Epizooties : "Il y a un lien avec la température et donc les modifications climatiques"
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Au cœur de l'été, des troupeaux entièrement abattus et la détresse d'éleveurs qui ont tout perdu. Image marquante ces dernières semaines en Savoie, où est apparue pour la première fois en France la dermatose nodulaire contagieuse, terrible maladie s'attaquant aux bovins. Une de plus, serait-on tenté de dire, face à la multiplication des épisodis dans notre pays. Pas une année sans une flambée, que ce soit de grippe aviaire ou encore de fièvre cataralovine, pour n'en citer que quelques-unes, c'est devenu l'une des menaces majeures pour un secteur déjà en crise. On en parle ce matin avec Barbara Dufour, bonjour. Bonjour.
Vous êtes professeure émérite à l'École nationale vétérinaire de Maison-Alfort, spécialiste de ces maladies animales. Avec nous aussi en ligne, Patrick Souris, bonjour. Bonjour. Éleveur de brebis en Charente, secrétaire générale de la Fédération nationale OVINE. Et dans quelques minutes, nous rejoindra Thomas Dantin, qui est éleveur laitier en Savoie. et touché en première ligne par cette dermatose nodulaire contagieuse. J'attends bien sûr vos questions à vous qui nous écoutez au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Barbara Dufour, je vais peut-être commencer avec vous et avec cette actualité, cette urgence en Savoie et en Haute-Savoie.
On en est à 67 foyers de dermatose recensées pour une maladie apparue fin juin. C'est vraiment un tsunami que se sont pris ces éleveurs savoyards sur la figure. Qu'est-ce qu'on sait de cette maladie ? Est-ce que cette flambée soudaine vous surprend pour une maladie qu'on ne connaissait pas en France jusqu'à maintenant ? Alors, ce qui est surprenant, c'est qu'effectivement, c'était une maladie qu'on ne connaissait pas en France. Par contre, elle existait en Europe. Il y a des foyers régulièrement en Sardaigne. Et il y avait eu récemment, c'est-à-dire en juin également, un foyer ou deux dans le nord de l'Italie.
Donc, évidemment, ça a été une surprise fort désagréable, l'apparition de cette DNCB, maladie dermatose nodulaire contagieuse, donc, en Savoie. Et ce qu'on sait de cette maladie, c'est qu'elle est quand même extrêmement contagieuse. Elle est également très sévère pour les bovins, qui sont les seules espèces. Il y a les buffles aussi, mais nous n'en avons pas en France. Ils en ont en Italie, par contre. Pour les buffles également, elle est très sévère. Elle peut conduire à 10% de mortalité. Elle se manifeste par des chutes de lait, de la fièvre, de manière importante. Et une sorte d'apparition de nodules sur la peau qui pourrait ressembler un peu à la variole humaine.
D'ailleurs, c'est un virus qui est proche de celui de la variole humaine. Donc, c'est une sorte de variole des bovins, si vous voulez. Donc, maladie extrêmement grave et dont il faut absolument venir à bout avant qu'elle ne contamine la totalité du chèvre. Oui, parce qu'on parle évidemment des deux départements savoyards, qui sont pour l'instant les deux départements concernés. Mais potentiellement, c'est une menace à l'échelle nationale. Et ça va très vite. Et ça va très vite. Et c'est potentiellement une menace pour l'ensemble de notre cheptel national. Et vous savez que nous avons le plus gros cheptel européen bovin d'Europe. que ce soit en lait ou en viande.
Donc, c'est effectivement une très grosse menace. Et c'est pour ça qu'il y a des mesures extrêmes pour endiguer la propagation extrêmement rapide de ce virus. Alors, on va en parler justement des moyens de faire face. Simplement, peut-être une précision importante pour les auditeurs et auditrices. Cette maladie n'est pas transmissible à l'homme, même quand on consomme des produits d'une vache malade. Absolument. Cette maladie n'est pas transmissible à l'homme. C'est strictement une maladie des bovins. Ça n'en obère pas moins une très grande menace pour l'élevage. Et c'est pour ça qu'il y a des mesures aussi importantes. Mais c'est effectivement pas une maladie transmissible à l'homme.
Oui, on en est à plus d'un millier de bêtes abattues. Parce que la règle des autorités aujourd'hui, c'est un cas dans un troupeau, on abat tout le troupeau. Même les bêtes saines, ce qui, on va le voir avec Thomas Dantin dans quelques minutes, ce qui a provoqué un débat sur place et des tensions. C'est une mesure que vous comprenez, vous ? C'est une mesure que, en tant qu'épic... Enfin, une fois de plus, je comprends la difficulté de vivre ça par les éleveurs. C'est quelque chose de très difficile à vivre, d'avoir l'ensemble de son troupeau abattu.
