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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 31 octobre 2020 23 minComplaisantFond programmatiqueSolidarités & familleÉconomie & entreprisesÉducation & rechercheNumérique

Benoît Hamon : "Une personne qui a un travail difficile et mal payé est obligée de l'accepter"

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 15 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:20OuverteRéponse directe

    Comment se procurer votre livre avec les librairies fermées ?

  • 2:07OuverteRéponse directe

    Vous associez-vous à la pétition pour l'ouverture des librairies ?

  • 3:23OuverteRéponse directe

    En quoi le revenu universel protégerait les plus vulnérables ?

  • 3:52FerméeÉludée

    Le revenu universel serait-il modéré selon les revenus ?

  • 5:53RelanceRéponse partielle

    Les syndicats ne suffisent-ils pas pour négocier les conditions de travail ?

  • 7:20OuverteRéponse directe

    Y aurait-il des contreparties ou des exonérations fiscales pour ce revenu ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:12InvitéChiffre
    « C'est 750 euros. Le principe est le suivant. »
  • 4:41InvitéFait
    « soit dans le bien commun, et que ce bien commun soit réparti égalitairement entre tous les individus »
  • 5:42InvitéFait
    « Que change le revenu universel pour une personne qui a un travail difficile, un travail mal payé ? C'est qu'aujourd'hui, elle est obligée d'accepter ce travail-là, même s'il est dur, pour pouvoir vivre. »
  • 7:30InvitéFait
    « Il n'y a pas de contrepartie. Il est inconditionnel, individuel, donc indépendant de votre situation conjugale et universelle. »
  • 9:05InvitéFait
    « ce qui est certain, c'est que le revenu universel, il est infinançable à fiscalité constante. »
  • 9:32InvitéFait
    « une des pistes de financement du revenu universel. Ça n'est qu'une piste parmi d'autres. Mais j'évoquais tout à l'heure ce qu'on peut appeler la substitution logicielle, la substitution numérique. »
  • 14:12InvitéFait
    « Il y avait déjà autour des courants islamistes radicaux qui remettent en cause le principe des enseignements de l'école de la République. »
  • 14:47InvitéFait
    « Il est à la fois d'enseigner la radicalité sublime des Lumières à travers la laïcité. »
  • 19:43InvitéFait
    « Il y a un état de droit. Si aujourd'hui, au regard des lois de la République, il est justifié de le faire, ça se fera. »
  • 20:12InvitéFait
    « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité des citoyens devant la loi sans discrimination de race, de religion et d'origine. »
  • 21:30InvitéFait
    « Il y a l'école privée et l'école publique dans ce pays. On a la liberté de choix. »
  • 22:35InvitéFait
    « Il y a eu des ingrédients qui ont fait que la gauche s'est divisée, déchirée. »

Temps de parole

  • Invité81 %
  • Présentateur15 %
  • Locuteur non identifié4 %

4,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Et bonjour Benoît Hamon, voilà un an et demi que vous avez quitté la politique et vous revoilà donc avec un livre, un plaidoyer pour défendre un peu votre marotte, le revenu universel, ce qu'il faut de courage, plaidoyer pour le revenu universel, c'est le titre donc de cet essai qui paraît aux éditions des Équateurs. Tiens d'ailleurs comment se procurer ce livre dans les 15 jours à venir, puisque les librairies indépendantes sont fermées et que Bercy vient d'ordonner aussi la fermeture des rayons librairies dans les grandes surfaces et autres points de vente FNAC ?

0:34
Invité

Écoutez, il faut utiliser les instruments qu'ont créé les libraires, notamment les libraires indépendants, avec une méthode qui s'appelle le click and collect, on commande sur internet et on va chercher auprès de sa librairie le livre qu'on a commandé. Cela dit, ça risque de favoriser les grandes usines Amazon. C'est une des conséquences effectivement du fait qu'aujourd'hui on ferme des librairies, mais on laisse la possibilité de commander par internet et de se faire livrer. Alors c'est en cela que les librairies indépendantes ont créé leurs propres instruments pour qu'elles puissent continuer à satisfaire les désirs de leurs clients, et je m'en réjouis.

1:12
Locuteur non identifié

Et y compris avec des cyclistes qui peuvent venir vous apporter le livre chez vous.

