COP15 sur la biodiversité : "C'est un équivalent de l'accord de Paris sur le climat", réagit Pascal Canfin
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France Inter, Alexandra Ben Saïd, Jérôme Cadet, le 7-9-30.
Bonjour Pascal Canfin. Bonjour. Vous êtes député européen, président de la commission environnement du Parlement européen. Vous appartenez à Renaissance, le parti qui soutient Emmanuel Macron. Les 27 pays de l'Union Européenne se sont mis d'accord ces derniers jours sur plusieurs textes pour verdir l'économie, taxes carbone, réforme du marché du carbone. On va voir avec vous ce que ça signifie concrètement et ce que ça va changer. Idem pour le plafonnement des prix du gaz décidé hier. On parlera aussi des accusations de corruption qui visent des membres du Parlement européen. Sur toutes ces questions avec Alexandra Ben Saïd, nous attendons vos questions.
Auditeurs de France Inter au 01 45 24 7000 ou via franceinter.fr. Avant de parler des engagements de l'Europe, Pascal Canfin, je voudrais avoir votre avis sur l'accord trouvé hier à Montréal à la COP15 sur la biodiversité. 195 pays s'engagent à prendre des mesures d'urgence pour protéger 30% de la planète, restaurer 30% des écosystèmes et doubler les ressources destinées à la protection de la nature d'ici à 2030. Alors on a appris à être prudent avec les engagements pris à l'occasion des COP en matière de biodiversité. Quasiment aucun objectif fixé lors de l'accord précédent en 2010 au Japon n'avait été respecté. Vous dites quoi ce matin, Pascal Canfin ? J'attends de voir.
Non, je dis que c'est inédit et historique, mais tout seul. Si ça n'est pas complété par de la mise en œuvre concrète, bien évidemment, ça ne suffira pas. Donc peut-être qu'on peut prendre dans un premier temps la bonne nouvelle pour ce qu'elle est. À savoir, c'est la première fois qu'il y a l'équivalent de l'accord de Paris qui était sur le climat, sur la biodiversité et la protection de la nature. Or, ce sujet qui est essentiel a été longtemps minoré sur le plan politique. C'est un sujet de second rang. Or, tous les scientifiques nous le disent, la perte de la biodiversité, tout simplement la disparition de la nature sur la planète.
C'est de ça dont on parle, la disparition de la nature sur notre planète.
Un million d'espèces végétales et animales menacées d'extension.
Je ne vais pas rentrer dans tous les chiffres, mais peu importe. C'est un enjeu, évidemment écologique. C'est un enjeu éthique pour les espèces qui disparaissent. C'est un enjeu économique. Parce que si les forêts disparaissent, si les poissons disparaissent, évidemment, par construction, ceux qui en vivent ne peuvent plus en vivre demain. Donc ça, maintenant, la prise de conscience est là. Et il y a cet accord international, qui, je dois le dire, il y a quelques jours, étaient encore totalement inespérés, qui a quelques éléments totalement nouveaux. J'en donne deux. Le premier, c'est qu'il y a un objectif de division par deux des risques liés aux pesticides.
Il n'y avait jamais eu d'accord international, jamais, capable d'acter à l'unanimité dans le monde le fait de se donner un objectif commun. Est-ce que vous allez me dire, est-ce que ça suffit ? Je vais vous dire, évidemment non. Mais, jusqu'à présent, il n'y avait aucune feuille de route, aucun objectif commun pour la planète.
Donc, feuille de route sur les pesticides ?
Deuxième élément, sur les aires marines protégées, qui sont quand même le cœur de ce qu'on doit, le cœur de la protection, je dirais, sur la planète, sur les écosystèmes les plus fragiles, on est aujourd'hui entre 7 et 15%. On va passer à un objectif de 30%. Donc, on va protéger beaucoup plus. Concrètement, qu'est-ce qu'on n'aura plus le droit de faire dans ces zones protégées ? Alors, ça, c'est un enjeu majeur. On ne peut pas tout interdire. Vous imaginez bien que si on dit, sur 30% de la planète, vous n'avez plus le droit de rien faire, vous avez un certain nombre d'activités économiques qui vont tout simplement disparaître. Donc, l'enjeu, c'est quoi ?
