Face-à-Face : Clémentine Autain
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Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour Clémentine Autain. Bonjour Apolline Valère. Vous êtes députée La France Insoumise de Seine-Saint-Denis. Je le disais à l'instant sur BFM TV, vous jetez un pavé dans la mare des insoumis. Mais ça, ça fait quelques temps que vous demandez à ce qu'il y a un changement. On va revenir, vous n'assumez pas complètement. Mais je voudrais bien sûr... Ah si !
Vous commencez tout de suite par dire un petit pavé. Non, j'assume totalement. J'ai écrit un texte qui est public, assez long d'ailleurs, qui pose des jalons pour que nous soyons capables de franchir un cap à la France Insoumise. Donc j'assume pleinement de le faire. De là à dire que c'est un pavé dans la mare, ça me paraît un peu exagéré.
On va y revenir dans un instant sur les changements que vous appelez. Mais d'abord, cette taxation des super profits. Finalement, Elisabeth de Borne est peut-être de gauche.
Non, alors là, il n'y a pas de doute. Et de droite, et de droite, comme on disait. Ce qui est même très frappant, c'est comment cet extrême centre est capable de nous faire passer des positions qui sont des positions irresponsables, irresponsables sur le terrain environnemental, irresponsables démocratiquement, irresponsables socialement, pour des positions qui sont des positions finalement dogmatiques.
Quand elle dit, Elisabeth de Borne, pourquoi pas taxer les super profits ? Vous pourriez quand même dire cette phrase ?
Non, écoutez, là pour l'instant... Ce n'est pas de vous qu'elle s'est inspirée. Au mois de juillet, nous avons fait des propositions concrètes, des amendements pour qu'il y ait ces taxes sur les super profits. Vous savez que là, par exemple, en un trimestre, 44 milliards d'euros vont être redistribués en dividendes aux actionnaires. Dans un moment où les gens sont pris à la gorge, c'est-à-dire, vous le savez très bien, avec l'inflation, avec des prix de l'alimentation qui ont explosé, l'énergie, les gens sont pris à la gorge aussi parce que les salaires n'ont pas augmenté. Donc la situation est difficile pour la majorité des Français, voire même impossible.
Et pendant ce temps-là, vous avez en haut du panier des gens qui se gavent, qui se gavent avec des milliardaires qui sont toujours plus riches. Et ça, c'est inacceptable. Donc là, sur les super profits...
Quand la Première Ministre l'envisage, quand la Première Ministre dit... En gros, elle dit, bon, il faudra que les entreprises fassent un gros effort en matière d'électricité, baisser de 10% la consommation d'électricité. Et si vous ne le faites pas, alors nous sommes prêts à taxer les super profits.
Bien sûr. Mais regardez le deux poids, deux mesures. Vous avez, vis-à-vis des chômeurs, une troisième loi qui va arriver à l'Assemblée nationale au mois d'octobre. Troisième loi, ils en ont fait deux sous le précédent quinquennat, qui diminue les droits et les protections des gens qui se retrouvent en difficulté puisqu'ils sont au chômage. Et par contre, quand il s'agit de ceux qui s'en mettent plein les poches dans ce moment de crise, alors on leur demande gentiment, on quémande, comme si on faisait la manche, pour leur dire, vous ne voudriez pas faire un petit défort. Même M. Antonio Guterres, vous connaissez ? De l'OMS. Voilà.
Qui dit très simplement que tous les gouvernements devraient aujourd'hui être capables de faire ces propositions, c'est-à-dire de mettre en place des taxes qui permettent de contraindre et de remettre dans le pot commun. Vous savez, Apolline de Malerme, le partage des richesses, aujourd'hui, c'est une question absolument clé. Absolument clé. Ce n'est pas l'OMC, c'est l'ONU.
Oui, c'est ça. Je voudrais quand même revenir sur cette question des taxations parce qu'on n'a pas encore les contours. C'est-à-dire, ni d'ailleurs dans votre proposition, ni à forcerie dans celle d'Elisabeth Borne, puisqu'on n'en est qu'au début du pourquoi pas. Mais vous vous rendez compte, pourquoi pas ?
