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interviewVendredi Écologie avec David Cormand· 22 septembre 2023 31 min

Vendredi Écologie avec David Cormand - Episode 1: L'Engagement Politique

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour à tous et bienvenue dans ce premier épisode de podcast de David Cormand. Alors David, député européen écologiste depuis 2019, ancien secrétaire national Europe Écologie-Les Verts, élu local en Normandie, mais surtout ancien moniteur de ski et comédien. T'en as fait les choses avant d'arriver au Parlement européen. Alors aujourd'hui, on vous propose de découvrir avec nous le parcours de David Cormand.

0:21
Invité

Alors David, dans ton livre « Ce que nous sommes », publié en 2022 aux éditions des Petits Matins, tu reviens brièvement sur ton parcours de militant écolo. quand tu as rejoint notamment les Verts à 25 ans, il me semble, tu étais tout jeune. Est-ce que tu peux un peu revenir sur ton parcours et pourquoi est-ce que tu as poussé la porte du parti des Verts en fait si jeune ?

0:39
David Cormand

Oui, alors d'abord je dois corriger quelque chose dans ma présentation. Je n'ai jamais été moniteur de ski. J'aurais bien aimé, mais je n'avais pas le niveau pour être moniteur de ski. Non, j'étais animateur nature en classe de neige, donc il y a un rapport avec le ski. J'ai eu la chance d'aller à Valoir dans la vallée de la Morienne pour celles et ceux qui connaissent, où on accueillait des classes de neige. Donc il y avait une activité sport, ski, en général le matin ou l'après-midi. L'autre demi-journée, on faisait des visites nature et j'ai eu la chance pendant plusieurs saisons d'hiver d'accompagner des enfants d'écoles primaires de CM1 et CM2 pour découvrir la montagne.

Pour certaines et certains d'entre eux, c'était la première fois qu'ils la découvraient. Et voilà, c'est une période, il y a une vingtaine d'années, où il y avait encore beaucoup de neige en hiver, où il y avait une différence, où il y avait les étages en montagne d'enneigement étaient celles qu'on connaissait depuis longtemps et qu'en moins d'une génération ont déjà évolué. Oui, à ce moment-là, j'étais déjà adhérent chez l'hiver d'ailleurs. Quand j'ai fait ça, j'ai continué à faire des boulots un peu de saisonnier parce que j'étais comédien avant, intermittent du spectacle et pour vie, j'étais amené à faire des boulots comme je pouvais. Donc l'été, c'était plutôt agréable.

Ce n'est pas un mauvais souvenir du tout. Dans la restauration, comme serveur, et puis l'hiver, comme je le disais, à la montagne. Et oui, à toute fin 99, j'ai adhéré au vert en 99 ou en 2000. Je préfère que ce soit en 99 parce que ça voudrait dire que je gagne un siècle d'adhésion chez les verts où je pousse la porte des écolos. Et pour être franc, ce qui m'attire à cette époque-là chez les verts, c'est la question démocratique parce que j'étais, je suis toujours d'ailleurs élu dans une ville de la métropole de Rouen, dans la banlieue de Rouen, qui s'appelle Cantleux, qui est une ville dans laquelle j'ai grandi. J'ai habité depuis que j'ai 5 ans et demi.

J'étais scolarisé à l'école primaire, puis au collège. Et c'est une ville à laquelle je suis très attaché, d'abord parce que, comme souvent, quand on grandit quelque part, on y est attaché, qui a une spécificité, je trouve. C'est qu'elle est à la fois une ville très sociale. C'est 65 % du logement social dans cette ville. C'est une ville nouvelle. Alors c'est à la fois une ville où a écrit Flaubert, puisque dans Cantleux, il y a un quartier qui s'appelle Croisset, qui est au bord de la Seine. Donc c'est là où il y avait la grande maison qui a aujourd'hui disparu. Il habitait chez sa mère, Flaubert. C'est sa mère qui était propriétaire de cet endroit.

Il reste à Le Jardin et le pavillon du jardinier. Donc il n'y a plus le fameux gueuloir où Flaubert testait la sonorité, la musicalité de son écriture et de ses phrases. D'ailleurs, il y a à Cantleux, à la mairie de Cantleux, toujours la bibliothèque de Flaubert, la bibliothèque qu'il avait chez lui, avec les ouvrages des auteurs de ses contemporains qui étaient signés. Et donc c'est une ville, Cantleux, qui est historiquement assez ancienne. C'était sur le bord de Seine et sur le plateau. Il y avait de la forêt, des fermes, etc. Et après la Deuxième Guerre mondiale, dès les années 50, il y a une première cité qui s'appelle la Cité verte, d'ailleurs.

