MACRON, ZEMMOUR : ILS SONT EN GUERRE CONTRE L'ÉTAT DE DROIT
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Est-ce qu'on choisit la protection des Français ou est-ce qu'on choisit ce qu'on appelle pompeusement l'état de droit, c'est-à-dire que le juge a le droit, au nom de l'indépendance et au nom de l'état de droit, de fouler au pied, au nom de son idéologie victimaire, la protection des victimes.
Après la manifestation des policiers devant l'Assemblée nationale, Éric Zemmour disserte sur les moyens de lutter contre la délinquance, le terrorisme et l'immigration.
C'est le juge qui détermine en fonction des principes, qui l'interprète de lui-même, à propos de vagues textes dans les déclarations des droits de l'homme dont il fait ce qu'il veut, et il dit voilà on doit faire ci, on doit faire ça. Non, ça ce n'est pas la démocratie, c'est l'état de droit.
Donc en gros, il faut mettre en tôle préventivement des fichiers S parce que ce sont de potentiels terroristes, ou bien il faut reconduire les immigrés à la frontière parce que ce sont de potentiels délinquants. Mais voilà, on ne peut pas parce que l'état de droit nous en empêche.
Je pense que ça va être le vrai Neugordien de l'avenir, c'est-à-dire qu'on va devoir choisir entre la démocratie et l'état de droit.
Démocratie et état de droit sont dans un bateau, on jette l'état de droit à l'eau, qu'est-ce qui reste ? Pour Zemmour c'est simple, il reste la démocratie. Mais qu'est-ce que la démocratie sans l'état de droit ? On sort le dossier de la démocratie et de l'état de droit.
Moi je choisis la protection de la France et des Français. D'autres, le plus souvent à gauche mais pas seulement, il y a des libéraux aussi qui pensent ça, au nom d'une conception je dirais philosophique mais quelque peu éthérée de la liberté et de l'indépendance de la magistrature, sacrifient la sécurité des victimes et la protection de la France.
La position libérale c'est par exemple celle de l'avocat François Sureau. Et je ne suis pas sûr qu'il veuille abandonner la France et les victimes d'attentats.
Suspendre les libertés en période de terrorisme à cause d'une sorte de théorie des circonstances exceptionnelles est une question qui se pose sérieusement. Personnellement je ne le pense pas pour la raison que vous venez de dire. Je pense que précisément notre système de liberté a été bâti pour tous les temps parce que si on cesse de l'appliquer dans les temps difficiles, ça veut dire qu'en réalité on n'y croit pas vraiment et que donc on perd toutes les raisons de le défendre. Mais c'est une question qui se pose, et d'ailleurs il y a une théorie des circonstances exceptionnelles qui existe, c'est une question qui se pose.
J'entends cette discussion, vous voyez, intellectuellement je l'entends. Après moi j'ai choisi politiquement et idéologiquement. C'est pas très étonnant quand on voit l'impunité avec laquelle on entend régulièrement tout le monde, du ministre au premier ministre, en passant par le président, les responsables des formations, l'opposition à la majorité, dire que la sécurité est la première des libertés. La première des libertés c'est la sécurité des citoyens. Quand le pouvoir politique, législatif, essaye de mettre des peines planchées pour qu'il n'y ait pas de peines trop légères, immédiatement le conseil constitutionnel va casser cette mesure.
Zemmour fustige ces institutions qui constituent l'état de droit, alors que Sureau au contraire les défend. Par exemple lorsqu'il critique l'état d'urgence permanent.
Change le code pénal tous les 18 mois et passe une loi de sécurité globale tous les ans. On est le seul pays à faire ça, dans les pays civilisés tout de même. Et il ne reste plus à la fin que le conseil d'état et le conseil constitutionnel pour y faire obstacle. Qu'est-ce que l'état de droit ?
Pour Zemmour, c'est le contrôle des juges sur les décisions politiques. Contrôle qui selon lui dégénère en un gouvernement des juges.
Toute norme, toute action politique doit être de la surveillance du jus. Or ça rend impossible l'action politique, et en particulier dans le cadre de la vague migratoire que nous subissons.
Pourquoi ? Bon d'abord c'est faux. L'activité des hauts de cours comme le conseil constitutionnel, c'est pas une libre créativité absolue, mais une application de la constitution. Et pour la justice en général, on aurait plutôt le problème inverse en France, avec un parquet inféodé à l'exécutif. Ensuite, c'est une vision beaucoup trop restrictive. L'état de droit désigne une réalité plus large. C'est la situation dans laquelle le pouvoir de l'état est limité par le droit, pour éviter l'arbitraire. L'idée générale de l'état de droit, c'est que c'est pas parce que vous êtes majoritaire au parlement ou au gouvernement que vous pouvez faire tout ce que vous voulez.
