LE PEN, ZEMMOUR : QUI VA L'EMPORTER ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Le récit du match à distance Zemmour-Le Pen. C’est le sommaire du numéro 14 de la Guerre du trône. C’était l’événement politique du week-end.
Marine Le Pen à Reims, Éric Zemmour à Lille, presque une primaire en temps réel. À vrai dire, ce match n’en est pas un car les deux têtes de l’extrême droite ne jouent pas dans la même division. Certaine qu’elle se retrouvera une nouvelle fois face à Emmanuel Macron, Marine Le Pen a déjà adopté un discours de second tour.
Elle ne cherche pas à cliver pour exister, mais à lisser les aspérités pour rassembler. Éric Zemmour, lui, parie sur le coup d’après, c’est-à-dire 2027. Il estime que ni Marine Le Pen ni Valérie Pécresse ne parviendront à battre Emmanuel Macron.
Le Rassemblement national et Les Républicains ne survivront pas à la défaite. Le candidat de Reconquête n’aura alors qu’à se baisser pour ramasser les débris et réaliser ainsi l’union des droites qu’il appelle de ses vœux. Voilà pourquoi la première semble en retrait et le second à l’offensive.
Pour vous raconter ce samedi, je me suis rendu à Reims avec Emma Barrier. De leur côté, Antoine Etcheto et Laetitia Lallement ont passé la journée à Lille. Voici ce que nous avons vu.
À Lille, la journée a commencé par une manifestation contre le meeting d’Éric Zemmour. Appelée par SOS Racisme, elle a réuni environ 400 personnes. Ce candidat n’est pas un candidat dont on pourrait admettre que les idées se diffusent dans la société sans que rien ne soit dit.
Lorsque l’on est face à l'extrême droite, il faut toujours se lever. Ce candidat, il vise à expliquer à chacun : “Vous avez raison d’être raciste.” La maire de Lille, Martine Aubry, s’est également déplacée.
La vrai réponse à l’extrême droite, c’est d’avoir un vrai projet qui lutte contre les inégalités, qui porte aujourd’hui des mesures de pouvoir d’achat, des mesures pour l'école, pour l’hôpital et pour la transition écologique, pour que nos enfants vivent mieux et que la planète aille mieux. Deux heures plus tard, seconde manifestation, cette fois à l’appel des antifas. Très vite, quelques incidents opposent les manifestants aux forces de l’ordre.
Devant le Grand palais de Lille où se tient le meeting d’Éric Zemmour, le public commence à affluer. Le candidat a annoncé qu’il évoquerait surtout le pouvoir d’achat. Promesse tenue.
Du Sarkozy dans le texte. Oui, travailler plus pour gagner plus était un excellent principe. Et oui, l’exonération de charges et la défiscalisation des heures supplémentaires étaient une excellente idée.
Alors, nous rétablirons l’exonération totale de charges et la défiscalisation totale des heures supplémentaires. Mais Éric Zemmour fait également son marché chez Emmanuel Macron. Écoutez-le proposer une nouvelle version de la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat.
Ce dispositif a été mis en place en 2019. 4 millions de salariés ont touché cette prime l'an dernier, soit un versement moyen de 506 euros par personne. Je propose donc la prime zéro charge pour zéro URSSAF, pour augmenter votre revenu.
Ainsi, ainsi, tout patron pourra accorder une prime chaque année sans aucune taxe ni aucune charge, ni patronale, ni salariale. Cette prime, cette prime pourra représenter jusqu’à trois mois de salaire net. 13e, 14e, 15e mois sans charge.
Les promesses du candidat font mouche. Moi je suis auxiliaire de vie, tous les jours j’utilise la voiture. Mon budget essence est de 250 euros par mois.
Quand j’ai entendu que monsieur Zemmour proposait justement pour les salariés qui habitent… J’habite dans le monde rural, donc le fait que l’employeur doit prendre en charge 50% du carburant, c’est une très bonne nouvelle pour moi. Le salaire moyen, c’est de 850 euros par mois. Aujourd'hui, on ne s’en sort plus.
Marine Le Pen ? Ce sympathisant ne veut plus en entendre parler. En 2017, j’avais voté Marine Le Pen.
Ce qui m’a déçu, c’est son débat calamiteux face à Macron où on s’est sentis humiliés. Là, s’il n’y avait pas eu Éric Zemmour qui se présentait à la présidentielle, je n’aurais pas été voter. Il y a un peu plus d’un an, cette femme était encore chez Les Républicains.
Mais la droite classique l’a déçue : C’est le seul qui est vraiment sincère, authentique et il n’a pas cette déformation politique que malheureusement, ils doivent tous acquérir à l’ENA ou ailleurs, enfin je n’en sais rien. J’étais plutôt Les Républicains et une très très grande déçue lors des municipales, lorsque ma municipalité a fait des accords cachés avec la République en Marche. Et en fait, madame Pécresse est très proche de… Ça ne va rien changer entre Macron et elle, ça ne va absolument rien changer.
