L'interview éco. Négociations "très tendues" entre l’industrie alimentaire et la grande distribution
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Défensif 90 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:27OuverteRéponse directe
Comment ça se passe cette année ? En général c'est tendu, est-ce que c'est tendu cette année ?
- 0:53OuverteRéponse partielle
Comment ça se passe dans le concret, dans la réalité, dans le quotidien des négociations ?
- 1:47OuverteRéponse directe
Ce qu'ils vous demandent cette année, ces acheteurs de la grande distribution, c'est une stabilité des prix ou une baisse des prix ?
- 2:15OuverteRéponse partielle
Est-ce que ce n'est pas les règles du jeu normal dans des négociations ?
- 3:03OuverteRéponse directe
Avec quelle enseigne ça se passe le mieux ? Avec quelle enseigne est-ce le plus difficile ?
- 3:27OuverteRéponse partielle
Si la grande distribution continue à exiger des baisses de prix, que ferez-vous ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:12Invité politiqueChiffre
« Bonsoir Jean-Philippe Girard, vous représentez un poids lourd de l'économie, l'industrie alimentaire, 16 000 entreprises, plus de 400 000 salariés. »
- 1:29InvitéChiffre
« On voit par exemple le lait qui a progressé de 30%, on voit le jus d'orange, les oranges qui ont progressé de 50%. »
- 2:03InvitéChiffre
« Des déflations, alors qu'ils peuvent aller de 2 à 8%. »
- 3:45InvitéFait
« C'est-à-dire qu'un ami me disait, ce n'est plus une négociation annuelle, c'est un coup de rabot annuel. »
- 4:31InvitéChiffre
« Les chiffres ont été publiés sur une restauration globale de la marge industrielle en France, à l'exception de l'industrie alimentaire qui est en baisse. »
- 5:40InvitéFait
« Je veux bien donner le prix du lait, mais je veux que la grande distribution donne ses prix également et donne ses marges. »
- 7:10InvitéChiffre
« Vous l'avez dit, c'est 450 000 emplois. Si on y greffe l'agriculture et la distribution, c'est 2 500 000 emplois. »
Temps de parole
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- Christian Girard19 %
- ?6 %
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L
'interview éco du 17-20, Jean Lémarie vous recevez le président de l'association nationale des industries alimentaires.
Bonsoir Jean-Philippe Girard, vous représentez un poids lourd de l'économie, l'industrie alimentaire, 16 000 entreprises, plus de 400 000 salariés. Et comme chaque année en février vous négociez en ce moment avec la grande distribution, vous discutez sur les tarifs des produits que vous vendez. Comment ça se passe cette année ? En général c'est tendu, est-ce que c'est tendu cette année ?
Oui
cette année encore c'est même très tendu à l'exception de certaines négociations, certaines enseignes qui se comportent
quelque
part un peu mieux que l'an dernier. Mais globalement c'est très tendu.
Très
tendu parce que nous sommes pris en tenaille entre l'agriculture et des matières premières en forte hausse et des acheteurs de la grande distribution qui demandent à la fois des déflations et des promotions supplémentaires.
Comment ça se passe dans le concret, dans la réalité, dans le quotidien des négociations
? Dans
le concret, vous êtes chef d'entreprise d'une PME, vous avez des produits, par exemple une gamme de fromage à vendre, vous allez dans un bureau, vous rencontrez des acheteurs. Vous arrivez bien sûr avec votre tarif qui tient compte de l'évolution des matières premières, de
l
'évolution salariale, de l'évolution des coûts de l'entreprise. Et en face de vous des acheteurs qui font leur travail d'acheter le mieux possible. Mais la différence, c
'est pour
ça qu'on appelle un box de négociations, c'est qu'on est vraiment dans un box où les acheteurs aujourd'hui ne tiennent même plus compte de cette réalité économique. Et c'est ça qui m'inquiète, c'est qu'on voit par exemple le lait qui a progressé de 30%, on voit le jus d'orange, les oranges qui ont progressé de 50%. Et en face des acheteurs qui disent, écoutez, nous ce n
'est
pas notre problème, on veut le même prix que l'an passé. Donc ça met en danger nos entreprises, PME, grands groupes, toutes celles qui sont référencées à la grande distribution.
Ce qu'ils vous demandent cette année, ces acheteurs de la grande distribution, c'est une stabilité des prix ou une baisse des prix
?
