Macron - Xi Jinping : rencontre au sommet - C à Vous - 25/03/2019
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Chapitres
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Questions et réponses
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Faut-il avoir peur de la Chine ?
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Pourquoi la Chine a pris un visage plus menaçant ces derniers temps ?
- 5:48OuverteRéponse directe
La société chinoise qu'il est en train de construire vous inquiète ?
- 10:56OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui vous inquiète exactement dans l'expansionnisme chinois ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Preuve qu'Emmanuel Macron privilégie une approche européenne commune. »
- 0:46Invité politiqueFait
« Il a convié demain la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker. »
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« L'objectif ? Unifier la position de l'Union européenne face à la Chine. »
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« C'est un projet titanesque, ce sont des dizaines et des centaines et des milliers de milliards de dollars. »
- 2:19PrésentateurChiffre
« Mille milliards de dollars. »
- 6:46PrésentateurChiffre
« On parle d'un million et demi de personnes enfermées dans ces camps de travail. »
- 7:22PrésentateurChiffre
« Alors maintenant, un million et demi de personnes dans les camps, c'est-à-dire en gros 10% de la population des Ouïghours, même un peu plus. »
- 11:07InvitéFait
« C'est un projet d'hégémonie sur toute la sous-région. »
- 11:11InvitéFait
« Il y a la volonté, comme Trump et Poutine, de casser, de diviser l'Union européenne pour qu'elle ne soit ni une puissance économique, ni une puissance politique. »
- 11:24InvitéChiffre
« Le dumping chinois sur les panneaux photovoltaïques, qui a fait des dizaines de milliers de licenciements en Europe, des milliers d'entreprises qui sont tombées. »
Temps de parole
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Depuis hier dimanche, le président chinois, le plus puissant depuis Mao, a entamé une visite d'état en France. Accueil sous l'arc de triomphe à Paris, dîné ce soir officiel à l'Elysée. Un tapis rouge sur mesure et des égards à la hauteur des enjeux.
Et la visite d'état du président chinois ? Xi Jinping. Xi Jinping. Xi Jinping est arrivé à Nice. Bienvenue. Je vous souhaite vous accueillir en France. Le président chinois reste 48 heures en France. Mais pourquoi faire ? Xi Jinping vient avant tout pour entretenir des relations commerciales et diplomatiques privilégiées. Avec à la clé la signature de gros contrats et des discussions sur ce que l'on appelle les nouvelles routes de la soie.
Preuve qu'Emmanuel Macron privilégie une approche européenne commune. Il a convié demain la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker. L'objectif ? Unifier la position de l'Union européenne face à la Chine.
Une visite cruciale est la nécessité pour la France et l'Europe de réagir à l'offensive diplomatique et commerciale de Pékin. Faut-il avoir peur de la Chine ? On pose la question au grand reporter et ancien correspondant en Chine pour France Télévisions, Alain Chalvron. Bonsoir Alain Chalvron. Merci de votre présence sur le plateau de CETAVOU. Jusque là, la Chine était considérée comme un partenaire de la France avec beaucoup d'opportunités économiques. mais peu ou pas de dangers stratégiques. Mais tout a changé. Depuis ces 18 derniers mois, les Européens ont ouvert les yeux sur les conséquences de la montée en puissance de la Chine.
Vis-à-vis de la Chine, le temps de la naïveté européenne est révolu, a affirmé Emmanuel Macron il y a quelques jours à Bruxelles. Pourquoi la Chine a pris un visage plus menaçant ces derniers temps ? Alors il y a d'abord une leçon qui nous vient d'Amérique, là, il faut le reconnaître tout de même. Donald Trump ? C'est Donald Trump qui a donné l'exemple, tout de même, sur ce point, on peut le critiquer sur mille points. On ouvre une guerre économique avec la Chine. Il a ouvert quand même les yeux du monde entier sur la Chine et sa volonté d'hégémonie. Alors, pourquoi tout d'un coup maintenant, il y a certainement ces routes de la soie ?
