Face à Face : David Lisnard - 28/09
Audio original de l'émission.
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Vous écoutez RMC, face à face. Apolline de Malherbe. 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour David Lissnard. Bonjour Monsieur le Maire, parce que franchement vous êtes le Maire par excellence. Non seulement vous êtes Maire vous-même, Maire de Cannes, mais vous êtes aussi le Président de l'Association des Maires de France. Les Maires qui sont en première ligne sur les questions de la crise d'énergie, des déplacements, des pénuries de chauffeurs, sur la question du budget, on va y revenir, mais aussi sur les questions d'insécurité, puisque vous alertez inlassablement sur les questions d'insécurité. Je voudrais vous annoncer une information RMC.
Ce matin, on apprend à l'instant que le quartier de Persaigne à Alençon a été le théâtre de violences urbaines et d'affrontements toute la nuit. Selon nos informations recueillies auprès des sources policières, il y a au moins 24 véhicules qui ont été incendiés. Est-ce que c'est une illustration de plus du fait que peut-être la ville est en train de devenir un lieu trop dangereux ?
La ville, mais le pays en s'y est, parce que ce que je constate en allant dans de nombreux départements, y compris ruraux, c'est qu'y compris des villages sont des bases arrières, désormais de trafiquants, que les incivilités infractionnelles, alors là on est sur de l'insécurité, on est sur de l'atteinte grave à des biens ou à des personnes, mais que les incivilités infractionnelles se multiplient. Il fait des années qu'on dénonce ce phénomène, qui renvoie bien sûr à la défaillance, à l'impuissance régalienne, puisqu'on est au cœur de la mission de l'État, assurer la sécurité, qui renvoie aussi à un problème, avec le docteur Maurice Berger, et avec Naïma M.
Fadel, on a parlé de décivilisation.
Vous parlez de décivilisation, de décivilisation globale en France.
Notamment en Occident d'ailleurs, mais avec les phénomènes de violence des jeunes. Donc face à cela, il y a à la fois des réponses pénales qui doivent être adaptées, on en a proposé un certain nombre, notamment pour les mineurs. Il faut aussi des réponses éducatives que l'on connaît, et puis tout simplement, retrouver le sens du sentiment d'appartenance. Et c'est là que les communes ont un rôle essentiel.
Qu'est-ce que vous appelez décivilisation ?
C'est quand un individu de 14 ou 15 ans, comme ce fut le cas dans ma commune, qui n'est pas à l'abri des phénomènes de violence, je ne les ai jamais cachés en ce qui me concerne, peut tuer une femme en ricanant pour voler un sac. Alors, ce n'est pas des images.
Je m'arrête un instant là-dessus, parce que le fait auquel vous faites référence, il est très précis. C'est cette personne, c'est cette vieille dame qui sortait de chez elle, et il se trouve qu'on a les vidéos, puisque ça a été filmé par des caméras de vidéosurveillance, il y a des jeunes de 14 ans, qui la bouscule violemment par l'arrière, la jette à terre pour lui voler son sac.
Oui, puis Henri Kahn, etc. Et ce film ? Ce ne sont pas des faits divers. Il ne faut pas d'un côté se repaître de cela de façon sordide, il faut essayer de comprendre les phénomènes. D'abord, il y a une multiplication de témoignages, de plus en plus, de faits de violence, de trafic, de deals. Vous vous rendez compte, sur la Côte d'Azur, on a eu plus de 200 vols de montres depuis le début de l'année. En France, on ne peut plus sortir avec une belle montre. C'est le cas à Paris aussi. Il y a 40 000, donc on le retrouve dans les témoignages, mais aussi dans les statistiques. 40 000 attaques au couteau, ou rixes au couteau, par an désormais en France.
Les atteintes sur les biens et les personnes, donc les phénomènes de violence, devant des lycées, des collèges, dans nos rues, les rixes, les atteintes sur les biens et les personnes ont augmenté de 33% en 5 ans. Donc il y a un phénomène qui nécessite une action immédiate sur le plan pénal, mais qui nécessite des actions structurelles pour qu'on se sente à nouveau appartenir à la même nation, à la même république.
