Jérémie Patrier-Leitus - Le Barbier du matin du 11/06/25
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Jérémie Patrie et Lettus, bonjour. Bonjour. Et bienvenue. La France est sous le choc, évidemment, après la mort de Mélanie, hier, cette surveillante assassinée devant son établissement scolaire par un élève. Est-ce que c'est le signe, comme on l'entend à droite à gauche dans la classe politique, d'une France ensauvagée, d'une France barbare ?
C'est le signe d'une société française où il y a une violence de plus en plus forte, de jeunes, de plus en plus jeunes. Je discutais hier avec Naïma Mouchou, vice-présidente de l'Assemblée nationale, qui vient de faire le rapport sur les armes blanches, le rapport qui nous présentait son rapport hier soir, et qui nous disait d'une manière unanime, toutes les auditions qu'elle a menées pendant un mois révèlent ou indiquent qu'il y a effectivement des jeunes, de plus en plus jeunes et de plus en plus violents. Et donc, c'est cette forme de violence, c'est-à-dire nouvelle ou en tout cas plus importante, à laquelle il faut répondre avec des réponses fortes.
On cherche déjà des réponses. Le Premier ministre, hier, propose que la vente en ligne de couteaux soit accompagnée d'une signature d'un adulte à l'arrivée. Est-ce que ce n'est pas un peu utopique quand on voit comment marche maintenant le monde moderne ?
Alors, il y a des formes de contrôle, effectivement, à mettre en œuvre. Aujourd'hui, un jeune ne peut pas acheter des armes blanches dans une armurie, peut-être qu'il faut élargir les interdictions. C'est ce que propose Naïma dans son rapport, de dire qu'il faut aller plus loin dans les interdictions aux jeunes en termes d'achat d'armes blanches. Il y a une question aussi importante sur la santé mentale des jeunes, leur équilibre psychique. Nous avons porté déjà il y a deux ans une loi pour interdire les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans.
Le président de la République valide ça, hier.
Eh bien, tant mieux, mais ça fait deux ans que la loi dort dans un tiroir. Elle a été votée de manière unanime à l'Assemblée nationale et au Sénat. C'était une loi portée par Laurent Marc-Angéli, ancien président du groupe à l'Assemblée nationale. Et il faut cette interdiction des jeunes de moins de 15 ans, des réseaux sociaux pour les jeunes de moins de 15 ans, parce qu'il y a aujourd'hui une addiction aux écrans et aux réseaux sociaux. Donc il y a une réponse aussi sur la santé mentale des jeunes. Quand on sait que dans nos territoires ruraux, il faut un an pour un rendez-vous chez un psychiatre ou chez un psychologue. C'est ça aussi la réalité de l'État, de la psychiatrie dans notre pays.
Il y a aussi un volet là-dessus. Et puis il y a sans doute une réponse pénale plus importante. On parle de la fameuse justice pénale des mineurs. Et là encore, il faut peut-être, sans doute, il faut aller plus loin sur la réponse pénale. Et donc il y a tout un arsenal de mesures sur lesquelles il faut se mobiliser aujourd'hui et apporter des réponses fermes.
Mais on n'a pas les moyens de construire des centres éducatifs fermés pour les enfants, de construire des places en établissement psychiatrique aussi pour ceux qui en ont besoin.
Il faut un sursaut. Écoutez, quand on voit les meurtres se multiplier les uns après les autres, on ne peut pas se contenter de la réalité. Je disais hier, soit on se voile la face, soit on ferme les yeux, soit on apporte maintenant des réponses fermes et fortes.
Avec un État qui se substitue aux parents, parce que c'est les parents qui devraient faire ça. Vérifier qu'un gamin n'achète pas un couteau, ne traîne pas sur les réseaux sociaux ?
Vous avez raison, dans l'arsenal des mesures qu'il nous faut proposer, il y a aussi une part de responsabilisation de parents. Je n'ai pas peur de le dire sur votre antenne aussi, des sanctions. Aujourd'hui, certains parents ne jouent pas leur rôle. Est-ce qu'un enfant n'est meurtrier à 14 ans ? Est-ce qu'un enfant va regarder des contenus violents ou sexuels à 12 ans sur des réseaux sociaux ? Je ne le crois pas. Et donc il faut aussi effectivement responsabiliser les parents. On parlait de votre chronique d'entreprise tout à l'heure, mais je crois qu'il y a aussi une forme parfois de laisser aller de nos parents.