Alors on dit la route de la soie, non, il n'y a pas une route de la soie, il y a des routes de la soie. C'est un projet titanesque. C'est un projet titanesque, ce sont des dizaines et des centaines et des milliers de milliards de dollars. Mille milliards de dollars. Mais il y a 2000, je crois même, et il y a des routes de la soie. Alors il y a une route qui nous concerne, nous directement, qui est une route terrestre, qui vise à faire en sorte que les produits chinois viennent en France en 10 jours au lieu de venir en un mois. Mais des produits européens pourront aller en Chine aussi rapidement d'ailleurs. Il faut quand même reconnaître, c'est ce que disent les Chinois.
Oui, ça marche dans les deux sens. Ça marche dans les deux sens. Oui, ça devrait marcher dans les deux sens. Il va falloir rééquilibrer les échanges commerciaux, ce qui est loin d'être gagné. Voilà, alors ce qu'ils vous disent les Chinois, c'est débrouillez-vous avec vos entreprises. Faites en sorte qu'elles soient compétitives. Ce n'est pas le nôtre. Alors ce n'est pas tout à fait vrai quand même, parce qu'il y a des barrières douanières, il y a des barrières légales, des normes et des choses comme ça, qui font qu'on a quand même beaucoup de mal à pénétrer le marché chinois. Mais enfin, c'est l'argument des Chinois.
Et puis surtout, pour l'instant, ce sont des accords bilatéraux entre la Chine et la Grèce, puisque la Chine a racheté le port d'Athènes, entre la Chine et l'Italie, avec Gênes et Trieste, entre la Chine et le Portugal. Et c'est ce justement contre quoi Emmanuel Macron veut lutter. Il veut une approche européenne. C'est important cette approche européenne plutôt que des approches bilatérales ? Ah oui, c'est important parce que le jeu de la Chine, comme le jeu des États-Unis, comme le jeu de la Russie, c'est d'essayer de diviser les Européens pour avoir des interlocuteurs plus faibles, évidemment. Donc les Chinois jouent ce jeu naturellement.
Ils ont obtenu quand même un joli succès avec l'Italie quand même. Deux ports qui ne sont pas des petits ports, Gênes et Trieste. L'un qui va vers l'Europe centrale, l'autre vers l'Europe de l'Ouest. C'est pas mal, c'est bien joué. Mais nous, on veut naturellement essayer d'empêcher ces dialogues bilatéraux multiples. On veut qu'ils négocient avec l'Europe. Alors ça, je pense que c'est un des sujets centraux de cette visite de Xi Jinping en France. C'est pour ça qu'on a fait venir d'ailleurs Mme Merkel à la rescousse. Ce sera demain cette réunion avec le président chinois. Et puis si la Chine a pris un visage plus menaçant, c'est aussi parce que le pays a changé avec Xi Jinping au pouvoir.
Notamment parce que cet homme-là a confirmé son emprise sur le pays. C'est le dirigeant le plus puissant depuis Mao ? Oui, enfin, Xi Jinping avait aussi quand même pas mal de pouvoir. Mais c'est surtout pas la même Chine. C'est-à-dire que quand on était le maître de la Chine sous Mao, on était le maître d'un pays important, certes, mais faible économiquement, faible militairement, etc. Là, il est à la tête d'un pays qui est la deuxième puissance du monde. Qui veut devenir la première. Qui veut devenir la première, qui s'équipe militairement chaque jour un peu plus. C'est donc autre chose. Alors, il a très bien joué.
Son premier mandat, 5 ans, il a éliminé tous ses rivaux sous forme de lutte contre la corruption. Et là, maintenant, il organise ce qui est vraiment son programme, c'est-à-dire l'expansion de la Chine. L'expansion de la Chine. Avec un retour en Chine du culte de la personnalité, ce qui est tout à fait édifiant.
Lancée en janvier dernier, elle permet aux utilisateurs de tout savoir sur la vie et l'œuvre du président chinois. Je la trouve très utile quand on veut en apprendre plus sur la nouvelle politique, mais aussi sur l'histoire et les idées du parti. On peut aussi suivre toutes les actualités concernant Xi Jinping, comme par exemple quand il fait des visites officielles. On le voit dès la page d'accueil. Cette application, le parti communiste chinois l'a voulu ludique. Pour chaque article élu ou chaque vidéo regardée, l'utilisateur gagne des points, échangeables contre des cadeaux comme des tablettes tactiles par exemple.