Non, mais vous voyez où on en est ? Non, mais franchement. Je ne ferme pas la porte. Voilà l'expression exacte. Pourquoi il ne ferme pas la porte ? Parce que nous avons mis cette question sur la table et que cette proposition est populaire. Et d'ailleurs, vous voyez l'offensive, nous la menons, puisque nous avons lancé une pétition. On va être un peu honnête quand même. Et que nous allons suivre...
Vous n'êtes pas la seule à l'avoir mis sur la table. En France, vous êtes deux parties à être pour la taxation des superpratifs, vous et le Rassemblement National.
Alors écoutez, quand je vois ce qu'ils ont voté globalement, ce n'est pas tout à fait la logique que nous défendons de partage des richesses. Moi, je ne sais pas quelle est la logique que vous défendez et si elle est différente. Mais enfin, vous arrivez au même résultat. Vous recevez régulièrement le Rassemblement National ici. Vous arrivez au même résultat. Et vous n'arrivez absolument pas au même résultat parce que globalement, le programme du Rassemblement National ne vise absolument pas à partager les richesses, ne vise pas à s'attaquer à ceux qui ont le plus. Il vise à nous expliquer que le problème majeur en France, ce sont les étrangers, les immigrés, en particulier...
Non, mais moi, je ne vous parle pas de partie-là du programme. Sur la taxation des superprofits, ils demandent à taxer les superprofits. Ils savent qu'aujourd'hui, dans le monde populaire... Je comprends qu'à vous mettre mal à l'aise d'avoir une proposition qui est la même que le Rassemblement National, mais enfin, c'est l'effet.
Non, ça ne me met absolument pas mal à l'aise. Je connais le Rassemblement National, je sais l'opportuniste dont il est capable de faire preuve sur le terrain social, surtout par ces derniers temps, avec une logique de triangulation. Non, ce que je vous dis très sereinement, c'est que le Rassemblement National, dans la logique politique qui est la sienne, ne vise absolument pas à partager les richesses. Mais aujourd'hui, cette idée de taxer les superprofits,
c'est vous, c'est eux, et c'est peut-être demain, il faudrait y avoir un consensus.
Il faudrait écouter, c'est le minimum. Donc là, tant mieux. Vous dites consensus, si on est tous d'accord, tant mieux. Mais évidemment, tant mieux. C'est le minimum dans ce moment de crise terrible que nous traversons. Et c'est pourquoi la mesure est populaire. Mais pour l'instant, ça n'est toujours pas à l'ordre du jour, concrètement, de ce gouvernement qui tergiverse, alors qu'il ne tergiverse pas quand il s'agit, encore une fois, d'expliquer que les chômeurs sont responsables de leur situation et qu'on va encore leur rendre la vie la plus difficile.
J'en reviens à ce que je vous disais à l'instant, c'est-à-dire quel contour, si on taxe les superprofits ? Est-ce qu'on taxe les superprofits uniquement des très grosses boîtes ? Est-ce qu'on taxe les superprofits de toutes les boîtes ? C'est-à-dire, est-ce que toutes les entreprises qui ont fait un profit exceptionnel depuis deux ans doivent mettre la main à la pâte ? Ou en gros, est-ce que c'est que Total ?
Non, vous savez très bien que, en tout cas, Total est dans les entreprises du CAC 40. Moi, je pense qu'il faut...
En tout cas, ce seraient les entreprises du CAC 40 ?
Non, mais là, il faut arrêter. Je vous ai dit tout à l'heure, ce chiffre, je le redis très sereinement, mais qu'on l'ait en tête. 44 milliards en trois mois qui sont reversés en dividendes. Reversés en dividendes. Pas réinvestis pour, par exemple, faire de la recherche sur la transition écologique, reversés pour augmenter les salaires dans ces entreprises. Non, en dividendes, 44 milliards. Et pendant ce temps-là, et pendant ce temps-là, vous avez une situation infernale en cette rentrée où on n'a pas d'enseignants parce qu'ils sont tellement mal payés qu'on se retrouve aujourd'hui acculés ceux qui étaient censés être près des nantis.