C'est de rendre ces pratiques soutenables. Et c'est ça, dans le texte, il est explicitement écrit, et ça, c'est une bonne nouvelle, que toute activité économique qui se fait dans ces aires protégées doit être compatible avec les objectifs de protection de cette aire. Ce qui veut dire que, par exemple, pour la pêche, ça veut dire que toutes les pratiques de pêche qui sont dans des aires marines protégées doivent évidemment être compatibles avec la protection de cette aire marine. Sinon, ça n'a aucun sens.
Alors, ça, c'est le principe, évidemment, et l'objectif qui est beau. Mais après, le texte n'est absolument pas contraignant.
Alors, vous m'avez laissé trois minutes, et c'est très bien, pour présenter les aspects positifs. Maintenant, je vous l'ai dit dès le début, si on s'en tient à ce texte, on se retrouve en 2030, il est extrêmement probable qu'aucun des objectifs qui sont fixés auront été atteints. C'est pour ça qu'il faut le compléter. Le compléter par quoi ? Par des mécanismes concrets de mise en œuvre. Je vous en donne un qu'on vient d'adopter il y a 15 jours au niveau européen. La première loi au monde de lutte contre la déforestation importée.
Concrètement, aujourd'hui, on importe du café, du cacao, du soja, de l'huile de palme, du bœuf, du caoutchouc en Europe sans contrôler le fait qu'il est issu ou pas de zones qui ont été récemment déforestées. Par exemple, l'Amazonie. Eh bien, à partir du vote de ce texte, de l'entrée en vigueur de ce texte, donc le texte a été, le compromis que nous avons trouvé, c'était il y a 15 jours, le texte va entrer en vigueur dans quelques semaines, il ne sera plus possible d'importer en Europe, donc de mettre sur le marché en Europe, du caoutchouc pour nos pneus qui aura été issu de la déforestation de l'Asie du Sud-Est. Mais qui va le dire ? De l'huile de palme.
Pascal Canfin, qui va le dire ? C'est du déclaratif ? C'est l'importateur ? Est-ce qu'il y a une traçabilité ?
Ah oui. Sinon, ça ne vaudrait même pas la peine d'en parler ce matin. C'est absolument contraignant. C'est le texte le plus ambitieux au monde sur ce sujet. Pourquoi ? Parce que c'est l'accès au marché. C'est-à-dire que si vous n'êtes pas capable de prouver lorsque vous arrivez aux douanes, au Havre ou à Rotterdam, que vous n'êtes pas issu d'un espace qui aurait été déforesté récemment via des photos satellites des coordonnées GPS.
Donc c'est le fournisseur qui doit fournir ces éléments-là.
Les deux, l'importateur, l'exportateur. On ne va pas rentrer non plus dans tout le détail.
C'est ça qui fait l'efficacité des mesures.
Alors rentrons dans le détail. Vous avez parfaitement raison. C'est même plus que l'importateur, c'est même les deux. C'est l'importateur et l'exportateur. Eh bien, dans ce cas-là, si vous ne pouvez pas fournir ces données, sachant que nous allons mettre en place évidemment un système de connexion des douanes européennes avec l'accès aux photos satellites pour vérifier quasiment en temps réel, eh bien, vous ne rentrez plus sur l'Europe. Vous ne rentrez plus dans le marché européen. C'est extraordinairement radical. Ça a été salué par toutes les ONG et ça, c'est une mesure concrète de mise en œuvre qui a été adoptée il y a 15 jours de mise en œuvre de l'accord d'hier soir.
Vous parliez de la pêche à l'instant, Pascal Canfin, pour parler de la biodiversité. L'ONG Bloom a alerté récemment sur le fait que la pêche industrielle est toujours possible dans les aires maritimes qui sont déjà protégées en France. Concrètement, des bateaux entre 80 et 140 mètres qui peuvent pêcher jusqu'à 200 tonnes de poissons par jour. C'est l'équivalent de ce que remonte à un pêcheur artisanal en un an. On a le témoignage, la question de Philippe de Nîmes qui nous dit que peut-on faire contre les bateaux usines hollandais qui pillent les ressources maritimes dans les eaux françaises. C'est ça la protection dont on parle, Pascal Canfin ? Alors justement,
c'est-à-dire que cette protection est insuffisante. Et donc, il faut non seulement se mettre d'accord pour avoir... Mais dans nos eaux, il ne tient qu'à la France de l'augmenter ? Non, parce que ça s'appelle la politique commune des pêches. Vous savez que pour l'agriculture, on a la politique agricole commune. Pour la pêche, on a la politique commune des pêches européennes. Et pour l'instant, un certain nombre de lobbies, pour la faire très simple, ont empêché le fait qu'on prenne des mesures de protection plus fortes. Ça n'ira jamais, je sais que c'est la position de certaines ONG, mais ça n'ira jamais jusqu'à l'interdiction de toute activité.
