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Conférence de presseEsri France· 27 février 2019 15 minComplaisantFond programmatiqueDéfenseNumérique

[SIG 2016] Grand témoin : GCA Christophe Gomart - DRM

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:11Invité politiqueFait
    « « Bien, bonjour à tous. La guerre se gagne par la géographie, disait Napoléon. Aujourd'hui, elle se gagne, je pense, par la géo-intelligence. »
  • 2:11Invité politiqueFait
    « « Alors vous savez, vous ne le savez pas, il y a des services secrets qui font beaucoup de bruit, mais il y a en France un service plus discret qui fait beaucoup de bien. »
  • 3:13Invité politiqueFait
    « « J'ose dire, ça va choquer certains, je suis sûr, que les services de renseignement sont en réalité des médias. »
  • 3:32Invité politiqueFait
    « « Certes, nous disposons à la DRM de moyens d'investigation un peu poussés. »
  • 5:33Invité politiqueFait
    « « La DRM aura en 2017 25 ans. Elle est née après la chute du mur de Berlin, au lendemain de la première guerre du Golfe. »
  • 7:56Invité politiqueChiffre
    « « La DRM, aujourd'hui, c'est 1 800 analystes et techniciens, civils et militaires, qui fédèrent, animent et coordonnent près de 8 000 spécialistes du renseignement, des armées de terre, de mer et de l'air. »
  • 8:33Invité politiqueFait
    « « Pour les besoins évidents de protection du secret, de la défense nationale, les données que vous allez visionner ne sont pas réelles. »
  • 11:10Invité politiqueFait
    « « Donc, no strike. »
  • 13:40Invité politiquePromesse
    « « C'est aussi dans cette perspective que la DRM, avec le soutien du ministre de la Défense et du chef d'état-major des armées, est en train de créer une agence d'innovation baptisée Intelligence Campus. »

Temps de parole

  • Christophe Gomart86 %
  • Présentateur14 %

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0:10
Présentateur

S'il y a un domaine où la géographie, et désormais la SIG, est indispensable au processus de connaissance, d'analyse, de décision et d'action, c'est bien celui de la défense et de l'art militaire. Pour illustrer cela, j'ai voulu inviter à mes côtés ce matin une personne très spéciale, au cœur de nos stratégies et actions de défense nationale, encore plus dans ces temps difficiles que nous vivons. Le général de corps d'armée, Christophe Gomart, est le directeur de la DRM, la Direction du renseignement militaire. Il va nous montrer comment, dans ce domaine stratégique, la géographie est mise en œuvre du recueil de renseignements à l'action militaire.

C'est un grand honneur et avec un grand plaisir que je lui cède la parole, mon général.

1:11
Christophe Gomart

« Bien, bonjour à tous. La guerre se gagne par la géographie, disait Napoléon. Aujourd'hui, elle se gagne, je pense, par la géo-intelligence. C'est l'objet de ma présentation et je tenais à ce titre à remercier chaleureusement Ronigal pour son invitation. Alors avant de commencer vraiment dans le vif du sujet, je commencerai par présenter le service que j'ai l'honneur de diriger. Pour le grand public, le mot DRM évoque le management des droits numériques ou Digital Rights Management. La DRM n'est pas très populaire chez les jeunes car il empêche de copier librement les films et la musique. La DRM que je commande est beaucoup moins connue et je l'espère plus populaire.

Alors vous savez, vous ne le savez pas, il y a des services secrets qui font beaucoup de bruit, mais il y a en France un service plus discret qui fait beaucoup de bien. C'est la direction du renseignement militaire que je commande comme je viens de vous l'indiquer. Un bon agent de renseignement, c'est quelqu'un qui doit savoir faire parler les autres, tout autant qu'il doit savoir se taire. Alors vous allez me dire, qu'est-ce que vous faites sur cette estrade ? En vérité, même les services de renseignement doivent sortir de l'ombre aujourd'hui. Ils doivent apprendre à communiquer sur leurs missions, leurs objectifs stratégiques.

Ils doivent le faire pour séduire et attirer les meilleurs talents, vous qui êtes ici. Ils doivent le faire pour trouver les meilleures solutions à leurs défis, d'où mon dialogue permanent avec ESRI, qu'ils soient technologiques ou humains. Et ils sont généralement au croisement d'ailleurs de ces deux dimensions. J'ose dire, ça va choquer certains, je suis sûr, que les services de renseignement sont en réalité des médias. Mais comme tout médium, ils ont besoin du maximum d'ouverture de champ, du maximum de débit entrant et sortant, pour produire et diffuser la meilleure information. Certes, nous disposons à la DRM de moyens d'investigation un peu poussés.

Les journalistes, quant à eux, n'ont pas la faculté de manipuler des drones, des satellites, d'effectuer des interceptions. Et pourtant, la finalité est similaire. Fournir l'information la plus pertinente et la plus fiable au bon niveau, au bon moment et surtout à la bonne personne. Là est la différence, me semble-t-il, entre un mass-média traditionnel qui cherche à diffuser la moindre information au maximum de lecteurs, alors que moi, j'essaye d'apporter le maximum d'informations à un nombre réduit de lecteurs qui ont besoin d'en connaître. Les lecteurs des bulletins de renseignement de la direction du renseignement militaire sont très ciblés.