Vous savez, les professeurs, les agents de la SNCF, il manque 1200 agents à la SNCF. Un peu curieux quand même pour un secteur de nantis. Pour les crèches, on nous explique maintenant, il y a eu un décret au mois d'août. Qui a dit qu'ils étaient des nantis, les agents de la SNCF ? Vous n'avez jamais entendu que ceux qui faisaient grève les cheminots ? Non, personne n'a dit que c'était des nantis. Au moment de la réforme des retraites, quand on a expliqué qu'ils avaient un système de privilégiés, quand on explique que les enseignants sont des privilégiés parce qu'ils ont trop de vacances, voilà, c'est ça.
Et la réalité, c'est que comme on a sans cesse diminué leurs conditions de travail et que leurs salaires sont sans cesse contraints, je suis désolée, on se retrouve dans la pénurie dans laquelle on est. Donc c'est le chaos. Ce que je veux vous dire, c'est que c'est le chaos. Donc pendant qu'en haut du panier, il y a tant d'argent redistribué, vous avez en bas un chaos qui touche à des secteurs fondamentaux, l'hôpital, l'hôpital qui est en burn-out, l'éducation, les crèches. Un des crèches, je vous disais, un décret qui est sorti au mois d'août et qui explique que dans les crèches, aujourd'hui, on peut recruter des personnels non qualifiés.
Non qualifiés, qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Des job dating pour des enseignants de premier degré. Mais on va où ? C'est de la maltraitance vis-à-vis de nos jeunes.
C'est de la maltraitance. Mais qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ? Parce qu'en fait, effectivement, il manque du personnel. Je reprends votre exemple des crèches. Pour gérer une urgence, ils disent, bon, on va accepter des gens, même s'ils n'ont pas eu le temps d'avoir une formation. Vous vous dites, on ne prend pas ces gens qui n'ont pas de formation. On fait quoi ?
Donc on laisse des enfants sans solution de garde ? C'est comme tout le reste. Mieux vaut pas de prof que des profs peu qualifiés ? Mais non, mais voyez où on arrive. On arrive dans cette situation. C'est la question qu'on se pose. Voilà, si on pouvait arrêter... Mais cela dit qu'on pouvait arrêter la catastrophe. Vous feriez quoi, vous ? Non, il faut arrêter la catastrophe et il faut organiser dans le temps. Oui, mais justement, pardon, je vous pose la question très complément.
Il faut augmenter les salaires. Il n'y a pas de profs ? Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on recrute quand même ?
On change les conditions de travail des enseignants. Si vous voulez recruter, il faut que le métier devienne attractif. Je vous parle de la rentrée dans trois jours. Qu'est-ce qu'on fait dans trois jours ? Écoutez, je préfère qu'on regarde sur déjà ceux qui ont passé le concours que de faire tout et n'importe quoi, dans l'urgence.
Donc on accepte des gens, y compris des gens qui ont passé le concours, mais qui ne l'ont pas réussi.
Je ne suis pas responsable de cette situation catastrophique. Je sais bien, mais si vous déviez au gouvernement aujourd'hui, si vous arriviez au pouvoir comme vous le souhaitez,
vous devriez bien la gérer, cette situation. J'entends, mais moi je veux attirer l'attention.
Vous ne pouvez pas répondre, ce n'est pas de ma faute. Non, mais j'attire l'attention de toutes celles et ceux qui nous regardent sur le fait que la Macronie, visiblement, a l'impression que c'est des jeunes Giscardiens qui sont sortis du Formol, là. C'est ça qui se passe. Ils ont 40 ans de retard. Et quand vous voyez la situation en Angleterre, c'est un chaos encore plus grand. Parce qu'effectivement, l'inflation est beaucoup plus forte, elle est de l'ordre de 13%, mais surtout parce que justement, tous les services publics, les biens communs, les protections ont été laminées. Et ça amène au chaos.