Mais la maladie est très contagieuse et elle a une durée d'incubation, c'est-à-dire une durée pendant laquelle on ne voit pas la maladie, qui est longue, de l'ordre de 20, entre 20 et 28 jours. Donc, si vous n'abattez, comme elle est très contagieuse, si vous n'abattez que les animaux malades, eh bien, vous prenez le risque très élevé, c'est un risque très élevé, d'avoir d'autres animaux qui vont être malades, qui vont, pendant ce temps-là, non seulement contaminer l'ensemble des autres animaux du troupeau, qui vont tous être contaminés, ils vivent tous dans un environnement proche, mais de contaminer également d'autres troupeaux.
Parce que je rappelle que les mouches, les stomacs, les temps qui transmettent cette maladie, ils ne connaissent pas de frontière d'élevage. Ils peuvent se balader 5-6 kilomètres autour, voire plus s'il y a du vent, et donc aller transmettre cette maladie dans d'autres élevages. Donc, c'est pour ça qu'il faut abattre très rapidement aussi, pour protéger aussi les autres. Le troupeau, de toute façon, il va être entièrement contaminé, parce que la contagion est très rapide entre les animaux, et même si on ne voit pas apparaître tout de suite les symptômes, les animaux sont quand même infectés. Je voudrais qu'on joigne Patrick Soury, qui est secrétaire général de la Fédération Nationale Ovine.
Vous, vous êtes dans une configuration un peu différente, face à la fièvre catarale ovine, que vous connaissez bien, malheureusement, mais qui revient maintenant d'année en année. On en est là à plus de 2000 foyers détectés en un mois, donc ça touche les ovins, mais aussi les bovins. Quels sont vos retours, là, des derniers jours, des dernières semaines ? Eh bien, on a une montée en puissance, effectivement, du nombre de foyers détectés depuis quelques semaines, puisque les températures permettent, comme ça a été dit, aux vecteurs, là, il s'agit d'un moustique pour la FCO, de propager la maladie assez rapidement.
Et donc, face à cela, le seul moyen que nous avons, nous, éleveurs, c'est de vacciner nos animaux pour les préserver. En ce qui concerne la fièvre catarale ovine, aujourd'hui, il y a des vaccins disponibles, ce qui n'était pas tout à fait le cas en quantité suffisante l'année dernière, mais pour 2025, nous disposons maintenant, je dirais, de moyens pour lutter, et le moyen pour lutter, c'est la vaccination des troupeaux. Alors, le gros sujet des vaccins, vous vous en disposez suffisamment cette année, mais vous constatez, je crois, une réticence de la part de certains éleveurs. Ce n'est pas parce que les vaccins sont disponibles qu'ils sont forcément tous utilisés. Comment vous l'expliquez ?
Comment vous la comprenez, cette réticence ? C'est pour ça qu'on voit se développer un certain nombre de foyers avec une montée exponentielle, parce que tous les troupeaux ne sont pas vaccinés. Et la réticence que peuvent avoir certains éleveurs, il faut qu'on démystifie un petit peu, c'est aussi notre rôle en tant que responsable professionnel, de démystifier certaines peurs. Parce qu'on a, en 2008, eu déjà une vague en ce qui concerne la FCO8, et où là, il avait été décidé par les pouvoirs publics, comme ça a été expliqué pour l'autre maladie qui nous frappe la France, d'opérer une vaccination obligatoire sur la totalité des troupeaux.
Et on sait aussi que sur un troupeau, il y a des stades qui sont plus propices à une vaccination sans, je dirais, comment, effet néfaste d'une vaccination fait un petit peu tout azimut, quel que soit le stade physiologique des brebis. Et malgré les très mauvais souvenirs, le cauchemar même de l'an dernier, des milliers de pertes d'animaux, vous avez quand même cette réticence qui subsiste.
Oui, et c'est là où on se doit déployer beaucoup d'énergie à convaincre mes collègues éleveurs de commander des vaccins, et puis de faire en sorte, dans leur plan sanitaire d'élevage, d'inclure la vaccination au meilleur stade pour que, non seulement, ils puissent préserver leurs troupeaux, parce que ça reste le seul moyen, et puis pour que, justement, la vaccination se passe bien. Alors, Barbara Dufour, justement, cette vaccination, parce que c'est un point important concernant la dermatose, elle est disponible et elle a commencé massivement depuis le 19 juillet, il y a 300 000 bovins vaccinés, je crois qu'on en est à peu près à la moitié. Est-ce qu'on en voit déjà les effets ?
