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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 19 août 2026 10 minAutoproduitDivertissementCulture, médias & sport

Nouvelles écritures théâtrales, avec Stanislas Nordey

Au micro : Julie Gacon Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Défensif 5 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:04OuverteRéponse directe

    Bonjour à vous Stanislas Nordet.

  • 0:06OuverteRéponse directe

    Vous êtes sur le point de vous mettre en route pour la mousson d'été qui commence après-demain à Pont-à-Mousson.

  • 0:18OuverteRéponse directe

    On dit mettre en voix et pas mettre en scène à la mousson d'été.

  • 1:26OuverteRéponse directe

    Entre autres textes que vous allez mettre en voix, il y a celui de Sandrine Roche, L'Apparition.

  • 3:11OuverteRéponse directe

    Vous pouvez nous en lire un extrait ?

  • 4:24OuverteRéponse directe

    Vous avez aussi apporté le texte de Fabrizio Sinisi, mécanisme au pluriel.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:25InvitéFait
    « Une mise en voix, une mise en espace, c'est le principe de faire entendre un texte, de ne pas le faire voir. »
  • 0:54InvitéFait
    « Les mettants en scène, très souvent, détournent un petit peu, trahissent les textes, les remplissent d'autres choses. »
  • 1:53InvitéFait
    « Sandrine Roche est une autrice très intéressante. »
  • 2:51InvitéFait
    « Elle tresse remarquablement ça, c'est une comédie aussi, c'est-à-dire qu'on rit beaucoup. »
  • 4:45InvitéFait
    « La femme de cet homme est morte et au début de la pièce, elle réapparaît, puisqu'il a commandé à une entreprise. »
  • 5:18InvitéFait
    « On clone les petits chiens maintenant. »
  • 6:30InvitéFait
    « Une petite maison d'édition de théâtre ou de poésie. »
  • 6:46InvitéFait
    « Moi, Magide, depuis toujours, je n'ai monté que des textes contemporains. »
  • 7:05InvitéFait
    « On a publié cet été une nouvelle collection qui s'appelle Les Introuvables avec un inédit Pasolini, un inédit Didier-Georges Gavili. »
  • 7:58InvitéFait
    « Il faut surtout que ces pièces-là soient montées. »

Temps de parole

  • Invité68 %
  • Présentateur33 %

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0:00
Présentateur

Les matins d'été, Julie Gacon. Et bonjour à vous Stanislas Nordet. Bonjour. Vous êtes sur le point de vous mettre en route pour la mousson d'été qui commence après-demain à Pont-à-Mousson en Meurthe-et-Moselle. Vous y mettrez en voix deux textes, l'apparition de Sandrine Roche et Mécanisme, un mélodrame de Fabrizio Sinisi. On dit mettre en voix et pas mettre en scène à la mousson d'été.

0:23
Invité

C'est une question de temps en fait, c'est rapide. Une mise en voix, une mise en espace, c'est le principe de faire entendre un texte, de ne pas le faire voir. C'est débarrasser de décors, de costumes, de lumières. Donc c'est un exercice assez intéressant parce qu'il faut aller à l'essentiel, à l'essentiel de la dramaturgie, à l'essentiel de la langue. Les acteurs sont des acteurs qui font aussi des spectacles, des grands spectacles. C'est un exercice très passionnant parce qu'il nous oblige à, indépendamment de toute forme de représentation, à livrer le texte tel qu'il est.

Et finalement, les mettants en scène, très souvent, détournent un petit peu, trahissent les textes, les remplissent d'autres choses. Donc là, c'est une manière d'être au degré zéro, de pouvoir faire entendre un certain nombre de textes, puisque la particularité de la mousson d'été, c'est aussi un lieu qui fait découvrir les textes contemporains, français et internationaux. Donc ce système des mises en voix et des mises en espace, c'est excellent parce qu'il permet d'être simplement sur la qualité littéraire et de la structure de la langue.

1:21
Présentateur

Donc se concentrer, trouver en soi la meilleure façon de dire un texte. Entre autres textes que vous allez mettre en voix, il y a celui de Sandrine Roche, L'Apparition, qui a été publié en mars. Vous le donnez à entendre dans les jours qui viennent à la mousson d'été. Le point de départ de la catastrophe, car c'est une catastrophe, c'est une épidémie. Une épidémie, puis un coup de vent violent durant plusieurs jours et la pluie. La pluie, les débuts d'une inondation, quelque part, où ?

1:50
Invité

Alors, Sandrine Roche est une autrice très intéressante. J'avais monté Neuf petites filles, une pièce très belle, avec neuf enfants. Elle a écrit des westerns aussi, Sandrine, c'est-à-dire qu'elle se saisit des sujets que les femmes ne peuvent pas, ne devraient pas se saisir. Et donc c'est un peu un western. Ça se passe dans une espèce de ville, on ne sait pas trop si c'est au Far West, ou au Far West demain, ou au Far West hier. C'est une dystopie, quelque chose se passe, ça parle de violence, de la violence contre la nature, mais aussi de la violence contre les êtres humains.