Il y a des articles qui rappellent que c'était un peu une cité modèle où on avait construit une cité, voilà, de logements sociaux au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Puis il y a une deuxième cité qui s'appelle la Cité rose qui a été construite, elle, dans les années 70. Et de fait, la plupart de l'habitat à Cantleux, c'est de l'habitat social. Et la spécificité, la combinaison, moi, que je trouve fascinante, c'est que 70% de la ville, c'est de la forêt classée. Et donc il n'y a aucun endroit dans la ville où vous êtes à plus de 500 mètres de la forêt, pas d'un parc, de la forêt.

Vraiment, la forêt, c'est la première boucle en aval de Rouen qui est très belle, qui est très forêtière, etc. Et donc ça, c'est dans cette ville que j'ai voulu, dans la perspective des élections municipales de 2001, m'engager sur la question démocratique. Parce que j'avais le sentiment que les échéances politiques, les échéances notamment municipales, étaient confisquées par les partis politiques qui mettaient un peu des gens, quand ça les arrangait, pour devenir maires de cet endroit-là, sans, de mon point de vue, prendre suffisamment en considération les habitants de ces villes, ces communes.

Et c'est, je crois, encore plus vrai dans les villes populaires, où je pense qu'on n'a pas l'écoute. C'était, oui, la considération qu'on devrait avoir pour des classes sociales. Peut-être qu'on considérerait comme pas suffisamment aptes à participer à la vie publique. Et c'est vrai qu'elles ont des préoccupations, des urgences à gérer, qui fait que c'est pas si simple. Et donc, on prépare une liste. Et donc, c'est pour ça que moi, je vais chez Les Verts, parce que j'avais l'image des Verts comme étant un parti qui défendait un autre rapport à la démocratie, à la politique. Et c'était vraiment intuitif, parce que j'étais pas engagé politiquement avant.

C'est lié aussi au fait que ma maman, à l'époque, travaillait encore. Elle était institutrice. Elle est à la retraite maintenant. Et elle était collègue avec une personne qui est devenue un bon copain depuis, qui s'appelle Jean-Michel Berré-Gauvois, qui est de la famille, qui était le neveu de l'ancien Premier ministre, Pierre Berré-Gauvois, qui avait été longtemps au Parti Socialiste. C'est le moment où il avait quitté le Parti Socialiste. Il se rapprochait des Verts pour construire une liste citoyenne, écolo et citoyenne à Rouen, dans la ville, d'un côté. Et ma mère, qui est très bavarde, elle avait parlé à mon fils, et Jean-Michel Berré-Gauvois, avait dit, il faut qu'ils viennent.

Moi, je travaille avec les Verts, ça se passe bien, tout ça. C'est comme ça que je pousse la porte du local des Verts avec le localisme, enfin, la question locale, municipale. On ne disait pas à l'époque, enfin, je ne disais pas à l'époque municipaliste. Le terme existait déjà, mais je ne le connaissais pas. Mais c'était la mode, enfin, c'était déjà la démocratie participative. Les Verts ont très tôt développé ce concept de démocratie participative. Maintenant, c'est un peu daté comme terme. On préfère plutôt, justement, municipalisme, etc., mais qui était assez novateur, en fait, à cette époque-là.

Et cette liste municipale à Canteleu, soutenue par les Verts, que je venais de rejoindre, ça s'appelait « Vive la démocratie » à Canteleu, d'ailleurs. C'était le thème. Ce n'était pas « Canteleu, Verts et je ne sais pas quoi ». C'était vraiment la question démocratique avec, évidemment, des considérations écologiques. Et donc, voilà, j'étais accueilli dans cette famille des Verts avec beaucoup de bienveillance, avec aussi une ambiance. Je me rappelle quand j'ai poussé la porte du local des Verts, qui était à l'époque rue de Buffon, à Rouen, pour ceux qui connaissent Buffon, d'ailleurs, qui était un naturaliste, un biologiste très connu. Bref, le nom a un sens.