1:16
Invité

Absolument Patricia Martha, vous avez raison, et donc il faut essayer de les soutenir. En tout cas ce qui est certain c'est qu'il y a quelque chose d'assez... Je ne veux pas rajouter mes critiques au flot des critiques qui existent déjà, mais c'est vrai que dès lors qu'on parle des biens essentiels, que le livre ne soit pas un bien essentiel, ça pose déjà une question sur le type de société dans laquelle nous sommes, au moment où cette société est assiagée, assaillie par les obscurantismes et le complotisme de toutes sortes.

Mais en même temps il y a des impératifs sanitaires, alors c'est vrai qu'on notera le contraste qui existe entre des grandes surfaces qui sont ouvertes, on peut acheter à peu près tout ce qu'on veut, au prétexte que ce sont d'abord, ce sont aussi des commerces alimentaires, et puis d'autres magasins spécialisés qui sont fermés. Et ces petits magasins indépendants, comme tout le monde, moi je regrette de ne pas pouvoir y acheter mes livres, mais bon, il va falloir attendre la fin du confinement.

2:07
Présentateur

Est-ce que vous vous associez à la pétition de François Bunel dans le journal Le Monde, qui demande à ce que les librairies ouvrent leurs portes, justement, comme le livre considérait comme un bien essentiel ?

2:20
Invité

Écoutez, moi je me suis déjà exprimé sur le sujet publiquement pour dire qu'effectivement je considérais que c'était un bien essentiel, et qu'en tout cas, il ne faut pas que ce confinement soit l'occasion d'une étape supplémentaire dans la substitution à ces commerces, qui sont des commerces de proximité et des commerces culturels, parce qu'on y achète des livres, par des grandes enseignes, qui sont des enseignes qui ouvrent, comme Amazon ou la FNAC, votre livre à domicile, ou des grandes surfaces qui, d'ailleurs, on nous propose un choix qui n'a rien à voir avec, évidemment, ce qu'on peut retrouver dans une librairie.

Et ça, c'est un des points qu'il va falloir qu'on regarde très sérieusement, c'est que ce confinement est aussi le moment où on constate une accélération de la substitution de la machine à l'homme dans beaucoup de métiers. Et il y a comme une accélération de cette transformation de nos emplois et de nos entreprises, où, dès lors que les travailleurs ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail, un certain nombre d'entreprises accélèrent cette transformation. Et en accélérant la substitution de l'homme par la machine, on accélère aussi la déshumanisation de la société.

3:23
Présentateur

Et c'est justement l'objet de votre livre, Ce qu'il faut de courage, plaidoyer pour le revenu universel quand l'économie mondiale est malmenée par la pandémie. Elle remet, justement, sous les projecteurs, la question de ce revenu de base, ou revenu universel, ou revenu social garanti, des adjectifs différents, pour finalement la même ambition que l'on retrouve dans votre livre, qui est de protéger les plus vulnérables et d'amoindrir, d'amortir la crise économique et sociale. En quoi le revenu universel serait une promesse des jours plus heureux pour les plus démunis ?

3:58
Invité

D'abord, il ne s'adresse pas qu'aux plus démunis. Le revenu universel, il serait perçu par tout le monde. Ça veut dire que, que vous ayez un salaire important ou pas, que vous n'ayez pas de salaire, tout le monde recevrait le revenu universel.

4:08
Présentateur

Cela dit, il est modéré selon les revenus, tout de même les revenus...

4:10
Invité

Non, non, non, non, pas dans le projet que je propose. C'est 750 euros. Le principe est le suivant. C'est que, après, il y a une chronologie pour le mettre en place, on peut en discuter, mais l'idée, elle est la suivante, c'est que, d'une part, quand nous arrivons sur Terre, nous héritons de la somme des innovations, des créations, du travail des générations qui nous ont précédées. Et nous savons que, dans la richesse que l'on crée, une part est liée à notre propre activité, une part est liée à ce dont nous héritons.

Et il est assez logique qu'à partir de là, on considère que cette part qui est liée à l'héritage des générations passées soit dans le bien commun, et que ce bien commun soit réparti égalitairement entre tous les individus, en tout cas dans une nation. Ça, c'est le premier principe.

4:48
Locuteur non identifié

Mais Emmanuel Macron travaillait sur le sujet avant la pandémie.