C'est minimisé au sommet de l'État ?
Ça dépend. Il y a une tendance, bien sûr, à vouloir mettre sous le paillard. On l'a vu sur le phénomène du Stade de France, où non seulement c'était minimisé, mais on voulait nous tromper, nous faire croire que c'était un phénomène de hooligans sanglés, alors que manifestement, c'était un phénomène de violence endogène, dû en particulier à une population clandestine, immigrée, qui est présente de façon pérenne sur ce site. Et ensuite, la médiatisation fait qu'il y a des séquences de com'. On l'a vu cet été avec les rodéos.
Alors, il y a eu au moins un début de réponse, mais le marketing, l'absence de précision dans l'exécution des politiques publiques, l'effet émotionnel, aujourd'hui, crée beaucoup de torts.
Mais David Lissnard, prenons l'exemple que vous citiez de ces jeunes qui s'en sont pris à cette vieille dame. Aujourd'hui, plusieurs mois après, on en est où ?
Alors, les trois ont été interpellés.
Plusieurs semaines après, pardon.
Les trois ont été interpellés grâce à une très bonne collaboration entre la police municipale, j'ai plaisir à le dire, et la police nationale. Un policier municipal qui connaît très bien le quartier, il les a identifiés tout de suite. Et on a permis leur interpellation. Ils sont jugés en novembre prochain. Et ils sont au centre d'éducation fermé. En attendant, la problématique, c'est que l'excuse de minorité ne peut plus s'appliquer. Donc, ce que nous proposons, c'est qu'au-delà de 16 ans, lorsqu'il y a une atteinte grave physique ou morale à la victime, il n'y ait plus d'excuse de minorité. On a le droit de conduire à 16 ans. On est responsable de ces actes.
Et qu'en dessous de 16 ans, il y ait une excuse de minorité qui soit revue sur 20% de la peine et qui n'est pas 50% de la peine. Il faut analyser aussi le fonctionnement des centres éducatifs fermés.
Donc, revoir l'ordonnance de 45
sur la question des mineurs face à la justice. Et puis, aller dans le détail des choses. Ce qui tue l'action publique en général, mais c'est vrai sur le plan budgétaire, c'est vrai sur le plan sécuritaire, c'est le théâtre politique. C'est les grands effets d'annonce, les grands discours sur l'émotion collective et puis on passe à autre chose. Comme dans une entreprise, comme dans une association, comme dans la vie, il faut aller dans le détail, comme on le fait dans nos mairies. On est des habitants parmi les habitants. Donc, on est obligé de régler les problèmes.
Mais il y a une ville qui est en train de devenir en ce moment le symbole de l'insécurité. C'est Nantes. Il y a deux jours, c'est le témoignage de cette femme qui tient deux établissements de restauration à Nantes depuis des années. Elle a vu sa ville se dégrader. Elle avait cette phrase, elle a dit l'insécurité. Désormais, ce qu'on nous répond à la mairie, c'est que ça fait partie du paysage nantais et les Nantais qui sont contraints de s'organiser eux-mêmes pour tenter de faire face à l'insécurité. La maire de Nantes, qui pour l'instant ne répond pas à nos sollicitations, a simplement répondu par écrit à Ouest France. Elle a dit « Je refuse de céder à l'hystérie ».
D'abord, la sécurité ne doit plus faire partie du paysage français. Il y aura toujours un peu de la sécurité, évidemment. Mais aujourd'hui, il y a véritablement un échec national en la matière. Deuxièmement, il ne s'agit pas d'édulcorer les responsabilités des uns ou des autres. Les mairies sont surtout les grandes villes qui sont un maillon dans le continuum de sécurité et on a des outils. Mais on n'a pas l'autorité judiciaire. Ce qui est très frustrant pour un maire en matière de sécurité, c'est qu'on n'a pas le droit de faire des actes d'enquête. Nos polices municipales, sauf sur réquisition du parquet, n'ont pas le droit de demander des papiers d'identité.