Oui, on voit un ralentissement de l'apparition du nombre de foyers, c'est l'objectif. L'objectif, c'est bien de vacciner, d'abord on vaccine ce qu'on appelle en anneaux autour des foyers, dans la zone dite de surveillance, c'est-à-dire la zone de 50 kilomètres dans laquelle l'ensemble des mouvements sont bloqués, et ça ralentit, ça a déjà ralenti l'apparition de nouveaux foyers. Alors après, il faut quand même un certain temps là aussi pour que les vaccins soient efficaces. Ça ne l'est pas efficace, vous ne vaccinez pas le matin et ce n'est pas efficace le soir. Il y a même un assez long temps d'incubation.
Oui, alors le temps d'incubation de la maladie, je l'ai dit, c'est de 21 à 28 jours, et le temps d'apparition des anticorps pour le vaccin, c'est un peu moins long, c'est de 15 jours à 3 semaines. Mais au bout de 10 jours, il commence à avoir une protection. Elle n'est pas parfaite, mais elle commence à apparaître. Ce qui compte dans ce genre de choses, et je rebondis sur ce que disait M. Souris avant, ce qui compte dans une vaccination de ce type, c'est le côté collectif. C'est ça qui est important, c'est ça qui ralentit le virus. Évidemment, il y a le côté protection des troupeaux, mais il y a aussi le côté collectif pour faire face à la diffusion de l'agent pathogène.
C'est pareil pour la FCO, et je voudrais juste dire un mot pour la fief cataralovine, dont on parlait il y a un instant. La vaccination, non seulement elle protège son propre troupeau, mais elle limite la diffusion de la maladie. Et donc, il faut aussi que les éleveurs fassent un rapport coût-bénéfice, même individuel, entre avoir un épisode de FCO dans leur troupeau, avec des tas de pertes, des animaux qui meurent, des avortements, etc., et risquer rarement, pour ne pas dire très rarement, un avortement ou deux parce qu'on vaccine, à mon avis, il n'y a pas photo, comme disaient les jeunes.
Alors, on a retrouvé Thomas Dantin, qui est éleveur laitier en Savoie, président de l'association des fromages traditionnels des Alpes Savoyardes, qui réunit les huit appellations de la région, notamment l'abondance, le Beaufort, le Roblochon. Bonjour, vous êtes avec nous. Bonjour, bienvenue à tous. Justement, rebondir sur cette vaccination, je demandais à notre experte vétérinaire, Barbara Dufour, si les premiers effets se voyaient. Qu'est-ce que vous constatez, vous ? Est-ce que cette vaccination est synonyme d'espoir pour les éleveurs qui font face à une détresse terrible depuis fin juin ?
Tout à fait. En fait, depuis le 16 juillet, du coup, la vaccination a commencé. Très rapidement, il y a eu un grand élan, en tout cas, au niveau des jeunes agriculteurs, du GDS, des vétérinaires, qui ont été très, très efficaces, puisqu'aujourd'hui, on a quasiment, on va dire, terminé le plus gros de la vaccination sur zone. Voilà. Donc, c'est un vrai signe d'espoir, en tout cas, pour les éleveurs qui sont touchés, et les autres.
Est-ce que vous pensez être sortis de cette phase d'abattage des troupeaux, qui vous a concerné depuis fin juin ? Et on a vu, on a entendu sur France Inter la détresse des éleveurs qui voyaient toutes leurs bêtes tuées. Est-ce que cet abattage, qui a fait polémique aussi localement, vous pensez, vous avez espoir d'en sortir progressivement ?
On a espoir d'en sortir, c'est sûr, avec les trois moyens de lutte qui ont été mis en place, qui sont l'arrêt des mouvements des bovins, la vaccination et l'abattage total. Donc, c'est vrai que c'est un vrai drame humain pour l'ensemble des éleveurs qui ont dû abattre leurs troupeaux. Mais aujourd'hui, enfin, en tout cas, à vendredi, on avait moins de cas et on n'en a pas eu samedi et dimanche.
