Ofer Bronchtein est mort
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
6h57 sur France Culture. L'heure de votre humeur du jour, Guillaume. Et ce matin, vous voulez rendre hommage à Offer Bronstein. Je ne connaissais pas bien Offer Bronstein, mais je le connaissais assez pour savoir qu'il était malade. Je me souviens d'un déjeuner avec Eva Illouz où il évoquait ses souffrances. Et pour moi, ses souffrances étaient les souffrances de la paix. Presque son agonie, l'agonie de ces juifs israélo-palestiniens dont il ne restait plus beaucoup d'exemplaires. Enfin, j'en connaissais une poignée, Adnan Kappeliouk et Offer Bronstein qui nous a quittés hier. J'aimerais revenir d'ailleurs sur cette drôle d'expression militant de la paix.
Puisque oui, figurez-vous qu'il existe de plus en plus de militants de la guerre. Des militants à la sable de la guerre de part et d'autre. Et même pire encore, des militants de la guerre qui se croient ou se présentent comme des militants de la paix. Ce n'était pas le cas d'Offer Bronstein. Lui avait consacré sa vie, peut-être même sa santé d'ailleurs, à cette cause impossible. Ou qui passe, aujourd'hui, pour telle, la paix entre Israéliens et Palestiniens. Offer Bronstein connaissait parfaitement son sujet parce qu'il connaissait les hommes qu'il défendait de part et d'autre. Il allait manger du poisson à Gaza à l'époque où l'on pouvait encore manger du poisson à Gaza.
Je crois même qu'il avait songé un temps à y acquérir un petit appartement pour pouvoir s'y reposer. C'est vous dire qu'Offer Bronstein appartenait à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. La disparition d'Offer Bronstein est évidemment une nouvelle terrible pour ceux qui l'aimaient. Mais elle est aussi une mauvaise nouvelle pour ceux qui ne le connaissaient pas. Car elle signifie qu'une génération s'en va. Une génération qui croyait encore la paix possible. Une génération qui avait connu Arafat, qui avait connu Beguine et Sharon. Une génération qui pensait au fond qu'il n'y avait pas grand chose de plus proche d'un juif israélien qu'un arabe palestinien.
Parce que les uns comme les autres étaient des banlieusards des nations, abandonnés par l'Occident pour les juifs, abandonnés par le monde arabe pour les palestiniens. Mais l'histoire dans sa terrible ironie, son ironie sanglante, avait décidé de les réunir sur le même lopin de terre pour les inciter à s'entretuer. Il faut croire que la tentation était trop grande. Ils n'y ont pas à résister. Les matins de France Culture