4:51
Invité

Mais il travaillait sur un revenu qui serait versé aux plus démunis. Moi, je parle là d'un revenu qui compléterait votre salaire. À vous, Patricia Martin, à vous, Éric Delvaux, comme à celles et ceux qui travaillent ici, comme ils compléteraient les revenus de tous ceux qui, aujourd'hui, ont une activité ou n'en ont pas. Le fait est que le revenu universel reconnaît une chose dont on a fait l'expérience pendant le confinement. C'est que le travail, ça n'est pas que l'emploi. Or, c'est le seul travail qui est reconnu. Le travail qui est reconnu, c'est celui que vous faites dans l'emploi. Mais pour autant, le travail domestique, le travail bénévole, ces formes de travail ne sont pas reconnues.

Sont-elles inutiles socialement ? Absolument pas. Et c'est aussi cela que le revenu universel vient reconnaître. Et j'ajouterais un dernier argument qui, pour moi, est presque le plus important. Et je veux le dire aux gens qui doutent des vertus de cette mesure-là. Que change le revenu universel pour une personne qui a un travail difficile, un travail mal payé ? C'est qu'aujourd'hui, elle est obligée d'accepter ce travail-là, même s'il est dur, pour pouvoir vivre. Et elle n'a aucune capacité à négocier. Aucune capacité à changer ni ses conditions de travail, ni son salaire.

5:53
Présentateur

Les syndicats sont là pour ça, tout de même.

5:55
Invité

Oui, mais c'est très difficile. Pourquoi ? Parce qu'avec un chômage de masse si puissant, c'est très difficile aujourd'hui d'obtenir gain de cause. Et on constate une asymétrie du pouvoir entre celui qui a un travail et celui qui l'embauche. Le revenu universel, c'est d'abord un outil d'émancipation. Parce qu'il vous donne, pour la première fois, le choix. Il vous donne le choix à travers le fait que vous aurez de l'autonomie, de la liberté. Et une liberté de choisir un temps partiel, une liberté de quitter votre métier pour en trouver un autre, une liberté de vous consacrer à un projet personnel. C'est cela que change le revenu universel.

6:27
Locuteur non identifié

Et le bien-être de l'humanité dont parle d'ailleurs Esther Duflo, la prix Nobel d'économie. Et qu'il y a d'ailleurs Emmanuel Macron la félicité et a souligné justement le bienfait de ses recherches.

6:39
Invité

Le bienfait de ses recherches qui confirme que quand vous donnez de l'argent aux pauvres, ce n'est pas pour autant que les pauvres vont utiliser cet argent pour aller, je veux dire, le boire, comme on disait avant, se complaire dans la paresse. La réalité aujourd'hui, c'est que vous faites le test autour de vous. Posez la question à une assemblée. Quels sont ceux qui arrêteraient de travailler s'ils touchaient en plus un revenu universel ? C'est très marginal les mains qui se lèvent. Et en vérité aujourd'hui, et c'est là où les travaux d'Esther Duflo sont précieux, elle montre quoi ?

C'est que le fait aujourd'hui de soutenir les plus pauvres en leur donnant de l'argent n'est pas une incitation à la paresse. Au contraire, c'est le moyen non seulement de les rendre dignes et en leur garantissant la dignité, qu'ils puissent se réintégrer pleinement à la société.

7:20
Présentateur

Avec quelle contrepartie pour ce revenu universel d'existence, plus ou moins d'exonération fiscale, plus ou moins d'allocations supprimées ? Ce serait un donnant-donnant ?

7:30
Invité

Il n'y a pas de contrepartie. Il est inconditionnel, individuel, donc indépendant de votre situation conjugale et universelle. Le principe, c'est cela. C'est que c'est vraiment un instrument d'émancipation et de liberté. C'est ce qui change complètement. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de contreparties qui sont posées, notamment par ce gouvernement, au fait déjà de donner des allocations aux plus pauvres. Le projet de réforme du RSA qui était porté par Emmanuel Macron avant la crise, justement, était dans cet esprit qui était de responsabiliser les pauvres. Comme si les pauvres étaient responsables de leur propre pauvreté. Ce qui n'est évidemment absolument pas le cas.

Enfin, ça fait débat dans le cas de la classe politique. Oui, ça fait débat, mais ça peut faire débat. Non, mais c'est mon point de vue. Je mets au défi quiconque de m'expliquer ou de me prouver aujourd'hui qu'on est responsable de sa propre pauvreté. Il y a sans doute toujours des gens qui trichent un peu. Mais quel est le pauvre qui, aujourd'hui, n'aspire pas à s'extraire d'une situation dans laquelle il est dépendant d'allocations et se retrouve stigmatisé par le reste de la population, souvent ? Donc, objectivement, aujourd'hui, cette idéologie-là est une idéologie qui, à mes yeux, n'est justement pas responsable.