Alors ce qui est inquiétant, c'est que même la stabilité ne suffirait pas face à la hausse des matières premières. Et je vous assure, on a 10, 20 exemples de hausses de matières premières. Non, non, ils demandent même des déflations. De quel ordre ? Des déflations, alors qu'ils peuvent aller de 2 à 8%. Et puis une promotion, ce qu'on appelle une inflation des promotions, c'est-à-dire qu
'ils
vont demander des produits supplémentaires pour effectivement animer les rayons pendant toute l'année.
Est-ce que ce n'est pas les règles du jeu normal dans des négociations, Saint-Jean-Philippe Girard
?
Oui, je suis pour ces négociations,
je vois qu'elles
sont, c'est le jeu des négociations. Mais je trouve qu'aujourd'hui, on a peut-être perdu ce qu'on appelle les valeurs de la négociation. Les valeurs étaient avant sur le produit, la qualité du produit, la qualité de l'offre, la gamme de produits, l'innovation. Et aujourd'hui, on ne parle plus que de prix. C'est-à
-dire
que l'entreprise est confrontée à un véritable problème, d'avoir des acheteurs bloqués sur le prix, alors qu'elle voulait parler de ses produits, de ses innovations, de sa gamme, de son savoir-faire. Elle n'a même plus l'occasion d'exprimer ses savoir-faire. Je vous repose ma question, quelle baisse vous demande-t-on cette année
?
Alors les baisses sont, je vous ai dit, de moins 2 à moins 8%. Jusque-là ? Ah oui, c'est incroyable, incroyable. Vu la situation, c'est inquiétant.
Avec quelle enseigne ça se passe le mieux ? Avec quelle enseigne est-ce le plus difficile ?
Alors on a toujours fait le choix de ne pas citer l'enseigne. C'est important pour nous. Ce que l'on souhaite effectivement, c'est alerter. Je l'ai fait la semaine dernière avec Michel Sapin, notre ministre, et Stéphane Le Folle. En donnant, bien sûr, en étayant nos propos de chiffres et de vérité. C'est-à-dire des tarifs qui ne sont plus respectés, une loi qui n'est plus respectée. Ça, c'est plus inquiétant.
Si la grande distribution continue à exiger des baisses de prix, que ferez-vous ?
Est
-ce que vous allez réduire vos marges ou faire pression à votre tour sur les agriculteurs
?
Écoutez, je suis à la tête de l'ANIA depuis 3 ans et demi, et c'est à peu près chaque fois la même chose. C'est-à-dire qu'un ami me disait, ce n'est plus une négociation annuelle, c'est un coup de rabot annuel.
C
'est-à-dire que chaque année, on vient et on perd des marges. Et c'est inquiétant, c'est inquiétant pour l'emploi local, c'est inquiétant pour l'investissement
local. Qui
perd des marges,
Jean-François ? L'industrie
alimentaire.
Elle est très diverse,
l'industrie
alimentaire. Elle est très diverse, mais
PME, vous savez, on me dit, on va épargner les PME. Bien sûr, peut-être certaines PME non significatives, mais je vous assure, toute PME qui pèse dans les rayons de la grande distribution est loin d'être épargée. Mais il n
'y a
pas que des PME chez vous, les
Unilever,
les
Lactalis, on
peut parler. J'aime bien parler de PME, d'ETI et de grands groupes, des grands groupes mondiaux. Ils font l'emploi, ils font l'emploi local. Nous sommes l'emploi local, nous ne
sommes
pas en centre-ville.
Mais est-ce qu'ils ne doivent pas
aussi faire un effort dans cette chaîne
de valeur ? Oui, ils font des
efforts, je vous assure, les chiffres ont été publiés sur une restauration globale de la marge industrielle en France, à l'exception de l'industrie alimentaire qui est en baisse. Et
je vous repose
ma question,
qui au bout de la chaîne va payer l'addition ?
Est
-ce que ce sont les agriculteurs au bout du compte ? Et oui,
par rapport, c'est nous, bien sûr,
c'est nous, et après on fait pression sur la matière première.
Donc c'est ça qu'il a guettant.