Ce sont les plus hautes autorités militaires et politiques, le chef d'état-major des armées, le ministre de la Défense et ses conseillers, le coordonnateur national du renseignement et, à travers lui, le président de la République, et de plus en plus souvent, nos partenaires et alliés. Il en résulte une exigence particulière de véracité et de réactivité. Deux objectifs à concilier en permanence, en résistant, et c'est parfois difficile, aux sirènes d'une actualité débordante et saturée qui se prête à toutes les manipulations, intoxications et erreurs d'appréciation. Ce qui distingue finalement la DRM de l'agence France Presse, c'est aussi la finalité opérationnelle du renseignement.

Et qu'il soit stratégique, opératif ou tactique, le renseignement est tout autant fait pour éclairer la décision politique que pour éclairer, nourrir et accompagner l'opération militaire, le plus efficacement possible, au plus proche du terrain. Et c'est la vie de milliers de femmes et d'hommes qui est en jeu et qui dépend de la fiabilité des informations collectées et analysées par mes services. La DRM aura en 2017 25 ans. Elle est née après la chute du mur de Berlin, au lendemain de la première guerre du Golfe.

Et ce qui n'est pas anecdotique, pardon, c'est à peine sortie de la guerre froide et l'angoisse nucléaire, le monde découvrait que la poudrière du Moyen-Orient était aussi explosive que celle des Balkans un siècle plus tôt. Et cette poudrière n'a pas fini d'exploser. Je ne vous apprendrai rien en évoquant la recrudescence du terrorisme islamiste jusque dans le cœur de Paris et ce, sur tous les continents. Je ne vous apprendrai rien non plus en évoquant la résurgence des phénomènes de puissance plus classiques que l'on croyait avoir domestiqués grâce aux droits internationaux.

internationales, entre les États trop faibles pour se défendre et les États trop puissants pour ne pas convoiter leurs prochains, je ne vous cache pas que nous avons un peu de travail ces temps-ci. En géologie, la tectonique des plaques voit se succéder les périodes de tensions silencieuses et les mouvements brutaux. C'est la même chose en géopolitique, peu ou prou. Mais il y a un autre phénomène qui s'additionne et qui nous conduit au sujet d'aujourd'hui, la géo-intelligence. A équidistance de 1992 à 2016, il s'est produit une révolution silencieuse. Cette révolution, c'est la révolution de l'information. Elle a balayé tous les médias et toutes les entreprises traditionnelles.

Elle a produit et consacré l'avènement des géants du web en une seule décennie. D'une certaine façon, la présence d'escrits ici, à proximité du château de Versailles, témoigne de cette réussite. Si les services de renseignement sont toujours debout, s'ils n'ont pas été rangés aux oubliettes de l'histoire, c'est qu'ils ont dû et qu'ils ont su s'adapter. Vous savez que les militaires, vous ne le savez pas d'ailleurs, adorent les devises. Pour certains régiments, c'est « faire face », pour d'autres, c'est « toujours en avant », pour d'autres, plus fataliste, c'est « plutôt mourir ». La devise de la DRM, quant à elle, c'est « para victoriam », pour la victoire.

Et pour obtenir ce résultat, je suis personnellement adepte du déséquilibre avant, celui qui oblige à avancer pour ne pas tomber, ni prendre racine. Les militaires, en règle générale, n'aiment pas étaler leur division, mais ils aiment bien compter leur troupe. La DRM, aujourd'hui, c'est 1 800 analystes et techniciens, civils et militaires, qui fédèrent, animent et coordonnent près de 8 000 spécialistes du renseignement, des armées de terre, de mer et de l'air. C'est une force humaine autant qu'une puissance technologique.

Et la géo-intelligence, vous l'avez compris, est aujourd'hui, avec tous les dérivés, le multi-int, le big data, le deep learning, au cœur de la démarche de modernisation du renseignement militaire. Alors, pour vous le montrer de façon très concrète, je souhaite vous livrer sans attendre un exemple. C'est le ciblage d'un site de l'organisation de l'État islamique. Pour les besoins évidents de protection du secret, de la défense nationale, les données que vous allez visionner ne sont pas réelles. Cependant, la méthode utilisée, la situation et les produits que vous allez voir sont autant que possible similaires à un cas réel.

Au cœur de mes préoccupations du quotidien, il y a les opérations de nos forces armées sur le terrain. Ces forces évoluent dans un milieu soumis à de fortes contraintes. Poussière et chaleur, mais également complexité du milieu humain et augmentation du niveau technologique. En un mot, incertitude face à un ennemi qui sait s'adapter. Le rôle du renseignement national est de permettre une analyse des paramètres et de les traduire en une information simple, précise, conduisant à une action de l'armée française.