Or, là, le gouvernement s'entête, si vous voulez, dans une logique qui est une logique de dérégulation, de flexibilité, de concurrence libre et non faussée, d'austérité budgétaire. Tout ça, ça ne marche pas. Ce sont de vieilles recettes. Et c'est pour ça que je vous disais au début que c'est l'extrême centre. C'est l'extrême centre qui, de façon dogmatique, continue de nous emmener dans le mur, même sur l'écologie. Vous avez des incendies, la sécheresse, etc. Et Météo France, qui a eu son budget sabré. Vous le savez, l'ONF. Son budget et ses effectifs. L'ONF, budget sabré. Et après, on nous dit, vous n'avez pas prévu ce qui s'est passé en Corse avec les incendies.
Mais évidemment, si vous avez moins de personnel, vous regardez moins près pour évaluer la situation.
C'est une responsabilité de la part du gouvernement, aussi dans l'impréparation ou l'incapacité à gérer la crise climatique cet été. Clément Timotin, il y avait la rentrée ce week-end des différentes composantes de la NUPES. Est-ce que manger une entrecôte cuite sur un barbecue est pour vous un symbole de virilité ?
Écoutez, c'est Sandrine Rousseau qui l'a dit visiblement dans une conférence, où j'imagine qu'il y a eu plein de choses avant, plein de choses après. C'est sorti un peu du contexte général de son propos. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on le sait, la sociologie, en fait, nous explique qu'en effet, il y a une dimension, en tout cas une différence entre les sexes très fortes. Vous savez par exemple que les femmes mangent deux fois moins de viande rouge que les hommes.
Donc manger de la viande, c'est un signe de virilité ?
En tout cas, il y a une différence des sexes dans la façon dont nous consommons de la viande. Pareil, le véganisme, les personnes qui décident de devenir végétariens sont majoritairement des femmes. Et est-ce que c'est votre rôle, à vous, politique, de faire changer ça ? Alors, pour ce qui est de la consommation de la viande, on a un problème, vous savez...
Non, de faire changer la question du comportement en fonction des sexes. Je vous pose la question parce qu'elle a pas juste dit, Sandrine Rousseau, que c'était un signe de virilité. Elle dit qu'il faut le faire changer. Sa phrase exacte, c'est qu'il faut changer de mentalité pour que manger une entrecôte cuite sur un barbecue ne soit plus un symbole de virilité.
Oui, c'est-à-dire qu'il faut changer. Si on veut aller vers l'égalité, c'est l'objectif, on est tous d'accord, je crois. Bien sûr. Donc, si on veut avancer vers l'égalité, il faut en effet s'attaquer au virilisme et faire en sorte qu'il y ait une égalité entre les sexes. Donc, vous avez envie de faire le barbecue, vous, par exemple ? Je ne fais pas le barbecue. Donc, pour une fois qu'ils font la cuisine, on va leur reprocher. Non, mais pourquoi je ne fais pas le barbecue ? C'est une vraie question. Je pourrais moi aussi le faire et spontanément, ce n'est pas moi qui le fais. Vous ne faites pas déjà tout le reste ? Non, je ne suis pas forcément...
Non, moi, en l'occurrence, je ne fais pas du tout tout le reste. Mais j'entends bien que ma situation n'est pas représentative et j'ai beaucoup de chance de ne pas faire tout le reste. Mais est-ce que c'est le rôle des politiques aujourd'hui
de s'attaquer à ce qu'il se passe dans nos jardins ou dans nos cuisines ?
