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InterviewMaison de l' Europe de Paris· 15 juin 2020 9 minAutoproduitPortrait personnel

2/3 Entretien de Catherine Lalumière sur les 35 ans de l'espace Schengen 2/3

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  • Catherine Lalumière94 %
  • Présentateur4 %

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0:02
Présentateur

Pourquoi est-ce que vous êtes engagée pour l'Europe ?

0:09
Catherine Lalumière

Rien ne me prédestinait à cela, parce que dans ma famille, on n'était pas hostile, mais ce n'était pas une préoccupation. Avec mon mari, ça a été un peu différent, mais mon mari était professeur de droit, et quand même essentiellement du droit français. Et moi-même, je n'étais pas du tout contre l'idée européenne, mais je ne connaissais pas grand-chose. Et c'est en fait les hasards, mais vraiment les hasards de la vie politique, qui m'ont poussé à m'intéresser à l'Europe. Et quand j'étais au gouvernement, à un moment donné, j'ai été amené à aller à des réunions à Bruxelles, tout simplement parce que le ministre des Affaires étrangères, qui devait s'occuper de l'Europe, était surchargé.

Et le ministre des Affaires européennes, en l'occurrence Roland Dumas, était aussi surchargé. Et je me rappelle avoir été pour la première fois de ma vie à Bruxelles pour représenter la France, y compris par exemple pour signer l'accord de Schengen, le négocier et le signer. Mais au départ, franchement, je n'avais aucune connaissance des questions européennes. Mais j'ai par exemple la négociation pour l'accord de Schengen, et puis les connaissances que je me suis faites, la sympathie mutuelle, avec par exemple Robert Goebbels, qui était le secrétaire d'État chargé des Affaires européennes au Luxembourg à cette époque. Tout ça a fait que ça m'a semblé très intéressant, cette Europe.

Et quand nous n'avons plus été au gouvernement, c'est-à-dire en 1986, j'ai été élu quand même député national. Et à la Commission des Affaires étrangères, j'ai suivi en particulier les questions européennes. Et puis, hasard de la vie, en 1989, je suis dans la délégation de l'Assemblée nationale française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Et puis un jour, le président de notre groupe politique, le groupe socialiste, qui était un Allemand, me fait venir dans son bureau et me dit, écoute, Catherine, très probablement, nous allons, nous socialistes, avoir le poste de secrétaire général, parce qu'il y a des habitudes de rotation, pour que tout le monde ait un jour un secrétaire général, etc. On a pensé à toi, je pense que tu as le profil. Alors, je suis très très étonné, parce que quand même, oui, j'avais été secrétaire d'État aux affaires européennes. Mais enfin, le poste de secrétaire général du Conseil de l'Europe, ça me paraissait, disons, un placard doré.

Bon, c'est un poste honorifique, disons, avec quelques avantages financiers, mais je ne me voyais pas, quand même. J'ai beaucoup hésité, et puis finalement, j'ai dit, on y va. J'ai été élu secrétaire général du Conseil de l'Europe en 1989. Et là, la chance de ma vie, en tout cas de ma vie politique, c'est la chute du mur de Berlin, le basculement des pays de l'Europe de l'Est, et un travail au Conseil de l'Europe absolument passionnant. Et là, ça a été vraiment le grand moment où je me suis passionné pour les questions européennes, et cette passion était justifiée. On était en train de vivre comme un événement historique. C'est rare, quand même.

Ça faisait 50 ans que l'Europe était coupée en deux, que le bloc de l'Est et le bloc de l'Ouest se regardaient en chien de faïence. Et tout ça, il y avait une redistribution des cartes énorme. Et à partir de ce moment-là, alors, j'ai été complètement engagé et passionné. C'était vraiment quelque chose de difficile, de périlleux parfois, mais oui, passionnant.

5:33
Présentateur

Vers l'Europe. Et justement, puisque toute votre carrière, vous avez accordé une grande importance aux valeurs européennes. Pourquoi les valeurs européennes et quelles sont celles qui sont peut-être les plus importantes pour vous ?

5:49
Catherine Lalumière

J'ai découvert d'abord ce que je n'avais pas forcément réalisé auparavant, que la construction européenne, qui a un aspect juridique évident, on est à bord des traités, en réalité, est reposé sur un socle, un socle de valeurs. Et le Conseil de l'Europe en particulier, m'a fait prendre conscience de l'importance de ce socle.

6:28
Locuteur 2

Nous allons essayer ensemble d'être à la hauteur de l'idéal démocratique de ceux qui ont fait naître le Conseil de l'Europe.

6:40
Catherine Lalumière

Jusqu'alors, j'avais abordé l'Europe, comme beaucoup de gens, sous l'angle réalisation d'un grand marché, un marché unique. Parce que le traité de Rome est un traité économique qui met en place les bases de la libre circulation, mais ça porte sur l'économie essentiellement. Puis on avait eu le charbon et l'acier, problème économique aussi. Et l'image de l'Europe était une image, c'est vrai pour beaucoup de gens, et c'était vrai pour moi. C'est un projet économique. Ensuite, il y a eu la monnaie unique. On est dans le matériel. Avec le Conseil de l'Europe, j'ai découvert l'importance des valeurs philosophiques.

C'est-à-dire que ça repose au départ sur un choix de société fondée sur la démocratie, pluraliste, sur les libertés individuelles. Et par rapport au bloc de l'Est, c'est le contraire de la dictature du prolétariat. C'est le respect de la personne humaine. D'ailleurs, le premier texte de la construction européenne après la guerre, ce n'est pas le traité de Rome. Le premier texte, c'est la Convention européenne des droits de l'homme du Conseil de l'Europe. Et pourquoi est-ce qu'ils ont commencé par ça ? Parce que les pères fondateurs, je l'ai, j'en ai pris conscience relativement tard, les pères fondateurs voulaient la paix.

Mais ils avaient parfaitement compris que si la philosophie totalitaire qu'on trouve, par exemple, dans Mein Kampf, Hitler, « Triomphe, c'est forcément la guerre. Le nationalisme, c'est la guerre. » C'est la phrase qu'à la fin de sa vie, François Mitterrand a prononcée devant le Parlement européen. C'est la phrase qu'à la fin de sa vie.