Frédéric Valletoux
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L'invité de Renaud Blanc avec le Figaro. Bonjour Frédéric Valtout, président de la Fédération Hospitalière de France. Dans moins d'une heure débutera à l'Élysée un conseil de défense sanitaire. Un conseil très attendu. Frédéric Valtout, qu'attendez-vous très concrètement de ce conseil ?
Deux choses. La première, on a besoin d'y voir clair aujourd'hui sur l'épidémie et surtout peut-être qu'on nous redise quelles sont les prévisions, où se fait le consensus médical à peu près sur cette épidémie dont on voit qu'elle repart très fort, notamment dans certains territoires.
Deuxième chose, dans ces territoires-là, alors est-ce que ce sera le territoire, l'ensemble du pays ou des départements plus fléchés, il faut qu'on puisse effectivement mettre en place les mesures qui freineront la progression du virus pour préserver, ça doit rester l'objectif, pour préserver in fine les lignes hospitalières qui sont bien mises à mal après deux ans de pandémie et donc prendre les mesures qui permettront d'essayer de temporiser, de freiner la progression de ce virus.
Les chiffres sont très préoccupants. On a enregistré 30 000 nouveaux cas en 24 heures. On est à plus de 8 000 patients hospitalisés. Le taux d'incidence est de 190. Vous êtes surpris par cette vague, cette déferlante, cette vague fulgurante, pour reprendre le mot de Gabriel Attal ?
Oui, je pense que tout le monde est surpris, et les médecins en premier. Donc vous imaginez bien que si les médecins et les épidémiologistes sont eux-mêmes surpris par la vitesse de propagation, on ne peut l'être qu'avec eux. Donc oui, on savait, on pressentait, parce qu'on l'a vu l'année dernière, que l'approche de l'hiver est une période sensible, d'autant plus sensible que s'ajoutent au Covid les autres épidémies et la pression sur le système de santé. Mais on savait la période sensible. À ce point-là, effectivement, on ne peut être que surpris.
Et c'est d'autant plus, donc on attend d'autant plus, des mesures claires, des mesures fermes, et des mesures, j'allais dire, vraiment très concrètes.
Mais justement, mesures claires, mesures fermes, ça signifie que vous êtes par exemple pour la généralisation de la troisième dose à tous les adultes, comme le demande le conseil scientifique ?
Moi, je suis favorable, très favorable à ce qu'on continue de suivre l'avis des autorités médicales. Et effectivement, en l'occurrence, oui, je suis favorable à cette troisième dose. Moi, je défends, alors, depuis le début, la vaccination obligatoire. Je défendais la vaccination obligatoire pour les soignants dès l'automne 2020, à un moment où on savait que le vaccin arrivait début 2021. Je pense qu'on aurait pu poser plus clairement le débat de la vaccination obligatoire pour tous les Français, et ça, sans doute, à l'été dernier.
Bon, donc je suis évidemment favorable, je fais confiance dans les vaccins, je suis évidemment favorable à ce qu'on aille assez rapidement, parce qu'aujourd'hui, les stocks sont là, et l'infrastructure, j'allais dire, qui permet de vacciner les Français est organisée. Je suis favorable, effectivement, à cette troisième dose.
Troisième dose, après, enfin, six mois après la deuxième dose. Oui, bien sûr, bien sûr, bien sûr. Mais l'intendance, justement, est-ce qu'elle peut suivre ? Parce qu'il va falloir remettre en route, j'allais dire, ce qu'on a connu dans un passé qui n'est pas si lointain, mais qu'on avait peut-être un petit peu délaissé ou abandonné.
Oui, c'est vrai qu'on a plutôt replié le système, c'est-à-dire qu'on a réduit la capacité des centres de vaccination. Chez moi, par exemple, j'avais un centre qui pouvait vacciner jusqu'à 2 000, 2 500 personnes par jour, qui est un grand centre en Seine-et-Marne. Donc, il faut, effectivement, on l'a réduit ces derniers mois. Il va falloir, à ce moment-là, qu'on réinstalle, qu'on réorganise les choses, qu'on revienne à une voilure plus large qui nous permet de vacciner plus de Français. Ça peut se faire très vite ? C'est du cas par cas ? On peut le faire très vite.