Oui, heureusement, et ça, c'est quand même l'apport du féminisme. Vous savez, heureusement qu'on s'est occupé. Si vous dites qu'à la maison, chacun se débrouille dans son foyer, alors que vous savez que 80% des tâches domestiques sont réalisées par les femmes, vous voyez bien qu'il y a un problème. C'est un problème social et politique. Alors, ça ne veut pas forcément dire qu'il faut une loi pour exiger la parité dans celles et ceux qui allument le barbecue. Vous voyez bien que c'est absurde. Mais en revanche, d'avoir un discours qui prend en considération l'ensemble, oui, je crois que ça fait partie de notre rôle. Et le virilisme à la tête de votre parti, Clément Ténotin ?
À la tête de tous les partis politiques, dans le monde politique, bien sûr qu'il y a toujours à dire, sur l'égalité entre les hommes et les femmes en politique. Ça, je vous assure que c'est un sujet. D'ailleurs, j'avais fait un colloque à l'Assemblée nationale et ça ne suffit pas, vous voyez, pour régler le problème.
Non, visiblement, ça n'a pas suffi. En fait, ce que vous dites quand même à longueur de temps, et vous le dites depuis quelques temps, vous l'aviez d'ailleurs dit à mon même micro en 2019, vous aviez dit qu'il fallait changer le mode de fonctionnement de la France insoumise. Vous en avez rajouté une couche la semaine dernière. Nous avons un cap à franchir pour faire grandir et gagner LFI. En vrai, ce cap, c'est quoi ? C'est sortir du tout Mélenchon ?
Non, alors ce n'est pas du tout ce que je propose là tout de suite. En réalité, pour franchir le cap, ce n'est pas la question de Mélenchon. C'est la question des instances dirigeantes. C'est pour ça que je vous pose la question,
parce que la tête de LFI, le leader naturel de LFI aujourd'hui, ça reste Jean-Luc Mélenchon.
D'ailleurs, en fait, dans ce que je propose, ce n'est pas simplement la question de la direction, même si j'en parle et elle est importante. En fait, franchir ce cap, vous vous rendez compte que nous sommes passés de 17 députés à 75 députés. C'est déjà un sacré cap quand même. Nos universités d'été, nos amphis, il y avait plus de 5000 personnes. C'est énorme. D'ailleurs, c'est la plus grosse université d'été de toutes les formations politiques. Donc, on est en train de franchir un cap. Et pour bien le franchir, il me semble que nous avons besoin d'accroître notre implantation locale.
et pour cela, il faut qu'on ait des mécanismes qui permettent de donner des moyens localement à nos militants de pouvoir faire le travail et notamment dans la course de vitesse que nous avons avec l'extrême droite où nous savons que sur un certain nombre de territoires, en particulier, c'est notre présence humaine qui va être déterminante. Donc, il faut voilà. Ensuite, en effet, je pense qu'il faut qu'on délimite mieux les lieux, les espaces de décision, les espaces de débat aussi sur la stratégie.
Vous dites où sont prises les décisions, les lieux de la prise de décision restent flous, où l'espace du débat stratégique n'est pas identifié. Voilà.
C'est pourquoi je pense que nous avons besoin de mettre à jour notre...
Vous y allez, mais vous n'y allez pas complètement. Et ça fait deux ans d'ailleurs, Céline. Je vais vous expliquer pourquoi. Qu'est-ce qui se passe ? Parce qu'on vous le reproche.
Non, c'est qu'il y a quelque chose que j'aime dans la France insoumise depuis le démarrage. Vraiment. C'est qu'il y a une volonté d'expérimenter une forme d'organisation qui ne ressemble pas au parti du XXe siècle. Pendant très longtemps, on a eu des partis, c'était pyramidal, alors avec un mode dit démocratique, mais qui donnait des congrès, une forme qui finalement tournait beaucoup les cadres et les militants vers l'interne. Donc, ce qu'on a voulu faire, c'est quelque chose de plus fluide, tourné vers l'extérieur, vers l'action, et qui ne passe pas sa vie, en fait, dans des débats internes, infernales, et qui fiche des majorités et des minorités. Vous voyez ?