Et c'est une pièce très singulière, par son écriture, qui est très très fine, et parce que c'est une pièce qui brasse absolument tout ce qui nous agite aujourd'hui. C'est-à-dire, qu'est-ce que c'est qu'une communauté, une petite communauté, face à la catastrophe, quelle qu'elle soit ? Il suffit d'aller au porge, ou quoi ? Qu'est-ce qui se passe quand une catastrophe arrive dans une petite communauté ? Qu'est-ce qui arrive ? Qu'est-ce qui se déploie ? Elle tresse remarquablement ça, c'est une comédie aussi, c'est-à-dire qu'on rit beaucoup. Les personnages s'appellent la petite bile, la petite pute, la grosse bile.

Voilà, c'est des personnages un peu de bande dessinée aussi, mais une écriture très très exigeante et belle.

3:07
Présentateur

On fait comme à la mousson d'été, il n'y a pas de répétition ou presque, vous pouvez nous en lire un extrait ?

3:11
Invité

Absolument. Imagine une plaine vaste et dégagée, avec au loin de la terre rouge. Imagine le calme, le silence, l'immobilité. Un canyon large, bordé de parois arides et rouges, dans le calme, le silence, l'immobilité. Et au-dessus, le ciel bleu délavé, le vent balance ses bouts de ferrailles grinçants. Le soleil est massif, sec, sourd, suffocant. Tu ouvres le col de ta chemise, tu remontes tes manches, des gouttes de sueur baignent ton front. Imagine leur arrivée dans ce lointain flou, dans la vapeur du soleil. Des corps tremblants qui sortent du trou de l'horizon et se hissent à la surface des regards. Imagine les sorties de leurs trous dégoulinants dans le paysage.

Ils viennent de loin, très loin, plus loin encore que cet horizon. Évidemment, il y a une histoire de migrants aussi, de gens qui se déplacent, qui viennent prendre la place d'autres. C'est ce qu'on appelait une dystopie. Et il y a un imaginaire assez incroyable, une très très belle langue, des personnages très bien dessinés. C'est une très belle pièce, l'apparition, Sandrine Roche.

4:16
Présentateur

Avec ces images apocalyptiques de pauvres airs qui viennent traîner leur semelle épuisée jusqu'à cette plaine vaste et rouge qui évoque aussi la conquête de l'Ouest. Vous avez aussi apporté le texte de Fabrizio Sinisi, mécanisme au pluriel. Un homme accueille une femme, vient, entre, tu veux t'asseoir, elle, merci. Lui, impressionnant, vraiment. Ils ont essayé de me préparer, ils m'ont montré les photos, mais en vrai, bien sûr, c'est autre chose. Vraiment incroyable. Qu'est-ce qui est si incroyable, Stanislas Nordet ?

4:45
Invité

La femme de cet homme est morte et au début de la pièce, elle réapparaît, puisqu'il a commandé à une entreprise. On est là aussi dans un futur proche. Une réplique parfaite de sa femme. La force du texte, c'est qu'on ne saura jamais si c'est une actrice, si c'est une mécanique, d'où le titre mécanisme. Si elle a appris un rôle, s'il y a toute une réflexion sur le théâtre. Et finalement, c'est la question du deuil, c'est-à-dire l'être humain aimé a disparu. On le fait revenir. Qu'est-ce qui advient ? Est-ce qu'il fallait le faire ? Est-ce qu'il ne fallait pas le faire ? On le fait beaucoup pour les petits chiens aujourd'hui. Je ne sais pas si vous savez, on clone les petits chiens maintenant.

Ça existe pour les retrouver quasi à l'identique. Mais un être humain, ce n'est pas exactement pareil. L'actrice ou le mannequin ou l'automate ou l'intelligence artificielle qui restitue presque parfaitement ce qu'était cette femme-là, prend aussi des libertés. Donc, qu'est-ce qui arrive ? La pièce est assez bouleversante. C'est une des pièces les plus bouleversantes que j'ai lues cette dernière année. Un très, très beau rôle de femme. Un très beau rôle d'homme. Avec l'idée aussi de la guerre qui arrive. Il y a une chose qui revient. La guerre arrive. La guerre va arriver. Qu'est-ce qu'on va faire ? Ça se passe dans des théâtres. C'est deux très beaux rôles d'homme et de femme.