Je veux dire, les collectivités locales, les pompiers, la médecine de ville, il faut qu'elles y aillent, qu'elles viennent en soutien. Les pharmaciens, aujourd'hui, peuvent vacciner. Beaucoup le font. Donc, tout ça, mis bout à bout, fait qu'on peut remobiliser, effectivement, les acteurs, tous les acteurs, pour pouvoir vacciner rapidement la population. En tout cas, avant Noël, on sait qu'on risque d'avoir... Parce que, traditionnellement, là, indépendamment de l'épidémie, entre Noël et Jour de l'An, pour les hôpitaux, c'est toujours une période très difficile, de tensions très fortes. Et on sait qu'en plus, avec le retour du Covid, ça va l'être d'autant plus.
Et donc, il faut essayer le plus possible de s'en prémunir et donc de vacciner très vite, là, dans les semaines qui viennent.
On va parler des hôpitaux très précisément, mais Frédéric Valtoux, question. Est-ce que vous pensez que le pass sanitaire doit être conditionné à la troisième dose ?
Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Enfin, je veux dire, moi, ça ne me choquerait pas. Ça ne me choquerait pas à partir du moment où, effectivement, on encourage cette troisième dose. Le pass sanitaire a montré son caractère efficace, son efficacité. Il a montré sa capacité, effectivement, à pousser vers la vaccination, à contenir le virus. On voit qu'il revient très fort, mais il est revenu plus fort avant, dans des pays qui n'avaient pas le sanitaire. On a pu, d'autres pays, finalement, copier la France et prendre pour eux aussi le pass sanitaire. Donc, moi, ça ne me choque pas.
On parle de la troisième dose. Il y a pratiquement 6 millions de Français qui n'ont pas encore reçu une dose. Oui, c'est bien sûr. C'est là aussi le... C'est-à-dire qu'il faut aussi mettre le paquet, toujours, sur cette première vaccination.
Continuer à expliquer, continuer à faire de la pédagogie, continuer peut-être à permettre d'emmener, j'allais dire, des possibilités de vaccination plus près de là où vivent les gens. Oui, il faut continuer, effectivement, à faire ce travail de persuasion pour essayer, effectivement, de réduire au maximum. À partir du moment où la vaccination n'est pas obligatoire, c'est donc un travail de pédagogie et d'explication que les médecins font, mais qui doit continuer à être fait tant qu'il y aura des Français non vaccinés.
Le Conseil scientifique dit que la vaccination seule ne suffira pas. Il faut intensifier les gestes barrières. Vous êtes pour le retour du masque dans l'espace public, par exemple ?
Retour du masque dans l'espace public, oui, dans certains territoires, oui, dans certaines conditions, oui, là où il y a, effectivement, une viralité forte, oui, là où il y a des concentrations, oui, sur les marchés, par exemple, dans les... Bon, là, on n'est pas l'été, il n'y a pas les concentrations estivales. Ce n'est plus le sujet, mais on va avoir des marchés de Noël, on va avoir un certain nombre de rassemblements, effectivement. il y a des réunions qui ont repris. Donc, il faut, il faut effectivement prendre toutes les mesures qu'on a déjà appliquées.
Donc, ce n'est pas, je veux dire, un effort surhumain pour les Français de comprendre qu'on revient à une période plus stricte que celle qu'on connaît.
Il y a la présidentielle qui approche. On va avoir des grands meetings. Alors, ça pose d'ailleurs la question de ces grands meetings, l'organisation avec ce Covid qui avance. D'ailleurs, il n'y a pas de passe sanitaire dans un certain nombre de meetings politiques. Ça semble assez aberrant.
Je pense qu'il va falloir effectivement réinterroger l'organisation de toutes ces réunions, meetings politiques ou tout autre type de réunion et effectivement reprendre, oui, reprendre peut-être l'obligation du passe sanitaire à l'entrée, le masque, certainement.
