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interviewBFMTV· 1 avril 2025 12 min

Condamnation de Marine Le Pen: l'interview de François Ruffin (Picardie debout) en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Parce qu'on a envie de vous entendre aussi, François Ruffin, député écologiste et social de la Somme. Je vais vous faire réagir aux propos qui ont été évoqués à l'instant par les journalistes. François Bayrou, qui ce matin, lors d'un petit déjeuner du socle commun à Matignon, dit « La France est le seul pays où l'on fait ça ». Il parle évidemment de la condamnation de Marine Le Pen et cette peine d'inéligibilité avec exécution provisoire et la très faible probabilité qu'elle puisse se présenter en 2027.

0:27
François Ruffin

– Écoutez, je vais répondre à votre question, mais moi je viens d'abord pour remettre les pendules à l'heure. On a… Qu'est-ce qui se passe ? Ils se font passer là pour des victimes. Ce sont quand même des coupables. Ce sont des coupables de quoi ? D'emplois fictifs. D'emplois fictifs pour la sœur de Marine Le Pen, d'emplois fictifs pour la belle-sœur de Marine Le Pen, d'emplois fictifs pour le compagnon de Marine Le Pen, d'emplois fictifs pour le chauffeur de Marine Le Pen, d'emplois fictifs pour le majordome de Jean-Marie Le Pen. Et ce n'est pas des emplois fictifs au SMIC.

C'est 5 000 euros pour un mi-temps fictif, c'est 10 000 euros pour un temps plein fictif, avec des primes de Noël fictifs, tout ça chiffrant à 4 millions, 5 millions d'euros. Et je voudrais rappeler quand même que Marine Le Pen était la plus offensive pour réclamer de la probité et de l'exemplarité des élus.

1:14
Présentateur

– Elle demandait l'inégibilité à vie, au détournement de fonds publics.

1:16
François Ruffin

– Et donc là, elle ne pourrait plus jamais être candidate à quoi que ce soit, si on prend au sérieux les propos de Marine Le Pen. Mais même si on regarde son programme de 2022, supprimer toute possibilité de réduction et d'aménagement de peine, ça veut dire que ce n'est pas de bracelet électronique, ça devrait être la prison directe, d'après Marine Le Pen. Donc déjà, il y a à se conformer à ces propos. Et il y a ensuite que, je veux dire, le Rassemblement national est récidiviste en la matière. Ils ont déjà été condamnés pour recel d'habits de biens sociaux.

Ils ont déjà pratiqué, alors avec les banques émiratis et russes, on le sait, mais avec un grand jonglage entre les continents et les sociétés écrans, entre Singapour, les îles Vierges, les Hong Kong. Donc on a là des récidivistes.

2:00
Présentateur

– Mais donc il joue à quoi François Bayrou quand il dit « On n'a jamais vu ça, je suis troublé par l'énoncé de ce jugement ». Il joue le jeu du RN ?

2:07
François Ruffin

– Écoutez, là, il y aurait une chose que Marine Le Pen pourrait dire avec raison. C'est qu'il n'y a pas que nous qui avons les mains salies. Regardez Nicolas Sarkozy et regardez tous les autres. Parce que la vérité, c'est qu'on a Alexis Collaire qui est mis en examen pour prise illégale d'intérêt.

2:24
Locuteur non identifié

– Qui est le secrétaire général de l'Elysée, je précise pour ceux qui le regardent.

2:27
François Ruffin

– En partance, maintenant à la Société Générale. Parce qu'il dit tout d'un bon fonctionnement de la République quand on a comme ça le passage de l'Elysée à une banque d'affaires. Bon, on a 26 ministres qui ont été pris dans des affaires politico-financières depuis 2017.

2:44
Locuteur non identifié

– Mais qu'est-ce que vous dites François Bayrou, vous dites tous pourris ?

2:46
François Ruffin

– Je dis que c'est un système. Je dis que quand on met Richard Ferrand, y compris à la tête du Conseil constitutionnel, avec l'abstention du Rassemblement national, on n'a pas affaire là à des déviances, on n'a pas affaire à des malchances, on n'a pas affaire à des coïncidences, on a affaire désormais à un système.