Mais demain, est-ce que ces types de bateaux pourront continuer à pêcher dans les eaux françaises ? En revanche, il faut qu'on change les règles du jeu. Françaises et européennes, encore une fois, je suis désolé de revenir au sujet européen, ce n'est pas par atavisme, c'est juste que la règle, la règle, elle n'est plus pas fixée au niveau français, elle est fixée au niveau européen. C'est la politique commune des pêches. Et donc, on doit être capable d'interdire, par exemple, le chalut en eau profonde dans les aires marines protégées parce que sinon, leur degré de protection...
Donc l'accord passé à Montréal ne change rien sur ce point-là ?
Non, parce que là, on revient sur ce qu'on disait avec Alexandra Menseyd à l'instant, à savoir que la mise en œuvre concrète des objectifs, c'est-à-dire qu'est-ce que ça change pour l'agriculture, qu'est-ce que ça change pour la pêche, qu'est-ce que ça change pour les secteurs qui sont les plus impactants pour la nature, ça, ça relève des politiques nationales ou européennes en ce qui concerne... Donc sur ce point,
il faut trouver un accord à 27.
Donc il faudra retrouver un accord mais maintenant, on a la base internationale qui légitime le fait de dire on va arrêter de le faire puisque nous nous sommes engagés au niveau international à protéger davantage les espèces, arrêtons de faire du chalutage en eau profonde dans les aires marines protégées. Donc c'est pour ça que cet accord est important. C'est qu'il ne règle pas tous les problèmes en lui-même. Je ne vais pas vous vendre... Même si on a quelques jours de Noël, je ne vais pas vous raconter des bobards.
En revanche, il permet de donner une base politique et légale très stable au fait de mener des mesures complémentaires comme celle par exemple que je viens d'évoquer qui est majeure sur l'interdiction des produits qui sont issus de la déforestation.
Une question particulière sur le rôle de la France. On a la fondatrice de cette ONG Blum-Claire-Nouvian qui tire à boulet rouge sur la France. La France a été très mobilisée dit-elle pour que ce qui sort de ce texte soit une soupe à la COP 15. Elle a vraiment combattu pour enlever tous les éléments restrictifs du texte. C'est une catastrophe.
Écoutez, sincèrement, moi j'ai dirigé une ONG WWF WWF qui justement contrairement à Blum a une vision internationale des choses et qui est bien plus positive. Bien plus positive. Et je crois que Clare-Nouvian a un problème d'obsession anti-Macron qui la rend absolument non-objective sur tous ces sujets.
Alors il y a la préservation du vivant et puis il y a la transition écologique avec ce défi posé à l'Europe. Pascal Canfin continuait à produire en utilisant de moins en moins d'énergie fossile. La Commission, le Parlement, donc vous et les Etats membres ont négocié un accord ce week-end pour réformer le marché européen du carbone. Le texte va durcir le principe pollueur-payeur. L'objectif c'est de réduire de 57% les émissions de carbone d'ici 2030. Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment ça va fonctionner ?
