6 mortes en 9 jours, l'inquiétante hausse des féminicides
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
J'ouvre le second débat de ce sens public consacré aux féminicides en France. Depuis 9 jours, 6 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Les chiffres sont là, ils ne baissent pas.
Pourquoi la France n'arrive pas à stopper cette spirale, alors que la lutte contre les violences faites aux femmes est la grande cause des deux quinquennats d'Emmanuel Macron avant d'en débattre. Premier constat en image signé Cécile Sicsou. Il y a quelques jours derrière les volets de cette maison du Val-d'Oise.
Un homme tue sa femme et ses deux enfants avant de se suicider. Un féminicide, un de plus en 2026 où le compteur affiche déjà une quarantaine de femmes décédées, assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Au total, en 2024, 1283 femmes ont été victimes de féminicide ou de tentatives de féminicide contre 1196 en 2023, soit 11 % de plus en un an.
Cela représente plus de trois victimes par jour, des chiffres qui s'expliquent selon la Fondation des femmes par un désengagement de l'Etat sur ces questions. Il y a clairement une démobilisation institutionnelle, financière aussi, depuis 2-3 ans sur la question des féminicides qui était au coeur, en tout cas qui avait fait l'objet d'une vraie mobilisation après 2019 et le Grenelle des violences conjugales. On pense que cette démobilisation, elle est grave.
Il faut la prendre au sérieux parce que ça a pour impact de conduire à la mort de plus de femmes et de plus d'enfants aussi, qui sont souvent des victimes collatérales. Pourtant depuis 2019 et le Grenelle des violences faites aux femmes, les dispositifs de protection ont été largement renforcés avec la mise en place d'un numéro d'urgence, le 3919. Les ordonnances de protection, les téléphones graves dangers, les bracelets anti-rapprochement ou encore l'aide universelle d urgences.
Mais chaque année, les besoins augmentent car les femmes parlent plus et portent plainte plus facilement. Elles sont donc de plus en plus nombreuses à se mettre en danger. L'augmentation du nombre de plaintes se traduit aussi par une augmentation du nombre de séparation avec les conjoints violents et c'est justement au moment de ces séparations que les femmes sont le plus à risque.
La plupart des féminicides se passent dans un contexte de séparation, avant ou après la séparation d'ailleurs, et vraiment, L'augmentation de ces séparations provoque aussi une des raisons pour lesquelles les chiffres se maintiennent à des niveaux aussi élevés. Les associations en première ligne réclament plus de moyens et notamment une augmentation du nombre d'hébergements d'urgence, mais aussi la formation généralisée des forces de l'ordre qui prennent en charge les plaintes. On se demande comment mettre fin à ce cauchemar français des féminicide.
J'accueille Dominique Vérien, bonsoir. Bienvenue, vous êtes sénatrice centriste de Lyon et présidente de la délégation aux droits des femmes. Christelle Taro, bonsoir.
Bienvenue à vous aussi. Vous êtes historienne, directrice de l'ouvrage Féminicide, une histoire Sous-titrage Société Radio Et puis le tout dernier Robert Baninter Une passion pour la liberté Chez le même éditeur, Michalon et Anne-Charlene Bézina Est également à mes côtés évidemment constitutionnaliste et éditorialiste pour sens public. Je reprends ces chiffres que nous donnent les associations ce lundi, 6 féminicides en 9 jours.
Et ce mot de cauchemar français, je ne sais pas si vous l'employez, mais moi c'est celui qui m'est venu spontanément. Pourquoi on n'arrive pas à en sortir Quand on va en sortir de ce cauchemar ? C'est effectivement un cauchemar.
Et aujourd'hui, en fait, on se focalise beaucoup sur la réparation, la punition et pas assez, me semble sur comment on évite d'arriver à ça. Comment on fait qu'une relation de couple puisse être paisible ? Comment on fait qu'on ait le droit de dire non sans se faire frapper ou sans se faire tuer et donc c'est là-dessus qu'il faut vraiment jouer au niveau de la délégation aux droits des femmes je pense qu'il n'y a pas une fois une séance où on ne parle pas de l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle si on l'avait mise en place il y a 20 ans, comme c'était demandé.
Aujourd'hui, je pense qu'on n'en serait pas là. – Mais vous entendiez, pardon nous interrompre, dans notre sujet d'ouverture, ces termes de démobilisation institutionnelle depuis plusieurs années, est-ce que vous le ressentez, ça C'est vos interlocuteurs. Si jamais j'évoque les VARC, oui clairement il y avait 15 % d 'éducation à la vie relationnelle et sexuelle.
Évidemment on ne parle pas de sexualité à des maternelles, on parle de mon corps et mon corps, et parlons de l'inceste, c'est aussi un fléau dans notre pays. Et puis progressivement, et en tout cas, on parle de l'égalité et du respect. Et si jamais on l'avait mis en place, or 15 % seulement des les établissements scolaires le mettent en place.
On a beau dire que c'est une grande cause, si on ne le fait pas à tous les niveaux pour pacifier ce que peut devenir le couple...
En ce moment, on est en train de faire un rapport sur les masculiniste, mais c'est terrible. Quand on voit le HCE qui sort un rapport qui montre que les plus jeunes sont plus sexistes que les aînés, on se dit mais qu'est-ce qu'on a fait ? Comment on n'a pas travaillé avant pour éviter ça – Le HCE, c'est le Haut conseil à l'égalité. – Le Haut conseil à l'égalité, merci jamais à l'autre. – Le Haut conseil à l'égalité et si jamais on pouvait travailler en amont, on aurait moins à réparer derrière. – Alors vous posez un certain nombre de thématiques qu'on va Développé ensemble, évidemment en longueur avec ces chiffres donnés par la Fondation des femmes.
Il y a un féminicide ou une tentative de féminicide toutes les 7 heures en France. Pourquoi ces chiffres ne baissent pas A peu près pour toutes les raisons qu'on a déjà évoquées, c'est-à-dire que le problème est multifactoriel, c'est un problème d'abord d'éducation, moi je suis tout à fait d'accord avec vous, je pense qu'il faut changer de paradigme. On ne peut pas, en fait, faire baisser les féminicides voire même les éradiquer tant qu'on ne met pas véritablement en place une société d'égalité.