La société chinoise qu'il est en train de construire vous inquiète ? Oui, elle est monstrueuse, tout simplement. Voilà, la société chinoise des années à venir, disons, ce sera une société où chacun sera surveillé 24h sur 24. Partout où il va, ici par exemple, il y aurait 10 caméras qui vous diraient, voilà, vous avez fait ça aujourd'hui, on vous a suivi. Et les gens auront un capital de points à la naissance, comme un permis à points. Voilà, c'est ça, vous aurez 100 points. Et puis, alors, si vous avez envoyé un tweet un peu méchant, vous perdez des points. Si vous envoyez un tweet gentil, vous gagnez des points. Et toute votre vie sera dictée par cette espèce de permis d'un point.
Bonus, malus, en fonction de votre comportement. Vous êtes gentil. Et puis, sans parler de la situation des droits de l'homme qui n'a cessé de se détériorer en Chine, avec notamment des camps de travail, des centres de rééducation pour les minorités musulmanes. On parle d'un million et demi de personnes enfermées dans ces camps de travail. Oui, alors ça reste un sujet tout à fait mystérieux, mais ce ne sont pas des minorités musulmanes, d'ailleurs, d'une façon générale. Ce sont les Ouïghours. C'est une communauté musulmane, mais il y en a d'autres en Chine qui sont beaucoup moins menacées. C'est cette communauté-là. Cette communauté-là, pourquoi ?
Parce qu'il y a eu des attentats terroristes, parce qu'ils sont tournés naturellement vers le Moyen-Orient. Il y a un mouvement un peu djihadiste aussi parmi ces gens-là. Donc, ils ont pris les gros moyens. J'ai été à plusieurs reprises en Chine, dans cette province qui s'appelle le Xinjiang. Et c'est vrai que c'est terrifiant. Alors maintenant, un million et demi de personnes dans les camps, c'est-à-dire en gros 10% de la population des Ouïghours, même un peu plus. Pourquoi ? Vous savez comment on l'a su ? On l'a su parce qu'on a vu des appels d'offres internationaux du gouvernement chinois pour des miradors, du fil de fer barbelé. Pour équiper ces camps. Que se passe-t-il ?
En extrapolant, on s'est dit, oui, ils sont en train de construire des camps partout là-bas. Les droits de l'homme qui ont été évoqués aujourd'hui. En tout cas, c'est ce que le président Macron a expliqué. Que les échanges avaient été francs, mais qu'on attendait encore des résultats concrets. Oui, on évoque. On n'en parle pas beaucoup plus que ça parce qu'ils n'aiment pas ça, les Chinois. En tout cas, ce ne sera pas un sujet évoqué ce soir au dîner, organisé en l'honneur du président chinois.
Effectivement, ça fait deux mois que le service du protocole et la cellule diplomatique de l'Elysée s'activent pour cette visite qui coïncide avec le 55e anniversaire des relations diplomatiques entre Paris et Pékin. Après le dîner intimiste à 4 hier dans la villa Kérilos à Beaulieu-sur-Mer, demeure façon Grèce antique, on le sait tous maintenant, berceau de la civilisation européenne. A bon entendeur, salut. Ce soir, on fait la chenille à l'Elysée. C'est le dîner d'État. Au menu, un repas préparé par Jean-François Piège, Frédéric Anton, Christelle Leroux, meilleure ouvrière de France en fromagerie, et Christelle Bruac, qu'on avait reçu ici même, meilleure pâtissière du monde.
Mais aussi, exactement, la pomme d'amour. Mais aussi, 200 invités, parmi lesquels des stars cynophiles bien connus, Alain Delon, Jean-Michel Jarre, l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, ou encore Hélène Rolles. Je ne sais pas si vous connaissez Hélène Rolles. Non, je le sentais. Hélène, je m'appelle Hélène. Hélène, je m'appelle Hélène. Je suis une fille comme les autres. Et voilà, la chanteuse et actrice Hélène Rolles, héroïne d'Hélène et les garçons, diffusée dans les années 90 en France, est une véritable star en Chine. Devant Edith Piaf, devant Mireille Mathieu, elle est même assurée là-bas, figurez-vous.
