ÉBORGNÉ PAR LA POLICE, ACCUSÉ PAR LA JUSTICE : LE CALVAIRE D’ALEXANDRE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le 1er février 2024, Alexandre George, 27 ans, perd l'usage d'un œil suite à une intervention policière à Marseille en marge d'un rassemblement organisé contre une conférence LGBT phobe. Depuis, Alexandre a déposé plainte contre le policier qui l'a frappé à l'œil, mais la mécanique judiciaire s'est retournée contre lui. Il est aujourd'hui mis en cause pour violence volontaire contre personne dépositaires de l'autorité publique.
Il sera jugé le 5 mars 2026. Le média en collaboration avec le journal indépendant MO revient sur cette affaire de violence policière qui se retourne contre la victime. Je m'appelle Alexandre, j'ai 28 ans.
Je suis militant écologiste et LGBT et le 1er février de l'année dernière, j'ai été bornier en manif LGBT par un policier. Ce 1er février 2024, on a été en manifestation contre un événement organisé par le syndicat de la famille exmanif pour tous. Cette manifestation se déroulait très bien.
Donc il y avait un service d'ordre qui était prévu. Donc je coordonnais le service d'ordre. Un groupe d'individus a décidé de perturber le cortège.
Un groupe d'individus donc en civil dont l'un était était encapuchonné sans brassard, sans rien est venu donc invectiver les manifestants type salpéd. Il y en a qui ont aussi entendu anomalie de la nature. Je l'ai entendu en revanche dire qu'on avait pas notre place ici, c'était pas notre événement qui était victime, qu'on avait juste à se barrer.
Sur ces deux vidéos prises ce soir-là, trois hommes s'interposent entre la contremanif et un bâtiment. Ce sont des policiers. Mais au moment de ces interactions, aucun signe distinctif permet de l'affirmer.
L'homme à la capuche noire est celui qui va porter le coup au visage d'Alexandre. On ne pensait vraiment pas qu'il s'agissait de policier. D'ailleurs, on leur a même posé à un moment donné la question.
À ce moment-là, ils ont répondu "Non, mais flic ou pas flic, on vous pète la gueule." Théo Chaland, adjoint hommer, sein de son écharpe tricolore, arrive lui pour essayer de calmer les tensions, de faire en sorte que justement il y ait pas de violence et à ce moment-là, il reçoit les coups dans le dos. Eux pour nous c'était des militants d'extrême droite qui s'en prenaient à un élu, un adjoint au maire de Marseille.
À ce moment-là, j'ai donné le signal au service d'ordre que j'allais gazer et donc j'ai sorti mon spray au poivre et j'ai gazé dans la direction des personnes qui étaient violentes envers l'adjointommer. Dans la foulée de son éloignement, un des policiers a pris son élan. Il a couru vers moi, a sauté et m'a mis un énorme coup de point dans le dans l'œil droit.
Alexandre est blessé à l'arcade. Cette photo a été prise le soir des faits sur le moment. Bon, ça saignait, on a j'ai réussi à quitter le cortège.
On je suis allé voir mon médecin. On pensait un un mauvais coup, un œil au beurre noir. L'ennui, c'est que le lendemain euh au parc de la plaine, quand j'accompagnais une amie qui euh qui amenait sa petite fille au parc, je me suis mouché et l'œil a commencé à sortir de son orbite.
Alors bon bah là, du coup, ça a été. J'ai j'ai remis l'œil comme j'ai pu dans dans son orbite et puis ça a été urgence. Et là dans un premier temps, on s'est demandé si j'allais garder mon œil parce qu'il était injecté de sang.
Et donc on se demandait s'il était bien irrigué. On m'a transféré à l'hôpital nord. Là-bas, on m'a dit que j'allais garder mon œil.
Par contre, on s'est aperçu qu'il y voyait plus, ce qui a été confirmé plus tard effectivement. Donc le ner optique a été définitivement endommagé. Je n'y reverrai plus jamais de l'œil droit.
Je me suis regardé dans le miroir et je me suis dit non là vraiment ils m'ont pris un trop gros truc pour une manifestation pacifiste. Se faire éborgnier ses nom c'était pour moi c'était pas possible. Alexandre dépose plainte pour violence volontaire.
Mais 4 jours après les faits, le 5 février, il est convoqué au commissariat de police pour être placé en garde à vue. Son agresseur a aussi porté plainte pour violence volontaire avec armes sur personnes dépositaires de l'autorité publique. En raison de l'état de santé d'Alexandre, cette mesure est annulée mais sera appliquée le 13 octobre dernier.
Alexandre est donc placé en garde à vue dans le commissariat nord alors que les faits se sont déroulées dans le troisème arrondissement de Marseille à quelques kilomètres de là. Le commissariat nord, c'est celui où le policier mise en cause travaille. Ce dernier n'a jamais été inquiété pour les faits qui lui sont reprochés.
Quand j'ai été placé en garde à vue récemment, il était dans son commissariat, il était chez lui. Donc là, on parle d'un policier qui était descendu, cassé du PD2 dans la rue, qui a frappé un de la République et qui va pouvoir passer une soirée tranquille pendant que moi j'étais placé en garde à vue. Le policier donc a porté plainte contre moi, moi contre lui.
Par la suite, l'enquête de l'IGPN qu'on attendait impartial au départ a fini par être à décharge pour le policier et à charge contre moi. Ils ont convoqué mes proches, leur ont posé des questions déplacées. Bon, ils ont posé des questions à mon petit ami de savoir si ça lui dérangeait pas, de savoir avec qui je couchais la nuit, enfin euh chez qui je dormais, ce genre de truc.