Barbara Dufour, je voudrais quand même revenir sur la raison de la multiplication de ces épisodiers. Est-ce qu'on arrive à l'expliquer, à la comprendre ? Est-ce que c'est lié au réchauffement climatique ? Est-ce que c'est lié à l'élevage intensif ? Alors, il est clair que les deux maladies dont on a parlé, c'est-à-dire la fièvre cataralovine, d'une part, et d'autre part, la dermatose nodulaire contagieuse, sont des maladies qui sont liées à la température. Parce que quand la température augmente, le nombre d'insectes qui transmettent la maladie, pour la fièvre cataralovine, c'est donc un petit moucheron, un culicoïdès, ce petit moucheron se multiplie de manière importante.
Et donc, comme il est piqueur, il pique de plus en plus. Et en ce qui concerne l'hermatose nodulaire contagieuse, il s'agit de mouches et de tabanides. Et vous savez comme moi que les étés chauds, il y a beaucoup plus de mouches, beaucoup plus d'insectes. Et donc, évidemment, il y a un lien avec la température et donc les modifications climatiques. Évidemment. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, ce sont des maladies entre guillemets exotiques, mais qui ont existé dans le passé, il y a longtemps, et qu'on croyait avoir éradiqué, s'en être débarrassé, etc. Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'évidemment, c'est faux.
C'est d'autant plus faux qu'évidemment, il y a les insectes, mais il y a aussi tous les déplacements. On se déplace énormément et nous, on se déplace avec des insectes. Nous, les humains. Mais il faut savoir que les animaux aussi, évidemment, se déplacent avec leurs insectes. Et donc, ça peut aller très vite en propagation. Et c'est pour ça que comme ça a été cité par votre précédent intervenant, l'arrêt des mouvements d'animaux est essentiel dans les zones pour éviter de transporter des insectes, des animaux infectés, bien sûr, mais aussi des insectes.
Et alors, vous le disiez, est-ce qu'il y a une nouvelle géographie des épisodis, des régions, des pays qui n'étaient pas concernés par telle ou telle maladie ? Le sont désormais... La dermatose, c'est l'exemple parfait, si je puis dire. Oui, il y a la dermatose, mais on pourrait citer le West Nile dont on a déjà parlé. On pourrait citer la MHE, c'est-à-dire une maladie qui est proche de la felcataralovine. On pourrait citer comme ça toute une série de maladies, notamment à transmission, dont on appelle la transmission vectorielle, c'est-à-dire qui se transmettent par des insectes, en partie ou en totalité, puisque la dermatose de l'air contagieux ne se transmet pas que par des insectes.
Elle se transmet par contact aussi avec des croûtes infectées. Ces maladies, évidemment, elles ont une nouvelle ère géographique parce que ces insectes arrivent à conquérir de nouveaux territoires, s'y implanter et s'y multiplier. On l'a vu aussi pour des maladies strictement humaines. Je vous rappelle qu'on a depuis quelques années des cas autochtones de dengue de chikungunya en France en raison de l'implantation notamment du moustique-tigre que tout le monde connaît maintenant. Il n'existait pas chez nous avant. Quand on est éleveur, ça signifie quoi concrètement de vivre avec cette menace ?
Patrick Soury, je rappelle que vous êtes secrétaire général de la Fédération Nationale Ovin que vous êtes malheureusement habitué à ces épidémies épisoties régulières de fiefs cataralovines. Comment on vit avec cette menace, ce paramètre qui ne dépend pas vraiment de vous, même pas du tout de vous ? Comment on prend en compte cela aujourd'hui dans ce métier d'éleveur ? On ne vit pas très bien. Il faut reconnaître ce qui est. Mes collègues éleveurs ont toujours cette épée de Damoclès sous le désir sur la tête. Quand on peut disposer aussi de moyens pour lutter tels que les vaccins, je pense qu'il ne faut pas hésiter justement à les utiliser.
Et c'est là où nous, on est à demander à ce qu'il y ait au niveau européen une banque d'antigènes pour qu'on puisse le plus rapidement possible mettre en fabrication les vaccins pour que les moyens de protection puissent être le plus rapidement disponibles pour les éleveurs. et ça, c'est un réel enjeu pour demain parce que, comme ça vient d'être dit par Madame Dufour, ces maladies émergentes, nouvelles, enfin nouvelles, qu'on connaît dans d'autres territoires à l'échelle de la planète mais qui vont demain venir de plus en plus nombreuses sur notre territoire français.