Mais pas devant Sophie Marceau, ça m'étonnerait.
Pas devant Sophie Marceau. En tout cas, elle a assuré une tournée triomphale en 2015 et 2016. L'empire du milieu est sous le charme d'Hélène Rolles, en chinois dans le texte. La chanteuse française multiplie les apparitions dans les médias, fascinée par la star. Une opération séduction qui fonctionne. Dans la salle, les fans sont compliqués. D'autant que la française leur a réservé une surprise. Après le spectacle, tout le monde veut approcher celle qu'on appelle ici Hélène. Et même en chinois, la passion est au rendez-vous. Tout est dans le sourire, tout est dans l'émotion, dans le regard. Donc en fait, c'est pareil. Tout le monde a la même magie dans les yeux.
Voilà, il paraît que les petits chinois apprennent même le français à travers ses chansons. Alors, reste à savoir si le symbole de la culture française, dont le prénom chinois Hélène, pourrait se traduire par joli lotus, suffira à impressionner un pays qui pèse 1,4 milliard d'habitants et 12 300 milliards de dollars de PIB. Allez savoir, les mystères de l'amour. En tout cas, il paraît que c'est le président chinois lui-même qui a demandé qu'elle soit présente ce soir.
Vous savez que sa femme est une chanteuse très très connue en Chine. C'est la grande star chinoise, qui est générale dans l'art, mais pareil. Yannick Janot, vous ne serez pas ce soir à l'Elysée. Mais vous êtes inquiète, vous, de ce que vous appelez l'expansionnisme chinois. Qu'est-ce qui vous inquiète exactement ?
Bien sûr, parce que tous les projets dont on a parlé, les projets d'infrastructure, c'est un projet économique. Mais c'est d'abord un projet politique. C'est un projet d'hégémonie sur toute la sous-région. C'est un projet... Il y a la volonté, comme Trump et Poutine, de casser, de diviser l'Union européenne pour qu'elle ne soit ni une puissance économique, ni une puissance politique. Et moi, au Parlement européen, j'ai été investi sur deux dossiers. Le dumping chinois sur les panneaux photovoltaïques, qui a fait des dizaines de milliers de licenciements en Europe, des milliers d'entreprises qui sont tombées. Et qu'est-ce qu'ont fait les Chinois ?
Ils sont allés voir les Grecs en disant « si vous mettez des mesures anti-dumping, finis le port du Piret ». Ils sont allés voir tous les pays...
Le port du Piret qu'ils ont racheté en demi-pèce totalement.
Ils sont allés voir les Français en les menaçant sur le vin. Et ils sont allés voir Merkel en la menaçant sur les machines outils qui équipent la Chine. Résultat des courses, on n'a rien fait. On a abandonné notre industrie. Ils font la même chose sur la sidérurgie. Le problème de l'Europe, c'est qu'on n'a pas de politique industrielle commune. On a 28 pays qui se font la concurrence, qui aujourd'hui, faute de moyens comme les Portugais, les autres, vendent des infrastructures majeures aux Chinois. Et le jour où ils tiendront nos infrastructures, on ne pourra rien dire vis-à-vis de la Chine. On sera coincé.
Je voulais juste ajouter un mot. C'est-à-dire que nous, les routes de la soie, on est quand même assez puissants. On peut résister. On pèse. Mais quand ils font les routes de la soie, qu'ils vont vers les pays les plus pauvres d'Asie ou d'Afrique, ils se retrouvent en face de gens qui n'ont aucun moyen de répliquer et qui se laissent complètement faire. Merci beaucoup, Alain Charles-Brun. Vous restez tous les deux avec nous. C'est l'heure du 5 sur 5 de Maxime Switek. Merci beaucoup, Alain Charles-Brun.
Emmanuel Macron