5:56
Présentateur

Et avec cette femme, le mari ne s'adresse pas vraiment à sa femme à travers cette femme, mais à celle qui est censée remplacer sa femme. Andrea aurait dit ceci, aurait dit cela. Elle sait par exemple que la femme qu'elle remplace aurait dit que la lumière est scrupuleuse. Il y a très peu de gens qui parlent d'une lumière scrupuleuse. Ce texte-là vous a bouleversé Stanislas Nordet. Il se trouve que c'est vous qui l'avez édité, car vous êtes aussi éditeur. Depuis un an, vous avez repris les éditions Espace 34. Comment ça s'est décidé ?

6:23
Invité

Justement par hasard, ça m'est tombé dessus. Sabine Chevalier qui a créé ces éditions-là il y a 30 ans, passait la main parce que c'est très lourd. Une petite maison d'édition de théâtre ou de poésie. Il faut porter ça sur ses épaules. Elle a fait un travail magnifique. Ça risquait de disparaître. Moi, j'avais du temps, plus ou moins. Je ne dirigeais plus le Théâtre National de Strasbourg. J'étais un peu dans un espace de rechercher d'autres choses. Et puis l'action des écritures contemporaines. Moi, Magide, depuis toujours, je n'ai monté que des textes contemporains. Je n'ai joué que des textes contemporains. Je connaissais très bien cette maison-là.

Donc au mois de juillet dernier, j'ai repris cette maison-là en reprenant l'essentiel des auteurs. C'est une maison importante en France. Et puis on lance un nouveau souffle, un nouveau mouvement. On a publié cet été une nouvelle collection qui s'appelle Les Introuvables avec un inédit Pasolini, un inédit Didier-Georges Gavili. Et puis on va continuer à creuser cet endroit de résistance. France Culture, c'est un endroit de résistance. Le livre, c'est un endroit de résistance. La lecture, c'est un endroit de résistance.

7:22
Présentateur

Et les éditions de théâtre, c'est plus niche, on va dire, que France Culture. Il faut les trouver dans les rayons des librairies. Parfois, c'est des petits rayons dans des coins. Et est-ce que quand on édite un texte de théâtre, on se pose nécessairement la question de savoir si ensuite ce texte sera créé ? Est-ce qu'il y a quand même, entre guillemets, du marketing qui doit aller avec ou pas ?

7:42
Invité

Il faut le faire circuler. Il faut le faire circuler. On a très peu de moyens, mais donc il faut envoyer des metteurs en scène à des acteurs qui vont avoir envie de monter ces textes-là. Puisqu'il faut savoir qu'un auteur ou une autrice de théâtre ne gagne pas beaucoup d'argent par la vente des livres. Il gagne de l'argent par les droits de représentation quand ses pièces sont montées. Donc, il faut surtout que ces pièces-là soient montées. Donc, ça, c'est un énorme boulot qu'on fait de circulation des textes. D'ailleurs, le texte mécanisme va être monté par Julien Chavoyal au Centre Dramatique de Lorient à la rentrée. Non, non, c'est un très beau boulot. C'est passionnant.

C'est absolument passionnant. Et comme c'est une niche, finalement, comme les éditeurs de poésie, on est extrêmement libre. On a une liberté éditoriale énorme parce que personne ne nous attend. Il faut survivre. Il faut ne pas disparaître. Mais finalement, c'est un bel enjeu pour nous tous, nous toutes, dans les temps qui viennent, déjà de ne pas disparaître. Je trouve que c'est une belle chose.

8:35
Présentateur

On peut être dans les marges, mais une marge vivante. Mais en effet, encore faut-il ne pas disparaître et se battre pour ça. Merci beaucoup, Stanislas Nordet, d'avoir été avec nous. Le festival de la Mousson d'été vous a convié à la table ronde consacrée à ce sujet. D'ailleurs, éditez le théâtre aujourd'hui. La Mousson d'été qui se tient du 21 août, donc vendredi, au 27. Vous y mettez en voie deux textes, l'apparition et mécanisme au pluriel. Tout le programme du festival est à retrouver sur son site. L'apparition, je crois que ce sera joué. Je pensais avoir noté les dates, mais non. Dimanche et mécanisme lundi. On prend le programme.

9:07
Invité

Je tiens juste à dire une petite chose. C'est Véronique Belgarde qui dirige cette manifestation de manière magnifique.

9:12
Présentateur

Et que l'on salue. Et comme chaque année, France Culture enregistrera aussi deux textes. Celui de l'auteur australien Angus Serrini et Le Monde resplendit, dirigé par Véronique Belgarde vendredi à 20h30. Et le texte de l'autrice autrichienne Magdalena Schreffel, Les multiples voix de mon frère, dirigé et réalisé par Laurence Courtois, lundi prochain à 14h30. Ils seront plus tard diffusés sur France Culture. Merci beaucoup d'avoir été avec nous.

9:33
Invité

Merci à vous.