Il faudra beaucoup de réactivité à la fois des laboratoires, des chercheurs, des laboratoires, des pouvoirs publics et puis également des éleveurs pour pouvoir vivre malgré tout avec le plus de sérénité possible notre activité d'élevage. Et puis, pouvoir aussi repartir de zéro. Malheureusement, Thomas Dantin, quand tout ou partie de son troupeau a été décimée, est-ce que c'est possible ? Est-ce qu'il y en a qui ne repartiront pas ?
C'est possible de repartir et il faudra mettre les moyens en face pour que l'ensemble des agriculteurs puissent repartir. Ça, c'est déjà le premier point important qu'il faudra aussi que l'État prenne ses responsabilités et puis, certains peut-être ne repartiront pas mais en tout cas, je pense qu'il y a un vrai travail collectif au sein des Savoie et de l'ensemble des organisations professionnelles pour essayer de mutualiser et de repartir collectivement et d'accompagner l'ensemble des producteurs à repartir collectivement.
Un mot justement à ce sujet de l'indemnisation qui est proposée par l'État pour les bêtes abattues. Est-ce qu'elle est suffisante à ce stade ? Parce qu'on l'a dit avant que vous nous rejoigniez, Thomas Dantin, vous concernant, c'est toute une filière qui est menacée. On parle des éleveurs, bien sûr, mais derrière, les coopératives, les affineurs, les fromageries. Est-ce que la réponse financière de l'État est suffisante ?
À l'heure actuelle, c'est vrai qu'on s'est plutôt focalisé dans un premier temps sur les éleveurs qui ont abattu. Écoutez, la promesse, en tout cas, de la part de Mme la ministre est plutôt satisfaisante dans un premier temps au moins pour la reconstitution des troupeaux. Il y aura derrière aussi un accompagnement à effectuer parce qu'un troupeau ne se refait pas aussi vite que l'on peut penser. Il ne faut pas trois mois, mais plusieurs dizaines de mois. Oui,
surtout sur des races de vaches qui sont bien spécifiques, les races à appellation.
Oui, tout à fait. On parle de trois races locales qui sont la Montbéiard, la Tarine et l'Abondance. Il faut trouver de l'effectif, il faut repartir. Mais c'est sur cette perte d'exploitation, en tout cas, qu'il faudra continuer à travailler. Et puis, sur l'ensemble des fromageries, comme vous l'avez cité, des coopératives, des affineurs, il faudra accompagner puisque c'est un vrai manque qui a gagné. Il y a eu aussi besoin d'écarter du lait à des moments donnés.
Barbara Dufour, puisqu'on parle de la réponse des pouvoirs publics face à ces épisodis qui se multiplient, est-ce que l'échelle nationale est la bonne ? Est-ce qu'il ne faudrait pas avoir une réponse à l'échelle européenne puisqu'on a bien compris qu'elles se jouaient des frontières, ces maladies ? Oui, alors, il y a deux niveaux. Il y a le niveau d'indemnisation et il y a le niveau de la surveillance, etc., de la prévention. Et ça, ça se fait déjà à l'échelle européenne. Les mesures qu'on applique en France pour la dermatose nodulaire contagieuse sont les mesures qui sont édictées par l'Europe, en fait.
C'est-à-dire que ce sont les mêmes mesures qui sont appliquées dans d'autres pays européens qui ont été appliquées en Italie, notamment, quand il y a eu des foyers. Donc, il y a déjà une harmonisation des mesures qui est importante et qui est essentielle. Je voudrais ajouter quelque chose d'extrêmement important. Évidemment, comme l'a dit M. Souris, il faut se préparer à ces épisodes aussi. Et un bon moyen aussi de le faire, c'est la veille internationale. C'est de savoir, de surveiller ce qui se passe dans les pays proches. Parce qu'évidemment, quelque chose peut nous arriver du fin fond de l'Australie, c'est possible.
Mais la probabilité que ça arrive du sud de l'Europe ou de l'Est, notamment, il y a des maladies là dont on sait qu'un jour, elles vont arriver. Et on s'y prépare. Je pense à la peste porcinée africaine, par exemple, qui est en Allemagne et qui va un jour probablement arriver en France. J'espère que nos amis allemands vont faire ce qu'il faut pour que ça ne se passe pas. Mais ça n'est pas certain. Je pense également à la fièvre afteuse en Turquie. Il y a plein de fièvre afteuse en Turquie. Il y en a plein dans le Maghreb aussi. Il faut rester extrêmement vigilant. Et ça, c'est le boulot des vétérinaires et des éleveurs de terrain.
