François Ruffin : "Nous avons un problème dans notre pays, c'est Emmanuel Macron"
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France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, le 6-9. Le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons le député France Insoumise de la première circonscription de la Somme. Vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être micro d'Inter, la France traverse une crise politique et notamment qui se focalise sur la question de l'immigration. Vous avez écrit une lettre aux députés que ce n'était pas un vote sur, je vous cite, des mesures techniques, mais sur une certaine idée de la République. Qu'est-ce que vous vous êtes dit mardi soir à 23h30, juste après le vote de la loi immigration ?
Je me suis dit qu'on avait un président de la République qui, normalement, était là pour faire barrage, nous disait-on, et qui, à la place, sert de marche-pied. Qui fait la courte échelle à l'extrême droite, qui ouvre la porte toute grande à ses idées. Et ce qu'on a vu à l'Assemblée Nationale, c'est Marine Le Pen et ses amis qui jubilent, qui ovationnent, qui applaudissent et qui se sentent poussés des ailes, poussés par le vent de la victoire. C'est à ça que j'ai assisté à l'Assemblée Nationale.
Et l'analyse que vous en avez faite ? Que c'était une défaite ?
C'est une défaite pour la République. C'est une défaite pour la République quand... Vous auriez jusque-là ? Mais oui, quand des principes comme le droit du sol sont attaqués, ou quand se met en œuvre la préférence nationale. Et quand il s'agit, non pas seulement de ces grands principes, mais que ce sont la vie des gens, des gens ordinaires, des vies déjà dures, qui sont frappées. Parce que là, on n'est pas méchant avec les méchants. On est méchant avec tout le monde. Moi, je suis pour l'intégration. Je suis pour l'intégration par la langue. Je suis pour l'intégration par le travail. Mais là, ce qu'on vient dire, c'est de pourrir la vie.
On fait des lois pour pourrir la vie de gens qui ne demandent qu'à travailler, qui ne demandent qu'à s'intégrer, en venant les priver de leurs droits. Moi, je ne suis pas pour le séparatisme. Je ne suis pas pour séparer de la République. Là, ce qu'on fait, c'est séparer les étrangers de la République, avec un raisonnement. Quel est le raisonnement sous-entendu ? C'est que l'hôpital irait mieux parce qu'on priverait, parce qu'on empêcherait de soigner comme il faut les étrangers. C'est que le pouvoir d'achat des Français s'améliorerait parce qu'on priverait d'APL ses familles. Voilà le raisonnement qui est sous-tendu par ça.
Et donc, on a un président de la République qui devrait être le gardien d'un certain nombre de valeurs et qui, à la place, les brades pour des petits calculs cyniques, pour de la petite tactique politique au jour le jour. Mais moi, je vois le chemin sur lequel il nous entraîne, la pente sur laquelle on glisse.
François Ruffin, la majorité, elle a dû composer avec le texte du parti Les Républicains parce qu'il y a eu une motion de rejet qui a été votée dans l'hémicycle et qui a donc obligé à retourner en commission mixte paritaire. Est-ce que vous ne regrettez pas, vous, d'avoir voté, vous, la gauche, cette motion de rejet et de donner, en quelque sorte, les clés au parti Les Républicains ?
Ces débats, on les aurait eu à ciel ouvert dans l'hémicycle, sans temps mauvais. Et à la fin, ça se serait terminé quand même par une CMP. Donc, il ne s'agit pas de refaire un cours de droit parlementaire. Il s'agit de se demander comment on fait pour sortir de cet impasse-là. Moi, je veux dire quelle est la pente sur laquelle on glisse. Quelle est la pente sur laquelle les esprits dans notre pays glissent. On a, dans les sondages, on le voit, tranquillement, Marine Le Pen qui avance, qui chemine vers l'Elysée. Et c'est presque, on s'y accoutume. C'est inéluctable ? Ce n'est pas inéluctable. Mais c'est la pente. Vous savez, c'est les esprits qui glissent. Alors, c'était déjà dans mon coin.
Celle-là, on ne l'a pas essayé. Mais maintenant, c'est, y compris chez les diplômés, y compris chez les installés, les gens qui se disent, bon, c'est son tour. C'est comme ça. Avec une forme d'abandon, de mollesse, de lâcheté. Et moi, si je viens prendre la parole ce matin à votre micro, c'est pour dire qu'il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité. Vous savez, la crise de 1929, elle a débouché sur le nazisme en Allemagne. C'est vrai. Mais elle a débouché sur le New Deal aux Etats-Unis. Elle a débouché sur le Front populaire en France. L'histoire, elle reste ce que les hommes et les femmes en font.