Moi, dans ma commune, on a une police municipale très importante, armée, formée. On a le réseau de vidéosurveillance le plus dense de France avec une caméra pour 110 habitants. Ça ne règle pas toutes les problématiques, évidemment, mais c'est un maillon de plus dans la chaîne de sécurité. Mais la problématique, c'est que, comme dans toute notre politique publique, là où on est sur le cœur des missions de l'État, l'État a été inventé dans l'histoire pour protéger à l'intérieur et à l'extérieur. Pas que. Ah, c'est l'invention de l'État. Pour vous,
c'est vraiment c'est la sécurité ?
Pardonnez-moi, mais ce n'est pas que la seule mission de l'État. Il y a d'autres missions de l'État. L'aménagement du territoire, l'égalité des chances. Mais l'État a été inventé. Hobbes l'a théorisé mieux quiconque, mais parce que l'homme est un loup pour l'homme, pour protéger le groupe, protéger la nation des attaques intérieures, des attaques extérieures. C'est la première mission de l'État. Et malheureusement, plus l'État prélève d'impôts, plus il dépense d'argent. On a le record de la dépense publique, on le voit avec le projet de budget. Plus il est défaillant sur ces missions régaliennes. On s'adapte toujours à la réalité, à la pénurie. On a un sous-équipement carcéral.
On a un des pays qui a le moins de places de prison par habitant. La conclusion, c'est qu'on n'exécute pas assez les peines d'emprisonnement qui protègent les habitants et les isolant, d'une part, et que d'autre part, il y a une surpopulation carcérale qui, finalement, catalyse les problèmes, accélère les problèmes.
Vous dites que l'État est défaillant. Est-ce qu'il est défaillant aussi sur les questions de laïcité ? On l'a vu ces derniers jours avec la révélation et BFM TV, il y a eu accès de ces notes des services de l'État qui ont été adressés aux recteurs pour les alerter sur des véritables offensives à la laïcité dans les établissements scolaires, y compris dans les écoles. Les maires ont la charge des écoles. Les appels à pratiquer la prière dans les lycées des influenceurs qui lancent des défis portés le voile dans l'enceinte de l'école. D'abord, est-ce que c'est des problèmes auxquels vous êtes confrontés ?
Alors, un, les maires ont la responsabilité des bâtiments des écoles, pas du contenu et des établissements. J'ai l'impression que chacun a un petit morceau et du coup... Mais c'est bien des problèmes. Le problème de la France, c'est une perte de responsabilité individuelle puisqu'on ne sait plus qui fait quoi. En l'occurrence, les maires ont la responsabilité des bâtiments des écoles et du périscolaire. Deux, il y a un phénomène d'entrisme islamiste depuis des années.
Pardonnez-moi, mais je ne crois pas être quelqu'un d'extrême, j'ai été un des premiers à le dénoncer, y compris sur les espaces balder, puisque j'avais été le premier maire, ce qui m'avait été bien reproché à prendre un arrêté sur les burkinis. Pourquoi ? Ça pourrait paraître ridicule de prendre un tel arrêté, mais en fait, il y a une dynamique politique de conquête de l'espace public et de l'espace privé. Ça a été vrai en entreprise, les choses s'améliorent par une clarification du droit, mais c'est vrai aussi dans l'enseignement où il y a des minorités agissantes.
Si on ne contre pas ces minorités agissantes, on banalise l'islamisme radical et d'abord, on trahit l'esprit républicain universaliste, on ne respecte pas la civilisation française, mais en plus, on laisse nos compatriotes musulmans les plus intégrés, ceux qui sont français et qui le sont de façon pleine et entière, finalement, se voir marginalisés au sein des pratiques en musulmane.