Alors là aussi c'est quelque chose d'absolument inédit puisque sur les trois dernières semaines nous avons pris des décisions qui sont des décisions légalement contraignantes bien évidemment totalement inédites. Je reviens il y a trois semaines l'accord final sur la fin de la vente des voitures thermiques donc émettrices de CO2 qu'elles soient essence ou diesel en 2035 en Europe. 13 ans bientôt 12 pour faire la révolution industrielle la plus importante dans le secteur de l'automobile depuis un siècle et demi. Bon c'est absolument majeur et d'ailleurs la Californie a pris exactement le même standard. Deuxième élément la taxe carbone aux frontières première mondiale.
là encore une première mondiale ça prouve qu'on est vraiment en train d'écrire des nouvelles règles du jeu. Première mondiale qui va faire en sorte que lorsque vous importez lorsque des chinois par exemple ou des turcs exportent de l'acier ou de l'aluminium ou du ciment en Europe des matières qui sont très émettrices de CO2 et bien ils payent le même prix du carbone que nous. Donc ça c'était absolument pas le cas aujourd'hui. Aujourd'hui vous êtes dans une situation assez inéquitable pour nos propres industriels où on leur met un prix du carbone et c'est normal de le faire pour faire payer le juste prix de leur pollution et en même temps ça rentre dans l'Europe sans aucun prix du carbone.
Et bien ça c'est fini. C'est fini et c'est là aussi une première mondiale.
Pascal Kofan enfin oui et c'est une première mondiale et en même temps est-ce qu'il n'y a pas une limite folle qui est que l'acier turc que j'importe pour fabriquer une voiture en France il est taxé parce qu'il y a du carbone exemple et en revanche si j'importe une voiture turque pour lui transformer. C'est moi-même qui ai mis ce sujet sur la table et vous avez raison de me souligner.
Mais est-ce que ça n'est pas fou
en termes d'emploi quand on pense aux usines est-ce que ça n'est pas un risque de délocalisation majeure ?
Je vais bien évidemment répondre à cette question qui est fondamentale d'abord je rappelle que ça c'est la situation actuelle ce que vous décrivez comme étant fou est la situation actuelle nous avons nous un prix du carbone n'importe quel bien qui rentre en Europe qui ne paye pas le carbone ne paye pas le carbone et donc déséquilibre de compétitivité nous voulons à la fois protéger le climat et protéger nos emplois et notre industrie donc on met fin à ce système non seulement on fait ce que je viens de dire à l'instant c'est-à-dire d'ores et déjà maintenant sur les matières premières type acier aluminium etc.
c'est en place et la nouvelle proposition législative sera faite pour étendre cela à des biens dits transformés par exemple les voitures en 2025 un an avant l'entrée en vigueur formelle de la taxe carbone aux frontières qui entre formellement politiquement c'est décidé mais formellement vous savez comme on est les premiers au monde il faut mettre en place
un système quand la taxe carbone va être mise en oeuvre elle concernera les produits transformés
il y aura un an avant la mise en oeuvre effective une proposition législative pour l'étendre aux voitures de façon à éviter le scénario absurde uniquement les voitures non non non tous les produits transformés sur lesquels il y a un enjeu majeur de risque de délocalisation les voitures font partie je pense c'est l'exemple que tout le monde a en tête donc nous allons mettre fin à cette situation mais je rappelle que ce n'est pas nous qui créons cette situation c'est la situation actuelle cette aberration et donc c'est pour ça que ça nous aura pris trois ans au final c'est 2025 donc on est en 2022 mais ce sera fini et donc tout ce qui rentrera et qui aura un contenu carbone comme on dit c'est-à-dire qui pèse lourd en termes d'émissions de CO2 qui rentrera dans le marché européen sera soumis au même prix du carbone que nous c'est majeur comme évolution parce que et c'est franchement une idée largement portée par la France je crois que tout le monde le reconnaît parce qu'on change les règles du jeu de la mondialisation
et la même question qui va décider qui va calculer le contenu carbone dans l'acier importé on ne sait même pas dire si une tomate italienne est vraiment bio ou pas vraiment bio
oui alors ça c'est un autre sujet donc c'est pour ça que ça nous prend trois ans entre l'accord politique qui date de la semaine dernière et la mise en oeuvre opérationnelle au 1er janvier de 2026 pourquoi parce qu'il faut mettre en place avec l'ensemble de nos partenaires commerciaux des accords et des systèmes d'échange d'informations carbone chacun comprend que ça ne peut pas se faire en claquant des doigts en revanche trois ans ce n'est pas non plus repoussé au calandre grec donc c'est le bon temps qui n'a été remis en cause par personne pour le faire si un alors maintenant vous allez me dire mais oui mais si la Chine ne joue pas le jeu si la Chine ne nous donne pas les informations par exemple exactement et bien à ce moment là on n'est pas complètement stupide donc on a prévu un système simple qui est que si un pays ne joue pas le jeu alors c'est le le pire système possible pour lui qui s'applique c'est-à-dire le niveau d'émission le plus élevé possible par défaut et s'il ne nous donne aucune information qui permettrait de nous dire non en fait vous êtes meilleur que le pire système à ce moment là c'est le pire système donc c'est le prix le plus élevé résultat des courses tous les pays du monde ont intérêt à collaborer s'ils ne veulent pas être mis au régime le plus défavorable pour eux
Pascal Canfin
on n'est pas complètement naïf avec Sandra Metz je vous rassure
c'est quand même un reproche qu'on a beaucoup fait à l'Europe et en effet il faut le vérifier c'est pour ça que j'emploie
ce mot à dessin c'est en train de changer
là on a parlé des entreprises que va-t-il se passer pour les ménages est-ce qu'il y aura une taxe carbone supplémentaire sur le chauffage sur le carburant
que va-t-il se passer ?