Et l'extrême droite, dans notre pays, elle n'est arrivée qu'une seule fois au pouvoir. Ça n'est pas par les urnes, c'est par la défaite. Et ça n'a pas donné des souvenirs glorieux dans nos mémoires. Donc, il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité. Mais par contre, j'interpelle vos auditeurs. Pas de mollesse, pas de lâcheté, pas d'abandon. Mais il faut se réveiller maintenant.
Et donc, c'est quoi la réponse ? C'est l'union de la gauche ?
L'union est une nécessité. Condition nécessaire, mais non suffisante.
Parce qu'aujourd'hui, c'est compliqué. Vous n'avez même pas d'union pour les élections européennes de l'année prochaine.
Alors, il y a les quatre listes pour les élections européennes. C'est un souci. Mais déjà, ça passe par enterrer les haches de guerre, fumer le calimé de la paix, et cesser de s'insulter, de se maltraiter. Simplement, moi, je dis aux chefs de parti, arrêtez vos conneries. Y compris le vôtre, y compris Jean-Luc Mélenchon ? Je dis à tout le monde, arrêtez vos conneries. Il faut arrêter les conneries, là. Si on prend au sérieux le danger que constituent Marine Le Pen et le Rassemblement National, la pente, elle est celle-là. Si on veut arrêter cette pente, eh bien, il faut que les partis, les chefs de parti, arrêtent les conneries. Qu'ils cessent l'étalage de leur rancœur sur Twitter.
Qu'on ne prise pas de la vaisselle dans des querelles permanentes. Ça, il faut que ça s'arrête tout de suite. Et ensuite, je le disais, c'est une condition nécessaire, mais qui n'est pas suffisante. Ensuite, il faut, déjà, en finir avec presque, vous savez, se dire que ce qu'on serait, c'est juste des citadelles assiégées, qu'il nous faut résister, il nous faudrait juste exister. Non, ce qu'on doit vouloir, c'est gagner. On doit vouloir gagner. On doit vouloir la majorité. On doit vouloir 50% plus 1. Et se dire qu'on n'est pas dans un pays raciste, moisi, réac, et qu'il nous faudrait juste tenir des bastions. C'est pas ça.
On a une majorité possible dans le pays, sur des thèmes qui sont les nôtres, l'indexation des salaires sur l'inflation, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec nous. Taxer les super profits, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec nous. Le référendum d'initiative citoyenne, 80% des Français qui sont d'accord avec nous. Donc on a une majorité possible dans notre pays. Maintenant, il faut passer d'un esprit de défaite, presque, à une volonté de conquête.
Esprit de défaite, la nupesse, ça existe encore. Il y a un mot de Marine Le Pen qui était étonnant, mardi soir, après l'adoption de la loi immigration, elle remerciait la gauche qui a permis cette loi. Il y a une forme de paradoxe dans lequel on vous renvoie à la responsabilité de l'avoir permise. On ne va pas rentrer dans le détail de la mécanique parlementaire puisque c'est, au fond, une victoire idéologique, pour vous, du Rassemblement National, plus qu'une question de voix ou de vote à l'Assemblée.
C'est évident. Je ne comprends pas très bien le réellement paradoxal de Marine Le Pen sur ce coup-là. Tout est toujours de la faute de la gauche. Je pense, vous m'entendez à ce micro, je pense qu'on a un certain nombre de responsabilités. Il faut qu'on sorte du ton d'acrimonie, de rancœur, pour aller vers quelque chose qui respire la joie. Il faut qu'on mette du panache dans tout ça. Et surtout, moi, je pense que la question clé, c'est de traiter les difficultés des Français. Refaire le coup, vous savez, qu'on fait depuis 20 ans et auquel j'ai peu participé, en vérité, d'utiliser Marine Le Pen ou son père comme des cauchemars et comme des repoussoirs.
Et penser que ça suffit de brandir les épouvantailles pour que ça vienne chez nous, ça ne suffit pas. Donc, ce n'est pas ça qu'il faut. Maintenant, il faut dire comment on fait pour résoudre la question de l'hôpital. Vous savez, Emmanuel Macron qui fait cette loi-là, hier, c'est 6700 lits en moins qui ont été annoncés. Ça va deux fois plus vite dans les hôpitaux, les fermetures de lits, qu'avant la crise Covid. Est-ce que c'est de la faute des étrangers si l'hôpital va mal ? Non, c'est de la faute d'Emmanuel Macron. Nous avons un problème dans notre pays, c'est d'abord le problème d'Emmanuel Macron aujourd'hui.
