Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous (sur YouTube)· 23 mars 2026 8 min

Municipales : une France très fragmentée ? L’analyse d’Alain Duhamel

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

dans un discours de vérité et qu'ils écartent les extrêmes. - J.Bardella: A moins d'un an de l'élection présidentielle, le RN est devenu cette force tranquille dont la France a besoin. - M.Bompard: J'appelle le peuple de France à s'engager à nos côtés dans la perspective de l'élection présidentielle. - A.-E.Lemoine: C'est le dernier scrutin avant la prochaine présidentielle.

Est-ce que les résultats d'hier posent les bases des rapports de force en vue de 2027? - A.Duhamel: Le RN n'a pas fait de miracles.

Mais il a progressé. Les insoumis ont posé des problèmes, mais ils ont aussi progressé. Pas énormément, mais ils ont aussi progressé.

Les deux partis qui dominent les municipales, c'est pas nouveau, ce sont les Républicains et les socialistes. Les Républicains, plutôt dans les petites villes, et les socialistes, souvent dans des villes plus importantes, mais plus rares par principe. Ce sont eux qui dominent.

De toute façon, le bloc qu'on appelait "central", ce qui reste des partisans d'E.Macron, ils n'avaient pas d'implantation locale. Ils n'avaient pas cherché à l'avoir.

Ils s'en tirent en gagnant 2 villes, Annecy et Bordeaux. - A.-E.Lemoine: Ca veut dire que personne ne peut revendiquer une victoire qui redessinerait le paysage politique? - A.Duhamel: Non, sinon que, s'il y a un bénéficiaire, si on prend les personnalités, c'est quand même E.Philippe.

Sa victoire au Havre est suffisamment nette. Ca lui permet, logique avec lui-même, de repartir dans la campagne pré-présidentielle. - A.-E.Lemoine: Il relance le match.

Il y a un trop-plein de candidats. - A.Duhamel: Quand on voit le niveau où se trouvent aujourd'hui le RN et les insoumis, c'est évident que la question principale qui se posera, c'est combien il y aura de candidats entre eux et si l'un d'entre eux se détachera suffisamment pour empêcher un duel de 2d tour entre J.-L.Mélenchon et, vraisemblablement, J.Bardella.

On n'a pas eu la réponse hier. - A.-E.Lemoine: E.Philippe relance sa candidature pour les présidentielles.

Quid de R.Dati? Comment vous imaginez son avenir en politique après cette défaite? - A.Duhamel: Je lui imagine plutôt un avenir en dehors de la politique.

Peut-être dans une grande entreprise ou quelque chose comme ça, pour s'occuper de je sais pas quoi, des relations extérieures de l'entreprise...

En politique, je vois pas très bien où est sa place maintenant. - A.-E.Lemoine: On se remet pas d'une défaite pareille? - A.Duhamel: Elle a extraordinairement personnalisé ce scrutin.

C'est elle qui l'a voulu. Elle a personnalisé sa vie politique comme personne, je pense, depuis 10 ans. Bon...

C'est quitte ou double, quand on fait ça. Soit on gagne, et on aura pris des risques, et on est récompensé, soit on perd et on fait autre chose. - A.-E.Lemoine: C'est pas parce que Paris est devenue une ville de gauche, imprenable pour la droite, sociologiquement de gauche? - A.Duhamel: Non.

Je pense que Paris est une ville assez équilibrée politiquement. On sait très bien, l'est et l'ouest...

On peut dire arrondissement par arrondissement, pratiquement, à l'avance, quels seront les ordres de grandeur. Paris n'a pas basculé politiquement. Mais Paris était accessible à la droite.

Simplement, elle a une personnalité clivante. C'est ce qu'elle est. C'est ce qu'elle veut.

Quand on est clivant, on ne rassemble pas. - P.Cohen: La preuve, c'est que plusieurs arrondissements ont voté pour des maires de droite en votant à la Mairie de Paris pour E.Grégoire.

Ce découpage montre qu'il y avait un problème de personnalités. La question des alliances à gauche avec La France insoumise...

On a entendu hier soir O.Faure et P.Jouvet, 2 responsables du PS, dire "LFI fait perdre".

On a lu J.-L.Mélenchon: "Le PS nous entraîne dans sa chute." Ils se renvoient le mistigri, la responsabilité des défaites qui sont réelles.

à Clermont-Ferrand et Brest, où des socialistes sortants en difficulté avaient rallié des LFI sur leur liste...

Il y a des contre-exemples, comme Nantes, où LFI n'a pas eu d'effet repoussoir. Lyon, maire écologiste, G.Doucet, garde son alliance avec LFI.

Quelle est votre analyse de ça? - A.Duhamel: Les insoumis n'ont pas fait de mauvais scores.

Ils ne sont pas affaiblis par les élections municipales. Ensuite, je pense que la question des rapports entre les insoumis et le reste de la gauche est, d'une certaine manière, derrière nous. Maintenant, pour les insoumis, il y aura la candidature Mélenchon.

On sait très bien que le reste de la gauche ne va pas soutenir J.-L.Mélenchon.

Il reste à savoir, pour la gauche non insoumis comme pour la droite non RN, s'ils auront la possibilité d'arriver à une candidature unique, c'est-à-dire un seul autre candidat de gauche non insoumis et un autre candidat de droite ou du centre non RN. C'est une ascèse de se dire qu'il peut y en avoir qu'un de chaque côté. C'est désespérant pour les autres.

S'ils ne font pas ça, ils risquent gros. - E.Tran Nguyen: F.Bayrou, il y a 6 mois, quittait son poste de Premier ministre et retrouvait Pau.

Il s'est fait battre hier soir au 2d tour. - F.Bayrou: C'est une soirée difficile.

C'est une soirée difficile pour nous. Je crains un peu que ce soit une soirée difficile pour notre ville. Cela dit, c'est la démocratie.

C'est comme ça que ça marche. On ne peut pas faire confiance à la démocratie quand on gagne et lui retirer sa confiance quand on perd. - E.Tran Nguyen: C'est le socialiste qui l'a emporté avec 344 voix d'écart.

Aujourd'hui, "Le Monde" titre: "Le crépuscule d'une longue carrière politique." C'est aussi votre lecture? - A.Duhamel: J'ai trouvé qu'il a réagi avec beaucoup de dignité.

C'est un moment très désagréable. L'hypothèse d'une fin de carrière se pose forcément. J'ai trouvé qu'il avait été bien, hier soir.

Pour lui, c'est une énorme déception. Je ne sais pas ce qui aura compté, si c'est son départ, qui avait du panache, mais qui ne pouvait pas être populaire, du gouvernement, avec cette motion de censure... - A.-E.Lemoine: Le scandale de Bétharram, peut-être? - A.Duhamel: Voilà.

A Pau, il est probable que ça a beaucoup pesé. C'est une des 10 personnalités politiques françaises ayant l'envergure intellectuelle et des convictions. C'est un homme qui croit à ce qu'il fait.

Je trouve que c'est une sortie honorable. J'espère pour lui qu'elle ne sera pas définitive,