Et éviter de se serrer la main comme l'a fait le Premier ministre avec un certain nombre de personnes. Oui, bien sûr. C'est assez étonnant, ces images, évidemment, les politiques nous disent il faut absolument faire attention, protégez-vous, respectez les gestes barrières et bon, on voit le Premier ministre, ça peut arriver, mais qui a le Covid et il y a ces images qui tournent. On voit Jean Castex serrer la main d'un certain nombre de personnes. Oui, bien sûr.
On le disait à l'instant, la reprise de cette épidémie a surpris tout le monde. Il y a un mois, personne n'en parlait. Tout d'un coup, effectivement, les compteurs s'affolent et à juste titre. Donc, il faut maintenant reprendre les habitudes qu'on a eues il y a quelques mois. Bon, voilà, il y a un petit temps d'adaptation. Les politiques ne sont pas plus médecins que vous et moi et donc, dans l'occurrence, ils ne peuvent pas anticiper toujours non plus les choses. Confinement, c'est un gros mot encore ? Pour moi, il n'y a pas de débat tabou, il n'y a pas de gros mot. C'est une vaccination obligatoire. Ce n'est pas un débat tabou. C'est un débat qu'il faut avoir sereinement.
Si le sujet du confinement doit être posé dans les territoires les plus touchés, alors il devra l'être posé comme le couvre-feu. Voilà, on ne peut pas avoir de débat tabou face au virus, face à son impact sur nos vies sociales et sur l'économie.
Frédéric Valtou, entre la montée des courbes et le moment où ça a un impact dans les hôpitaux, il se passe quoi ? Deux, trois semaines.
Il se passe deux, trois semaines. Alors là, ça va être un peu différent parce qu'on connaissait ces deux, trois semaines d'écart en période de non-vaccination. On a vu en 2020, effectivement, des courbes qui avaient 15 jours d'écart entre la montée, la flambée du virus et l'impact sur les lignes hospitalières. Aujourd'hui, il y a la variable de la vaccination qu'il faut prendre en compte. Elle protège des formes graves, elle préserve des formes graves, pas complètement non plus. Donc, quel sera l'impact réel sur les services de réanimation, sur les hospitalisations ? On ne le sait pas très bien. L'hôpital ne sera pas épargné parce qu'il y a la vaccination.
Il sera sans doute plus épargné que quand il n'y avait pas de vaccin. Donc voilà, entre les deux, on sait que l'hôpital va être mis à contribution. Il se trouve quand même que l'hôpital, il a aujourd'hui un genou à terre et c'est un euphémisme de dire ça. Donc, ça va être compliqué.
On a 1500 personnes à peu près, un petit peu moins en réanimation actuellement. Évidemment, ça devient très tendu à partir de combien de patients, Frédéric Valtoulou ?
Ça devient très tendu à partir du moment où les courbes remontent parce que derrière, il n'y a pas de chiffre qui tout d'un coup déclenche une situation difficile. Il y a des organisations qui depuis deux ans ont été défaites, refaites, des services qu'on a fermés, des gens qu'on a déprogrammés puis on les a demandé de revenir. Puis on a reparti. Enfin, vous voyez, ces allers-retours, il faut rappeler quand même que 85% des patients qui ont eu des formes graves Covid ont été pris en charge à l'hôpital. 85% des gens qui ont nécessité une prise en charge dans un établissement de santé l'ont été à l'hôpital. Donc l'hôpital a vraiment été le bouclier sanitaire des Français.
Ça a demandé un effort terrible, une mobilisation terrible. Aujourd'hui, il y a de la fatigue, il y a de l'usure parce que tout ça n'est pas, je veux dire, n'est pas sans incidence. Et cette cinquième vague, même si ce sont peut-être des chiffres qui, en volume, vont paraître moins importants que la première ou la deuxième vague, il n'empêche que ça arrive sur des organisations qui sont essorées et c'est ça qui a la difficulté.
Frédéric Valtoux, vous souhaitez recruter 120 000 personnes ?