Je ne parle pas d'égalité formelle parce que l'égalité formelle est acquise dans notre pays. Je parle d'égalité réels, en fait. C'est pourquoi, dans Féminicide, une histoire mondiale, j'ai développé l'idée d'un continuum féminicidaire pour expliquer que ce qui nous scandalise, c'est ce qu'il y a de vraiment de scandalisant, c'est-à-dire les exécutions de femmes parce que pour moi, un féminicide, c'est ni un meurtre ni un assassinat, c'est une exécution.
Je ne suis pas d'ailleurs la seule à le dire parce que parfois les magistrats sont tellement hallucinés de voir ce qui se passe, y compris dans les cours d'assises, qu'ils emploient eux-mêmes ou elles mêmes ces termes. Donc ça, c'est un point, je pense, très important. – Mais est-ce que vous voyez, pardon de s'interrompre, un regain, effectivement, ou dans ces chiffres-là, est-ce que vous le liez à ce masculinisme, à ce regain, une espèce de réaction ? – Oui, ben ça, ça, c'est évident pour moi.
En fait, les féminicides, ça participe à une riposte masculiniste qui est le produit, en fait, de notre monde post-MeToo, d'une certaine manière. Mais ce n'est pas spécifique à notre temps très contemporain. Dans l'histoire, on a déjà observé ça à de multiples reprises.
C'est-à-dire qu'à chaque fois que les femmes remettent en cause la domination masculine de manière assez vindicative, on peut dire qu'elles se prennent une riposte masculiniste. Et pour moi, les trois bras armés du masculinisme, c'est les attentats masculinistes, les féminicides et la nouvelle pornographie qui constitue en fait un bloc extrêmement compact. Et d'ailleurs, ça impacte aussi nos jeunes, évidemment.
Pas seulement sur le terrain des féminicides, mais aussi sur le terrain des pratiques et des représentations des imaginaires sexuels. Alors il y a eu pourtant en 2019, Denis Salas, un grenelle des violences conjugales. Ça n n'a pas servi à rien quand même.
Non, le grenelle a énormément apporté non seulement au traitement du féminicide, mais à la capacité qu'a eue l'institution judiciaire et législative d'y répondre. Et on en parlait tout à l'heure, la capacité qu'a eue l'institution de répondre par des outils nouveaux qui ont été inventés a été décisive. Je pense par exemple à l'ordonnance de protection comme outil de prévention du engrenage de la violence conjugale, qui a été adopté en 2010, est appliqué massivement aujourd'hui par les juges aux affaires familiales et est un outil très précieux.
Qu'est-ce que ça permet de faire ? Ça permet immédiatement de séparer les couples qui sont en situation de violence, de prendre une mesure de protection de l'enfant immédiatement, soit par emplacement à un tiers d'une confiance, soit d'une autre manière. Ça permet également de permettre immédiatement de donner une orientation à la procédure en saisissant un jeu des enfants, un jeu d'instruction et surtout aussi de désigner une enquête sociale qui permettra de prendre des mesures en urgence dans les six jours, donc c'est très rapide, pour permettre de prendre des mesures de protection.
Donc c'est un outil de prévention majeur et qui s est considérablement développé, qui est un outil qui est entre l'outil pénal, la coercition, et en même temps dans le champ civil. Il faut ajouter le bracelet anti-rapprochement et le téléphone graphique. On y reviendra là-dessus, sur ces outils, est-ce qu'ils fonctionnent plus ou moins bien ?
Il y a de quoi des bases ? Je pense qu'il faut qu'on insère un nouveau temps dans ce qu'on a étudié, le droit pénal, l éducation. Il me semble que la question de la plainte, de la manière dont on va traiter la parole de la victime, c'est quand même quelque chose sur lequel la France est en retard.
On va parler des systèmes espagnols et italiens, mais cette question de savoir aussi comment on va au moment où on sent le danger arriver. Et la fracture est en réalité très difficile à évaluer dans un couple, mais la parole de la victime, l'entendre, avoir des brigades spécialisées, beaucoup de systèmes européens le fond. Là, il y a quand même une question qu'on doit se poser.
Je sais qu'il est question aujourd'hui d'un conseil des victimes, de savoir comment on écoutera mieux la parole des victimes. Je pense que c'est vraiment une des clés. Alors on va on va rester sur cette thématique.
Je vous propose d'entendre un témoignage. C'est la présidente de l'Union nationale des familles de féminicides, Sandrine Bouchet, qui rappelle qu'on parle là des violences faites aux femmes. On parle d'une grande cause du quinquennat qui avait été non seulement défini par Emmanuel Macron là pour ce quinquennat, mais aussi pour le précédent.
Écoutons-la. C'était la grande cause du quinquennat et on a bien vu que c'était pas suffisant pour faire baisser les chiffres puisqu'il y a eu une hausse en 2025 de 11 % des féminicides, les violences conjugales continuent également d'augmenter donc il faut continuer à sensibiliser encore et encore. Personnellement la seule sensibilisation que j'ai vu c'est les peines qui sont plus lourdes aujourd'hui dans les cours d assises parce que avec des actions comme celles qu'on mène aujourd'hui ça sensibilise le grand public et ce sont eux qui sont les jurés des cours d'assises donc les peines sont plus sévères sur le reste c'est encore très à l'attrape nous sommes encore très à la traîne.
Des peines plus sévères, sur le reste on est encore à la traîne. Ça rejoint une question posée par Marie-Odile qui nous écrit de Paris. Comment est-il encore possible que des femmes se retrouvent tuées par leur mari alors qu'elles avaient porté plainte à plusieurs reprises au commissariat ?
Et effectivement, cette question de la plainte, de la réception de la plainte, de ce qu'on met en place et de ce que peuvent mettre en place les policiers ou les gendarmes. Quand on a commencé avec Émilie Chandler à étudier nos travaux pour le plan rouge vif, j'avais à ce moment-là dit au ministre de la Justice, j'ai déjà vos trois premières préconisations. C'est formation, formation et formation.