Et ce tout petit local des Verts à Rouen, je suis accueilli par un militant écolo qui est toujours en activité, qui s'appelle Philippe Vu, qui est un type formidable, qui a mené, avec d'autres, des combats, des luttes écolo de terrain depuis très longtemps. Notamment, on a entendu parler de la nouvelle projet d'autoroute à l'est de Rouen. C'est vraiment des gens qui portent ces combats-là depuis des décennies, maintenant. Et qui m'a accueilli dans ce local et qui me dit « David, bienvenue, t'as qu'à venir, on a une réunion interne des Verts. vendredi, t'as qu'à venir voir. » Je pointe à la réunion et j'assiste à une engueulade comme j'en avais jamais vu chez des adultes.

Et ils s'engueulaient. Et ça, c'est les Verts, d'ailleurs, avec un côté un peu chiant. Mais c'était vraiment très important. Ils s'engueulaient pour un document, je me rappelle, qui s'appelait « Le contrat de plan est à région. » Je pense que ceux qui nous écoutent ou qui nous regardent, maintenant, ça s'appelle « Le contrat de projet », il n'y a pas plus techno, c'est le truc qui contractualise les cofinancements entre l'État et la région.

8:51
Locuteur

En gros,

8:51
David Cormand

c'est un truc. Vous débarquez dans... Vous n'avez aucune idée de ce que c'est ce truc. Et vous voyez 30 adultes en train de s'empailler sur ce putain de contrat de plan est à région. Et vous vous dites « Mais qu'est-ce que c'est que c'est fou ? » C'est quand même incroyable. Ils ne m'ont pas vu d'ailleurs pendant six mois. Et puis finalement, je suis revenu et j'ai compris à la fois le côté négatif que peut y avoir d'être comme ça tout de suite monté dans les tours. et j'ai compris aussi que dans cette famille, ces questions techno n'étaient pas techno. Elles étaient fondamentalement existentielles.

Parce que notamment, ce sur quoi ils s'engueulaient, c'est est-ce qu'on développe l'aéroport de Rouen qui n'existait d'ailleurs quasiment plus qu'un aérodrome qui est l'aéroport de Beauce, l'aérodrome de Beauce, est-ce qu'il faut le développer ou pas ou quoi ? Donc dans un contrat de plan techno, c'est un paragraphe ou une page de plus ou de moins. Et pour les écolos, c'était « Mais dans quel monde et dans quelle infrastructure on va vivre ?

» Comment on va se libérer de ce dont nous sommes dépendants et comment nous allons construire notre autonomie, notre reprise de pouvoir par rapport à ce monde qu'on veut nous contraindre à accepter pour des arguments qui sont les mêmes arguments débiles qu'on entend toujours. Il n'y a pas de développement économique sans aéroport. Et donc, voilà, ma première rencontre avec les écolos, c'est ça. Et je pense, à la fois, ça a été un peu répulsif, ils ne m'ont pas vu, et à la fois, je crois que ça m'a aussi donné envie, enfin, donné la conviction que c'était là qu'il se passait quelque chose qui ne se passait pas ailleurs.

10:21
Invité

Mais justement, c'est une question qu'on voulait te poser parce que souvent, les femmes et les hommes politiques ont, dans leur enfance, souvent, ils ont baigné un peu dans des milieux assez militants, qui connaissent un peu les codes militants. Toi, ce n'était pas forcément ton cas, il me semble, même si ta maman a été en contact avec Jean-Michel Bérégovoy. Mais qu'est-ce qui t'a un peu vraiment donné l'envie de revenir dans un parti quand on est jeune comme ça ? Ce n'est pas vraiment naturel de s'engager, de faire des réunions et tout ça. Donc, qu'est-ce qui, à l'époque, t'a donné l'envie ?

10:44
David Cormand

J'en sais rien. Franchement, c'est un peu... Parce que, mes parents n'étaient pas militants, mais ils étaient... Ils sont d'ailleurs, voilà, gauche, politisés, je ne sais pas. Mais enfin, ils s'intéressaient à la politique. On entendait... On parlait de politique pas tous les jours, mais ce n'était pas un sujet qui était complètement en dehors du scope des discussions. Mais effectivement, ils n'ont jamais été adhérents à un parti politique. Ils n'ont pas été collés des affifs. Il y a des gens qui sont... C'est bien d'ailleurs. Moi, je trouve ça formidable. Il y a des familles de militantes et de militants qui transmettent cette passion de truc. Je trouve ça plutôt positif.