On dit que pour les prochaines années, 120 000, pour le prochain quinquennat, il faut effectivement entre les 100 000 personnes qui sont nécessaires dans les établissements médicaux sociaux, c'est-à-dire les EHPAD, pour accompagner la montée en puissance des personnes âgées, etc., la prise en charge plus nombreuse des prochaines années et les 25 000 infirmières et aides-soignants qui manquent à l'hôpital, ça fait effectivement 125 000 personnes qu'il va falloir recruter dans les cinq prochaines années pour que notre système de santé non pas retrouve des effectifs nombreux et plus importants qu'il devrait, mais juste pour faire face aux absences aujourd'hui dans les services.
Le navire prend l'eau, c'est une phrase que vous avez prononcée.
Le système de santé prend l'eau. Il pourrait couler ? Le système de santé pourrait couler si on ne fait rien. Et moi, je souhaite qu'effectivement le prochain quinquennat soit un quinquennat de vérité et de lucidité sur un système de santé auquel tiennent les Français, son côté, un système universel qui prend en charge l'ensemble des Français, hérité de l'après-deuxième guerre mondiale, il faut le préserver. Mais pour ça, il faut des réformes de fonds, de chocs qu'on a évité depuis 15 ans et on ne pourra plus être dans la stratégie de l'évitement. Donc, il y a un remède de cheval pour le système de santé.
C'est l'objet au moins d'un quinquennat parce qu'effectivement, j'évoquais dans une expression le navire parce que c'est un paquebot important et qu'entre le moment où on va donner un coup de barre et le moment où on va voir effectivement des ajustements s'opérer, il va se passer du temps mais il faut absolument que les jeunes générations réinvestissent les métiers du soin parce qu'aujourd'hui, c'est le principal défi. La démographie médicale, la démographie des soignants est mauvaise et quand on n'a pas assez de soignants pour soigner, les Français le ressentent dans leur vie quotidienne.
La santé est une priorité pour les Français, c'est ce que disent d'ailleurs tous les sondages. Se pose juste, et ce sera ma dernière question, Delfraissy évoquait 20% dans les hôpitaux. Vous avez des chiffres un peu différents ?
Nous, on a fait des chiffres en interrogeant quasiment 40% des établissements hospitaliers des plus grands aux plus petits et on arrive au chiffre de 6-7%, c'est-à-dire un chiffre qui effectivement est important parce que c'est le double de celui de 2019 mais ne sont pas les 20% qu'évoquait Jean-François Delfraissy. J'ai beaucoup de considérations pour Jean-François Delfraissy mais personne n'a compris comment il arrivait à ce chiffre et la méthode, on ne la connaît pas. Mais je pense que raisonnablement, c'est plus aux alentours de 6-7%.
Ça peut monter à 15% dans certains établissements, notamment en Ile-de-France, il y a des tensions très fortes sur les personnels qui peuvent amener à des niveaux de lits fermés importants mais on n'est pas sur 20%. Sinon, ce serait une catastrophe évidemment et on le verrait beaucoup plus.
Frédéric Valtoux, le personnel hospitalier, il est quoi ? Il est dépité ? Il est à bout de force ? Il continue ? Dans quel état il se trouve ?
Il fera face à la cinquième vague ? Il fera la sixième vague ? Mais il est fatigué. Il est au bout du rouleau parce que c'est extrêmement tendu. 30% de postes de médecins vacants à l'hôpital, des soignants qui manquent par milliers, des lits qu'on est obligé de fermer, des gens qu'on est obligé de déprogrammer. Ce n'est jamais satisfaisant sur le plan médical quand vous déprogrammez au niveau qu'on déprogramme depuis près de deux ans.
Merci Frédéric Valtoux d'avoir été ce matin mon invité, le président de la Fédération hospitalière de France dans le studio de Radio Classique. Il est pratiquement 8h28 dans un instant. Charles Bonner, l'essentiel de l'actualité. Vous écoutez Radio Classique Avec la gestion Carmignac, donnez un temps d'avance à votre épargne.
Frédéric Valletoux