Il faut être avec les kids, mais les assumer. L'autre actualité, évidemment, c'est cette flottille de la liberté. Vous êtes vice-président du groupe d'amitié France-Israël. Quel regard avez-vous porté sur cette équipée ?
Est-ce que la flottille de la liberté permet de faire avancer le conflit au Proche-Orient ? Est-ce que c'est une initiative constructive ? Je ne le crois pas. Ça fait des années que ces initiatives existent. Pour moi, il y a une forme d'indécence. Il y a une forme d'indécence de vouloir faire un coup de communication et construire sa notoriété sur, j'allais dire, sur ce qui se passe au Proche-Orient, sur le drame que vivent les Israéliens et les Gazaouis. Et donc, je trouve qu'il y a une forme, effectivement, d'indécence. Je n'ai pas d'autre mot pour qualifier... C'est un coup médiatique, Géon ? Bien sûr, c'est un coup de communication.
Rima Hassan, qui multiplie des tweets depuis le 7 octobre pour expliquer que le ramas fait un travail... Allez, je vais essayer de faire attention à ce que je dis. En tout cas, qui...
Légitime, c'est le mot qu'elle a employé.
En tout cas, légitime et qui est passible de plusieurs enquêtes pour apologie du terrorisme. Greta Thunberg, qui n'avait pas été capable de qualifier le ramas d'organisations terroristes, qui avait eu une forme de complexité, qui avait dû, je le rappelle à vos auditeurs, supprimer un tweet qui avait fait polémique dès le mi-octobre pour soutenir Gaza sans avoir un mot pour les victimes israéliennes. Donc, on voit aujourd'hui que ce n'est pas une initiative pour la paix. C'est une initiative de communication indécente qui fragilisera encore un peu plus les efforts de paix qu'il nous faut déployer dans la région.
Derrière ce bateau, il y a un armateur, il y a un personnage, Zahir Biraoui, qui est au Royaume-Uni, qui est un proche du Hamas. Il est apparu publiquement avec Ismaël Aniyé. Et ça, personne ne le dit.
Vous avez raison. Je le lisais quand même hier dans Le Point, une enquête dans Le Figaro. Quelques médias l'ont dit, effectivement, qu'il a des liens troubles avec le ramas. C'est une photo qui date du début des années 2010 avec l'un des fondateurs du ramas. Et donc, bien sûr que cette initiative, elle a aujourd'hui des liens assez troubles avec des organisations terroristes. Et donc, aller soutenir la paix en s'acoquinant, si on me permettait l'expression, avec des organisations terroristes, à commencer par le ramas, ça pose effectivement question sur la neutralité de cette initiative.
Mais ces informations-là, ces questions-là, elles sont écrabouillées par le rouleau compresseur de LFI et des tweets et des retweets et des appels à manifester Place de la République. Combien de manifestants de mardi soir savent qu'il y a ce personnage derrière le bateau ?
Vous avez raison, ce qui se joue aussi, c'est une guerre de l'information. Et on sait qu'Israël est aussi engagé dans une guerre de l'information, une guerre pour l'opinion publique. Et donc, c'est aussi une dimension à prendre en compte aujourd'hui dans les conflits qui traversent le monde. Cette dimension, effectivement, de guerre de l'information qui n'est pas sur le théâtre des opérations, qui ne se joue pas à Gaza en Israël, mais qui se joue effectivement dans nos réseaux sociaux, sur nos plateformes, et qui est une guerre importante et qu'il ne faut pas perdre.
Rima Hassan refuse de quitter Israël, refuse de signer le papier disant qu'elle est entrée illégalement. C'est une manière de prolonger cette opération de communication en se mettant en position de totale, je dis Mélenchon.
Bien sûr, on est dans une victimisation permanente. Il savait très bien ce qu'il faisait en lançant cette flottille. Il savait très bien qu'il se ferait arrêter par Israël. Il savait très bien que les images choqueraient l'opinion publique. Et donc, dans cette guerre d'images et de l'information dont je parlais, c'est, j'allais dire, une opération parfaitement millimétrée, organisée, chorégraphiée.
Mélenchon y a ajouté une dimension. Il accuse la diplomatie française, la diplomatie, de ne pas faire le travail. De ne pas accorder la protection consulaire, de ne pas rendre visite, de dénier ces prisonniers.