Moi, ce n'était pas le cas. Alors après, quand même, je n'ai pas eu une scolarité extrêmement brillante. J'ai vraiment... J'ai redoublé ma quatrième, j'ai redoublé mon bac, j'ai redoublé ma première année de fac. Bon, voilà. Mais j'ai quand même fait une fac d'histoire. J'ai réussi à gratter péniblement une licence. Et je pense que quand même, c'est l'histoire et la géographie. La politique, c'est de l'histoire et de la géographie. C'est vraiment un rapport au monde, à une continuité, à quelque chose qui nous relie ou qui nous projette. Et par rapport à l'espace, par rapport à la Terre, par rapport... Voilà. Et je pense que c'est... C'est par là qu'il y a des trucs qui sont faits.

Et après, par rapport à la nature, par rapport à l'environnement, j'ai des parents qui ne se disaient pas spécialement écolo. Mais nos vacances, j'avais la chance d'avoir des parents enseignants. Donc, il y avait une longue période de vacances où ils étaient en vacances en même temps que nous, enfants. Et donc, les vacances d'été, c'était six semaines déjà en montagne, à Bessan, dans la Vanoise. C'était six semaines en camping sauvage où on marchait en montagne. Donc, il y a un rapport, je pense, oui, au contemplatif, au temps. C'est en plus, pour ceux qui marchent un peu, il y a un rapport au temps qui est très agréable, qui est très... Oui, on a le temps de réfléchir, on a le temps de...

pour penser, d'ailleurs, il faut marcher, il ne faut pas être statique, encore moins devant un écran, il faut arporter. Et je pense que ça m'a, sans doute, nourri une appétence par rapport à la question au goût de la nature, à l'amour, en tout cas, notamment de la montagne. Après, par extension, il y a ça. Et en vrai, non, il n'y a pas... J'ai un souvenir militant à la fac d'histoire, de sciences humaines, d'histoire de Rouen, qu'à Mont-Saint-Aignan, sur les Hauts-de-Rouen. Moi, j'ai été engagé avec un mouvement qui était très à gauche, mais à l'époque, je ne savais pas trop...

Ça s'appelle l'AGR-UNEF, qui était l'organisation de jeunesse étudiante d'un mouvement qui doit exister encore, qui s'appelle La Gauche Révolutionnaire, qui est dans le souvenir de journée très, très à gauche. C'est-à-dire que Besançon, c'est un peu droitier par rapport à la ligne politique. Mais je me rappelle que je m'étais senti en communauté de pensée avec eux. Pas là-dessus, parce que ça, les questions de lignes... Je les connaissais comme ça, mais bon, ce n'est pas très clair dans ma tête, parce que c'était les seuls qui s'occupaient des résidents étudiants étrangers, et notamment de pas qu'ils se fassent, déjà à l'époque, renvoyés, etc., qu'ils puissent faire leurs études.

Et il y avait beaucoup d'autres orgas d'étudiants, d'orgas de jeunesse. Et je n'ai rien compte, d'ailleurs. C'était un peu organiser des soirées, récupérer les photocopies de cours quand on avait raté un cours. D'ailleurs, c'était très utile. Mais eux, ils avaient ce truc-là qui me semblait plus en phase avec quelque chose qui me paraissait profondément injuste. Et moi, c'est par ce truc qui a été discuté avec eux. Et comme ils étaient en galère pour faire des listes pour le département d'histoire, je me suis retrouvé au CA, je ne sais plus comment ça s'appelle, du département d'histoire, via cette liste-là.

Mais c'est là que j'ai participé à des premières réunions entre guillemets politiques où j'ai découvert aussi en chronomètre un peu le temps de parole. On ne peut pas faire trop des grands tunnels. Je crois me rappeler qu'ils faisaient déjà gaffe à la parité dans les prises de parole. Il me semble que ce n'est pas chez l'Evergne. Je l'ai vu en premier, même si nous, on le systématise. Et j'ai assez peu participé. Je n'ai même pas pris ma carte, je crois. Mais je pense que ça va déjà se sensibiliser à ce truc-là, au truc de l'enguette, un engagement très très modeste par rapport aux superbes et super militants qui habitent toujours à Rouen.