Et il faudrait, je le dis toujours, avoir un cercle plus vertueux, c'est-à-dire quel est le bon prix
du vecteur. Tout le monde dit ça. Si j'avais en passe de moi un
patron de la grande distribution,
il
me dirait exactement la même chose aujourd'hui. Alors je crois qu'il ne pourrait pas se permettre de dire cela, parce que tout le monde a cette volonté.
Et
simplement, je crois qu'il faut tenir compte de la réalité économique des produits, de la production, de la transformation et de la distribution. Quand on parle de partage de valeurs, pour moi c'est un non-sens. C'est de la création de valeurs qu'il faut. Création de valeurs par l'agriculteur, création de valeurs par le transformateur et création de valeurs par le distributeur.
Et votre rôle à vous, vous les industriels, dites-moi, pourquoi est-ce que vous n'êtes pas plus transparents ? Je vais prendre un exemple précis. Le prix du lait. La loi vous impose maintenant d'écrire noir sur blanc combien vous payez les producteurs de lait ? Il y a quelques jours, les magasins U vous ont reproché de ne pas le faire. Pourquoi est
-ce
que vous ne le faites pas, ça, très simplement ?
Alors, ils ne nous ont pas reproché de ne
pas
le faire, ils nous
ont
demandé de le faire. C'est très différent. Mais ils disent que
vous ne le faites pas aujourd'hui, alors qu'il y a la loi 5.2. Oui, alors moi ce que je voudrais, c'est qu'il y a la
réciprocité.
D
'accord ? J'aimerais bien la réciprocité dans ce dossier. Je veux bien tout entendre de la grande distribution, je veux bien donner le prix du lait, mais je veux que la grande distribution donne ses prix également et donne ses marges. S'ils le font, aucun problème. Pour l'instant, la transparence, désolé, mais elle n'est pas complètement chez nous.
Donc
chacun
attend
la transparence de l'autre
et au bout du coup, les agriculteurs sont en
crise permanente. Quand je demande un changement d'état d'esprit de la filière,
c
'est pour cela. C'est qu'aujourd'hui, on est un peu dans une cour d'école où ce n
'est
pas moi, c'est l'autre. Et je voudrais qu'on se mette autour d'une table, comme on l'a fait la semaine dernière, de manière constructive. C'est quoi le bon prix pour l'agriculteur ? C'est quoi le bon prix pour le transformateur ? Et c'est quoi le bon prix pour le distributeur ? Et surtout, c'est quoi le juste prix pour le consommateur ?
Et donc, je vous repose ma question encore une fois. Est-ce que le prix affiché dans les conditions générales de vente, le prix payé au producteur, vous allez le montrer ?
La loi va l'obliger. Donc on va le montrer. Mais c'est quoi le prix du lait ? C'est celui d'il y a une semaine, c'est celui de la semaine prochaine. Quand on voit que le lait a pris 30% en l'espace de un an, quelle référence on va prendre ? Donc il faut faire un travail plus intelligent, plus constructif.
C
'est-à
-dire,
dans une négociation,
c
'est tenir compte, bien sûr, de la matière première, de son prix, et pouvoir évoluer dans le temps à la hausse comme à la baisse.
Donc quand
vous jugerez que vos
partenaires sont transparents, vous déciderez d'être transparent
? Moi, ce
que je voudrais surtout,
c
'est qu
'on tienne compte... Ça ne va pas avancer beaucoup comme ça. Oui, je voudrais surtout
qu
'on
tienne compte de cette crise agricole, c'est une vraie crise que l'on subit et qui, chaque année, se durcit. Je voudrais qu'on tienne compte de nos TPE, de nos PME, de l'emploi local, de l'investissement local. Vous l'avez dit, c'est 450 000 emplois. Si on y greffe l'agriculture et la distribution, c'est 2 500 000 emplois. Je voudrais qu'on en tienne plus compte. Qu'est-ce qu'on veut ? Est-ce qu'on veut une industrie low-cost ? Est-ce qu'on veut une alimentation low-cost ? Est-ce qu'on veut des prix low-cost et des rémunérations low-cost ? Non,
ce n
'est pas ça l'enjeu.
L
'enjeu, c'est la rémunération, c'est de redonner de la valeur à notre alimentation.
Jean-Philippe Girard, le président de l'Agnat, invité de l'interview éco, merci. Merci à
vous.
Et à demain, Jean-Lémarie pour l'invité éco du 17-20, à retrouver, comme d'habitude, sur franceinfo.fr.
Christian Girard