Vous parlez carrément d'une volonté politique. Est-ce que c'est-à-dire que chaque jeune fille, on voit les images sur les réseaux sociaux, je les ai diffusées ici même ces derniers jours, de jeunes filles qui se filment elles-mêmes sur TikTok ou sur Instagram dans l'enceinte des lycées, ultra fières de mettre leur voile ou leur abaya, voire même de faire la prière dans l'enceinte des lycées. Est-ce que ça veut dire que ces jeunes filles-là, elles ont une volonté politique ?
Ça veut dire qu'il y a deux phénomènes faciles. Il y a d'abord une volonté de provoquer que tout gamin ressent et il y a une volonté de transgresser. Et donc, c'est pour ça que la médiatisation peut aussi stimuler cela, mais il faut bien parler des problèmes. Et puis, deuxièmement, ça a été démontré. D'ailleurs, vos confrères du Parisien ce matin ont fait une enquête. C'est à la une du journal
montre qu'il y a des réseaux.
Il ne faut pas être naïf. Il y a des réseaux fréristes, il y a des réseaux salafistes, mais c'est surtout chez les fréristes qui ont une stratégie d'antrisme absolument et qui sont organisés. Enfin, on ne le découvre pas. C'est des coups de butoir. Bien sûr. Et puis, la réaction face à cela, c'est déjà, la réaction des pouvoirs publics, c'est souvent de le cacher. Tant que ce n'est pas médiatisé.
Je voudrais vous donner la réponse de Papendia et le ministre de l'Éducation qui a été interrogé depuis la divulgation de ces fameuses notes au recteur qui alerte sur ces coups de butoir à la laïcité. Et voilà la réponse du ministre de l'Éducation. Nous sommes attentifs à toutes ces manifestations, à tous les signalements qui peuvent être faits soit sur les réseaux sociaux, soit à l'intérieur des écoles. Nous sommes donc attentifs, dit-il, mais il ajoute des données plus précises seront disponibles à partir du début octobre. J'ai annoncé que nous publierons chaque mois des données à propos de ces signalements. Est-ce que ça suffit ?
Je sais bien déjà que le thermomètre fonctionne à condition qu'il soit réel, c'est-à-dire qu'il y ait vraiment à les remonter. Il faut appliquer la loi du 15 mars 2004 qui est très simple et très... Sur l'interdiction du port des signes religieux à l'école. Exactement. Et qui est très adapté à ces situations.
En fait, il suffit d'appliquer la loi.
Il suffit d'appliquer la loi et puis qu'une fois de plus, les discours soient traduits en actes. La crise civique dans laquelle nous sommes, qui est vraiment... qui interpelle beaucoup les taux d'abstention, les votes d'humeur, les phénomènes de violence, gratuits y compris sur les élus d'ailleurs. Mais moi j'aimerais bien
poser la question très concrète. Elle est le fruit
de ce décalage entre les discours grandiloquents, les indignations, nous ne laisserons plus passer cela lorsqu'il y a une émotion collective et en fait, la facilité de ne pas aller dans le détail. Mais David Lissner... Donc il faut soutenir nos principaux, nos proviseurs, nos directeurs d'école, nos enseignants. Comment se fait-il que la moitié des enseignants déclarent ne plus oser enseigner la Shoah ou étudier Voltaire en France ? Terre des Lumières, c'est plus possible.
Mais justement, David Lissner, pardon, mais cette question je l'ai posée il y a deux jours à la Première ministre et elle disait il faut appliquer la loi. Vous répondez aussi à la même chose, il faut appliquer la loi. Mais qui doit appliquer la loi ? Est-ce que c'est au professeur seul face à ses élèves ? Et encore une fois, quand il demande à une jeune fille, ce qui a été le cas notamment récemment dans le centre même de Paris, d'enlever son voile, de découvrir sa tête, si la jeune fille refuse, on fait quoi ?
Il est évident que les parents doivent être responsabilisés. C'est comme sur l'effet de délinquance. Dans les volets, il y a le volet répressif, mais il y a le volet responsabilisation. Soit on est majeur et on est responsable, soit on est déclaré responsable et dans ce cas-là, les parents doivent être responsabilisés. Il y a plusieurs façons de responsabiliser les parents. C'est soit une amende pécuniaire pour ceux qui sont solvables, soit une restriction d'aide sociale pour ceux qui ne sont pas solvables.