3:00
Présentateur

– Alors si je suis votre logique, LFI fait partie de ce système, LFI qui, vous avez entendu les mots de Jean-Luc Mélenchon, qui dit là encore qu'il y a une sorte de justice politique et qu'il n'aurait pas fait comme ça non plus.

3:10
François Ruffin

– Je ne comprends pas, moi je trouve qu'il y a là un mystère. Il y a là un mystère dans cette réaction. Je me souviens, il y a une dizaine d'années, on défilait à Bastille avec des balais pour une opération coup de balais, parce qu'il y avait Jérôme Cahuzac qui avait caché ses comptes en Suisse. Et à l'époque, Jean-Luc Mélenchon était le porteur de cette colère populaire pour l'exemplarité.

3:31
Présentateur

– Est-ce que ce n'est pas parce que LFI est pris un peu dans les mêmes affaires ?

3:33
François Ruffin

– Vous croyez ? Non, c'est une hypothèse, c'est une hypothèse qui serait à vérifier.

3:37
Locuteur non identifié

– Je vous pose la question. Qu'est-ce que vous en pensez vous ?

3:40
François Ruffin

– C'est une hypothèse, c'est une hypothèse. – Pour vous c'est juste une hypothèse ? – Pour moi là il y a un mystère et j'ai du mal à comprendre. – Ils doivent s'en expliquer ? – J'ai du mal à comprendre pourquoi Jean-Luc Mélenchon est rétif à réclamer de la probité, de l'exemplarité qui est nécessaire à la République.

3:53
Locuteur non identifié

– C'est-à-dire, vous lui demandez d'être plus clair dans ses propos ?

3:56
François Ruffin

– Il a écrit un beau livre sur la vertu en politique. Ils se sont réclamés des plus grandes vertus en politique de la Révolution française. Je pense que c'est le moment, c'est le moment d'un sursaut. J'ai décrit ce système. Pourquoi ? Parce que la corruption, c'est Transparency International qui dit qu'aujourd'hui la France dégringole dans le classement de la corruption. La corruption c'est une corrosion de la nation. Quand on introduit de l'argent partout et que c'est l'argent qui décide, qu'est-ce qui se passe ? C'est la société qui tombe par bout. C'est Alstom par exemple.

Alstom qui a été décroché parce qu'il y a eu des gros chèques qui ont été faits, le candidat Macron en a profité, et c'est parti à Général Electric. Mais c'est plus de 1500 entreprises.

4:38
Présentateur

– Alors là on s'éloigne du sujet.

4:39
François Ruffin

– Mais non, je suis désolé madame. On ne s'éloigne pas du sujet, on est dans le sujet. Parce que la corruption a des conséquences sur la nation. La corruption c'est le laisser-faire des pans entiers de la nation qui s'en vont, c'est laisser-faire des cadeaux aux plus privilégiés de ce pays, parce qu'ils ont par exemple droit d'entrer dans les ministères ou à l'Élysée. Vous savez, il faudrait une grande loi aujourd'hui de séparation de l'argent et de l'État. Il faudrait qu'on puisse savoir, quand il y a des lobbies, quand il y a des grandes fortunes qui entrent à l'Élysée ou qu'elles entrent dans les ministères, il faudrait qu'il y ait un registre public.

5:11
Locuteur non identifié

– Oran Malval, vous avez une question à poser. – Oui, justement, lorsque vous dites, je ne comprends pas pourquoi Jean-Luc Mélenchon a cette position, est-ce que vous ne pensez pas quand même que ça peut poser un problème, qu'il y ait pour une peine une impossibilité de recours, parce que c'est ce qui se passe avec la question de l'exécution provisoire, et aussi que ce soit finalement des juges qui apprécient un contexte politique, qui produisent une analyse politique pour décider de disqualifier un candidat à l'élection présidentielle.

5:40
François Ruffin

– Écoute, sur l'inéligibilité immédiate et sur l'exécution provisoire, je le dis, que Maire-Green-Open soit condamné, c'est pleinement justifié, elle n'est pas innocente, ça n'est pas un dérapage de la bureaucratie bruxelloise…

5:54
Locuteur non identifié

– Vous dites ça, pour bien préciser, on considère que quelqu'un est définitivement condamné quand il y a eu appel, et quand il a épuisé toutes les voies de recours.