Des fois, je les croise encore qui étaient vraiment très très engagés. Je pense que c'est ça aussi. Il y avait une admiration aussi pour des gens qui donnaient autant de temps fait sans attendre de grand-chose en retour à une cause dont on peut penser à discuter de ceci-cela. Mais ils avaient un journal, je pense qu'ils l'ont toujours d'ailleurs. Il y avait un travail de travail ensemble, de militance ensemble, d'essayer de peser sur la marge du monde. C'est un souvenir de l'engagement à la fac que j'ai. Ensuite, le lien avec les écolos.

15:39
Présentateur

En 1999, tu disais que tu rejoins les Verts et quelques années plus tard, tu te présentes pour être conseiller municipal à 26 ans si je ne me trompe pas. À peu près,

15:48
David Cormand

2001-26-27, moi je suis 74, oui c'est ça, j'ai 26 ans.

15:52
Présentateur

Voilà, ce n'est pas très commun de faire ce travail à 26 ans. Tu disais que ce qui t'avait attiré c'était notamment la démocratie participative.

15:59
David Cormand

Oui, parce que, d'ailleurs depuis, je suis très bien entendu avec lui, mais à l'époque il y avait un candidat qui arrivait, c'était le Parti Socialiste, qui avait des idées que c'était un militant socialiste qui s'appelait, qui s'appelle toujours d'ailleurs Christophe Bouillon, et que je ne connaissais pas le pauvre Christophe, mais ça m'énervait. Je dis, mais comment ça se fait qu'on nous envoie... Je ne sais pas comment l'expliquer. Alors je ne sais pas d'où est venu cet espèce de sentiment de colère, mais j'avais l'impression d'être pas envahi parce qu'en plus il y a eu une élection, il n'a volé rien à personne, mais ça m'avait égacé.

Je dis, non, ce n'est pas normal qu'on nous envoie quelqu'un, on est assez grand pour trouver quelqu'un de canteleux. Aujourd'hui, d'ailleurs, je pense que je serais moins comme ça. Mais à l'époque, je sais que ça m'avait un peu indigné. Je dis, il n'y a pas de raison, donc on va faire une liste, machin. Donc on avait réussi à faire une liste très sympa, mais pour être franc, un peu de break et de broc, mais voilà, on n'avait pas les moyens logistiques.

Il n'y avait pas de groupe local vert, par exemple, à l'époque, à Canteleux, dans la vallée du Cahy, à Canteleux, c'est l'embouchure, c'est au bord de la Seine, c'est l'embouchure d'une vallée qui a été une vallée ouvrière pendant longtemps, d'ailleurs, on l'appelait la petite Manchester, la vallée du Cahy, donc très ouvrière, très longtemps ouvrière, aujourd'hui, elle l'est moins, hélas, mais voilà, qui avait un passé comme ça, assez rouge, plus rouge que rose, d'ailleurs, c'est plus communiste que socialiste.

Et donc, on a fait une liste comme ça, avec des anciens élus qui avaient été déçus, des écolos, mes potes de collège, qui habitaient toujours là, on avait embragué quelques parents pour avoir la liste de 33 noms, et feu flamme. Moi, j'étais deuxième de liste et on fait, je ne sais plus, 11%, et donc, on a deux élus. Et donc, je me retrouve élu. C'est-à-dire qu'en fait, moi, le truc, c'était de faire la liste et même pas être tête de liste forcément. Moi, je me... 26 ans, ce n'est pas si jeune, en vérité, mais c'est... Bon, bref, il y a des gens qui s'engagent en politique aujourd'hui, notamment sur l'écologie, qui sont beaucoup plus jeunes que 26 ans.

On est même un peu vieux, enfin, pas vieux, mais... Donc, à l'époque, c'est vrai que c'était moins commun, surtout quand on n'avait pas commencé avant dans la partie. Donc, moi, je ne me sentais pas d'être candidat, tête de liste, pour être maire. Mais ça m'intéressait bien quand même, comme j'ai beaucoup bossé, d'être sur la liste, avoir une petite chance d'être élu. Et donc, je me suis retrouvé élu, mais conseiller municipal d'opposition. Et pour ceux qui savent, mais ça peut être le cas de tous ceux qui... En fait, c'est très dur d'être conseiller municipal d'opposition parce que vous n'avez pas le temps, vous n'avez pas les moyens de l'administration.