Vous l'appliquez vous-même à Cannes, cette question-là ?
Je le demande, mais en droit, je n'ai pas le droit de suivre. Moi, en tant que maire, ce n'est pas moi qui décide. Mais vous essayez de travailler avec la justice. Mais vraiment, je répète, ce qu'il faut, c'est l'exécution des choses dans la durée. Ce n'est pas simplement les moments émotionnels. Une semaine, on va nous parler des violences faites aux femmes qui sont une abomination et puis on va créer un coup de fil dans les commissariats. Puis la semaine d'après, ce sera la violence faite aux élus. Puis la semaine d'après, ce seront les phénomènes de radicalisation. Ce qu'il faut maintenant, c'est que l'exécutif exécute. Vous savez, les mots ont un sens.
Le législatif doit légiférer, l'exécutif doit exécuter. Il y a bien longtemps qu'on est dans le théâtre politique et c'est ce qui alimente la crise civique et démocratique.
Je vais vous interroger sur le budget dans un instant, mais vous avez dit que la moitié des enseignants d'histoire-géographie n'osait plus...
Il y a eu une étude, mais c'est publié, officiel. Je crois même que c'est évoqué dans le digital de votre collègue du Parisien aujourd'hui, M. Charbonneau, qui n'ose plus étudier certaines périodes de l'histoire. Je crois que c'est dans les collèges ou au début de lycée. Et c'est notamment la Shoah, mais aussi Voltaire. Mais aussi Voltaire. Parce qu'il était trop critique vis-à-vis des religions.
David Lysnard, le budget est donc présenté cette semaine. Et les maires disent être particulièrement déçus, voire en colère. Pourquoi ?
En fait, on est dans un feuilleton sans fin. Journée sans fin. C'est-à-dire que depuis 40 ans, on n'a pas de budget de l'État équilibré. On a une dégradation des comptes publics. Alors là aussi, grande différence entre les effets d'annonce très martiaux et la réalité des faits. Plus 10 800 fonctionnaires d'État. Une dépense... On va être sur un record d'empreint de l'État l'année prochaine à 280 milliards. On dit que c'est à l'euro près 280 milliards sur du fonctionnement. Si on fait ça dans une mairie, c'est du pénal. C'est interdit. Nous, on emprunte que pour de l'investissement, pour créer un actif. Il n'y a pas de problème de finances.
Il y a des communes bien gérées, des communes mal gérées.
Donc vous dites à l'euro près, c'est vraiment un effet d'annonce.
Oui, évidemment. Il y a une facilité de la dépense publique qui flatte l'opinion, évidemment, qui alimente les phénomènes inflationnistes puisque les politiques d'expansion budgétaire et d'expansion de masse monétaire font que lorsqu'elles sont déconnectées de production de biens et services, vous avez une augmentation des prix. Donc les prix, vous savez, c'est l'impôt des pauvres, l'inflation, parce que ça touche surtout le logement, l'énergie, l'alimentation.
Et tous les biens sur lesquels ils ne peuvent pas arbitrer.
Et parallèlement, les seuls que l'on veut prélever encore, parce que le fait de ne pas indexer ce qui appartenait aux collectivités, on nous a supprimé nos recettes fiscales, taxes d'habitation, taxes professionnelles, on nous les a remplacées par des dotations. Et dans le langage commun très démagogique de l'exécutif, on dit l'État donne tant aux collectivités. Non, c'est de l'argent qui, dans la Constitution, appartient aux collectivités. Toutes les DGF, les dotations. Ils se donnent le bon ou quoi ? C'est un don, c'est un dû. Et si ce n'est pas indexé, c'est un prélèvement de l'État.
Mais la question fondamentale, c'est comment se fait-il en début de quinquennat qu'on ne s'attaque pas à la matrice, à l'organisation des pouvoirs publics ? Nous avons le pays qui a le record, hors Covid, etc., des prélèvements obligatoires, impôts et charges. C'est incontesté. Le record de la dépense publique, on est presque à 60%. Mais à cela, le gouvernement répond
qu'on n'augmentera pas les impôts.