un des combats absolument majeurs que j'ai personnellement mené aussi depuis deux ans maintenant que le paquet climat est sur la table de négociation un an et demi c'est d'éviter que les ménages européens et français en l'occurrence européens pour surtout dans un contexte que l'on connaît tous aujourd'hui d'augmentation très importante du prix de l'énergie ne soit soumis à une fiscalité ou un prix du carbone additionnel par rapport à ce qui existe déjà c'était la ligne rouge totale pour moi résultat des courses en France nous avons un prix du carbone payé à 44 euros la tonne de CO2 payé par tout le monde y compris par les ménages prix qui a été gelé après la crise des gilets jaunes le système européen qui va se mettre en place et qui est susceptible de remplacer le système national est à maximum 45 euros
donc on va payer combien de différences c'est simple
entre 44 euros et 45 euros la tonne de CO2 ça ne va pas vous faire grand chose parce que comme vous émettez à peu près je ne sais pas personnellement Alexandra Metsail mais en moyenne vous pouvez être susceptible d'émettre en France 5 tonnes de CO2 ça vous fait 5 euros l'année donc c'est pour vous dire que ça ne change pas grand chose
vous parlez du prix de l'énergie pour les particuliers pour les entreprises Pascal Canfin les 27 pays de l'Union ont trouvé un accord hier sur le plafonnement des prix du gaz pas plus de 180 euros par mégawatt-heure pour info hier les prix tournaient autour de 110 euros par mégawatt-heure quand le prix du marché va dépasser ces 180 euros si ça arrive pendant plus de 3 jours c'est le critère retenu qu'est-ce qui va se passer ? on n'achètera plus de gaz ?
non alors là aussi vous savez depuis qu'on a commencé cet entretien on ne parle que d'accords historiques qui n'avaient jamais été mis en place c'est quand même bon signe parfois c'est difficile la politique parfois c'est compliqué l'Europe mais quand ça marche il faut aussi le souligner et on est en train de poser des nouvelles règles du jeu par exemple l'accord sur le prix du gaz ça acte le fait qu'on ne laisse pas le marché faire tout seul et on met en place un prix plafond politique que l'on a jugé suffisamment important pour dire ça ça écrase le prix de marché et si le prix de marché est supérieur alors on plafonne et on fait de l'interventionnisme politique pur
c'est-à-dire on dit on n'achète pas
non ça veut dire que le prix on n'achète pas au-dessus
on n'achète pas au-dessus
on n'achète pas au-dessus et si ça commence à poser un sujet pour la sécurité des approvisionnements parce que certes on n'achète pas au-dessus mais à ce moment-là le vendeur peut dire bon bah finalement moi je vous vends quand même au prix plafonné parce que finalement ça m'arrange plutôt que de ne pas vendre du tout ou alors on est face à un rapport de force qui fait qu'on perd ce rapport de force et que le vendeur ne nous vend pas alors on fait sauter le système parce qu'on n'a pas le choix évidemment et donc c'est toute la difficulté c'est pour ça qu'on a mis pas trois mois quatre mois cinq mois à trouver cet accord parce qu'il y a une tension en termes d'objectifs c'était une tension en termes d'assurer la sécurité de nos approvisionnements quel que soit le prix et pourquoi nous avons des prix aussi élevés depuis six mois c'est parce que un certain nombre nous de toute façon pour remplacer le gaz russe on achète à n'importe quel prix quand vous êtes vendeur de gaz américain norvégien qatari algérien quand vous avez une puissance comme l'Allemagne qui vous dit moi j'achète à n'importe quel prix vous faites monter vous faites monter vous faites monter et donc le deuxième accord que l'on a trouvé hier c'était un paquet de trois textes le deuxième accord qu'on a trouvé c'est qu'on arrête cette concurrence stupide entre nous où vous avez le lundi un allemand qui va à Doha puis le mardi un français qui va à Doha puis le mercredi un italien qui va à Doha pour se faire concurrence pour acheter du gaz et là on dit non on l'achète en commun on l'achète en commun et en plus on plafonne et on n'ira pas au-delà ensemble d'un certain prix donc vous voyez bien qu'on est en train massivement de changer la réponse européenne