Avant d'aller au Standard, où de très nombreux auditeurs veulent vous interroger ou réagir à ce que vous dites, François Ruffin, il y a 32 présidents de départements de gauche qui ont annoncé qu'ils n'appliqueraient pas la restriction de l'accès à l'allocation personnalisée d'autonomie qui a été votée. Est-ce que c'est une décision légitime de désobéissance civile ou est-ce que ça s'appelle bafouer les lois de la République ?
D'abord, c'est une obéissance à la Constitution parce qu'on est quand même dans ce paradoxe très étrange. On a un Gérald Darmanin qui vient à la tribune de l'Assemblée ou à salle du Sénat, voire un Emmanuel Macron qui passe à la télé et qui reconnaît que des pans entiers de la loi, des dizaines d'articles ne sont pas constitutionnels. Donc on a quand même un président de la République qui vient dire je fais une loi, mais c'est une loi d'affichage, elle n'est pas constitutionnelle, le conseil constitutionnel va les faire tomber.
Donc je comprends que les départements disent moi je respecte la Constitution, je respecte l'esprit de la République, plutôt que cette loi-là qui finalement va être retoquée pour partie. Donc c'est une chose. Maintenant, pour les départements et pour toute la gauche, ce qu'il faut, ce n'est pas avoir des terres de résistance, avoir des bastions qui se refusent comme ça, c'est de se demander comment on fait pour gagner, pour gagner le pays, pour le faire respirer. Justement, bonjour Jean.
Merci de participer au grand entretien de la matinale d'Inter avec François Ruffin. Jean. Oui. Vous avez la parole, François Ruffin est là, il vous écoute.
Eh bien bonjour François. Un camarade. Non, non, pas camarade, non. Moi je suis, je n'ai pas de parti, je suis, je suis moi, point, c'est tout. Mais j'adore François Ruffin. Je lui suggère de s'allier avec Buxman et avec un certain nombre de gens à gauche, je dirais des gens intelligents, qui voient en priorité l'avenir de la France et foutre dehors tous ces incapables. Et là, on a un président de la République aujourd'hui qui nous a montré ce que c'était un incapable. Voilà.
Merci Jean. François Ruffin.
Moi je suis pour embrasser très large. Ce qu'il nous faut, c'est presque, ce qui me navre le plus dans les épisodes qu'on traverse, l'épisode des retraites aussi, où il s'agit de pourrir en partie la vie des gens, en leur disant, même si c'est dur pour vous, ça sera jusqu'à 64 ans, c'est une certaine division de la nation. Normalement, le président de la République, il doit être garant de l'unité de la nation. Et moi je pense qu'aujourd'hui, on a plus que jamais besoin de faire ensemble, de faire nation ensemble. Pourquoi ? Parce qu'on a affronté le choc climatique qui réclame une transformation de notre pays, des déplacements, des logements, de l'industrie, de l'énergie.
Ça veut dire que pour ça, on a besoin de toute la main d'œuvre disponible. On a besoin de toutes les intelligences. On a besoin de tous les savoir-faire, qu'ils soient français ou qu'ils soient étrangers. On a besoin de tout ça pour relever ces défis-là tous ensemble. Et on a un président de la République qui, à la place de nous proposer ces défis à faire ensemble, à faire en commun, propose en permanence des sujets pour diviser.
Mais François Ruffin, vous entendez, Jean, il vous suggère de vous allier avec Raphaël Glucksmann. Ça pourrait être aussi avec des socialistes, par exemple Boris Vallaud. Le week-end dernier, on avait à ce micro Daniel Cohn-Bendit qui disait que lui a apporté son soutien à Raphaël Glucksmann parce qu'il vous aime bien, mais il pense que vous devez rompre, couper le cordon avec LFI. Est-ce que vous comprenez que certains puissent avoir peur d'LFI, de son refus, par exemple, de qualifier le Hamas de parti terroriste ou des attaques qu'il peut y avoir, par exemple, contre les journalistes qui peuvent être assez violentes ou des invectives qu'il peut y avoir ?
Moi, je l'ai déjà dit, nous avons un problème de ton et les Français, il faut les rassurer. Il faut leur dire qu'on va les protéger, que là, il y a un désordre qui est mis en œuvre dans le pays avec un grand sentiment d'insécurité, d'insécurité sur comment vont vivre nos enfants, une inquiétude qui se répand. Et nous, on doit être le parti du travail, le parti qui vient dire tous les Français, tous les habitants de ce pays doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre et pas seulement en survivre, et bien le vivre. On doit rassurer.