Et formation évidemment des policiers et des gendarmes qui accueillent pour pouvoir être formés, pas poser des questions sans rapport avec la question du style « comment étiez-vous habillé ? ». Et ça date de quand ce programme de formation ?
Ils sont formés les gens C'est en 2023, ça a commencé en 2023, à certains endroits et je dois vous le dire, pour moi, la gendarmerie s'est vraiment mis en ordre de marche. Alors ils sont nombreux à être formés mais je vois et au moins dans mon département d'Orléans, on a un certain nombre à être formé, on a un colonel de gendarmerie qui pousse les gendarmes à aller se former, y compris au contrôle coercitif d'ailleurs, pour pouvoir avoir les signaux. Parce qu'on sait que dans quasi 100 % des féminicides, il y avait du contrôle coercitif qui était mis en place.
Le contrôle coercitif, c C'est je contrôle comment tu t'habilles, je contrôle ce que tu manges, je contrôle à quelle heure tu rentres. C'est l'emprise du mari ou de...
C'est beaucoup plus intéressant pour le gendarme puisque c'est vu du côté de l'auteur. Et là, il n'y a plus est-ce que c'est une peau victimes sous emprise, mais il y a bien une stratégie mise en place par l'auteur. Et du coup, on pourchasse le méchant et on ne cherche pas à faire de la sociologie avec la gentille.
Ok. Mais alors, j'entends qu'il y a un programme de formation, qu'il est peut-être plus développé dans la gendarmerie. Oui, que en zone police.
Il faut encore que ça se développe. Mais malgré tout, Denis Salas, il y a encore et encore récemment des féminicides où on voit que les services avaient été alertés donc ça veut dire que ça marche pas ou mal 30 % qu'on aurait pu éviter parce qu'il y avait une Donc ça veut dire quoi ? C'est-à-dire qu'on n'a pas assez formé ?
Bon, la formation, elle est quand même très engagée dans différents métiers concernés par...
Les magistrales. Oui, moi-même je participe à des formations sur les victimes de finances conjugales notamment et c'est quelque chose qu'on essaye effectivement d'impulser, mais la formation elle n'est pas toujours obligatoire, elle est souvent facultative. Et pas dans tous les métiers, c'est important de le dire aussi.
Chez nous par exemple à la magistrature, elle est obligatoire en formation continue Et on a plusieurs milliers de magistrats qui viennent se former à ces questions -là chaque année. Mais si vous voulez, moi je le dis souvent qu'il faut se mettre dans la peau de ceux qui enquêtent. Ils ont affaire à une population de grands blessés, il faut un peu se dire avoir une empathie à l'égard des personnes qui viennent nous voir et dire que d'ailleurs beaucoup de plaintes maintenant peuvent être prises dans les hôpitaux quand il y a des conventions qui se passent entre la la magistrature, la police et les hôpitaux, ce qui crée quand même un environnement plus favorable à la plainte parce que dans un commissariat ou une gendarmerie, c'est quand même un peu plus difficile d'affronter une parole comme ça, un peu froide, qui peut être assénée.
Donc cette idée de s'affronter, de se confronter à une parole d'une personne blessée, à qui venir en commissariat ça coûte énormément, il faut se mettre un peu dans cet esprit puis d'avoir de l'empathie et aller vers l'autre. Justement, si je peux compléter juste 30 secondes, parce qu'une victime de psychotraumatisme, justement, ne génère pas d'empathie. Et donc, si on n'est pas formé en face, eh bien, on ne comprend pas qu'on a une victime face parce qu'elle n'est pas la victime parfaite en pleurs qu'on a envie d'aider.
Christelle Terre, votre avis sur ce point particulier de la réception de la plainte et du fait que, malheureusement, ça ne fonctionne A chaque fois, on ne réussit pas toujours à protéger les femmes qui osent et qui ont le courage de venir porter plainte. Avant ça, je voudrais quand même dire qu'il y a formation, mais il y a aussi formatrice et formateur. C'est-à-dire que le problème, ce n'est pas tellement de mettre en place des formations, c'est d'avoir voire aussi derrière les gens qui sont susceptibles d'expliquer correctement, par exemple, les concepts de la recherche de pointe.
Vous avez parlé de contrôle coercitif, ce n'est pas quelque chose d'évident, d Pour saisir les signes, il faut déjà être capable qu'on vous les explique correctement, etc. Et donc on a quand même un très grand déficit de formatrices et de formateurs potentiels, parce qu'il y a des formateurs et des formatrices dont le regard est quand même extrêmement biaisé. Ils restent biaisés ?
Bien sûr, et qui peuvent ajouter du mal au mal, si je peux dire, sans faire de mauvais jeu de mots. Sur la question de la La plainte, c'est évidemment quelque chose d'essentiel. C'est-à-dire la plainte, mais ensuite le procès, la défense...
C'est un ensemble de choses qui dysfonctionnent gravement dans notre pays et qui, pour tous les les crimes, les délits et les crimes sexuels conduisent même parfois les victimes. Je ne parle pas bien sûr des femmes féminicidées parce que malheureusement, dans de nombreux cas, elles ne sont plus là, ce n'est pas elles qui portent plainte, mais qui rebuttent même, en à aller vers la justice, ce qui est évidemment problématique. Ce qu'il faut changer, c'est l'injustice testimoniale.
Il faut croire les femmes, il faut les croire vraiment, profondément, durablement. Il faut éviter le victim blaming, ce que les les anglophones appellent le victime les minks, c'est-à-dire l'inversion de la responsabilité et le fait que pour se défendre, on va critiquer souvent extrêmement brutalement les victimes. Ce qui ajoute de la victimisation secondaire parce que vous avez elle a déjà subi un traumatisme, et on vous en colle un second sur la tête que vous devez gérer vous-même.
Il faut se rappeler qu'en France, être une victime, ça coûte très cher. Ça coûte très cher psychologiquement, mais ça coûte aussi très chère économiquement et il n'y a quasiment pas de prise en charge par exemple la prise en charge même médicale du psychotrauma est à la charge des victimes etc et c'est contre la de juridictionnel lorsque c'est un crime et de droit pour la victime, quels que soient ses revenus. Alors il y a une question qui nous vient d'Antibes.