Ensuite, il y a eu euh une intimidation devant le cabinet de mon médecin traitant. Donc, ils sont ils se sont pointés devant, on posé des questions, il a refusé de répondre parce que naturellement, il est tenu au secret médical. Ils ont essayé tout le long de démontrer que le coup de point s'il avait eu lieu parce que le policier démand le coup de point.
Le policier dit qu'il m'a pas mis de coup de point alors que tout le monde l'a vu. C'est dans la c'est dans les déclarations. Du coup, ils ont essayé de démontrer que le coup de point n'avait pas de rapport avec l'infirmité permanente.
Et en apprenant que de toute façon, j'allais vers un classement sans suite dans l'indifférence générale, j'ai préféré déplacer le le jeu auquel il voulait jouer sur un terrain que je maîtrise un petit peu mieux, donc le terrain médiatique et politique. Et c'est là que j'ai publié cette lettre ouverte adressée à la procureur de la République disant que je retirais ma plainte. Mais deux autres plaintes demeurent déposées par le collectif Stop Homophobie et la Ligue des droits de l'homme avec de nombreuses association LGBT se portent en partie civile.
Contacté, le procureur de la République de Marseille nous a indiqué que la procédure était en cours mais a refusé de faire tout commentaire supplémentaire. Une position un peu étonnante, d'autant que cet événement implique directement des élus de la ville de Marseille. Théo Chaland Névor, élu en charge de la démocratie et de la lutte contre les discriminations, a bien voulu témoigner des raisons de sa présence ce jour-là et des événements qui s'y sont déroulés.
En tant qu'adjoint au maire, mon rôle à moi, c'est d'être présent avec les personnes qui militent pour l'égalité des droits, de vérifier que tout va bien dans une manifestation et être un petit peu l'observateur. À un moment donné, on a trois personnes qui n'avaient pas de signe distinctif de la police sur elle, très excité, un peu survolté, qui selon les témoignages tenait des propos homophobes, tenait des propos transphobes envers les personnes qui manifestaient. Je me souviens d'être allé euh aller les voir au moment où ça commence à monter en tension.
J'avais mon écharpe et donc euh clairement on pouvait euh voir que il y avait une forme d'autorité que je souhaitais incarner à ce moment-là. et je leur ai demandé de euh faire redescendre l'attention, de reculer de plusieurs pas de plusieurs pas et je me suis retourné vers les manifestantes et les manifestants et je leur ai demandé également la même chose. Et donc il y a des bousculades, des bousculades qui euh me euh qui me concernent et c'est à ce moment-là que il y a eu un coup de spray au poivre qui a été donné qui a été donné donc a priori sur la personne à qui je parlais.
Euh moi, je me suis retourné vers elle à ce moment-là, je l'ai vu reculer de quelques centimètres et tout de suite les yeux grand ouverts donner un un formidable coup de point euh d'un coup hyper violent, hyper fort euh à une personne qui était pareil à quelques pour le coup à quelques centimètres. C'est un moment que je pense que j'oublierai jamais parce que c'était extrêmement violent. Ça quelque chose qui m'a choqué.
Pour le coup, il y avait deux polices qui étaient présentes ce soir-là. Il y avait la police en uniforme qui était assez respectueuse dans son comportement avec les personnes et trois personnes qui étaient extrêmement chaotique. Aujourd'hui encore, on se pose la question de est-ce qu'elle faisait partie du dispositif policier de de ce soir-là ?
Qui était-elle ? Pourquoi était-elle là ? Tho Chalant Névor a déclenché un article 40 du code de procédure pénale, soit la saisine du procureur pour l'informer de la commission d'un délit, mais aussi l'article 11 du même code de procédure pénale qui permet à tout officier de police judiciaire, que sont les élus, de faire appel au procureur afin de rendre public des éléments objectifs tirés d'une procédure de justice afin d'en éclairer le fonctionnement.
Moi, mon rôle dans cette histoire, c'est de demander des comptes, que ce soit à l'État, que ce soit au parquet, pour leur demander de travailler correctement, pour leur demander pourquoi est-ce que les choses elles se passent comme ça, apporter mon témoignage, mon témoignage parce que pour témoigner de la réalité, de la réalité des faits, à quel moment on est fautif ou faut d'avoir perdu son œil. C'est quelque chose qui est vécu euh par tout le monde à Marseille, par toute la communauté LGBTQAP+ euh par moi, par Alexandre George comme étant quelque chose de d'extrêmement injuste. Donc dans cette histoire, on se bat pour obtenir réparation et justice pour Alexandre George, mais on se bat aussi à travers lui pour mettre une forme de pression sur ce système judiciaire et policier pour qu'il le comprenne, qu'il peut pas faire n'importe quoi et que il va falloir que les choses elles elles changent.
Donc c'est un double combat et surtout ça fait écho à toutes les autres histoires de répression policière et euh de recherche de justice manquée euh pour les personnes racisées, pour les personnes trans, pour les personnes femmes qui sont mises au banc des accusés là où elles essayent de faire valoir leurs droits, leurs paroles et d'obtenir réparation. D'après les derniers chiffres du ministère de l'intérieur, il y a eu 4800 infractions anti LGBT en 2024, soit un chiffre en progression de 5 % après une hausse de 15 % en moyenne chaque année sur la période 2016-2023. C'est extrêmement violent pour la communauté LGBTQP+ à Marseille, mais en fait ça a aujourd'hui un écho à la fois national et international international.
Et donc on adresse des messages en disant on est en train de lutter, on continue, on sait qu'on va continuer de devoir lutter pour pour nos droits et pour protéger nos existences. On lâchera rien de cette histoire et on ira jusqu'au bout parce qu'il y a un policier à faire condamner.
Jean-Pierre Bataille