à connaître, que connaissent nos voisins et que tous les grands pays démocratiques, en tout cas industriels, postindustriels, connaissent. - C.Roux: Vous trouvez que c'est un faux débat?
Que le poser comme ça ne répond en rien à la question qui nous est collectivement posée de dire que cette génération doit faire un effort? - P.Dessertine: Oui.
D'où l'énervement des personnes qui nous regardent et qui se demandent de quoi on parle. Ils ont payé leurs impôts, travaillé 45 heures... "Comme vous êtes riches, vous allez payer." Mais combien de temps?
Est-ce que le système sera rééquilibré après? Structurellement, il est déficitaire. C'est pour ça que c'est dangereux de partir dans des solutions en apparence...
Les jeunes seraient contents de ne pas être concernés mais en réalité, on a 2 problèmes différents: la question du déficit et la question de l'intenabilité de notre système. - C.Roux: Michel est un peu énervé qu'on l'appelle à la responsabilité.
L'évolution démographique, on a pu la voir évoluer naturellement. - A.Rosencher: Mais il y a eu des problèmes de sincérité dans le débat.
J'ai découvert cette année, à la faveur d'une interview, qu'un quart du budget de l'Education nationale allait aux pensions, pas seulement des profs, mais aussi par une astuce comptable de retraités de La Poste, de comptables...
Mais pourtant, c'est l'Education nationale. Il y a eu un débat manqué lors de la dernière réforme des retraites. Personnellement, j'ai écouté le COR dire qu'il n'y avait pas de problème de financement des retraites.
Il faut une sincérité dans le débat et une sincérité comptable. Après, on peut s'énerver sur les différentes options qui s'offrent à nous, mais quand je découvre qu'un quart de l'Education nationale, alors qu'on sait que le sujet...
Que des pensions de l'Education nationale aillent à des fonctionnaires qui n'ont rien à voir avec l'Education nationale... - C.Roux: Je voudrais qu'on parle des Français qui nous regardent ce soir et qui regardent ce spectacle...
Le climat économique est incertain. Le taux d'épargne atteint des records en France. Carole a 56 ans.
Elle vit seule avec son fils. Elle cumule 2 emplois. Elle fait partie des classes moyennes.
Elle n'a aucune aide. Elle essaie chaque mois de mettre un petit peu de côté par crainte de l'avenir. - A Boulogne-Billancourt, aux portes de Paris, lorsque Carole fait ses courses avec son fils, c'est les yeux rivés sur les étiquettes. - C'est quand même 3,90. - Alors qu'en bas de chez nous, c'est 1 euro de plus. - Ils viennent dans ce magasin discount faire la chasse aux promotions. - Je n'achetais plus des brosses à dents de marque parce que c'était trop cher.
Là, il y a une offre. Je prends. - Des petits prix qui lui permettent aussi de renouer avec des petits plaisirs. - Je vais me prendre un petit masque.
Je vais prendre ça. Je vais essayer ça. Ca me permet de reprendre d'autres marques, notamment pour les produits de beauté, que je n'utilisais plus à cause du tarif.
Ca me permet de me faire plaisir. - Au quotidien, ça se remarque. Elle va être plus enjouée, plus joyeuse.
Ca va être agréable. - Merci. Au revoir. - Carole compte tout, tout le temps, sauf ses heures de travail.
A 56 ans, elle élève seule son fils sans pension alimentaire. Alors, pour boucler les fins de mois, elle cumule 2 emplois en autoentrepreneuse. - En un mois et demi, j'ai fait 30 événements.
J'étais vraiment en surchauffe. - Des journées à rallonge pour parvenir à 4000 euros brut par mois, de quoi parfois épargner. Elle qui a connu la galère et le RSA est inquiète pour l'avenir.
Ce n'est pas la situation politique actuelle qui la rassure. - Ce 2e boulot me permet de mettre de l'argent de côté ou de payer ce que je dois à l'Urssaf. Ce que je dois à l'Urssaf, je le paye avec le 2e boulot.
Comme j'ai connu des périodes moins fastes, j'ai la trouille de retomber dans ces périodes. Je ne veux plus le faire subir à mon fils. Ces périodes de doute, de stress important...
Ses études de demain sont les plus importantes. - A 18 ans, Milo va réaliser l'un de ses rêves: entrer dans une école de journalisme. Mais la formation est coûteuse, près de 8000 euros par an. - On n'a pas des moyens illimités.
Je n'ai pas le choix que de devoir travailler en intérimaire ou à mi-temps pour pouvoir subvenir à mes besoins. Je sais qu'elle arrive à subvenir à ses besoins, mais moi, ça commence à devenir compliqué. Je vais subvenir à mes besoins personnels en gagnant mes propres sous, ma propre croûte.
On regarde quoi, comme film? - Ce que tu veux. - Difficile dans ce quotidien millimétré d'entendre les appels du gouvernement à faire des efforts. - Je ne pourrais pas me serrer la ceinture plus.