Donc vous dites à votre chef, à Jean-Luc Mélenchon, sortez de l'ambiguïté, peut-être plus d'apaisement.
Oui, je m'en suis déjà exprimé largement. On doit apaiser, on doit rassurer, on doit protéger, on doit offrir les garanties que demain sera meilleure simplement pour les gens, pour tous les habitants de notre pays. Maintenant, je n'ai pas envie de refaire le coup des deux gauches irréconciliables. Ce n'est pas vrai. Elles ne le sont pas. Mais non, aujourd'hui, il y a des soucis de ton, il y a des invectives qui sont échangées de part et d'autre. Moi, vous savez, ça fait six ans que je passe à France Inter et ailleurs. En six ans, vous ne m'avez pas entendu une seule fois dire du mal d'une autre personnalité de gauche. Ce n'est pas que ça ne me démange pas de temps en temps.
Mais je pense que c'est un principe. Si on veut construire... C'est une ligne. Oui, on a une union des droites aujourd'hui qui va de la droite libérale jusqu'aux droites extrêmes. Eh bien, il nous faut une union des gauches. Ça s'appelle la NUPES. Ça s'appelle la NUPES qui est malmenée. Il s'agit qu'on ait une union des gauches qui permette d'ouvrir quoi ? Qu'est-ce qui se passe dans la durée, M. Badou ? Dans la durée, c'est le bloc central libéral qui s'effondre. Et donc, les gens y cherchent une issue. Quelle est l'issue ? Est-ce que ça va être la droite extrême, le bloc national autoritaire, ou est-ce que ça va être la gauche ? Est-ce que ça va être un bloc de progrès social, écologique ?
Eh bien, simplement pour l'instant, on n'attire pas parce qu'on n'est pas unis. Il faut proposer une alternative. Il faut qu'on se présente comme étant une force, une force d'union et non pas quelque chose où ça se querelle en permanence, ça se chamaille, ça s'envoie des invectives.
Mais alors, c'est une question de ton ou est-ce que c'est plus profond ? Parce que vous avez certainement vu cette étude, celle sur les fractures françaises publiée par la Fondation Jean Jaurès, édition 2023, avec une majorité de Français qui considèrent que la France insoumise est désormais plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement national. Comment est-ce que vous l'expliquez ? Et ça, c'est un problème de perception et de perception qui est ancré dans les esprits. Je dis que c'est un gros souci
pour nous. C'est un gros souci de ton et que ça, il faut le changer. Maintenant, ce que j'ai lu dans le rapport de la Fondation Jean Jaurès aussi, et je veux revenir au problème des Français, vous savez, le président de la République intervenant mercredi a eu cette phrase, il dit les salaires ont plutôt suivi. Et c'est incroyable, il est là, sous les dorures de l'Elysée, tout va bien avec lui et ses amis, et vient dire les salaires ont plutôt suivi. En vérité, c'est moins 5% pour les salaires. Ça veut dire qu'on a demandé aux gens de se serrer la ceinture 1, 2, 3, 4, 5 crans. Ça veut dire qu'il y a eu 5% à 10% de consommation en moins de produits alimentaires dans les hypermarchés.
Et la Fondation Jean Jaurès, là, ce qu'elle écrit dans ce papier, c'est que ceux qui allaient dans les grandes surfaces, supermarchés, hypermarchés, ils vont vers le hard-discount, ceux qui sont dans le hard-discount, ils vont vers les associations caritatives, et qu'on a un champion de l'ultra hard-discount brésilien qui vient s'installer, Attaquadeo, qui vient s'installer en France, à Aulnay. Pourquoi ? C'est un symptôme de la pauvreté, c'est un symptôme d'une carmondisation d'un pan du pays. Voilà ce qui devrait nous alerter.
Ce qui se passe là, sur le plan démocratique, comme sur le plan social, la première étant la conséquence de la deuxième, c'est les classes moyennes inférieures qui décrochent, à qui on demande de se serrer la ceinture, et si c'était pour tout le monde. Vous savez, si on était en guerre et qu'il s'agissait que tout le monde se serre la ceinture, ça serait dans la justice. Aujourd'hui, on a des gens qu'on rationne, mais qu'on rationne très concrètement. Une famille sur deux avec enfants a réduit ses portions dans son assiette. Très concrètement. Bon. Et eux se rationnent et en haut, ils se gavent. Je veux dire, vous avez les titres des échos, c'est de nouveaux dividendes records cette année.