6:00
François Ruffin

– Écoutez, en tout cas, vous avez, vous, journaliste, toutes les preuves, vous avez, vous, journaliste, toutes les preuves depuis des années…

6:08
Présentateur

– Pendant qu'on parle, pardonnez-moi, Jordan Bardella est en train d'arriver à l'Assemblée nationale, je disais, réunion de groupe à 11h, entre Jordan Bardella, avec Jordan Bardella et Marine Le Pen, ils seront tous les deux là, généralement, Jordan Bardella, il est là tous les 15 jours, là, voilà. – Évidemment, aujourd'hui, c'est un jour particulier, et il assistera à cette réunion de groupe avec Marine Le Pen, il y aura un point presse en début, Néla, on va le suivre à 11h.

6:34
Locuteur non identifié

– Une prise de parole traditionnelle qui sera peut-être ouverte aux caméras, petite précision, Jordan Bardella, il est là dans le programme initial, il devait être à Strasbourg, puisqu'il y a eu une session du Parlement européen, tout a été annulé, évidemment, hier, suite au jugement, mais jusqu'au dimanche, il assurait qu'il serait à Strasbourg, pour signe qu'il ne s'attendait, lui aussi, ou lui non plus, pas vraiment à cette décision-là.

6:53
Présentateur

– À cette décision, est-ce que vous êtes mal à l'aise, François Ruffin, avec l'idée qu'il y ait quand même 13 millions d'électeurs qui ne puissent potentiellement pas voter pour leur candidate en 2027 ?

7:02
François Ruffin

– Je le dis, j'aurais voulu voir Marine Le Pen condamnée, parce qu'il n'y a aucune raison pour son innocence à l'intérieur. Maintenant, j'aurais souhaité qu'elle soit derrière, battue par les électeurs, et non pas par une décision de justice. Maintenant, c'est la loi, c'est la loi, et celle qui a le plus réclamé, que la loi soit dure et qu'elle soit pleinement appliquée, c'est Marine Le Pen, tel est pris qu'il croyait prendre. C'est pas moi qui ai eu ces propos sur la sainteté qu'il faudrait en politique, c'est elle. Donc à un moment, elle est prise au jeu qu'elle joue. Bon, voilà.

7:30
Présentateur

– Vous espérez quand même qu'il puisse y avoir un jugement en appel pour qu'elle puisse se présenter ?

7:34
François Ruffin

– Je souhaite qu'elle puisse avoir un droit comme tout citoyen français. Mais vous savez, moi, j'ai vu quand même, quand on s'est flasher, il y a une exécution provisoire, on paye son amende sans faire appel, et des machins, et tout ça. Quand, moi, j'ai vu, quand j'étais au tribunal, une mère de famille passer au tribunal, avoir une peine de prison pour avoir volé du jambon. Là, c'est pour des millions. Quand les ouvriers luttent dans les usines, que derrière, ils sont poursuivis, il n'y a pas de... – Donc vous vous dites, il ne faut pas qu'il y ait d'exception pour les politiques et puissants. – Il n'y a pas de règles particulières à avoir en la matière.

Il y a des tas de gens qui, dans des tas de procès tout le temps, sont en prison avant même le moindre jugement. Ben oui, ça s'appelle de la préventive.

8:20
Présentateur

– François Ruffin, on sait, ça fait assez peu de doute, que vous serez candidat à la présidentielle de 2027.

8:25
François Ruffin

– C'est bien que vous l'annonciez pour moi, mais...

8:28
Présentateur

– Alors attendez, je reprends vos termes. Bien sûr, c'est de l'ordre de l'évidence. 2027 est une carte qui est sur la table.

8:33
François Ruffin

– C'est de l'ordre de l'évidence de se préparer pour ça. Mais quand j'aurai à faire ma déclaration de candidature, je vois que je serai bienvenu sur votre plateau. – Vous serez bienvenu. – Le jour n'est pas venu.

8:41
Présentateur

– Donc vous ne le confirmez pas.

8:43
François Ruffin

– Non, je confirme que je me prépare. Oui, je confirme qu'il faut allumer la lumière à gauche et qu'on fait un meeting ce soir à Montreuil pour ça.