Puisqu'elle ne regarde pas le fait que l'intérêt général commande que pour un sans-abri, on lui donne un toit. Que pour quelqu'un qui n'a pas d'argent, on lui donne les moyens de subsister et de retrouver sa place.

8:48
Présentateur

Au risque d'augmenter la pression fiscale, le Sénat avait calculé le coût brut entre 300 et 700 milliards d'euros par an selon le montant du revenu universel qui varierait entre 500 et 1000 euros par mois. Comment est-ce que vous recevez cette lourde facture ?

9:05
Invité

Écoutez, ce qui est certain, c'est que le revenu universel, il est infinançable à fiscalité constante. Il n'y a pas de solution si on ne change pas la manière dont on organise les prélèvements obligatoires. Alors, il y a déjà les prélèvements qui existent et puis il y a ceux qui n'existent pas et qu'il faudrait imaginer. Vous savez, j'avais évoqué, dès la campagne présidentielle, et je voudrais en redire un mot, une des pistes de financement du revenu universel. Ça n'est qu'une piste parmi d'autres. Mais j'évoquais tout à l'heure ce qu'on peut appeler la substitution logicielle, la substitution numérique.

Il n'est pas normal qu'une entreprise qui remplace un salarié par une machine économise le coût du salaire de cette personne et les cotisations sociales qu'il y avait avec et que cette machine qui crée toujours de la richesse, elle, ne soit pas mise à contribution pour financer nos mécanismes de solidarité, la dépendance demain, voire la transition écologique. Ça, ce n'est pas possible. On ne peut pas créer toujours plus de richesses sans que cette richesse ne soit pas redistribuée au fin d'améliorer le sort de l'humanité. Or, ce qui se passe aujourd'hui, c'est exactement cela.

Et les pays qui se sont le plus robotisés, c'est intéressant de voir ce qu'ils font, aujourd'hui sont en train de réfléchir à la manière dont justement la richesse créée par les entreprises grâce aux machines vient contribuer par l'impôt, par les cotisations, à l'amélioration des systèmes de protection sociale, du logement, de la santé, de la transition écologique. Donc, cette question-là, c'est une question urgente. Et ce qui me frappe aujourd'hui, je vais prendre un débat, sur cette révolution liée à la machine, c'est qu'on ne se pose pas tout à fait jamais les bonnes questions. On a beaucoup parlé de la 5G... On a posé dans le livre, c'est en quoi l'homme peut être utile ?

En quoi, aujourd'hui, le progrès technique sert le progrès social ? Parce qu'on est tous technophiles, on est content quand la technique améliore les conditions dans lesquelles un chirurgien va nous soigner. On est content quand ça nous permet de nous déplacer plus rapidement.

10:51
Présentateur

Et la 5G risque d'emballer tout ça ?

10:52
Invité

Mais la 5G, je me permets de dire cela, on a eu un débat sur la 5G est-elle bonne ou pas pour l'environnement. Vrai sujet, et moi je souhaite que sur ces grands choix technologiques, on ait des lieux pour en discuter et préparer les décisions. Mais est-ce qu'on parle une seule seconde du fait que derrière la 5G, il y a la dépendance aussi de nos enfants aux écrans, aux numériques, et les troubles que cela va avoir sur leur développement, le développement de leur cerveau, leur capacité de concentration ? Regardez, on a beaucoup parlé du métier des enseignants au moment où il y a eu ce drame épouvantable du meurtre et de la décapitation. de Samuel Paty.

Quelle difficulté aujourd'hui il y a à enseigner ? A enseigner dans une école qui est assiégée par les obscurantismes, mais qui est aussi assiégée par des technologies numériques qui amènent à ce que nos enfants soient de moins en moins faciles à être conservés, à être concentrés sur les enseignements qui leur sont distribués.

11:46
Locuteur non identifié

On va vous offrir le livre de Daniel Marcelli qui était notre invité tout à l'heure, qui est professeur de pédopsychiatrie et qui dit exactement ça. Mais Benoît Hamon, quand vous parliez de solidarité, il y a aussi un sentiment d'appartenance. Je pense que le revenu universel fait partie peut-être de ça. Il y a le droit au logement, il y a le droit à l'éducation, le droit à la santé. Tout ça est propice à une inclusion dans la société et éviterait peut-être aussi les drames qu'on connaît.