Qu'est-ce qu'on peut m'enlever comme aides? Aucune. Je n'en ai pas. - Est-ce que vous pensez qu'un parti représente encore les classes moyennes aujourd'hui? - Je ne vois aucun parti qui pourrait soutenir notre situation. - La classe moyenne, on a l'impression qu'on ne peut pas...
Il ne faut pas qu'on crie trop fort parce qu'il y a pire. Comme on est au milieu de quelque chose...
On n'est pas à la rue, on n'est pas en demande de quelque chose, mais par moments, on survit. - Entre baisser les bras et se retrousser les manches, Carole et Milo ont fait leur choix depuis longtemps. Malgré leur déception, en cas de dissolution, tous les deux se déplaceront pour aller voter. - C.Roux: Une réaction à ce reportage? - A.Rosencher: Carole, c'est la femme du quinquennat.
C'est super que vous fassiez ce reportage. La question de la mère célibataire, c'est l'éléphant dans la pièce. Personne n'en parle jamais. 25 % des foyers français reposent sur les épaules d'une mère célibataire.
Parfois, ça se passe bien, mais il y en a beaucoup. Ca avait commencé sur les ronds-points des "gilets jaunes". Les hommes politiques ne comprenaient pas pourquoi il y avait des revendications...
Une des figures des "gilets jaunes", c'était une mère soignante en Normandie. Quand il y a eu les émeutes en banlieue, on avait beaucoup de mères dépassées. Elles n'était pas beaucoup là parce qu'elles prenaient le métro à 5h30 et qu'elles faisaient tout seules.
Pour moi, ce n'est pas un hasard si la série "HPI" avec A.Fleurot, produite par la même société de production qu'ici, a fait un tel carton. C'est une mère célibataire qui tient la dragée haute à tous les puissants.
C'est désormais une figure importante de la France. - P.Dessertine: Il y a eu d'autres reportages dans "C dans l'air".
On voit les vrais gens qui ont des difficultés à boucler les fins de mois. Cette personne fait partie de la classe moyenne. Elle n'est pas considérée comme faisant partie des plus pauvres. - C.Roux: Elle dit qu'elle n'a pas le droit de se plaindre parce qu'il y a pire qu'elle. - P.Dessertine: Mais on voit ce qu'est sa vie.
Un élément qui est trop absent de nos discours et de nos émissions, c'est qu'il faut faire des efforts pour redresser les finances, pas pour ne pas se retrouver à 0, mais parce qu'il y a possibilité d'une nouvelle prospérité qui va arriver. Un nouvel investissement peut arriver. Avec d'autres pays du monde qui ont des croissances fortes, on a des capacités d'aller plus loin.
Mais on ne peut pas, aujourd'hui. Ce n'est pas l'Etat qui va permettre à cette dame et son fils... - C.Roux: C'est l'activité. - P.Dessertine: Il faut travailler là-dessus et l'expliquer.
A ce jeune homme, c'est probablement ce qu'il faut lui dire. Il y a quelque chose devant. C'est pour ça qu'on a un passage difficile. - C.Roux: Il commence déjà à bosser pour assurer ses propres dépenses.
On parlait du mouvement du 10. On ne sait pas s'il y aura une mobilisation. nous dit que c'est un mouvement structuré exclusivement autour de sympathisants de la gauche radicale davantage masculins que féminins, contrairement au mouvement des "gilets jaunes". - J.Jaffré: L'étude qu'a faite A.Bristielle des mouvements qui s'annoncent du 10 septembre est très intéressante.
Le lien avec la gauche radicale a réduit son influence, d'une certaine façon. Ce type de mouvement, pour avoir beaucoup de puissance, ne doit pas partir dans le creuset d'un parti politique. Après, les partis politiques interviennent et essayent de structurer les choses.
Mais si, dès le départ, c'est LFI qui mène la danse sur ce mouvement, toute une partie du pays...
Ce qui ressort de votre reportage touchant et intéressant... 2 emplois pour survivre, pour mener une vie et tout compter en même temps.
Ce qui ressort de votre reportage, c'est l'absence totale de confiance dans la parole politique. Ca dépasse ce malheureux F.Bayrou dont Nathalie nous disait tout à l'heure que, vu son impopularité, on ne l'écoute pas.
Mais c'est l'ensemble du monde politique dont la parole...
Quand on voit la vie de Carole et de Milo, on se dit qu'effectivement, ils sont très loin. Ils veulent voter aux élections, mais ils sont loin du discours que tiennent les politiques. Les politiques doivent revenir sur la vie des Français.
Le sentiment des Français que les partis politiques ne se préoccupent que des élections législatives et présidentielles pour essayer de placer un candidat qui leur plaise, c'est à mille lieues des problèmes et des préoccupations des Français. - C.Roux: On revient aux Français et aux questions des téléspectateurs de "C dans l'air".