des questions des auditeurs de France Inter pour vous ce matin Pascal Canfin questions et réactions aussi à vos propos notamment sur l'accord trouvé à la COP15 sur la biodiversité à Montréal hier matin pourquoi attendre huit années de plus pour la mise en place de cet accord vous demande Pierre et aucune contrainte aux états signataires est-ce que ce monde est sérieux ?
alors il n'y a pas de huit années de plus ce sont les objectifs qui sont jusqu'en 2030 donc dans huit ans mais l'accord commence maintenant simplement si vous voulez vous donner un peu de profondeur pour pouvoir changer les règles du jeu on s'est donné donc des objectifs jusqu'en 2030 et pourquoi l'accord n'est pas légalement contraignant et je rejoins totalement la question de l'auditeur il a raison c'est pas légalement contraignant parce que aujourd'hui la protection de la nature n'est pas jugée suffisamment importante et je suis le premier à le regretter pour générer un mécanisme légalement contraignant donc que faut-il faire ? 1.
il faut essayer d'acter des choses légalement contraignantes au niveau international mais très compliqué la Chine n'en veut pas le Brésil n'en veut pas même avec Lula etc donc qu'est-ce qu'on fait ?
on fait de la contrainte légale dans du droit européen ou du droit français et c'est exactement ce que j'ai dit là sur les forêts ou sur le changement futur de la politique commune des pêches ou la nouvelle loi européenne qui arrive qu'on commence à négocier sur la restauration de la nature première loi au monde où nous allons obliger et donc je rassure notre auditeur nous allons obliger à la restauration des écosystèmes dégradés tout ça on le traduit dans un ordre juridique comme on dit c'est-à-dire des textes qui sont légalement contraignants qui eux sont soit français soit la plupart des temps sur les sujets dont on parle européens
Pascal Canfin je voudrais qu'on parle du parlement européen sous influence et qui a pris des mesures contre le Qatar la semaine dernière alors c'est pas très violent c'est un accès bloqué à l'assemblée pour les représentants de l'émirat voilà pour la réponse européenne non non je ne peux pas
vous laisser dire ça c'est ce qui a été voté au parlement la semaine dernière oui quand vous dites il n'y aurait eu que ça vous avez raison ça ça a été voté mais il n'y a pas que ça qui a été voté
alors qu'est-ce qui a été voté qu'est-ce qui se passe depuis ces révélations deuxième élément
soupçon contre la vice-présidente du parlement européen un attaché parlementaire et d'autres personnalités européennes d'avoir touché de l'argent pour influencer des décisions européennes dans les relations avec le Qatar il y a des soupçons aussi sur les relations avec le Maroc je vous laisse répondre Pascal Canfin
vous imaginez bien qu'en tant que parlementaire européen ça m'a aussi touché parce que c'est l'institution parlement européen qui est mis sous les feux de l'actualité pour le comportement d'une poignée de parlementaires on parle de 2-3 députés qui se sont laissés corrompre par un état étranger par un état étranger l'enquête ne dit pas explicitement que c'est le Qatar c'est un pays du Golfe tous les soupçons pèsent sur le Qatar mais je préfère prendre quand même cette précaution parce que l'enquête ne dit pas explicitement que c'est le Qatar qu'est-ce qu'on a fait ?