C'est logique, elle travaille avant tout l'administration pour l'équipe qui a gagné, qui a été élue. Vous êtes peu nombreux parce qu'aux élections municipales, il y a une prime majoritaire pour l'élection, en bref, qui est très importante où le maire avait été élu dès le premier tour, enfin, l'équipe du maire avait été élu dès le premier tour avec 56%, mais ils avaient de mémoire 26 ou 27 conseillers municipaux sur 33. Donc, en fait, il y avait deux droites, deux gaullistes, avec notamment un dénommé Cezette, qui était un martiniquais, je crois, très sympa, un vieux monsieur, il avait plus de 75 ans à l'époque.

Il est évidemment décédé depuis, mais quand il venait aux commissions municipales, il venait avec le petit ponche. Et je le soupçonne qu'il n'avait pas trop le droit d'en boire à la maison. Donc, c'était un peu l'excuse de dire à maman, ouais, je viens, c'est pour la réunion, c'est pour l'équipe, c'est pour la réunion. Il y avait le petit coup de... Enfin, voilà, tout ça. Mais les conseils municipaux étaient beaucoup moins... Et il y avait une liste d'extrême-gauche, d'ailleurs, LCR, à l'époque, avec Franck Prouet, qui n'est plus élu maintenant, mais qui est toujours très actif, qui est un type, enfin, voilà, qui est intéressant, très aussi, très militant. Et qui était...

Voilà, il y avait trois groupes d'opposition, mais on ne pesait que dalle. Et c'est très dur, parce que vous vous faites déboîter, en fait. Parce que vous avez le maire, l'équipe, il a les trucs, il a plus l'habitude. Vous essayez de faire vos interventions pour dire, ah, c'est participatif, et vous vous faites déboîter. Je me rappelle des soirées où je rentrais chez moi, quasiment en larmes, en disant, mais c'est pas vrai, pourquoi je m'inflige ça ? J'ai démissionné demain. Donc, c'est un truc un peu dur, en fait. Enfin, dur, ça va, il y a pire dans la vie, mais c'est pas... C'est pas que plaisant. Et puis, au fur et à mesure, vous apprenez, vous faites moins avoir.

Des fois même, vous arrivez à le mettre en difficulté. Vous arrivez à monter des trucs, des dossiers. Je me rappelle, on avait pas mal travaillé, alors c'est toujours un sujet, sur la pollution de l'air. Parce que, si vous le savez pas, Rouen est toujours, je pense, le premier port céréalier d'Europe. Et donc, vous avez la question du chargement et déchargement des céréales, des silos. Et surtout, quand ils déchargent les céréales, des silos dans les bateaux ou dans les camions, dans les trains, vous avez des nuages de poussière de céréales qui sont en plus souvent les écorces qu'il y a autour qui ont plutôt pris les produits de traitement. Voilà. Et tout ça, se mélange.

Et donc, on avait monté des actions pour éviter, avec des rideaux d'huile ou je ne sais pas quoi, pour empêcher que les poussières se diffusent. Donc, on montait des dossiers comme ça, quand même, sur les trucs participatifs. Et donc, c'était une très bonne école, en fait. D'abord, ça apprend un peu une forme d'humilité et du côté bosogneux dans le travail militant. En fait, ça ne tombe pas tout seul. On peut avoir des belles idées, penser qu'on a raison, être motivé. En fait, c'est ardu. C'est ardu parce que les gens ne sont pas forcément disponibles à ce qu'on leur écoute, au truc qu'on leur raconte. Et puis, les relations politiques, c'est des rapports de force.

Donc, c'est des choses qui ne sont pas simples. Et quand on est écolo, c'est aussi difficile parce qu'on est... On défend une vision du monde qui est en réalité et encore plus il y a 20 ans, encore plus il y a 20 ans, minoritaire. En fait, on est les chieurs, on est les hurlues berlues, on est les rêveurs, les utopistes, quand ce n'est pas pire, quand on n'est pas des terroristes, des éco-terroristes, des ayatollahs. En fait, c'est très rugueux. Et comme on n'est pas dans une espèce de pensée mainstream, en fait, on donne à voir ce qu'on n'a pas envie de voir. On est ceux qui montrent, celles qui monteront les externalités négatives. Et donc, en vrai, les gens peuvent...