Sylvie qui nous suit. Merci beaucoup d'être fidèle à l'émission. Pourquoi ne pas inscrire le féminicide dans le code pénal, c'est le thème de votre éditorial dans une minute mais j'ai une autre question sur laquelle j'aimerais vous entendre Denis Salas qui nous vient de Rennes, Margot qui nous demande, qui parle des peines, les peines contre les féminicides sont -elles assez lourdes pour être dissuasives ?
Est-ce qu'elles se sont alourdies en quelque sorte ces dernières années ? Dans le reportage, une personne le disait tout à l'heure, dans les années 80 pour un féminicide, on appelait ça un homicide conjugal, on l'appelle toujours comme ça d'ailleurs. C'était des peines qui tournaient autour de 6 à 8 ans.
Aujourd'hui en 2026, on a des peines qui tournent autour de 18 ans en moyenne. Donc on a une augmentation considérable des peines qui traduit une prise de conscience au niveau des cours d'assises, des cours criminelles départementales, de ces faits. Dans les années 80, il y avait énormément de cas de ce type-là qui étaient souvent soldés par des non lieu.
Je me souviens à l'époque Louis Althusser, le grand philosophe qui avait tué sa femme. C'était le grand philosophe. On ne parlait que de lui.
Il y avait une compassion à son égard. La justice conclut par un non-lieu. Aujourd'hui, vous avez...
L'affaire Quanta me semble un point de bascule, je pense. Parce qu'à un moment donné, il y a eu deux discours qui sont affrontés. Est-ce qu'on est du côté du chanteur ou du côté de la victime, Marie Tratignan ?
Il y avait là une discussion qui montrait que ça commençait à l'opinion, la sensibilité collective commençait à basculer. Si on revoit les archives de l'époque et notamment médiatique, il y avait une sorte d'empathie pour la star et le chanteur qui passerait plus du tout aujourd Quand sa première femme se suicide, on se dit qu'il y a peut-être un système. Il y a une sensibilité collective très forte autour de cette affaire.
On va effectivement parler, vous avez évoqué l'Espagne tout à l'heure, on consacrera une partie de cette émission et de ce débat à ce qui est souvent donné en exemple l'Espagne. Mais il y a ce mot de féminicide qui est entré dans le dictionnaire, enfin dans les dictionnaires, 2015 pour le Robert, seulement 2021 pour le Larousse. On m'avait appris – Ce n'est pas le dictionnaire de l'académie, attention. – Vous avez appris ça en préparant l'émission, mais alors est-ce qu'il faut l'inscrire ce terme dans le code pénal ? – Alors c'est un vrai débat juridique puisqu'il n'existe pas donc ce terme de féminicide, je vais vous faire l'avocat et l'avocat du diable, je vais vous faire le pour et le contre.
Les arguments contre l'inscription, c'est que le droit pénal couvre, vous l'avez dit, déjà évidemment les situations et heureusement. Actuellement le féminicide, c'est un peu entre le meurtre par conjoint et le meurtre supersonne en situation de vulnérabilité, c'est-à-dire une circonstance aggravante, notamment lorsque le meurtre est commis en raison du sexe. Donc presque toutes les circonstances sont couvertes par le droit en termes de circonstances aggravantes.
Le deuxième point qu'on peut avancer, qui me semble être sérieux contre justement cette inscription du féminicide, c'est le rouage procédural qui peut parfois être amené à affaiblir en réalité la protection de la victime puisque ça suppose une preuve supplémentaire du genre, du caractère conjoint ou non et de ce fait parfois, on l'avait dit pour la nouvelle définition du viol, ça peut inverser un petit peu les procès. Voilà pour ce qui est contre. Il y a des arguments pour l'inscription de ce terme dans le code ?
Évidemment, la qualification autonome déjà et ça me paraît important de le dire, ça pourrait permettre un meilleur traitement statistique. On l'a vu, il y a des contentieux en fait entre les associations de protection, le gouvernement notamment sur l'année 2025 puisque le décompte n'est pas facile à partir du moment où il n'y a pas d identification autonome. Deuxième point, le féminicide n'est pas toujours ce meurtre conjugal et on va le voir avec la définition espagnole, l'idée du lien avec une femme peut être un lien de collègues, de voisinage, un lien malsain qui finalement n'est pas forcément toujours celui de l'épouse ou de la concubine et de ce fait il y a quelque chose qui n'est pas saisi par le droit.
Et puis la force symbolique, je rappelle quand même que dans notre code pénal depuis le 19ème siècle il y avait cette notion de crime passionnel qui était, vous l'avez dit, une cause quasiment exonératoire de la responsabilité. On continue de l'entendre et peut-être que l'idée de l'inscrire ça viendrait avoir une force de symbole presque de philosophie du siècle qui est intéressant. Il y a d'autres éléments qu'on peut mettre en avant, peut-être déjà regarder, regardons dans d'autres — Regardons dans d'autres pays.
On va beaucoup parler de l'Espagne, donc je vais être rapide, mais loi organique de 2004 qui va justement le définir, ce féminicide, le choisir comme terme. Un crime où la victime est une fable subissant des violences physiques ou psychologiques. Attention, là c'est vraiment inclusif, de la part de son conjoint, ex-conjoint ou partenaire affectif même sans cohabitation.
Donc on le voit, il y a une vraie prise en charge, on le dira aussi tout à l'heure, le droit, le droit social, fiscal, tout un système, en réalité, est mis en place et c'est donc vraiment le système le plus prégnant. L'Italie a évolué aussi sur la question puisqu'elle a renforcé son arsenal pénal avec quand même toujours cette interrogation autour du crime de féminicide comme qualification autonome qui n'a pas été passée. Évidemment je suis constitutionnaliste de la constitutionnalité pour le plaisir mais en promettant de ne pas être rasoir, il y a une promesse d'universalisme quand même dans la notion de crime c'est à dire qu'on se concentre sur les éléments objectifs et pas sur la qualité de la victime.