Ce sera même peut-être pire, je dirais, parce qu’elle est très très loin de la réalité. Elle est dans ce copinage. Et si Marine Le Pen parvient au second tour ?
Pour qui votera-t-elle ? Pour Marine Le Pen, sans aucune hésitation. Macron, non, cet imposteur, non, il n’a rien à faire là.
En rigolant, les gens criaient “Macron en prison !” Mais oui, il devrait y être. À Reims, il est un peu plus de 18 heures quand Marine Le Pen fait son entrée dans la salle du Parc des expositions.
Reims, tout un symbole. C’est dans cette ville que les rois de France venaient se faire sacrer. La candidate est venue lancer le sprint final de sa campagne devant 3000 adhérents et sympathisants du Rassemblement national.
C’est à la fin de son discours que survient le moment fort de la réunion. Marine Le Pen délaisse son prompteur et s’avance sur le devant de la scène. Maintenant mes amis, je vais prendre quelques minutes pour vous parler de moi.
Parce que je crois que l’élection à la présidence de la République, c’est d’abord une rencontre entre le peuple et un homme ou une femme et en l’occurence une femme. J’ai beaucoup appris, j’ai tâtonné, j’ai parfois échoué, je suis tombée. Je me suis toujours relevée.
À l’heure où je me présente devant vous, devant les Français pour la fonction suprême, je suis prête. Ce registre intime, son entourage le réclamait depuis l’été dernier. D’abord réticente, la candidate s’est laissée convaincre après le départ de certains cadres du RN pour Reconquête.
Une bonne occasion aussi de purger le souvenir de son débat raté face à Emmanuel Macron. Quoi qu’il en soit, la confiance des militants est apparemment intacte. C’est Zemmour qui est pointé du doigt.
Celui par qui l’échec peut advenir. Il est jeune dans le métier, on va dire. Il est un peu fougueux.
Il a aussi une petite tendance à être un petit peu arrogant. Marine a de l’expérience ? Marine a de l’expérience, c’est la troisième fois quand même.
Aujourd’hui, elle est plus réfléchie, elle analyse les choses beaucoup mieux, elle est plus réaliste voilà, moi je dis elle est plus réaliste. Cette militante flaire un piège derrière la candidature de l’ancien journaliste. Zemmour, c’est un leurre, il est placé là, il est arrivé juste pile poil quatre mois, il y a quatre mois quoi.
Il y a un piège là. Moi je leur en veux pas aux gars de Zemmour, mais il n’est pas net quoi. Pendant deux ans, il était sur CNews.
Moi je l'écoutais, j’appréciais le gars. Qu’est-ce qu’il fait ? Il nous désunit.
C’est pas bien de faire ça, c’est pas bien. Donc moi, moi c’est Marine il n’y a rien à faire. Pas Macron, pas Pécresse, pitié, pitié.
En plus Pécresse, vous avez vu ? Et puis c’est une fausse blonde. Un autre militant se félicite que Marine Le Pen se montre moins radicale que l’ancien journaliste.
Au moins dans son expression. Le meeting de monsieur Zemmour, c’est un copier-coller. Lui, il est un peu plus… comment dire… direct, comparé à madame Le Pen.
Madame Le Pen est plus sur la défensive. Aujourd’hui, on sent qu’il y a un petit relâchement. Du coup, ça nous permet d’ouvrir un peu plus de portes.
Quant aux défections enregistrées ces dernières semaines, elles font partie de la routine électorale. Ça fait partie de la politique. Tous les cinq ans, il y a des trahisons, mais à chaque fois, le Rassemblement national survit et gagne du terrain.
Et là on le voit dans les sondages, Marine Le Pen est estimée aux alentours de 45% à 48% au second tour. Elle n’a jamais été aussi haute. La frontière entre les deux électorats est ténue.
Marine Le Pen agglomère un vote ouvrier. Éric Zemmour fédère un vote plus interclassiste. Une alliance improbable de la bourgeoisie réactionnaire avec des catégories populaires contre la mondialisation.
Si la sociologie des électorats diffère, le périmètre de ces deux candidats représente le seul grand remplacement qui soit à l’œuvre. Celui de la gauche sociale par un populisme d’extrême droite. De Napoléon III à Donald Trump, en passant par le Général Boulanger, on sait où mènent ces aventures.
À l’abandon du peuple, justement, et à l’échec. Pas de Bourbon Sinon Rien le jeudi qui vient. Mais un numéro de “l’Élysée sinon rien”, la série d’entretiens que nous consacrons aux candidats et aux acteurs de premier plan de l’élection présidentielle.
Et comme Blast ne recule devant rien, nous vous proposerons un deuxième entretien politique ce week-end. Si vous avez aimé cette chronique, si vous voulez nous soutenir, n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube. Et n’oubliez pas d’activer la cloche.
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À lundi pour un prochain numéro de La Guerre du trône.
Éric Zemmour