Oui, c'est vrai, mais vous faites chier, quoi. Il y a un truc comme ça. Et donc, et ça, dans le quotidien, des débats très concrets d'un conseil municipal, et moi, vraiment, je conseille ça aux gens qui veulent s'intéresser à la politique, c'est super, le niveau local, parce que c'est très concret, c'est la vie, c'est l'école, c'est la cantine, ce que mangent les gosses, c'est les vacances des enfants, les centres aérés, etc., etc. C'est les transports, mais c'est plutôt les agglos et les métropoles, mais c'est où on met le... C'est le... Je me rappelle, on avait beaucoup bossé aussi sur les parcs d'enfants, enfin, sur les jeux d'enfants, les parcs à jeux pour les enfants. C'est déterminant.

Qu'est-ce qu'on installe comme jeu ? Pour quels âges ? À quel endroit ? Pour que ça n'ait pas de truc de voisinage ? C'est vraiment la... C'est le premier pas vers la cité. Et vous discutez avec des gens qui sont aussi dans la ville. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de... C'est pas vrai. Un élu municipal, il n'est jamais coupé de la réalité. Il est même... C'est vraiment des gens qui sont dévoués à... Voilà, à recueillir les doléances, des gens qui sont en colère, que ça ne va pas. C'est vous qui vous prenez le truc. Moi, j'ai vraiment découvert ça. Et c'est pour ça aussi que ça a aussi adouci, y compris le côté que j'avais très frontal avec l'appareil.

Il n'y aurait pas que c'était le PS, mais maintenant, ils ont beaucoup rétréci, notamment dans ma région. Mais c'est un autre débat. Donc, ils sont moins dominants qu'ils étaient. Mais en vrai, c'est aussi des gens qui sont... C'est des élus qui sont souvent dévoués à ça. Et bon, ça apprend ça. C'est la discussion, la prise en compte des trucs concrets. Il y a des grandes idées. Il faut toujours les garder en tête. Et comment vous les dupliquez au niveau concret, comment c'est accepté par les gens, comment ils le comprennent, comment ils y adhèrent. L'acceptabilité dans la vie de la cité, la population, c'est la condition première pour que les choses marchent.

Il n'y a aucune possibilité avec les meilleures intentions du monde. Et c'est la phrase célèbre. Ce que vous faites sans nous, vous le faites contre nous. Et donc, ça, c'est quelque chose que je pense, j'ai un peu compris dans ce travail d'élu local à Cancleu.

24:36
Présentateur

C'est une indemnité de conseiller municipal à Cancleu. J'imagine que ce n'était pas suffisant pour vivre. Qu'est-ce que tu faisais à côté, sachant qu'ensuite, en 2007, tu deviens conseiller régional. Qu'est-ce que tu as fait un petit peu entre les deux ? Et qu'est-ce que tu tires aussi de l'expérience ensuite de conseiller régional comparé à ton expérience de conseiller municipal ?

24:56
David Cormand

D'abord, pour répondre, moi, à partir de 2000, 99, 2000, 2001, je deviens, j'acquière le statut, enfin, statut, ce n'est pas le terme qu'il faut utiliser, d'intermittent du spectacle, donc qui me permet, je travaille déjà comme comédien, je donne quelques cours et ça me permet d'avoir suffisamment de revenus pour vivre. Quand j'ai commencé à faire plus de politique, à être plus engagé, politique, c'est comme ma, même au niveau local, c'est un peu une passion exclusive.

Donc c'est là que j'ai commencé à travailler pour travailler en saisonnée, donc les deux, trois mois d'hiver, les trois, quatre mois d'été et ce qui me permettait d'avoir un peu de chômage le reste du temps pour continuer à militer, à faire... C'est pour ça que moi, je suis très attaché au droit du chômage parce que ce n'est pas parce que vous êtes chômeur que vous ne faites rien. D'ailleurs, il n'y a personne qui ne fait rien. Les gens font des choses et je pense que ce n'est pas inutile à la société. On peut s'interroger sur comment ça pourrait être financé autrement que par une indemnité de chômage, mais c'est encore une fois un autre débat.

Et ça, c'est juste qu'en 2006, 2007 et en 2006, fin 2006, là, je commence à travailler plus pour la politique parce que je travaille au cabinet du maire de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, où il y avait un groupe vert avec deux ou trois adjoints et qui avait négocié le fait qu'au cabinet du maire, il y ait quelqu'un qui puisse être associé au recrutement. Et donc, c'est comme ça que j'étais recruté. Mais moi, mon employeur, c'était le maire qui n'était pas vert, qui était Didier Payard, qui est un type très sympa. J'ai l'aimé beaucoup. J'aime toujours beaucoup. D'ailleurs, il est toujours vivant. Il n'est plus maire.