Écoutez, par recevoir des leçons de démocratie de Jean-Luc Mélenchon, ces activistes se sont engagés dans une opération dont ils connaissaient les causes et les conséquences. Il faut qu'Israël, effectivement, respecte le droit international. Ils vont être expulsés, renvoyés dans leur pays. Et voilà comment va se terminer cette triste et indécente initiative.
En attendant, il y avait 8000 personnes lundi soir, Place de la République, 50 000 d'après LFI. Il y a une manifestation programmée pour ce samedi. Que dire à ces foules pour les sortir de leur erreur ?
Il faut arrêter la confusion des esprits. Qu'il y ait une partie de l'opinion publique, j'allais dire de manière unanime, qui peuvent condamner certaines réactions d'Israël et qui aujourd'hui appellent aussi à un cessez-le-feu ou en tout cas la construction de la paix, c'est normal. Mais cette confusion des esprits, cette instrumentalisation des esprits, ce qui se joue avec la flottille de la liberté, ce n'est pas, j'allais dire, un combat sincère pour la paix, un combat sincère pour les Gazaouis. C'est une formidable, au sens premier du terme, si vous me permettez, instrumentalisation de l'opinion publique et qu'il faut dénoncer.
Avec la volonté d'importer le conflit ici et de créer du trouble ? Bien sûr, mais ce qu'on voit à l'Assemblée nationale, ça a été dit sur votre antenne, ça a été dit par l'ensemble des responsables politiques du Bloc central ou celles et ceux qui ont encore un esprit républicain universaliste et qui a aujourd'hui une volonté d'essentialiser une partie de la population française, de les instrumentaliser dans un combat interne au pays. Et quand un parti politique utilise un drame qui se noue, j'allais dire, à l'autre bout du monde, en tout cas au Proche-Orient, c'est que notre pays est arrivé à un état de délabrement et d'élitement inquiétant et préoccupant.
Tout ça se passe sur un refroidissement des relations entre la France et Israël. Emmanuel Macron a rappelé que le blocus humanitaire était une honte et un scandale. Est-ce que ces mots ne sont pas trop durs ? Je n'ai pas toujours compris la position du président de l'Arcédic.
Elle a flotté. Entre le 8 octobre et... Elle a évolué. En tout cas, ce qui est sûr, et ça, Israël, je pense que c'est en train de le comprendre, c'est qu'ils ne peuvent pas faire l'impasse et l'économie de la prise en compte d'une guerre de l'information recevait des responsables avec des parlementaires israéliens. C'est le message que nous leur avons indiqué. On a soutenu le droit Israël à répondre aux attaques terroristes. Mais ils doivent prendre en compte aujourd'hui l'opinion publique. C'est un fait et ils ne peuvent pas jouer contre l'opinion publique internationale. Il faut qu'ils puissent effectivement éradiquer le ramasse. Nous les soutenons dans cette démarche.
Mais ils ne peuvent pas faire l'économie de la prise en compte aujourd'hui d'une opinion publique qui est en train d'évoluer. Et c'est important de le prendre en compte. Sinon, il y aura des répercussions assez fortes, je pense.
C'est-à-dire des répercussions. Vous pensez que la communauté juive internationale peut être victime de cette politique incompréhensible de l'État ? Il y a un risque,
je le crois.
Que peut faire le groupe d'amitié France-Israël dans le vice-président pour maintenir quand même le lien dans cette période troublée et sans doute provisoire ?
Continuer d'entretenir ce lien d'amitié, avoir avec un ami, on a une parole franche, sincère et transparente. On recevait plusieurs ministres lors d'un congrès la semaine dernière organisée à Paris qui rassemblaient des responsables français et israéliens et leur passaient aussi des messages. Et c'est ça, une construction d'une amitié profonde et sincère. C'est dire attention. Attention, l'opinion publique bascule. Je le vois moi dans un territoire rural où il y avait une unanimité pour soutenir Israël dans son combat contre l'islamisme radical, dans son combat pour éradiquer le ramas, détruire le ramas.
Et aujourd'hui, je vois même dans un territoire rural une majorité de Français silencieuses une forme d'évolution et de basculement. On ne comprend plus ce qui se passe à Gaza. Effectivement. C'est devenu indéfendable. En tout cas, c'est devenu difficilement compréhensible. Donc de la pédagogie, de l'explication et une prise en compte aussi de cette opinion publique. Et là, je parle d'une majorité de Français qui avaient été fermes dans son soutien à Israël sans aucune équivoque.
Les élus de la Knesset qui sont en contact avec vous, comment gèrent-ils cette espèce de paralysie presque politique où ils n'arrivent plus à changer de gouvernement ?