On n'a jamais autant eu de fonctions publiques, on n'a jamais autant eu aussi peu de fonctionnaires sur le terrain. Pourquoi ? Parce que là où la moyenne européenne, c'est 24% de fonctions administratives de back-office, on est à 34% en France. Donc, cette sur-administration, cette bureaucratie qui exaspère tous les maires, qui exaspère tous les chefs d'entreprise. Moi, je viens d'entreprise.
Et il n'y a pas d'effort qui a été fait là-dessus ? Emmanuel Macron avait promis qu'on arrêterait d'emmerder les Français ?
La preuve que non. Oui, puis il avait dit parallèlement qu'il fallait en emmerder une certaine catégorie. C'était ces termes. Mais sur la vaccination. Mais c'est accessoire. Mais parallèlement, non. Il n'y a jamais l'inflation de textes. On est à 50% de textes en moins de 20 ans. On a plus de 400 000 articles à l'égie de France. Donc, vous avez l'impression
de payer pour des efforts qui n'ont pas été faits par l'État.
46 milliards ont été prélevés sur les collectivités depuis 6 ans. Nous avons des budgets. Même la ville la plus mal gérée a un budget à l'équilibre. C'est une obligation légale. Donc, on fait des efforts tous les jours. Et aujourd'hui, ce qui est mis en cause, ce sont les services publics de proximité.
Ça veut dire que les services publics de proximité vont être dégradés ? Nécessairement dégradés ?
On va voir. Parce que la discussion parlementaire commence. Je sens de bonnes intentions aussi chez certains membres du gouvernement. Quand on discute avec Christophe Béchut, quand on discute avec la première ministre, il y a un dialogue qui s'est instauré. Mais le budget ne correspond pas à ce qui nous avait été dit sur différents facteurs. Et donc, on va maintenant profiter de la période parlementaire, du débat parlementaire pour ne pas être spolié et pour ne pas spolier les habitants.
Vous avez l'impression carrément d'être spolié, vous les maires de France ?
On le dit toutes tendances confondues, y compris ceux qui sont prêts du gouvernement. Toutes les prises de position de l'AMF sont prises à l'unanimité.
L'AMF, l'organisation des maires de France dont vous êtes le président vous disiez les services publics pourraient être dégradés. J'ai deux points sur lesquels je voudrais vous interroger qui sont très, très quotidiens pour les Français. C'est la question des transports, notamment des transports scolaires et la question des piscines. On a vu avec cette crise énergétique que certaines piscines avaient fermé. Est-ce que dans un sens, ce n'est pas aussi un peu la faute des maires qui avaient délégué ces services-là à des entreprises qui, face à la hausse des coûts de l'énergie, ont préféré fermer les piscines ?
Il ne faut pas tomber dans des approches religieuses sur la gestion des services publics. Les services publics, moi, mes piscines sont gérées directement en régie. Elles pourraient être déléguées et ça fonctionne très bien dans certains cas. En l'occurrence, il y a une obligation de continuité du service public pour les délégataires. Et d'ailleurs, les maires concernés que vous évoquez, y compris en région parisienne, ont obtenu gain de cause et ces piscines rouvrent. Mais à un moment donné, il y a des principes de réalité.
C'est-à-dire que quand vous avez des factures énergétiques qui sont, j'ai eu le cas, c'était dans Haute-Vienne, le maire de Lille qui me disait que sa facture énergétique passait de 300 000 euros à 1,8 million. Mais tu veux pas... Oui, 3,18 million. C'est colossal. C'est colossal. Alors, on va voir les dispositifs qui vont être mis en place. Le premier dispositif qui a été mis en place cet été, l'AMF l'a dit, n'était pas pertinent parce que c'est une... Pardonnez-moi le jeu de mots, une mauvaise unité à gaz. C'est-à-dire des compensations qui seront versées en septembre 2023 sur des communes dont la CAF... Ils vous disent qu'ils vont s'impliquer ?