Et donc, je travaillais à la fois sur les dossiers écolos des adjoints au cabinet, mais aussi avec le maire. Et d'ailleurs, il faisait beaucoup des visites de quartier. C'était hyper intéressant, notamment à Saint-Denis, qui a une sociologie qui n'est pas si différente que celle de Cantelieu, en réalité. Donc, c'est beaucoup de logements sociaux, beaucoup de Français d'origine étrangère, et beaucoup de nationalités différentes. Je ne sais plus le chiffre à Cantelieu, mais c'était pour une ville de 15 000 habitants. Je pense que c'était plusieurs dizaines de nationalités différentes.

Je pense que Saint-Denis, c'était plus de 100 pour une ville qui, à l'époque, était, d'après les chiffres, à moins de 100 000 habitants. Je pense qu'elle l'était plus, en réalité. Maintenant, les recensements, elle a mis à plus de 100 000 habitants. Mais c'est une ville passionnante à beaucoup de points de vue. Donc là, j'ai bossé là-bas à partir, je me rappelle, du 1er novembre 2006 jusqu'aux élections municipales qui ont lieu en 2008, où les élus pour lesquels je travaillais n'ont pas été réélus. Donc là, je suis passé à autre chose. Et dans ce même moment, c'était un moment d'accélération politique pour moi, parce que je faisais ce boulot-là.

Et je suis devenu conseiller régional, mais un peu par accident, parce que les élections régionales, elles avaient lieu en 2004. Je n'ai pas été élu. Et en 2007, il y a des élections législatives. Et il y a un communiste qui redevient député. Ce n'est pas si courant. Mais là, c'était arrivé dans la conflit de l'Orchers et Jean-Paul Lecoq et qui était aussi maire de sa ville et conseiller régional. Donc il a dû lâcher un mandat et donc il a arrêté d'être conseiller régional. Et moi, grâce à Jean-Paul, qui devient député, je deviens conseiller régional en cours de mandat. Là, je découvre l'institution régionale et dans le même moment, c'est là que c'est drôle, de fait, je deviens cumulard.

Il y a un congrès des Verts et ce ne serait pas très intéressant à raconter, mais voilà, par la magie des fonctionnements des Verts, je me retrouve à la direction du parti, ça s'appelle le collège exécutif. Je me retrouve parmi les 15 dirigeants du parti, juste avant les présidentielles de 2007, qui n'avaient pas été un grand succès, mais à l'époque, on ne le savait pas. Donc à la même période, je deviens élu régional où effectivement, il y a une indemnité d'élu qui était, je crois me rappelé à l'époque, de 1 500 euros, un truc comme ça, 1 600 euros, on donnait un tiers des sous au parti, donc il restait quand même pas mal de sous.

En plus, je travaillais à côté, donc c'était plutôt, voilà, ça allait.

C'est là que j'ai vraiment commencé à m'intéresser encore plus à la vie du parti au niveau national et où j'ai découvert, j'avais découvert l'échelon local en tant qu'élu, là, en tant que collaborateur en cabinet et l'échelon régional qui est un échelon que je trouve aussi très intéressant parce que c'est des politiques aussi assez concrètes, d'ailleurs je pense, mais ça c'est encore un autre débat, qu'il faudrait plus de compétences pour les régions françaises, même si elles en ont conquis un peu, pas suffisamment par rapport au lande allemand ou aux régions espagnoles, par exemple, c'est quand même des entités très contraintes en termes de compétences, mais il y a quand même la formation professionnelle, le transport, pas mal de politiques environnementales, un développement durable qui sont, voilà, qui structurent un peu aussi, qui contribuent à structurer un territoire, les lycées, donc, alors c'est surtout l'investissement, mais il y a aussi des choses qui peuvent être faites au niveau d'accompagnement des équipes pédagogiques, etc., qui peuvent être intéressantes, bref, donc là, j'ai découvert un peu un autre échelon.

30:23
Présentateur

Merci d'avoir écouté ce premier épisode du podcast de David Cormand, comme il était un petit peu long, on a décidé qu'on le couperait en deux, donc on se retrouve dans deux semaines pour la suite. A bientôt !

Vendredi Écologie avec David Cormand - Episode 1: L'Engagement Politique — David Cormand · Pourquijevote