C'est aussi le signe d'une instabilité politique israélienne qui ne remonte pas à très longtemps. Et qui est en crise aujourd'hui. Et qui est en crise. Et je pense que quand vous conjuguez un État attaqué qui essaye de répondre aux terroristes islamistes avec un système politique qui est instable, dans une autre vie, ma mère avait fait une thèse là-dessus sur l'instabilité du régime politique. On était dans les années 80, vous voyez, à Sciences Po et pas beaucoup de choses ont changé en Israël.
Ce qui n'a pas changé, c'est la proportionnelle. Est-ce que le mal de cette instabilité ne vient pas du vice de la proportionnelle intégrale ? Mais bien sûr.
Bien sûr. Et ça fait des années que des politistes, des politologues éclairent ce sujet et expliquent que la proportionnelle intégrale fragilite puisque c'est le jeu des extrêmes. Et on voit bien quand vous construisez des coalitions, vous dépendez du plus petit parti mais qui avec 4 ou 5 députés peut imposer ces vues et c'est ce qui se joue aussi en Israël avec des tout petits partis, parfois d'extrême droite, qui sont la variable qui permettent de bâtir une coalition. Et c'est ce qu'on veut éviter en France.
Et c'est ce risque que nous couririons si la proportionnelle
arrivait en France ? Je le pense. Nous sommes fermement opposés à la proportionnelle pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'elle coupe un lien de proximité entre le député et un territoire et je crois qu'à un moment, on l'a dit ici, où les Français sont désorientés, ne croient plus en la politique. Je pense que couper finalement ce dernier lien entre le représentant du peuple et le peuple est très dangereux dans un état si fragile de nos démocraties. Et puis le pays a besoin d'une majorité claire.
On a besoin de réponses radicales, on l'a dit au début de cet entretien, des réponses radicales pour lutter contre la violence de la société, pour lutter aujourd'hui contre des inégalités sociales qui se multiplient et sans majorité. Je crois qu'on le voit. Eh oui,
on le voit avec le scrutin majoritaire. Est-ce que malgré tous les modes de scrutin, le pays n'est pas installé dans un face-à-face, si j'ose dire, entre une extrême gauche et une extrême droite avec un bloc central divisé et rabougri ?
Il y a aujourd'hui une tripartition de la vie politique, vous avez raison, mais nous sommes persuadés que la proportionnelle viendrait renforcer cette instabilité politique et empêcherait en tout cas qui sont essentielles pour pouvoir apporter des réponses concrètes à notre pays. Et êtes-vous persuadé que 2027 va trancher ce problème et qu'il y aura un choix clair des Français ? Je l'espère, j'y travaille, je suis engagé derrière un candidat, Edouard Philippe, et en tout cas, on y travaille. J'espère que, quel que soit le président qui sera élu, il pourra avoir une majorité claire pour gouverner.
Les municipales sont le prochain horizon, c'est très important, notamment dans un département comme le vôtre. Vous sentez la France aller vers une sorte de virage radical, notamment vers la droite dure ?
Il y a aujourd'hui une partie des Français, on en parlait hors micro, qui aujourd'hui considère que le Rassemblement National peut être une réponse. Moi, j'aimerais dire à ces Français qui aujourd'hui croient que le Rassemblement National est une réponse à cette montée de la violence qu'ils constatent, qu'attention, je vois beaucoup de dénonciations de la part du Rassemblement National, j'attends toujours des mesures concrètes, des mesures réelles, des mesures ambitieuses. Alors à nous aussi, j'allais dire les responsables du Bloc Central, d'apporter des réponses radicales.
Je le dis très régulièrement à l'Assemblée, et si on n'est pas capable, nous les responsables du Bloc Central, d'apporter des réponses concrètes aux préoccupations des Français, alors il ne faut pas s'étonner ensuite qu'il y ait une forme de radicalisation des esprits.
On a tout essayé sur FLEURN, c'est la réponse des Français.
Oui, c'est ce qu'ils disent. Mais il y a plein d'autres choses qu'on n'a pas essayé, ce n'est pas pour ça qu'il faut l'essayer.
Jérémy Patriel et Tuss, vice-président du groupe d'amitié France-Israël, merci et bonne journée. Merci beaucoup.
Merci beaucoup Christophe. On vous retrouve à 7h45 demain matin. Votre invité sera David Amiel, député Renaissance de Paris.
Jérémie Patrier-Leitus