12:11
Invité

Oui, vous avez raison. Et puis c'est surtout que c'est une réforme de confiance. Donner à chacun les moyens de son autonomie, redécouvrir le libre arbitre, faire la pratique de la liberté ou du coup à l'exercice de la liberté, c'est aussi une manière de travailler à la plus grande cohésion de la société. Aujourd'hui on voit qu'on a beaucoup de mal à se parler.

12:40
Locuteur non identifié

À se faire confiance aussi.

12:41
Invité

À se faire confiance, à se tolérer parfois. Et je pense que quand on réfléchit à ce qu'est devenu la République, la promesse républicaine, elle est loin d'être satisfaite dans beaucoup de territoires et qui ne sont pas simplement les quartiers défavorisés. Pourquoi ? Parce qu'on fait de plus en plus rarement la pratique réelle de la liberté. La pratique qu'on rencontre rarement l'égalité, qu'on rencontre de plus en plus rarement la fraternité. Et le choix, le parti pris du revenu universel, c'est de dire à chacun, nous vous redonnons la liberté de choisir. La liberté de choisir là où vous ne l'aviez plus, dans l'ordre économique, dans l'entreprise.

Vous ne serez plus dépendant seulement de votre salaire. Vous pourrez formuler des choix selon vos désirs. Ça change tout. C'est un parti pris civilisationnel qui n'a pas grand chose à voir, effectivement, avec le monde néolibéral à l'intérieur duquel on vit aujourd'hui, et dont on voit qu'il progresse, me semble-t-il, en déshumanisant toujours un peu plus la société. Et ce masque est quelque part le symbole de cela. En tout cas, je ne vais pas utiliser une image trop forte, mais il y a de plus en plus de filtres, d'écrans entre les individus. Et il me semble que c'est contre cela aussi qu'il faut lutter.

13:53
Présentateur

Benoît Hamon, vous parliez à l'instant de Samuel Paty et de l'éducation nationale. Je rappelle que vous avez été ministre de l'éducation nationale en 2014. Au poste où vous étiez à l'époque, aviez-vous vu venir cette dérive islamiste autour ou dans les établissements scolaires ?

14:12
Invité

Il y avait déjà autour des courants islamistes radicaux qui remettent en cause le principe des enseignements de l'école de la République. Il y avait déjà des élèves qui voulaient se soustraire à certains types d'enseignements. La question qui nous est posée, elle est à la fois très difficile, et en même temps, il faut se tenir droit et que la République tienne son rôle. C'est quoi le rôle d'un enseignant ? Il est à la fois d'enseigner la radicalité sublime des Lumières à travers la laïcité. Mais je dis que c'est la radicalité sublime parce que c'est probablement l'enseignement le plus difficile.

Jules Ferry disait aux instituteurs, attention à ne pas offenser ni les parents ni vos élèves, sinon vous raterez votre mission qui est de transmettre. Et donc il faut transmettre sans offenser. Et c'est ce point d'équilibre qui est parfois difficile à trouver. Pourquoi ? Parce que derrière la mission qui est demandée aux enseignants, il y a la réalité des inégalités sociales. Il y a la réalité d'une République qui s'est désengagée de certains territoires. Il y a la réalité d'une République qui ne parvient pas à lutter contre les discriminations.

Et quand les élèves sortent de l'école, entre le moment où le savoir théorique leur a été transmis, la beauté sublime des principes républicains leur a été transmis, et qu'ils font l'expérience, eux, de l'inverse de ce qui leur a été enseigné, il y a là un gouffre qui revient aux responsables politiques de combler. Et qu'on ne peut pas demander aux professeurs de combler. Donc, Benoît Hamon, la faute à la République ? Non, pas que l'islamisme, la faute à nous d'abord aux islamistes.

15:54
Présentateur

Bon, je vais y aller directement. Est-ce que vous vous sentez visé, Benoît Hamon, par les reproches faits à une partie de la gauche qui auraient favorisé la dérive islamiste en France à force de déni des risques encourus ?

