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Discours / meetingLa France insoumise à l'Assemblée nationale· 19 juillet 2017 9 minAutoproduitPortrait personnelSanté

SANTÉ : «COMBIEN DE SUICIDES POUR DIRE : “PLUS JAMAIS ÇA”» ? - Caroline Fiat

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Madame la ministre, madames, messieurs les députés, chers collègues, je souhaite vous faire part du ressenti de notre groupe quant aux questions de santé sur notre territoire. Les lois sur la santé initié par la présidence SarkoZi ont frappé d'austérité les établissements hospitaliers. Les conséquences sont néfastes et remettent en cause le rôle des soignants.

La tarification à l'acte amène à transformer le patient en client et incite les établissements à facturer à outrance les interventions sur les malades pour répondre aux injonctions de rentabilité. La santé n'est pas un acte commercial. Les médecins, les sages-femmes, les anesthésistes, les infirmiers, les aides soignants ne sont pas des commerçants, ce sont des professionnels de santé.

Il faut les considérer comme tels et leur donner les moyens d'exercer leur métier dans les meilleures conditions possibles. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, l'objectif du CNR était d'assurer l'égalité de traitement de chacun et la santé pour tous, d'où la création de la sécurité sociale. Je vous rappelle par ailleurs qu'à cette période, la situation économique du pays était bien moins favorable qu'aujourd'hui.

Ce n'est donc pas une question d'argent, mais avant tout une question de volonté. Notre système de santé a longtemps été l'un des plus performants de l'ensemble des pays développés. Il était cité de par le monde comme un modèle de référence.

Il subit désormais 30 ans de politique de libéralisation qui ne cesse de réduire ce qui a été construit. Avec 4 milliards d'euros de ressources en moins sous le précédent quinquena, c'est tout un secteur public qui tire la langue. Aujourd'hui, vous vous contentez de répondre aux injonctions économiques et et libérales de l'Union européenne.

Vous proposez une plus grande déréglementation des professions de santé et une mise en concurrence des travailleurs. En ouvrant la porte à une inscription parle par simple clic sur internet, vous préparez le dumping social entre les pays membres de l'Union européenne. Vous retirez la confiance et les règles de nos systèmes de qualification.

Cela doit rester le fruit d'un engagement et d'une formation exigeante comme les institutions républicaines savent les dispenser et les reconnaître. La baisse d'encadrement des professions n'a jamais profité aux patients et encore moins aux usagers. En bout de chaîne, ce sont bien les patients qui subissent des conditions de soin inadaptées, manque de lit, traitement non remboursés et autres mesures drastiques.

Cela doit alerter sur une chose : nos métiers de santé ne suscitent plus l'envie. On ne devient pas soignant par hasard, mais on le devient par vocation. Les mesures de dérégèglementation des métiers de la santé veulent déconnecter la qualification avec l'exercice d'une profession.

Cela revient à tirer vers le bas les qualifications requises pour l'exercice de profession de santé. Le précédent gouvernement était revenu bien que trop timidement sur les dépassements d'honoraires dans les établissements publics. Vous souhaitez revenir sur ce point alors qu'il convient de l'amplifier.

Notre groupe est fermement opposé à ses dépassements quand trois français sur 10 renoncent déjà à se soigner pour des raisons principalement pécunières. Laisser les malheurs au passé et le goût du bonheur à l'avenir. Nous vous proposons d'ouvrir un vaste plan de réflexion sur la santé publique en vue de respecter une des valeurs fondamentales de notre République, l'égalité.

Donner la chance à chacun d'être soigné dans des conditions que chaque être humain mérite. Libérez de la pression constante les travailleur. Mettez fin à la pénurie de moyens matériels et humains que connaissent nos structures de santé, qu'elles soient publique ou privée.

Les mesures prises ces dernières décennies portent des conséquences graves comme la baisse de l'espérance de vie en bonne santé des plus démunis. J'ose croire que vous entendrez que cette situation ne peut pas être réglée par davantage de libéralisation et de dérèglementation. La santé a besoin de structures, de personnel formés et en nombre suffisant de conditions d'exercice digne.

Nos expériences professionnelles, militantes et citoyennes sont garantes d'une bonne compréhension des problèmes rencontrés par la population aujourd'hui. En effet, nous avons tous été élus en regardé les électeurs. Dans ma circonscription, j'ai reçu de nombreux témoignages de la part de professionnels de santé.