8:51
Présentateur

– Bon, très bien. Est-ce que ça ne rebât pas un petit peu les cartes, tout ce qui est en train de se passer ? – Peut-être que vous serez face finalement à Jordan Bardella et pas Marine Le Pen. Ça va changer votre stratégie ? Comment vous allez faire face à ça ?

9:01
François Ruffin

– Franchement, vous savez, j'ai lu le livre de Jordan Bardella parce que j'avais bien compris que c'était le plan B. Donc voilà, on se prépare aussi face à Jordan Bardella. Mais la question n'est pas ça. La question c'est comment on fait pour que ce qu'on a réussi le 9 juin dernier à gauche avec un grand moment où quand on a dit front populaire, ça cassait les barrières entre les parties. On a réussi à faire une force unie. comment on reproduit ce moment aujourd'hui ?

Parce que sinon, vous savez que ce soit Jordan Bardella ou Marine Le Pen, si jamais il y a une candidature du Parti communiste, une candidature du Parti socialiste, une candidature des écologistes et une candidature des insoumis, à la fin, ce n'est pas nous qui allons gagner. D'accord ? Donc là, il y a pour moi deux conditions. Il y a l'unité de la gauche, d'une part, et il y a deuxièmement l'unité du pays. C'est-à-dire qu'il faut parler à tout le pays, il faut parler à tout le pays pour le rassembler et pas pour le déviser ou pour le déchirer.

9:51
Présentateur

L'unité de la gauche qui va être compliquée à mettre en place d'ici deux ans quand même, Pierre Jacquemin.

9:56
Locuteur non identifié

Justement, on arrive quasiment à la date anniversaire à laquelle il y a eu la première dissolution. Possiblement, une autre dissolution pourrait être programmée pour septembre. Est-ce que vous la redoutez, cette probable dissolution ? Parce qu'on voit que la gauche n'est pas franchement très unie. Est-ce que c'est possible de repartir sous les couleurs du NFP pour une éventuelle prochaine législative ?

10:13
François Ruffin

Écoutez, M. Jacquemin, on ne va pas se lancer dans des hypothèses sur qu'est-ce que le président de la République... On ne sait jamais ce qui peut lui passer par la tête. Bon, Marine Le Pen, je ne suis pas sûr qu'elle soit en appétit d'avoir une dissolution, Marine Le Pen, parce que là, elle est inéligible. Donc peut-être que le comportement du Rassemblement national... Oui, mais bon, je vous dis, moi, ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce n'est pas de parler à la petite politique comme ça. C'est de demander qu'est-ce qu'on dit aux Français aujourd'hui. Moi, je veux une France qui protège, je veux une France qui partage.

Parce que le problème, quand on décrit la corruption là, c'est que ça a tué les protections que nous possédiez. Vous voyez, le pays a perdu ses protections. Le pays n'est plus protégé par ses dirigeants. Au contraire, depuis 40 ans, il est livré à la finance, mais regardez, c'est tous les jours.

10:55
Locuteur non identifié

Mais c'est vrai, François Raffaire, vous êtes dans une circonscription qui est quand même très congrainée par le Rassemblement national. L'extrême droite, vous avez battu l'extrême droite lors de la dernière élection législative. J'imagine que si une législative devait arriver, vous devez vous préparer quand même. On ne s'improvise pas du jour au lendemain de la campagne. D'un mot, d'un mot, si vous voulez.

11:10
François Ruffin

Je ne me prépare pas en faisant de la petite politique. Je me prépare en disant ce qu'il faut au pays. Il faut qu'on se protège sur le photovoltaïque. Il faut qu'on se protège sur la sidérurgie. Il faut qu'on se protège sur les médicaments. Il faut qu'on protège plein de secteurs pour faire renaître une base industrielle. Moi, je veux parler au pays de ce que le pays a besoin aujourd'hui et pas de la petite politique. – Merci François Ruffin.

11:27
Présentateur

Merci d'avoir répondu à nos questions ce matin sur BFMD. Et vous revenez pour annoncer votre candidature à la présidentielle quand vous le voulez. Merci beaucoup. – Merci à vous. – Ça ne marche pas. – Allez, on marche.