16:07
Invité

Vous savez, quand on se rend compte de l'absurdité d'une telle accusation, je vais vous dire, moi, je déteste et je hais ces terroristes. Je hais le projet politique qu'ils portent. Mais je ne ferai pas, et je ne leur ferai pas le cadeau, de tomber dans leur piège, qui serait de confondre ce qu'ils sont, des femmes et des hommes qui nient tous les principes du vivre ensemble, avec des fidèles, des croyants, des gens d'une culture musulmane qui vivent avec nous. Moi, je veux dire les choses simplement. C'est que nous sommes face à un danger qui est un danger majeur, celui de l'islamisme radical et terroriste. Et il faut le combattre.

16:52
Locuteur non identifié

Et sans nuance.

16:53
Invité

Mais sans nuance. Je veux dire, il y a quelle nuance on va avoir avec des gens qui vont égorger des personnes dans des églises, égorger des enseignants, et je veux dire, ne reconnaissent aucune dignité à la vie humaine. Donc sans nuance. Et la République doit saisir son glaive face à l'islamisme radical.

17:08
Présentateur

Vous dites ça, Benoît Hamon, mais vous avez tout de même participé en 2019, fin 2019, à cette marche contre l'islamophobie, à l'appel notamment du controversé CCIF, le comité contre l'islamophobie en France, qui est accusé d'être un des relais des musulmans, enfin des frères musulmans, qui prônent un islam politique.

17:28
Invité

Éric Delvaux, j'ai marché comme des dizaines de milliers de personnes, et comme d'autres l'auraient fait, contre le racisme dont sont victimes des Français, au titre de leur religion. C'est pour ça que j'ai marché, moi. J'ai marché parce que je constate qu'aujourd'hui, il existe dans notre société un racisme qui est un racisme de plus en plus assumé, décomplexé, y compris dans certains médias, et je pense à la chaîne CNews, et là je mets devant ses responsabilités son patron, M. Bolloré, qui a choisi de diffuser cette pensée qui est une pensée aujourd'hui nauséabonde. Oui, il y a aujourd'hui des médias qui diffusent cela, et ce racisme-là, je marcherai contre lui partout.

Mais à l'époque, le PS avait senti

18:09
Présentateur

qu'il ne fallait pas y participer parce qu'il y avait des gens peu fréquentables. Vous êtes passé un peu à côté là-dessus, peut-être ?

18:14
Invité

Non, écoutez, moi, j'ai pas d'état d'âme à marcher contre le racisme quand le racisme existe. Y compris à côté des CCIF. Non, écoutez, moi, quand je marche, je marche avec mes idées, mes convictions. La réalité est, y a-t-il, oui ou non, dans ce pays du racisme contre les musulmans, M. Delvaux ? Je vais pas y répondre à cette question, on va pas inverser les rôles, mais donnez-nous votre réponse. Ma réponse, c'est évidemment oui. Doit-on aujourd'hui lutter contre cela ? Évidemment oui. Le fait de lutter contre cela signifierait-il une quelconque complaisance à l'égard de ceux qui veulent séparer la République, je pense aux islamistes, et séparer la République ? Comment ?

En nous précipitant dans une haine de l'islam et des musulmans, qui est leur objectif politique ? Eh bien moi, je ne ferai pas le cadeau aux terroristes de cela. Et pour autant, est-ce qu'il faut être complaisant, indulgent à l'égard de ceux qui voudraient détricoter le projet républicain ? Évidemment non ! Mais c'est cette ligne de crête, cette ligne d'équilibre qu'il faut tenir. Et moi, je m'y tiendrai sur cette ligne de crête. Je ne ferai pas aux terroristes le cadeau d'un quelconque préjugé à l'égard des musulmans, au motif que des fous dangereux aujourd'hui ont décidé de mener leur entreprise diabolique partout dans le monde.

19:26
Présentateur

Est-ce que le gouvernement a raison de vouloir dissoudre ce collectif contre l'islamophobie en France, accusé d'être impliqué dans le meurtre de Samuel Paty ? C'est ce que dit le gouvernement, c'est ce que dit son ministre de l'Intérieur.

19:36
Invité

Il y a un état de droit. Si aujourd'hui, au regard des lois de la République, il est justifié de le faire, ça se fera. Mais moi, je le dis, on ne peut pas vivre sans les règles de la République. Pourquoi je vous le dis, cela ? Parce que... Éric Delvaux, j'entends beaucoup parler de la République. Est-ce qu'on sait ce qu'est l'article 1 de la Constitution de la Ve République ? Est-ce qu'on peut se le rappeler tranquillement ? La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité des citoyens devant la loi sans discrimination de race, de religion et d'origine. Point. Elle respecte les croyances. Point. Article 1 de la Constitution de la Ve République.