d'abord on a évidemment enlevé le mandat de cette vice-présidente grecque ensuite on a fait le mécanisme que vous venez d'évoquer et troisièmement on a suspendu le texte qui était un texte très important pour le Qatar qui est passé un peu sous les radars en France parce qu'on a beaucoup parlé de la coupe du monde ce qui était évidemment aussi un autre enjeu pour le Qatar mais un autre texte c'était la levée des visas pour les résidents Qataris c'est-à-dire aujourd'hui vous êtes résident du Qatar si vous voulez venir en Europe vous avez besoin d'un visa il y a une négociation depuis plusieurs mois qui est engagée pour dire est-ce que compte tenu des relations que nous avons avec le Qatar nous pouvons envisager de lever les visas et ce vote il a eu lieu le 1er décembre le 1er décembre personne n'en a parlé c'est un vote en commission des libertés civiles du parlement européen puisque c'est une compétence européenne
donc vous avez stoppé cette discussion
et nous avons stoppé cela nous avons stoppé cela et ça c'est une rétorsion très forte résultat que dit le Qatar que dit le Qatar
que ça va être dangereux pour les relations
sur l'énergie et donc on va peut-être finalement arrêter de vous filer du gaz vous fournir du gaz et donc qu'est-ce que bien sûr c'est du chantage mais ce qui est important quelle leçon faut-il tirer de cette affaire c'est que on est soumis à 1 l'influence de puissances étrangères aujourd'hui c'est le Qatar hier c'était la Russie et donc c'est la démocratie européenne qui est attaquée et il faut se mobiliser pour la défendre le deuxième élément c'est que nous devons absolument éviter de tomber d'une dépendance d'une puissance fossile la Russie dont on a vu toute la difficulté que nous avons à dénouer les liens à une autre dépendance avec une autre puissance fossile qui est le Qatar parce que sinon on retombe exactement dans les mêmes mécanismes et donc il faut absolument pas seulement changer d'une dépendance à une autre tout simplement être plus indépendant et pour être plus indépendant pour être plus souverain qui est quand même le coeur de la puissance et de notre capacité à nous affirmer dans le monde demain et à construire notre avenir il faut aller vers la neutralité climat parce que ça a zéro énergie fossile et les seules énergies qu'on peut produire en Europe c'est précisément
l'inverse des énergies fossiles dernière question pour vous Pascal Canfin de Véronique qui nous appelle des Alpes-Maritimes bonjour Véronique
oui bonjour messieurs
nous vous écoutons rapidement
voilà rapidement je voudrais poser juste cette question comment on fait maintenant aujourd'hui pour se chauffer en copropriété nous on doit arrêter notre chauffage au 1er janvier 2023 parce qu'on ne pourra pas assumer les charges de chauffage voilà je vis dans un pays la France et aujourd'hui on ne peut plus se chauffer ça devient stratosphérique la situation voilà
merci à vous Véronique pour cette question et pour ce témoignage Pascal Canfin
alors Véronique a évidemment parfaitement raison la situation est stratosphérique comme vous dites et nous sommes dans une crise historique historique qui appelle des réponses historiques multiples la première c'est les boucliers énergie ça a été fait en France c'est de faire en sorte qu'il y ait de l'accompagnement financier massif plusieurs dizaines de milliards d'euros pour aider les personnes qui sont précisément dans votre situation deuxième élément se battre on vient d'en parler pendant très longtemps pour faire baisser les prix du gaz parce que c'est bien de compenser avec de l'argent public les prix du gaz et il faut le faire mais à un moment donné ça finit par poser des problèmes de dette d'endettement d'insoutenabilité pour la finance publique donc quel est l'enjeu c'est de faire baisser les prix du gaz pour faire baisser les prix du gaz il faut investir dans les renouvelables pour pouvoir se passer de gaz il faut aller négocier les contrats ensemble c'est ce qu'on vient de faire donc nous avons parfaitement conscience des problèmes que vous rencontrez Véronique et que rencontrent les français qui sont dans une situation extrêmement difficile sur le pouvoir d'achat on est totalement mobilisé à tout niveau pour essayer d'y répondre merci à vous
Pascal Canfin invité du grand entretien ce matin merci à vous excellente journée
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Pascal Canfin