Face à une aide soignante, ils se sont dit qu'il serait entendu, que je connaissais leurs conditions de travail. Ils ont eu raison. Tous sonnent l'alarme.

Nous n'en pouvons plus. Madame la ministre, vous connaissez notre quotidien et celui des patients, mais je me permets ici de les rappeler à tout à chacun. Notre métier principal est de maintenir les 14 besoins fondamentaux de Virginia Anderson.

Je vais vous les citer pour décrire les réalité de notre quotidien. Le premier besoin, respirer. Chose assez simple en soi.

Pour autant compliqué quand il fait plus de 30°gr. Deuxième besoin, boire et manger. Pourriez-vous, pourrions-nous, s'il vous plaît, avancer sur le projet de loi interdisant le gavage des ois et des canards en France pour que nous puissions très rapidement interdire ce même gavage sur des êtres humains ?

Le troisème besoin, éliminer. capacité d'une personne à être autonome pour éliminer sel et urine et assurer son hygiène intime. Besoin tellement évident, sauf que par manque de temps pour accompagner les patients aux toilettes, la pose d'une protection est devenue systématique. 4è besoin, se mouvoir, maintenir une bonne posture qui est la la capacité d'une personne à se déplacer seule ou avec des moyens mécaniques.

Nous n'avons pas le temps. Ce sera donc fauteuil roulant ou maintien au lit pour tout le monde. 5è besoin, dormir, se reposer.

Heureusement, les somnifères existent et à la grande joie des laboratoires pharmaceutiques. 6e besoin, se vêtir et se dévêtir. Pour pour gagner du temps, nous allons découper vos vêtements dans le dos comme ça, on pourra vous habiller plus facilement et plus rapidement. 7e besoin, maintenir sa corporelle dans la limite de la normale.

Pourrions-nous avoir, comme dans la plupart des foyers français, des thermomètres en nombre suffisants ? 8e besoin, être propre et protéger cet aiguement. Bon, celui-là, je vous cache pas, c'est mon préféré, hein.

Je vous propose un petit test. Alors que vous ne souffrez d'aucune pathologie, chronométrez-vous à votre prochain passage dans la salle de bain. Déshabillage, douche, séchage, habillage.

On oublie le coup de peigne et le brossage dedans, pas le temps. Si vous dépassez les 6 minutes et ce sera certainement le cas, interrogez-vous. Demandez-vous comment ou par quel miracle nous arrivons à faire une toilette sur un corps souvent meurtri en seulement 6 minutes ?

Le 9e besoin, éviter les dangers. Dorén avant, cela se résume à attacher le patient à son lit. 10e besoin, communiquer avec ses semblables.

Considérez-vous, madame la ministre, que répondre au patient, désolé, je n'ai pas le temps constitue un moyen de communication sociale. Je vais rassembler les quatre derniers besoins fondamentaux qui sont agir selon ses croyances et ses valeurs, s'occuper en vue de se réaliser, se récréer, apprendre. Un grand un grand et très grand merci et respect à toutes les personnes bénévoles qui par leurs actions permettent que ces derniers besoins soient préservés.

Voici donc en 2017 ce que sont devenus les 14 besoins fondamentaux dans le milieu médical français. Nous, les soignants, nous portons sur nos épaules le mal-être des patients. Nous sommes dévorés par les accidents de travail provoqués par la fatigue et le stress.

Certains d'entre nous abandonnent l'exercice de nos métiers et plus grave encore, certaines situations ont conduit nombre d'entre nous au suicide. Mesdames et messieurs, ce sont 14 soignants qui se sont donnés la mort en moins d'un an. Combien en faudra-t-il d'autres pour dire plus jamais ça ?

C'est d'ailleurs la question posée par le personnel en grève des Opalines dans le Jura qui après plus de 100 jours de grève ont interpellé Florence Obena dans le monde par cette interrogation. Qu'est-ce qu'il faudrait faire maintenant ? Qu'une d'entre nous se suicide sur le parking ?

C'est pourquoi, madame la ministre, notre groupe met à votre disposition ses propositions pour une refondation et une restructuration du monde de la santé. Madame la ministre, en votre qualité de médecin, vous avez la possibilité de soigner notre système de santé. Ne passez pas à côté de cette occasion historique.

Merci. Ah.