Qui sont figées, ou finalement, à la fin, on ne sait même plus pourquoi les gens s'engueulent. Donc, la France insoumise, elle a cherché, et elle cherche, une forme d'organisation qui soit nouvelle et qui corresponde mieux aux aspirations des gens aujourd'hui qui n'ont pas forcément toujours envie d'être perdus en balade.
Mais c'est encore imparfait, quoi.
Ça peut avoir les travers à ce stade. Inverse aussi, c'est-à-dire que le gazeux, vous voyez bien, je pense que nous arrivons aux limites du gazeux. Est-ce que le travers, ce n'est pas justement une question
que j'assume ce que j'ai dit à Pauline de Malherme ? C'est là-dessus que tentent de vous attaquer vos opposants. Je pense notamment à Olivier Véran, qui est donc évidemment le porte-parole du gouvernement et qui était sur BFM TV hier. Écoutez comment il parle de Jean-Luc Mélenchon.
Comme d'habitude, notre planète brûle, et Jean-Luc Mélenchon voudrait qu'on le regarde lui. Il veut être au centre de l'échiquier politique, et donc on est dans la caricature permanente sur la forme, d'ailleurs. Ça ressemble moins désormais à un discours politique et à un one-man show que sur le fond. Vous savez, tout ce qui est excessif est insignifiant, comme on dit. Et Jean-Luc Mélenchon, en l'occurrence, est à nouveau très excessif.
Qu'est-ce que vous répondez à ça, Clémentine Autain ? Non, c'est insupportable en fait. Je trouve ça très insupportable. On pourrait dire la même chose de Macron, mais en ce cas-là, il se regarde lui, le monde brûle, la planète brûle, et la France a brûlé singulièrement cet été. Que fait le président de la République ? C'est eux qui sont en responsabilité. C'est indécent de dire des choses pareilles. Nous, ce qu'on dit, c'est que, sur le climat en particulier, c'est quand on sait qu'on a 63 Français, des milliardaires, qui émettent autant de gaz à effet de serre que la moitié des Français. Vous m'entendez ? 63, autant que la moitié des Français. Voilà. Donc c'est ça qui est indécent.
Ça, c'est indécent. Et que le président de la République soit sur ses jets-skis pendant l'été, ça, c'est indécent. Voilà.
Clémentine Autain, l'imam Iqusen, qui devait être expulsé, en tout cas, c'était la volonté du ministre de l'Intérieur, décision qui a d'abord été cassée par le tribunal administratif, et on attend aujourd'hui ou demain la décision du Conseil d'État d'autoriser ou non l'expulsion de cet imam.
Est-ce que, pour vous, il faut l'expulser ? Écoutez, moi, je suis pour l'État de droit. Voilà. Moi, je suis une femme de principe, je suis pour l'État de droit. Alors, cet imam a proféré des propos qui sont... Enfin, c'est au-delà que... Non seulement je ne les partage pas, mais je les combats profondément. Donc, ça nous pose un problème, mais... Sur les femmes, sur les homosexuels, sur les juifs ? Exactement. Sur les femmes, les homosexuels, les juifs. Et ces discours-là doivent être combattus. Franchement combattus. Politiquement, combattus. Mais après, quand on les combat, il faut le faire toujours avec l'État de droit. Donc, moi, c'est ça qui m'importe, si vous voulez.
Donc, si le Conseil d'État dit non, ça ne correspond pas exactement à notre État de droit, on ne change pas la loi pour autant. Exactement.
Exactement. Exactement. Clémentine, on ne combattra pas l'obscurantisme. On ne combattra pas, justement, tous les propos, l'antisémitisme, le sexisme, l'homophobie, si on n'est pas dans une logique de principe et d'État de droit. Oui, mais très important.
Si vous passez outre tout ça... Soit la loi est telle qu'elle est, c'est par accord. On peut toujours changer la loi. Soit on change la loi, en considérant qu'il faut quand même l'expulser, dans ces cas-là, on change la loi et on ne sera pas par accord avec la loi.