Et c'est un système de protection qui est en réalité le meilleur qu'on a théorisé depuis le 19ème siècle donc il y a aussi cette idée de ne pas voir forcément de faiblesse de la qualité de femme face à l'homme qui est finalement l'idée d'être universel et de regarder le droit par rapport à ce principe d'égalité devant la loi donc il y a une question qui se pose bien sûr il y a des axes d'attaque l'antiterrorisme cette question de savoir comment on peut saisir un crime aussi par rapport à son on va dire son environnement il y a évidemment des voies de passage qui me semblent être nombreuses parce que le conseil constitutionnel est très inclusif à partir du moment où on déroge à l'égalité pour des raisons objectives et proportionnées voilà c'est tout pour cette question mais je voudrais vraiment alerter sur le fait que les bonnes les intentions produisent souvent de très mauvaises choses en droit notamment parce que c'est un vide juridique assez rempli cette notion de féminicide 2019 emmanuel macron qui fait une promesse d'en faire un délit à part une proposition de loi aurore berger en en 2024 qui évolue en 2025 une loi 4 qui finalement n'aboutit jamais et donc en fait la question qu'il faut qu'on se pose c'est est-ce qu'on veut poser des mots ou est ce qu'on veut vraiment créer un dispositif et donc je rappellerai que le droit ne se paye pas de mots qu'il faut une politique sociale des moyens bref il y a urgence oui effectivement si d'un côté on met le on intègre le féminicide au notre code pédale et puis à côté et puis par ailleurs il y a cette démobilisation institutionnelle dont on parlait c'est pas ça n'ira pas beaucoup plus loin alors je Je vais vous poser un peu la même question à tous les trois. – Mais on a déjà la démobilisation. – Mais justement, il n'y a pas d'égalité dans le droit en France. – Donc pour vous, il faut intégrer ce mot dans le droit français ? – Moi je le crois très sincèrement parce que, comme vous le disiez, vous avez terminé sur le point que je voulais mettre en avant.
C'est extrêmement symbolique et on se nourrit aussi de symboles. On ne se nourrit pas seulement de peine, on se nourrit aussi de symboles et les victimes, elles sont extrêmement nombreuses. Si on met les catégories de victimes les unes derrière les autres...
Je précise que le féminicide dit conjugal, que j'appelle moi le féminicide par partenaire intime ou par un membre de la parenté masculine n'est qu'une partie de l'iceberg féminicidaire, de la violence féminicidaire. En fait, il y a énormément d'autres catégories féminicidaires. Nous avons fait une tribune avec Anne Bouillon il y a peu de sur l'affaire Nadia Assad.
Le fait minicidaire de Nadia Assad n'a aucun contact d'aucune sorte avec elle. Il ne la connaît pas. La seule chose qu'il partage, c'est un quartier.
Il la tue pour tuer une femme, parce qu'il veut tuer une n'importe quelle femme, n'importe laquelle. Probablement, dans l'avenir, on verra qu'un certain nombre de cas qui procèdent aujourd'hui du pôle caisse de Nanterre, disparition inquiétante et meurtre non élucidée relève en fait de ce type de féminicide qui pour l'instant est quasiment sous les radars dans notre société parce qu'on se focalise sur une forme de féminicide. Donc oui, je pense qu'on a besoin de symboles, que l L'entrée, en fait, dans notre code serait un signe aussi très important pour les victimes, mais aussi pour la société dans son ensemble.
Parce que la dureté des peines ne peut pas être...
C'est la seule réponse sociétale. Votre avis, Dominique Vérien, est-ce que vous y êtes favorable ? Alors moi j'y suis favorable parce que lorsqu'on dit homicide conjugal, alors déjà un, parce que féminicide c'est beaucoup plus large et que toujours sur mes masculinistes, on a déjà déjoué trois attentats depuis le début de l'année et donc ça prouve bien qu'il y a des gens, des hommes qui veulent tuer des femmes parce que ce sont des femmes, donc ce sont vraiment des féminicides et pas parce que ce sont leurs conjointes.
Et ensuite dans homicide conjugal on entend une espèce d'égalité finalement, sauf qu'on sait bien que très majoritairement ce sont des femmes qui sont tuées et que quand il y a un homme qui est tué c'est souvent parce que la femme se défendait et ne voulait pas être tuée. Et donc le résiduel et il y en a, c'est de l'homicide conjugal là pour le coup et il peut s'appeler homicide conjugal mais le fait de dire féminicide ça montre bien et avec les chiffres et ce qui permettrait d'avoir des statistiques de montrer que quand même les les femmes sont largement ciblées. Je voulais juste revenir sur le désarmement etc mais là n'oublions pas qu'il y a aussi l'aide universelle d'urgence qui a été mise en place, qui a le pacte nouveau départ qui se développe donc tout n'a pas été abandonné sur l'amont et comment on fait pour aider les femmes à essayer de partir même si on sait la grande difficulté qu'il y a à partir.
Ça c'est la question de Gérard qui nous...
Je vous interromps pardon mais est-ce que l'État arrive à assurer des logements aux femmes victimes pour quitter leur salier ? Ou alors est-ce qu'au contraire il faut qu'elle reste chez elle et que c'est les hommes qu'il faut faire partir ? En fait, il y a les deux.
Si la femme veut rester chez elle, l'idée c'est qu effectivement ce soit l'homme qui soit évincé de son logement et avec ou sans Z d'ailleurs pour le relogement. Et si elle veut partir parce qu'elle ne veut pas rester, parce qu'elle a peur, parce qu effectivement le fait de rester, c'est du coup savoir où on habite. Il faut des moyens pour ça, c'est important de le dire, ça manque.
Mais y compris vous savez dans des secteurs ruraux, les communes rurales s'organisent pour pouvoir avoir, pour pouvoir avoir des maisons pour pouvoir accueillir. Les gîtes ruraux demandent aux propriétaires de gîtes s'ils accepteraient d'accueillir une famille si jamais leur gîte est disponible à ce moment-là. Donc, on peut tout à fait s organiser sans que ça coûte non plus des fortunes, mais à condition qu'il y ait quelqu'un qui coordonne.