Ils vous disent qu'ils vont...
Nous, on donne une chose très simple. On ne demande pas d'aide parce qu'on ne veut pas être considérés comme des sous-traitants des politiques publiques de l'État. On demande simplement qu'on respecte notre intégrité financière, qu'on cesse de nous piocher... Un mot sur les transports,
David Lysnard ?
Les transports, il faut absolument pas... C'est une évidence que c'est un service public essentiel pour reprendre une terminologie qu'on a découvert il y a deux ans et qu'ils doivent être maintenus garantis.
La politique,
l'avenir de la France...
Et LR ? Et LR, votre famille ?
Je crois qu'il faut être très lucide sur le déclassement de notre pays, notamment le déclassement éducatif, le déclassement sécuritaire, le déclassement économique, mais qu'il faut être aussi très confiant sur notre capacité de rebondir. Qui pour incarner ça ? Pour cela, il faut construire une offre alternative. On ne peut pas laisser cette dialectique actuelle entre un pouvoir empêtré dans le même tantisme qui veut flatter tout le monde et des actifs des personnes.
Tous les gens chez LR disent ça, mais aujourd'hui, il y a une bataille aussi pour la présidence de LR. Vous ne serez pas candidat ?
Non, non, parce que j'y ai pensé, mais il faut faire des choix dans la vie, des choix notamment de capacité de faire. Ça me paraît peut-être naïf, mais je suis maire de ma commune qui me prend beaucoup de temps. C'est compliqué, mais au moins, c'est concret. J'ai eu la chance et le privilège d'être choisi par mes pères pour être président de l'Association des maires de France. C'est une belle fonction qui est chronophage, qui est bénévole, qui est passionnante et objectivement, prétendre assumer une fonction de plus sans pouvoir vraiment l'assumer de façon pleine et entière. Et vous soutiendrez qui, du coup ?
Je ne suis pas sûr d'afficher un soutien pour une raison simple, c'est que si je n'y vais pas, c'est aussi pour garder une autorité sur l'AMF. Je ne vais pas en avoir que les inconvénients sans avoir les avantages politiques.
Donc vous ne choisirez pas ?
Moi, je ferai un vote, je choisirai à titre individuel, mais je ne suis pas sûr que de toute façon, ma décision remporte grand monde et puis chacun sera responsable de son vote.
Et vous voulez pouvoir garder une assise aussi sur les maires de France qui s'appelle Nouvelle Énergie
depuis 2013, qui se fonctionne très bien et qui nous permet vraiment de porter une offre sur du contenu. Ce qu'il faut aujourd'hui, avant d'avoir l'obsession de l'incarnation, c'est d'avoir l'obsession du contenu. Les gens se disent, tiens, s'ils sont au pouvoir, enfin, ils vont respecter certains principes. Pas un programme détaillé maintenant, certains principes. Et sur l'LR, d'ailleurs, à mon avis, ce qui plombe un peu l'élection de l'LR, c'est qu'on élit un président pour 5 ans et avec l'obsession de la présidentielle dans 5 ans. D'abord, il faut un travail pour faire monter des talents, pour être présent sur le numérique, pour être présent dans les universités, dans les syndicats.
Et moi, je proposerais très simplement que quand on vote pour le président, on vote aussi pour un changement des statuts et que ce président soit élu pour 2 ans avec une mission de redresser le mouvement comme dans une entreprise, de créer un contenu, d'assainir les finances, de faire monter des talents,
d'aborder les européennes
et comme ça, on aurait une élection de la présidence LR après les européennes à 1 an et demi de la présidentielle qui permettrait d'avoir une vraie dramatique autour de l'élection de cette présidence LR et donc de faire venir des adhérents et de prendre l'agenda politique.
Et donc, on changerait le calendrier et l'agenda. Monsieur le maire, donc David Lissnard, maire de Cannes et président des maires de France, il est 8h54 sur AMC BFM TV.
David Lisnard