Ce qui veut donc dire que, dans cet équilibre-là, qu'ont parfaitement compris les pères fondateurs de la République, nous devons vivre ensemble. La société française est pluraliste sur le plan philosophique, sur le plan religieux, sur le plan politique. Et cette société se déchirera si nous, comme Républicains, ne savons pas construire les moyens du dialogue. Je ne veux pas offrir à tous ces obscurantistes le cadeau de mon intolérance à moi.

20:44
Locuteur non identifié

Il faut avoir la tentation du bien, aimer les hommes, parfois en dépit d'eux-mêmes.

20:49
Invité

Oui, c'est ce que j'ai écrit. Je le crois profondément. Je suis très choqué, moi, aujourd'hui, de la façon dont... D'abord, je vais vous dire, je suis ancien ministre de l'éducation nationale.

20:59
Locuteur non identifié

Mais là, vous devenez un vrai penseur politique.

21:01
Invité

Oui, mais j'entends beaucoup parler de la République de la part de gens qui ne scolarisent même pas leurs enfants à l'école publique. On peut le dire, ça, que la majorité des élites françaises qui parlent à ce micro de la République ne scolarisent pas leurs enfants à l'école publique. qu'eux s'accommodent très bien du séparatisme scolaire qu'ils organisent pour leurs propres enfants. Enfants bien-nés, entre enfants bien-nés. Et surtout, ne nous mélangeons pas.

21:24
Présentateur

Vous en voulez aux parents qui ne veulent pas mettre leurs enfants dans des écoles dont on sait qu'après vous, ça va être difficile d'étudier.

21:30
Invité

Il y a l'école privée et l'école publique dans ce pays. On a la liberté de choix. Mais je dis que les responsables politiques qui donnent des leçons sur la République tous les jours, doivent, eux, au moins, mettre en conformité leurs discours et leurs actes. Et ça, j'en constate, et j'en connais beaucoup, qui ne le font pas. Et je pense, oui, alors je vais le dire à Patricia Martin que, oui, il faut avoir la tentation du bien. Oui, aujourd'hui, c'est tellement plus simple d'avoir la tentation du contraire et de hurler avec les loups. Mais moi, d'abord, je le dis, le sens de mon engagement politique, c'est le bien. Alors, c'est une valeur morale, on n'a pas tous la même définition du bien.

mais aujourd'hui, au moins pouvoir en parler librement, sereinement, nous mettre d'accord sur nos désaccords comme une démocratie devrait pouvoir le permettre, c'est ce à quoi j'aspire. Voilà. Juste une dernière question.

22:21
Présentateur

La politique, c'est belle et bien terminée aujourd'hui ?

22:23
Invité

Je préfère écrire. Écoutez, je fais aussi un podcast qui s'appelle « Et si ? » où on parle des solutions positives.

22:28
Présentateur

Et si on vous appelait pour 2022 ?

22:31
Invité

Non, mais honnêtement, je l'ai dit, je ne peux pas être candidat. Il y a eu des ingrédients qui ont fait que la gauche s'est divisée, déchirée. Il faudra trouver une solution. Et si je peux me permettre, écologistes, France Insoumise, socialistes, génération, toute la gauche et les écologistes, moi, je veux bien aider. Par l'aide d'une seule voix ? Mais il faut qu'on ait une ou un candidat en 2022. Ça pourrait être vous ? Non, je ne crois pas. Je l'ai dit, je ne crois pas que ça peut être cette moindre. Et si ça peut aider, que ce ne soit pas moi et que quelques-uns disent « Ça n'est pas moi et ça doit être un autre », moi, je veux aider à cette solution.

23:05
Présentateur

Merci beaucoup, Benoît Hamon. Je rappelle le titre de votre livre « Ce qu'il faut de courage », plaidoyer pour le revenu universel.

23:13
Locuteur non identifié

Et continuer à écrire des livres.

23:15
Présentateur

Aux éditions des Équateurs. Merci, Benoît Hamon. Et bonne journée.

23:18
Invité

Merci, Eric Delvaux. Merci, Patricia Marquand.

Benoît Hamon : "Une personne qui a un travail difficile et mal payé est obligée de l'accepter" · Pourquijevote