Et là, ça, c'était aussi un des grands points en 2023 et on est en 2026, c'est que cette politique soit coordonnés, qu'il y ait un vrai pilote dans l'avion et qu'on donne les pouvoirs aux pilotes de fouetter ceux qui n'avancent pas. Parce que c'est bien de dire vous coordonner, mais si on n'a aucun pouvoir sur ce qu'ils font, du coup ça n'avance pas. – Je vous propose d D'écouter une avocate, elle s'appelle Pauline Rongier, avocate de la mère et de la soeur de Nathalie Day qui a été tuée par son ancien conjoint devant trois de leurs enfants.
C'était en mai 2022. Il a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Rhône. C'était en février dernier.
On écoute maître Pauline Rongier. Il continue à dire qu'il l'a tué par amour. Il continue à essayer de faire passer ça pour un homme qui qui perd les pieds parce qu'on lui enlève sa famille et ses enfants et qu'il est coincé dans un conflit de garde.
Donc non, il n'a pas compris. Je crois que le jour où lors d'un procès de féminicide, j'entendrais un accusé de dire, je suis désolée parce que j'ai compris que mon rapport à ma femme n'était pas normal, que c'était pas un lien d'amour, que c'était un lien à un objet, que je la considérais comme un objet, que je voulais tout savoir d'elle, tout contrôlé, qu'elle n'avait pas le droit de me répondre que je la surveillais et je n'ai pas supporté ça et je vais me faire soigner pour ce problème de contrôle sur autrui et en particulier sur les femmes et sur ma femme et bien ce jour là Là où oui, on pourra parler d'un accusé qui se remet en question, d'un accusé qui comprend. Denis Salas, cette histoire ou ces mots de crime passionnel, je les lis je pense de moins en moins dans les articles sous la plume de mes confrères.
Parfois effectivement dans les mots soit des auteurs, soit de leurs avocats ou avocates. Est-ce que vous avez encore beaucoup de conjoints, d'ex-conjoints qui sont dans le déni justement ? Ce que vient de décrire cette avocate.
Dans le déni, dans la dénégation, dans la minimisation des On a les trois registres qui viennent en permanence dans ce genre de débat. Les avocats plaident toujours le crime passionnel. Et à la limite, on peut aussi considérer que la défense peut avoir ces arguments-là, même si d'un point de vue scientifique, d d'autres arguments, évidemment, qui plaident dans l'autre sens.
Donc je pense que pour revenir à la discussion de tout à l'heure, je pense, et ce que vient de dire d'ailleurs cette avocate, faire entrer dans la loi, vous avez raison, pour des raisons symboliques, féminicide, mais il faut aussi considérer que le contrôle coercitif dans ce que vous appelez le continuum féminicidaire doit aussi entrer dans la loi. Parce que c'est la matrice du féminicide. Il faut que les deux registres soient présents dans la loi.
Donc là...
L'Espagne fait avec les violences psychologiques, finalement, en fait. C'est ça. Il faut intégrer le psychologique aussi.
Oui, je veux juste...
Pardon de vous interrompre, mais pour que ce soit bien clair, il y a peut-être certains téléspectateurs ou téléspectatrices qui viennent de nous rejoindre. Vous l'avez déjà évoqué, mais quand vous parlez de contrôle, c'est le contrôle du conjoint ou de l'ex-conjoint, avec des signes qui sont des signes avant-coureurs, c'est ça ? Pour schématiser, l'emprise, c'est la La victime qui subit l'emprise d'autrui, conjoint en l'occurrence.
Le content coercitif, c'est la stratégie de l'auteur qui va effectivement par un micro-contrôle du comportement du conjoint, effectivement le le téléphone, les sorties, les contrôles, etc., va emprisonner, en quelque sorte, la victime dans son schéma. Par ailleurs, simplement, on dit que la féminicide doit entrer dans la loi, c'est vrai, mais sachez une chose, c'est que le féminicide est dans les pratiques judiciaires et gendarmesques et policières.
Il est utilisé constamment. C'est un concept qui est opérationnel d'ores et déjà. C'est ça qui est intéressant.
Par exemple, à Bobigny a été créé en 2022 un protocole féminicide qui permet effectivement de protéger à la fois le conjoint qui a été objet de ce contrôle coercitif, mais aussi les enfants avec déplacement en urgence, avec une séparation évidemment du couple, des hébergements qui sont proposées et surtout un souci de l'enfant co-victime de la violence intrafamiliale. Ça fait partie des évolutions. C'est très important.
Et ça, c'est dans la pratique maintenant. Il nous reste une dizaine de minutes. On va parler de l'Espagne dans un instant.
Anne-Charlène, vous vouliez intervenir. Une très courte question. Est-ce que les juges l'intègrent dans leur raisonnement ?
Oui, bien sûr. Ça fait partie quand même d'un éthique jurisprudentiel. Pardon.
Je veux dire, au niveau des procureurs, c'est un concept qui est opérationnel, dans les protocoles d'action et dans les politiques pénales et au niveau des cours d'assises ce concept ainsi que celui du contrôle coercitif existe, apparaît mais il n'est pas encore dans la loi. Christelle Tarot Oui, bien sûr. On le voit d'ailleurs dans ce remarquable documentaire que j'invite tout le monde à regarder « Je vais te tuer », où on voit à l'œuvre plusieurs magistrates qui sont très investis dans ces questions-là, notamment Gwénola Jolicoz qui a fait passer précisément une jurisprudence sur le contrôle coercitif absolument essentiel.
On a cinq arrêts qui permettent de manière très claire d'adapter et puis aussi Ombline Mahusier au tribunal de Colmar et bien d'autres en fait. Donc la justice bouge, bien sûr il y a des choses qui vont dans le bon sens mais je constate quand même que les femmes continuent à mourir et les enfants aussi parce qu'il y a bien sûr plusieurs...
Ils ne sont pas seulement co-victimes, c'est à dire que je veux dire ils ne sont pas seulement co-victimes dans le sens où leurs mères sont exécutées mais ce sont aussi des victimes eux-mêmes parce qu'il y a d D'ailleurs, l'Espagne, dont nous allons parler, a déjà légiféré là-dessus sur le féminicide par procuration. Donc on a le féminicide direct, le suicide forcé qu'on a évoqué, notamment dans le cas de Bertrand Cantat et de Christina ce qui a permis d'en faire une circonstance aggravante, mais non pas un féminicide en tant que tel pour nos magistrats et nos magistrates. Et puis le féminicide par procuration, c'est-à-dire le fait d'utiliser, par exemple, un enfant, mais aussi un nouveau partenaire intime ou n'importe quelle personne importante pour la femme qui permet de tuer l'enfant, le partenaire intime, pour atomiser la femme.