Le renseignement d'intérêt militaire, c'est d'abord du concret, des éléments directement utiles aux autorités politiques et militaires, mais également aux échelons déployés sur le terrain. Bien évidemment, les troupes au sol ont leurs propres moyens d'acquisition du renseignement tactique. Il s'agit, par l'application du principe de subsidiarité, de leur donner toute l'attitude pour voir ce qui se passe derrière la colline. Le rôle de la DRM est bien de coordonner ces moyens français pour s'assurer de l'interopérabilité des processus et des flux d'informations.

Il s'agit ici d'un ensemble de positions issues des métadonnées d'un des appareils saisis, qui mettent en évidence un cheminement entre le théâtre des opérations au Sahel et le théâtre des opérations au Levant. Chaque point de l'itinéraire entre le Mali et la Syrie est mis en relation avec des données déjà en possession de la DRM, afin de comprendre ce qui relie les deux espaces. Le cheminement analysé conduit à un site connu, à Raqqa, capitale de l'Organisation de l'État islamique. C'est une ancienne université dont un renseignement humain nous informe qu'il sert probablement d'ateliers de fabrication et de stockage en quantité importante, d'explosifs artisanaux.

Ce site connu n'a pas fait l'objet de frappes aériennes de la coalition. A l'intérieur du rayon de sécurité, plusieurs bâtiments ont une fonction sociale, une école, un hôpital. Il y a également une station-service, dont la destruction amplifierait inutilement les dommages causés au voisinage. En effet, la présence présumée d'explosifs augmente considérablement la dangerosité d'une frappe pour ce qui entoure le site visé. Donc, no strike. L'ensemble des éléments d'appréciation sont réunis sur un dossier synthétique et illustré. C'est ce dossier qui a conduit à la décision de ne pas engager d'action de destruction contre le site.

Pourtant, les analystes butent sur la vocation de stockage d'explosifs, qui n'est pas cohérente avec l'ensemble des éléments saisis au Mali. Tout d'abord, la première force de la DRM est l'observation spatiale, ce qui en fait le référent imagerie des services de renseignement français. Les images sont requises, stockées et interprétées par le Centre imagerie de la DRM, le CF3i, qui forme tous les spécialistes du renseignement d'origine image au sein du ministère de la Défense. D'autres sources de données sont disponibles. Elles ne sont pas toutes secrètes ni nationales. Parmi les sources ouvertes, les réseaux sociaux sont incontournables.

L'application Twitter en particulier, pour ne citer qu'elle, permet de localiser une partie intéressante des échanges. La maîtrise des processus de Big Data fait partie de mes objectifs, et des projets ambitieux sont en cours de développement dans ce sens. L'Activity Based Intelligence, par exemple, ou renseignements fondés sur le traitement de masse de l'information, permet de mettre en évidence des signaux faibles mais multiples. Les informations ainsi recueillies par les centres spécialisés de la DRM sont regroupées au profit des analystes, de la sous-direction de l'exploitation, et leur fusion est opérée au sein de mon centre GEOINT, le CRGI.

Les corrélations sont d'abord réalisées sur les deux axes espace et temps. Il s'agit dans ce cas simple de regrouper sur un même support géoréférencé l'ensemble des éléments pour permettre une lecture à même de comprendre finement ce qui se passe sur ce site. L'hypothèse de départ, à savoir que ce site est destiné au stockage d'explosifs, n'est pas corroborée. Le dossier initial est revu dans ce sens. A partir de ce moment, la zone dangereuse pour les infrastructures les plus proches est réévaluée, ce qui permet d'envisager une frappe. En introduction, j'ai rappelé pourquoi la DRM communique davantage sur ses missions et ses objectifs pour rester dans la course, si possible en tête.

Nous devons attirer les meilleurs talents, les meilleures compétences et les meilleures technologies. C'est aussi dans cette perspective que la DRM, avec le soutien du ministre de la Défense et du chef d'état-major des armées, est en train de créer une agence d'innovation baptisée Intelligence Campus. Jamais, en effet, le renseignement n'a été autant synonyme d'intelligence. Et ce mot est aussi riche de sens en français comme en anglais.

Cette intelligence, nous la trouvons en associant au mieux les hommes et les machines, c'est-à-dire en mécanisant un maximum de tâches, en mobilisant de nouvelles formes d'intelligence artificielle et en veillant au croisement de toutes les expertises humaines. L'Intelligence Campus constituera un écosystème complet, associant des entités publiques et privées de formation, de recherche, ainsi que des entreprises, avec une dominante imagerie et géo-int. Je vous en remercie.

14:28
Présentateur

Merci. Merci au général Gomart. Je crois que sa présentation, assez complète, qui s'est terminée avec un appel aussi, je crois, pour recruter des gens, était aussi là pour nous montrer que les technologies sont au service de la DRM, comme pour la Défense Nationale, pour servir effectivement toutes ces problématiques à résoudre, notamment aussi ces problématiques de connaissance et d'action. Sous-titrage Société Radio-Canada