Parce que si on diagnostique très précocement un premier foyer, rapidement, que si on observe ça au bout de 15 jours, 3 semaines, parce qu'on a tergiversé. Est-ce qu'on arrive à comprendre d'ailleurs pourquoi un épisode survient une année et pas une autre ? Je pense par exemple à la grippe aviaire qui nous a beaucoup occupés, qui a décimé les élevages de canards notamment dans le sud-ouest et qui semble pour l'instant en tout cas laisser tranquille les éleveurs de canards. Est-ce qu'on arrive à comprendre ça ? Oui, les éleveurs de canards, je le rappelle, vaccinent contre la grippe aviaire depuis maintenant 2 ans. Et ceci explique sans doute un certain nombre de choses.
Et puis après, ça dépend des... Alors c'est compliqué la grippe aviaire parce qu'il y a beaucoup beaucoup de virus en cause. Il n'y en a pas un seul. Ça dépend un petit peu des virus qui sont présents. Ça dépend un petit peu de ce qui se passe dans la faune sauvage dans le nord de l'Europe quand les canards se rassemblent pour la reproduction notamment avant les migrations descendantes. Donc il y a toute une série d'informations dont on dispose notamment dans ce qui se passe dans les pays du nord de l'Europe, dans la faune sauvage, qui nous permettent un peu d'anticiper et de voir si cette année ça va être grave ou moins grave.
Et on sait par exemple que l'an dernier, c'était moins inquiétant que l'année précédente. On avait eu une très grosse épisode aussi. Alors maintenant, on a en plus cet outil vaccinal qui là aussi est fondamental en matière d'influence aviaire. Alors j'ai deux questions rapides. Je pense qu'ils peuvent suggérer une réponse rapide. Barbara Dufour, deux questions sur l'application Radio France. D'abord Alain qui nous demande est-ce qu'il y a des conséquences de la vaccination sur la viande que l'on mange ? Aucune. Vous voyez, la réponse est rapide. Voilà. Absolument aucune.
Et une autre question d'Héléna, est-ce que ce genre de maladie dans les fermes, dans les troupeaux, peut atteindre les animaux domestiques ? Alors ça dépend des maladies, mais pour celles dont on a parlé, la réponse est totalement non. Les chiens et les chats en dermatose n'ont de l'air contagieuse, non, aucune. Ils sont piqués aussi par l'étang et tout ça. Ça fait ce qu'on appelle un phénomène un peu de dilution. C'est-à-dire que plus l'étang pique les chiens, les chats, les ânes, etc., moins ils piquent les bovins et ça ralentit un peu l'épisode aussi, mais eux ne risquent rien. Et en fièvre cataralovine, c'est la même chose.
Patrick Souris, secrétaire général de la Fédération nationale Ovin, qui est toujours avec nous, on parlait avec Barbara Dufour de la nécessaire surveillance précise de l'arrivée pour anticiper l'arrivée de ces épisodis. Est-ce qu'entre les éleveurs, entre les professionnels, on a ce réseau-là de surveillance ? Est-ce qu'on s'informe dans une région plus précisément concernant la FCO ? C'est plutôt l'ouest du pays qui est touché ? Ah oui, il y a toute une brigade d'acteurs qui accompagnent les éleveurs. Il y a effectivement le réseau des vétérinaires, il y a le GDS aussi qui est un organisme important aussi sur cette notion de veille et d'information auprès des éleveurs et de sensibilisation.
Et puis, il y a le collectif, ça a été dit un certain nombre de fois ce matin, cette notion collective, elle est aussi propre au monde agricole et le fait d'accompagner aussi toujours les éleveurs en difficulté permet aussi de passer ces mauvais moments. Cette notion de collective, elle est assez importante pour le monde agricole. Thomas Dantin, on l'a vu en Pays de Savoie ces derniers jours, ces dernières semaines, beaucoup de solidarité de la part même d'éleveurs d'autres régions qui sont venues vous aider. Tout à fait.
Un énorme élan de solidarité, que ce soit pour du matériel de contention pour aider à la vaccination, mais également pour traire à l'extérieur les animaux. Donc, ça fait aussi plaisir et ça prouve en fait que le sacrifice que les éleveurs font à abattre, euthanasier les animaux, c'est aussi pour préserver l'ensemble des bovins français, voire européens. Donc, ça touche aussi vraiment l'ensemble des éleveurs.
Et une solidarité nécessaire. Merci beaucoup à tous les trois. Thomas Dantin, Patrick Souris, Barbara Dufour, invités de France Inter ce matin. Bonne journée.