Ce qui est une forme de le raffinement de la violence féminicidaire, si je peux dire. Mais on a déjà des affaires très importantes en France et ailleurs. Allez, on parle de l'Espagne comme promis, grâce à Steve Jourdin qui va entrer un peu dans le détail de ce qui a été mis en place dans ce pays.
Rebonsoir Steve, tout part d'un drame qui a bouleversé l'Espagne, on est à la fin des années 1990. Oui, on va vous présenter Anna Orantes, elle a 60 ans, 8 enfants et 40 ans de violence derrière elle. Le 4 décembre 1997, elle est invitée sur une télé locale et face caméra, elle va raconter l'enfer de son mariage. 40 ans de mariage, 40 ans à prendre des coups, parfois avec un bâton, raconte-t-elle en direct.
Quelques jours plus tard, son ex-mari la retrouve chez elle, il la frappe, l'asperge descend et la brûle vive dans le jardin. C'est l'une de ses filles, âgée de 14 ans, qui découvre son corps en rentrant de l'école. On apprendra ensuite qu'Anna avait alerté la justice à de nombreuses reprises, elle avait déposé plus de 15 plaintes, Thomas restait sans réponse.
Et donc on est en 1997 et ce drame entraîne un électrochoc en En 2004, le Parlement espagnol vote à l'unanimité une loi de protection contre les violences de genre. Elle permet d'éloigner immédiatement l'agresseur du domicile. Elle facilite aussi les ordonnances de protection.
Elle crée surtout un parquet spécialisé et plus d'une centaine de tribunaux dédiés aux violences faites aux femmes. Écoutez à sujet Noémie Mounieco, elle est magistrate à Madrid. Elle a été interrogée il y a quelques mois par Cécile « Il y a une spécialisation dans la matière.
Cela nous permet d'analyser les cas plus en profondeur, avec plus de professionnalisme. Et il y a aussi une meilleure harmonisation des critères entre les juges. Donc c'est important, cette spécialisation de la juridiction. » « L'Espagne va encore plus loin, Thomas.
Le pays publie en temps réel le nombre de féminicides, les plaintes déposées, les ordonnances de protection, les niveaux de Le risque des victimes, chaque dossier peut être suivi grâce à un système national qui coordonne la police, la justice et les services sociaux. Mais le plus important, Steve, c'est peut-être ailleurs. Oui Thomas, le modèle espagnol ne se résume pas à une série de mesures technique, c'est une philosophie politique en Espagne.
Les féminicides ne sont plus considérés comme des faits divers ou des drames familieux ils sont traités comme un échec collectif, ça veut pas dire pour autant que les féminicides ont disparu en 2024. 48 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, Thomas. Merci beaucoup Steve Jourdin pour toutes ces informations.
En préparant l'émission, j'ai trouvé ce chiffre une baisse d'un tiers des féminicides en 20 ans, Dominique Verrien. Donc il y a là quand même un lien entre une volonté politique et...
Alors il y a encore beaucoup trop de féminicides sûrement en Espagne, mais malgré tout une amélioration. Je reviens à la question initiale, c'est-à-dire Qu'est-ce qu'on pourrait faire de mieux ou de plus pour se rapprocher de cette efficacité espagnole ? C'est-à-dire être vraiment en amont.
Parce que le tribunal spécialisé, je pense qu'on va progressivement y Pour l'instant, on a les pôles vifs, mais on a des cours criminels départementales qui, pour le coup, sont quand même spécialisés. Et d'ailleurs, depuis le...
Enfin, on va voir ce qui va rester dans le projet de loi justice criminelle. Mais l'idée, c'est que tous les magistrats qui dorénavant siégeraient en cours criminel départemental aient reçu une formation sur les sujets, sur tout ce qui est violence sexuelle, violence sexiste et violence intrafamiliale. Mais plus en amont, en ce qu'ils font, qui est très bien, c'est qu'ils évaluent le danger et ils mettent une sécurité autour de la femme proportionnelle au danger couru.
Pas que le téléphone grave danger, mais éventuellement une vraie surveillance policière si nécessaire. C'est-à-dire qu'il y a un vrai accompagnement en dehors même du système judiciaire, un accompagnement policier, un accompagnement où on va du coup tous les ans se reposer la question de savoir si le danger s'est éloigné ou pas éloigné. Et puis après, ils ont un peu de retour sur ce qui leur arrive et par exemple, ils ont beaucoup travaillé sur le fait que dorénavant, on retirerait plus facilement l'autorité parentale aux pères violents, par exemple, parce que c'était souvent au moment des passages de bras que les féminicides se faisaient après la séparation.
Et donc du coup, ils sont intervenus là-dessus. Donc ils évaluent aussi les politiques qui font ce que nous on fait rarement. Anne-Charlene ?
Oui, je voulais dire qu'il y a aussi peut-être une problématique qu'on n'a pas abordée en France, que c'est celle de la signalisation par les autres. C'est-à-dire que ce n'est pas uniquement à la victime de se signaler finalement. Alors dans les universités, on met en place, un peu ces espèces de systèmes.
Mais c'est vrai que ça, c'est un point sur lequel l'Espagne est vraiment très en avance. C'est-à-dire que de ce fait, il y a des possibilités et ça, ça nous manque en France. Un deuxième point aussi, c'est l'accompagnement social qui existe en Espagne, qui est encore un peu carentiel.
En France, on compte beaucoup sur les associations. Là, il y a vraiment une prise en charge. On va le voir s'afficher, le 3919, ce numéro gratuit, anonyme, destiné aux femmes, mais aussi à celles et ceux qui sont témoins et qui peuvent et qui peuvent signaler.