Autrement dit, une partie du droit, comme la constitution, s'impose à l'état lui-même. Il s'agit de mettre à l'abri un certain nombre de droits, des changements de majorité politique. Par exemple, le principe de séparation des pouvoirs est inscrit dans la constitution et s'impose au gouvernement, quelle que soit sa couleur ou majorité politique. De même, les droits de l'homme inscrits dans la constitution interdisent au gouvernement ou à la majorité politique de violer certains droits fondamentaux des individus. Par exemple, Macron et ses députés ne peuvent pas décider de rendre légale la torture. Ils ne peuvent pas non plus décider de retirer à Zemmour sa liberté d'expression.
L'état de droit, c'est aussi un certain nombre de libertés, de réunions, d'expressions, de manifestations, de presse et les institutions chargées de contrôler leur respect, comme le défenseur des droits. Zemmour semble dire que les juges de l'état de droit lèsent le peuple. Mais avec la bonne définition, on voit bien que le rôle de l'état de droit, c'est de protéger le citoyen contre les abus du pouvoir de l'état. Mais alors quoi ? Zemmour s'en fout des abus de pouvoir ? Je ne pense pas. Ce qu'il veut dire, c'est que le meilleur moyen de les éviter, c'est que le pouvoir ne soit exercé que par des personnes bien élues démocratiquement. Et en apparence, ça sonne vrai.
La démocratie, c'est le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. D'accord ?
Il n'est pas en train de défendre la dictature, il est juste en train de dire que l'état de droit constitue un obstacle à l'action des représentants du peuple.
La démocratie, ça veut dire que rien n'est au-dessus du peuple. Ça ne veut pas dire qu'il ne doit pas y avoir de droit, vous comprenez. Ça ne veut pas dire que... Mais le droit, il est exprimé par la loi qui est votée par les représentants du peuple.
Il défend donc que l'essence de la démocratie, c'est l'élection. L'état de droit n'est pas essentiel, voire c'est ce qui vient entraver la démocratie. Une majorité des Français nous a élus, donc maintenant on est parfaitement légitime pour cogner du bronzé. Ça ressemble beaucoup au concept de démocratie illibérale forgé par le politiste américain Farid Zakaria. Ce concept est de plus en plus utilisé pour nommer des régimes comme la Hongrie, la Turquie, les Philippines, qui, tout en respectant les cadres formels de la démocratie élective, sont marqués par toutes sortes d'atteintes à l'état de droit.
Remise en cause de la division des pouvoirs, tendance de l'exécutif à s'affranchir de tout contrôle, répression de l'opposition, mais aussi inégalité de traitement des citoyens, atteinte grave au pluralisme médiatique et atteinte aux autres organisations de la société civile.
On voit en Europe qu'il y a de plus en plus de ce qu'on appelle des démocraties illibérales, c'est-à-dire qu'il y a toujours une élection du président de la République ou du chef du gouvernement au suffrage universel, voire au suffrage universel direct, comme en France, mais dans l'exercice du pouvoir au jour le jour, et bien un pouvoir autoritaire, on le voit dans les manifestations, avec de plus en plus de violence.
Un des intérêts de la notion de démocratie illibérale, c'est qu'elle permet de nommer des dérives autoritaires au sein de nos propres régimes démocratiques. C'est un moyen d'éviter la fausse alternative qu'on nous rétorque toujours quand on les critique.
Aujourd'hui c'est installé dans notre société, et de manière séditieuse par des discours politiques extraordinairement coupables, l'idée que nous ne serions plus dans une démocratie, qui a une forme de dictature qui s'est installée, mais allez en dictature !
On peut très bien avoir été élu démocratiquement, mais avoir une pratique du pouvoir qui met à mal l'état de droit, sans pour autant être une tyrannie.
Parce qu'une tentation est là qui existe, croissante, aux frontières de l'Europe comme au sein de l'Europe, c'est la tentation des démocraties illibérales.
Ironiquement, lorsque Macron fustige les démocraties illibérales lors de ses voeux à la presse de 2018, on dirait qu'il se critique par anticipation.
La liberté de la presse aujourd'hui n'est plus seulement attaquée par les dictatures notoires, elle est aussi malmenée dans des pays qui font partie des plus grandes démocraties du monde.