Question. - N.Mauret: Grillé pour lundi prochain?
Oui. Est-ce que lui a un objectif pour revenir plus tard? J'ai le sentiment qu'il n'a jamais complètement renoncé à une quelconque ambition présidentielle.
Est-ce que ce sera possible? Je pense que ce sera compliqué. - C.Roux: Question.
C'est un bon résumé? - P.Dessertine: C'est pas mal.
On tourne en rond. Est-ce qu'on va résoudre les problèmes comme ça? La réponse est non. - C.Roux: Question. - J.Jaffré: C'est intéressant.
L'échec de Bayrou dans sa communication, l'échec fondamental, c'est quand il passe son temps à dire que le montant de la dette, ce sont les Français qui l'ont creusé. C'est son thème. Mais pour les Français qui vivent difficilement, de justesse, pour la plupart d'entre eux, qui ont travaillé comme notre téléspectateur nous le dit, ils ont le sentiment qu'ils n'ont rien fait pour creuser la dette.
Quand F.Bayrou dit que c'est la faute des Français et que les Français doivent changer d'attitude...
Quand il dit que l'opinion publique va se retourner pour épouser son discours... - P.Dessertine: Dans la formulation de la question, c'est vraiment intéressant.
Bien évidemment que ce n'est pas à vous de payer la dette, Roger. Mais quand vous parlez de ça, ça ne veut pas dire que vous avez mis de l'argent de côté. Ca veut dire que quand vous étiez jeune, vous avez payé pour les gens à la retraite.
Maintenant, il y a de plus en plus de gens avec de moins en moins d'argent qui payent pour vous. Les gens disent qu'ils y ont droit, qu'ils ont travaillé, mais ce n'est pas des cagnottes, ce qu'ils ont fait. On dit "cotise". - C.Roux: Ca coûte cher, sur la feuille de salaire. - P.Dessertine: Là, on paye la retraite de Roger.
Mais quand on voit qu'il y aura de moins en moins de personnes qui paieront la nôtre, on se dit qu'il y aura un souci. - C.Roux: Question. - P.Dessertine: C'est le même problème qu'on va avoir.
L'héritage va devoir être fiscalisé, selon certains. La France est le 3e pays du monde. Les 1ers sont le Japon et la Corée du Sud, des pays asiatiques dans lesquels la communauté et l'individu ne sont pas comme chez nous.
L'héritage, on paye déjà un impôt dessus. Il y a eu l'impôt de l'impôt de l'impôt et à la fin, il reste un petit peu qu'on veut transmettre aux enfants. Pour les personnes qui n'ont rien, elles vont dire qu'elles ne sont pas concernées.
Celles qui ont accumulé un peu et qui veulent transmettre aux générations suivantes, c'est assez explosif, d'un point de vue politique, cette question. - C.Roux: Question.
Merci pour cette question. On passe d'une mesure à une autre. On ne sait plus ce qui va être mis en place. - N.Mauret: Non, parce qu'il y aura un nouveau Premier ministre, qui va nommer un nouveau ministre des Finances, qui va devoir faire un nouveau budget.
L'équation reste la même. Il faut faire des économies. Mais je prends le pari que les 2 jours fériés vont rester. - C.Roux: Question. - J.Jaffré: Les boomers très riches, surtout.
C'est le sentiment d'injustice qui court dans le pays et qui est le sentiment qu'au fond...
Le sentiment des largesses qui auraient été accordées par E.Macron et ses gouvernements sur le problème de la flat tax, de la suppression de l'impôt sur la fortune, tout ça existe dans le pays. Les gens ont le sentiment qu'on leur demande des efforts alors que ceux qui gagnent beaucoup d'argent n'en font pas.
Ca continue pour le prochain Premier ministre, ce dossier de la justice sociale et fiscale. Tout le problème est de trouver le point d'équilibre. - C.Roux: Question.
Vous nous annoncez une candidature à Matignon? Pas encore? - P.Dessertine: Non. - C.Roux: Merci.
Fin de cette émission. Il est l'heure de retrouver A.-E.Lemoine.
C'est la rentrée de "C à vous". Bonsoir. On est très heureux de vous retrouver.
Au programme? - A.-E.Lemoine: Bonsoir.
Heureuse de vous retrouver. C'est la rentrée pour "C à vous". C'est la 17e saison.
Au programme, F.Hollande qui nous dira s'il votera pour ou contre la confiance à F.Bayrou.
Il ne s'est pas encore exprimé sur le sujet. Le Premier ministre compte désormais sur un trou de fourmi pour se maintenir à Matignon. Matignon, que convoite F.Cluzet, figurez-vous, dans un film en salle mercredi.
Il sera également notre invité, aux côtés de K.Viard et C.Luciani.
C'est parti. A tout de suite.
François Bayrou