Je voudrais juste signaler 30 secondes, les élus ruraux aux référents de l'égalité mis en place par les maires ruraux pour que dans chaque village, dans le conseil municipal, il y ait une personne qui sache vers qui orienter une femme qu'on détecterait parce qu'on sait que 50 % des féminicides sont en ruralité alors qu'on n'est que 30 % de la population. Sauf qu'on n'a pas les associations dans nos villages, mais il faut avoir des élus qui sont formés, qui regardent et qui savent orienter. – Avec effectivement un certain nombre de moyens qui ont été mis en place en France, par exemple il y a ces téléphones graves dangers, il y en a plus de 5300, près de 5400 entre janvier et novembre 2025, c'est les derniers chiffres qu'on a en notre possession, ou encore ces bracelets anti-rapprochement, il y en a 661 actifs en novembre 2025.
Sauf qu'il y a beaucoup d'associations qui nous disent que ces bracelets par exemple ils ne marchent pas bien en ville, dans les transports en commun, que le dispositif est assez inefficace, que finalement il fait plus peur aux femmes qui ont toujours l'impression que leur ex-conjoint est à proximité. Est-ce que c'est uniquement une question de moyens finalement ce dont on décrit ? Pour revenir au progrès, à une forme d'efficacité espagnole vers laquelle on voudrait tendre ?
Oui, efficacité d'accord mais relativiser quand même parce que les féminicides n'ont pas été éradiqués. C'est ce que j'ai dit, il y en a toujours évidemment. Encore une fois, c'est plurifactoriel.
Tout ce qu'on dit est très important. On peut mourir, on peut être féminicidé avec un téléphone grave danger. On en a des exemples.
On peut être placé dans un foyer être retrouvé. On en a aussi des tonnes d'exemples. Donc, en fait, on voit bien que tout ça, pour moi, c'est très important, mais ça ne constitue pas le cœur du problème.
Le cœur du problème, c'est nous en tant que société. Et bien bien sûr, nous avons besoin d'une volonté politique très importante. Mais la volonté politique très importante, elle ne vient pas seulement d'en haut, elle vient aussi de nous tous et nous toutes.
En fait, c'est un Vous allez continuer. Peut-être que ça vient nourrir votre réflexion. Sarah, qui nous écrit de Nantes, « Ne doit-on pas aussi accompagner les femmes pour leur dire qu'un mari violent n'est pas normal ?
Quitter le foyer ne font pas d'elle de mauvaise épouse, de mauvaise mère. et ça amène à ce que je suis en train de dire. C'est-à-dire que la prise de conscience, elle doit être évidemment au niveau de toute la société parce que les féminicides, ça nous abîme très profondément, individuellement et collectivement.
En fait, ça fracte, ça tue des gens, ça fracture des familles, ça détruit la société, d'une certaine manière. Mais en fait, c'est de la responsabilité de tout le monde, c'est-à-dire les individus eux-mêmes. Moi, je suis stupéfaite de voir, par exemple, dans les procès, les défenses de démolition.
Ce n'est pas possible qu'on continue en fait à défendre des féminicidaires de cette manière-là. En attaquant les femmes, en démolissant les femmes, c'est ça. les incesteurs, etc.
Ce n'est plus possible, on ne peut plus l'accepter. Donc ça c'est vraiment un point je pense très important, mais aussi ça relève de l'individu, de la responsabilité individuelle, mais ça relève aussi de qu'est-ce qu'on dit et qu'est-ce qu'on fait dans les familles ? Comment est-ce qu'on éduque aussi dans les familles ?
Dans une grande famille comme l'éducation nationale, qu'est-ce qu'on fait ? Et à tous les niveaux de socialisation, il faut une prise de conscience qu'une société progressiste, c'est une société d'égalité entre les femmes et les hommes. Un dernier mot, Denis Salazone ?
Simplement pour atténuer, c'est vrai que parfois il y a des défenses de démolition de la victime et on On est en train d'y travailler pour essayer de contrôler un petit peu une parole qui peut être excessive. Mais j'atténuerai quand même le diagnostic. Il y a quand même une révolution culturelle très importante dans le monde de la police et de la justice autour de cette question-là.
Tout ce qu'on vient d'évoquer là, il y a 10, 15, 20 ans, n'existait pas. Il y a quand même une volonté de transformer profondément les pratiques, de se tourner vers les victimes, en écoutant les associations, en en écoutant les entrepreneurs de morale qui viennent porter des causes dans la justice, qui est tout à fait fondamental. Le droit pénal est construit autour de l'auteur, fondamentalement.
Il y a un renversement aujourd'hui. On prend en compte la victime, on prend en compte la qui est totalement intégrée dans le schéma procédural aujourd'hui. Donc ça, c'est tout à fait fondamental, avec des remaniements culturels très importants.
Par exemple, l'autorité parentale, par exemple. Pendant très longtemps, l'autorité parentale, les juges hésitaient beaucoup à la suspendre. Aujourd'hui, les chiffres explosent.
On considère que quelqu'un qui a commis un acte de cette nature-là n'est pas digne de continuer à exercer le traité parentales. Voilà, des mutations culturelles, des mutations organisationnelles et des mutations profondes qui viennent, je crois, quand même répondre en partie, pas autant que l'Espagne évidemment, au grand défi des féministines. Merci beaucoup à tous.
On va rappeler, on va revoir s'afficher ce numéro gratuit, anonyme, le 3919 destiné aux femmes victimes de violences mais aussi aux témoins. Si vous êtes témoin de ces violences, n'hésitez pas à appeler le 3919. Merci à toutes et à tous, je vais rappeler le titre de ce livre, directrice de l'ouvrage Féminicide, une histoire mondiale aux éditions de La Découverte et Denis Salas, le déni du viol, essai de justice narrative aux éditions Michelon.
Et puis votre dernier livre, Robert Balinter, une passion pour la liberté, toujours chez Michelon. A bientôt sur ce plateau. Merci encore d'être venu dans ce sens public.
Je vous dis à demain, 18h, 22h. Vous pouvez retrouver nos débats sur Public Sena .fr ou en podcast.
Et notez que Clémentine Autun, députée de Seine-Saint-Denis, candidate à la candidature pour représenter la gauche et les écologistes à la présidentielle, sera l'invité de notre matinale demain. Belle Sous-titrage ST' Sous-titrage ST'
Emmanuel Macron