Mais là encore, ce sont les dispositifs de l'État de droit qui sont venus contrecarrer ces attaques. Le 20 mai, le Conseil constitutionnel est intervenu contre la loi sécurité globale en censurant certains articles, dont le fameux article 24, qui limitait la possibilité de filmer et de diffuser des images identifiant des policiers en activité. Et le 10 juin dernier, c'est le Conseil d'État qui a annulé d'importantes dispositions du nouveau schéma de maintien de l'ordre, notamment l'idée d'accréditer des journalistes sur des manifestations, ainsi que la pratique de l'ANAS.
L'impression qui se dégage, c'est celle d'une majorité sans cesse tentée de pondre des lois liberticides en se réclamant de la légitimité des urnes et en tentant de s'asseoir sur le pluralisme démocratique et les contre-pouvoirs.
Les gens du Nouveau Monde ont fabriqué des trucs dont même les séides les plus éprouvants du président Sarkozy n'avaient pas rêvé, avec une bonne conscience, avec un allant, avec une facilité à reprendre les raisonnements de l'administration répressive et de la police qui sont absolument sans exemple.
L'univers mental des députés de La République En Marche est non seulement illibéral, parce qu'il s'offusque à chaque fois de voir retoquer leurs projets liberticides, mais il est aussi antidémocratique, parce que s'il prenait davantage en compte les critiques de l'opposition, il ne pondrait pas des projets aussi mal foutus. On arrive aux limites de la notion de démocratie illibérale. A-t-on encore affaire à une démocratie ? Parce que les droits fondamentaux et les libertés publiques, ce n'est pas seulement des moyens de limiter le pouvoir de l'Etat, mais ce sont des conditions de la vie démocratique, du débat public, du pluralisme.
Pouvoir défendre ses opinions, se réunir, manifester, se syndiquer, ne sont pas seulement des droits qui protègent l'individu, ce sont aussi des droits qui font de lui un citoyen pouvant participer à la vie politique.
L'espace de débat public, l'espace pour la réalisation des droits civiques et politiques est en train d'être réduit. Tout d'abord parce que le droit de manifester a fait l'objet de nombreuses restrictions au cours des dernières années.
Un système politique qui restreint considérablement ses droits n'est pas seulement une démocratie illibérale, c'est plus une démocratie tout court. Continuer à les qualifier de démocratie, comme ici Zemmour ou les illibéraux, c'est appauvrir la démocratie. Elle n'est plus alors qu'un vote et non un climat général de liberté. Or la démocratie, ça marche sur ses deux jambes. Macron propose un bout en avant dans la transformation néolibérale de la société française. C'est un projet très impopulaire, mais notre système électoral lui a permis de convertir sa faible base sociale, le bloc bourgeois, en légitimité démocratique.
Ensuite, les institutions de la Vème République et sa pratique autoritaire du pouvoir lui permettent de passer en force, grâce à une majorité de députés godillots et en envoyant la police étouffer les conflits sociaux. Zemmour formule explicitement ce qui est latent dans la pratique du pouvoir d'Emmanuel Macron. Tout le pouvoir à l'exécutif. Vous avez aimé Macron et la Vème République, vous allez adorer le zemmourisme. Le monde proposé par Zemmour pour sauver la France de ces problèmes, c'est la Macronie, moins les dernières digues de l'état de droit qui nous ont un peu protégés.
Et nul doute que si cette mobilisation s'avère très efficace et très forte aujourd'hui, les digues cèderont, les digues, c'est-à-dire les contraintes de la Constitution, les contraintes de la loi.
Sa France rêvée, c'est celle d'un peuple mis dans l'incapacité de se défendre face à un pouvoir surpuissant.
L'état d'urgence, c'est-à-dire ce dispositif légal d'exception qui se pérennise, ça fait trois ans sur cinq ans que nous vivons en état d'urgence. On voit qu'il remplace progressivement l'état de droit. Il y a énormément de lois qui sont adoptées pendant ces moments et que ça détruit le cadre de l'état de droit qui permet une stabilisation des institutions et qui permet une sécurité pour tout le monde.
Au fond, l'état d'urgence terroriste et sanitaire donne une image de la société politique souhaitée par Zemmour. On ne peut pas se réunir, nos déplacements sont a priori considérés comme suspects, on ne peut pas manifester, et en guise d'espace public ouvert et équilibré, on n'a plus que CNews et LCI. Et voilà, c'était le dernier épisode de la saison, merci d'avoir suivi jusqu'ici, restez connectés aux médias, il se prépare des choses vraiment pas mal. Moi je vous dis au revoir et je vais me prendre quelques vacances.
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Éric Zemmour