Oui, mais quand je dis... Vous ne voulez pas aller jusque-là, jusqu'à changer la loi ? Je dis que nous sommes aussi dans un climat dont il faut faire très attention, parce qu'il y a une espèce de tendance à vouloir faire du contrôle social partout, de laminer, globalement, je ne parle pas de cet imam, mais globalement, les libertés dans tous les sens, au nom d'un combat, qu'on finit par perdre. Parce que ce qu'on veut défendre, c'est précisément aussi la liberté. Et on verra,
puisque la décision du Conseil d'État devrait être rendue aujourd'hui ou demain. Je voudrais que vous écoutiez ce qui s'est passé au festival techno du Touquet ce week-end. Emmanuel Macron était présent, il était au Touquet et il était présent dans le public. Et il y a eu ce musicien, Marc Rébillet, qui a joué et crié ça. Alors, c'est assez clair. On l'entend, Macron, enculé, Macron, tu dégages, Macron, fuck you.
Est-ce que ça vous choque ? Bon, écoutez, forcément, je n'aime pas tellement cette forme-là. Ça exprime une colère. Vous imaginez bien que moi, en tant que femme politique, ce ne sont pas des termes qui me plaisent. Mais il faut entendre la colère plus globalement. Je veux dire, dans notre pays, moi, j'entends beaucoup de choses qui ne sont pas forcément ses propos publics.
Est-ce qu'il faut aller jusqu'à l'insulte ? Là, c'était de l'insulte. Alors, il répond, lui, que ça ne le choque pas, que tout le monde a besoin d'être remis à sa place de temps en temps, y compris le président.
Voilà, moi, je ne suis pas fan de cette forme-là, mais j'entends en même temps dans le pays cette grande colère. Voilà, cette grande colère. Vous savez, on est dans un moment politique un peu particulier parce qu'il y a une tripartition avec trois pôles. Le pôle de l'extrême-centre, le pôle de l'extrême-droite, qui est menaçant, qui est inquiétant et qui, vous savez, je crois, est très dangereux. Il porte en germe le fascisme. Mais nous, un pôle social et écologique qui est nouveau, vous êtes les seuls
à ne pas être extrêmes.
Avec la NUPES, on est... Bon, on peut... Oui, j'entends ce que vous voulez dire. On peut mettre de l'extrême partout. Je me pose un peu la question. C'est-à-dire que vous dites
que tous les autres sont extrêmes, y compris le centre, mais vous, vous ne le sauriez pas.
On est un pôle social et écologique qui a vocation à apporter un certain nombre de routes. Donc, c'est que finalement, le centre et les autres sont extrêmes ? Non, je ne crois pas qu'il y ait de centre. Je crois qu'il y a trois propositions politiques.
Et c'est évident. On ne va pas polémiquer sur le mot. Il y a trois propositions politiques. Et on verra, évidemment, puisqu'il y aura la rentrée parlementaire, on verra si vous êtes capables de travailler ensemble les uns et les autres. On a vu en tout cas que sur certaines propositions, pour une fois, peut-être que le gouvernement... Vous l'avez vu sur la taxe sur les super profits, puisque nous allons lancer,
suite à la proposition d'Olivier Faure, un référendum d'initiative populaire. Donc, j'appelle d'ores et déjà à signer la pétition que nous avons lancée. Et nous allons nous organiser pour décrocher les 4,7 millions de signatures nécessaires pour enclencher. Maintenant, si Mme Borne décide qu'il n'y a pas besoin de le faire et qu'elle avance la rentrée parlementaire, on fait une session et on va tous voter pour cette loi, j'en serais absolument ravie. On gagnerait l'énergie puis on continuerait à lui demander le SMIC à 1 500 euros et tout le reste de ce que nous avons. Le blocage des prix de produits de première nécessité, ça serait bien aussi.
Merci d'avoir répondu à mes questions ce matin dans le Face à Face. Vous êtes député La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, 8h54 sur AMC BFM TV. La France Insoumise de Seine-Saint-Denis, 8h54
sur AMC BFM TV.
Clémentine Autain