Et ils en sont presque eux-mêmes surpris. Plus 13% de dividendes, pendant que c'est moins 5% sur les salaires. Pour les entreprises du CAC 40 ? Pour toutes les entreprises, pour des secteurs en particulier. Et vous savez, les deux tiers de ces dividendes, ils vont au 0,1% les plus riches. On a une hyper concentration du capital, donc on en a qui se gavent, on en a d'autres qui sont rationnés. Voilà le... Et ça, le président de la République, il ne l'affronte pas, cette injustice-là. Avec complicité, il la laisse faire et il vient faire diversion en disant, faute de l'immigration.
On retourne au standard, François Ruffin. Bonjour Annie.
Oui, bonjour François Ruffin. Écoutez, j'aime beaucoup ce que vous faites. J'ai lu beaucoup de vos livres. Et franchement, le seul cadeau qu'on pourrait avoir pour Noël, c'est que vraiment, du fond du cœur, vous demandiez à Mélenchon de prendre sa retraite. Parce que c'est lui qui divise actuellement la gauche. C'est lui qui fait éclater la nupesse. et sincèrement, il n'est plus de gauche. Il est lui. Il a un dégo surdimensionné. Il faut vraiment qu'il nous quitte parce qu'il a peut-être été intelligent, mais il ne l'est plus maintenant. Et je trouve ça très dangereux pour la gauche. On va laisser le RN prendre la place.
Et moi, ce que je souhaite, c'est vraiment un ticket gagnant entre Clémentinotin et vous. Et avec ça, on pourrait vraiment rebattre les cartes et arriver à quelque chose de vraiment très beau comme cadeau pour Noël.
Merci Annie pour votre intervention. François Ruffin, ça vous fait sourire. Malgré tout, le paysage qu'elle décrit est quand même accablant.
Je veux dire, je le rappelle quand même, Jean-Luc Mélenchon est l'homme qui a remis la gauche debout. Parce que, et sur ses deux jambes, une rouge, une verte.
Vous en parlez au passé.
En tout cas, je dis qu'il l'a fait. C'est son œuvre. Et ça restera dans l'histoire comme étant son œuvre. Parce que vous savez, si la gauche, ça avait été François Hollande et son fils spirituel, aujourd'hui Emmanuel Macron, elle serait juste dans la tombe. Et on n'en parlerait qu'au passé. Aujourd'hui, on peut encore en parler au présent. Donc, je suis bien conscient qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire devant nous. Mais enfin, je n'efface pas l'histoire.
Vous ne répondez pas tout à fait à Annie. Elle parle d'un ticket gagnant avec vous et Clémentine Autain. Est-ce que vous, qui avez déjà votre micro-partie, vous êtes partant, vous avez envie de partir pour la présidentielle de 2027 déjà ?
Moi, j'ai envie qu'il y ait une équipe qui se constitue. Et ce que je veux dire dans les bonnes nouvelles qu'il peut y avoir, c'est qu'au-delà des querelles de chefs, et il n'y a pas que Jean-Luc qui participe à ces querelles. Il y en a bien d'autres avec des échanges sur Twitter et ainsi de suite. Bon, mais en dessous, qu'est-ce qu'il se passe ? Il se passe qu'il y a des tas de femmes et d'hommes de gauche, des députés, des élus, des maires, mais aussi des militants qui n'ont qu'une envie, c'est de faire ensemble. C'est de faire avancer le pays ensemble et qu'on aille à la victoire. Qu'on n'est pas pour objectif de résister, qu'on n'est pas pour objectif d'exister, mais de gagner.
Et je pense que ça, c'est quelque chose qui est partagé par plein de gens dans le pays.
Mais vous, la candidature, vous y pensez en vous rasant ?
Non, non, je n'y pense pas en vous rasant. Je veux dire, je viens m'exprimer là, très sincèrement, dans un moment que je considère comme un moment de solennité, de gravité. Ce n'est pas pour venir mettre des embrouilles supplémentaires sur la table.
Et pourtant, c'est vrai que le rythme de la démocratie française, il est conditionné par l'élection présidentielle. Et c'est vrai qu'on revient inlassablement à cette question de la personne qui sera candidate.
Vous y revenez inlassablement, mais personnellement, je reviens inlassablement au fait que les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre, bien le vivre. Voilà quelle est mon obsession. Mon obsession, c'est qu'on a une école qui doit être le pilier de la République et qui aujourd'hui est mal en point. Comment on la remet debout ? Là, on a un hôpital qui est le pilier de l'État social et qui est attaqué. Comment on le remet debout ? Voilà quelles sont mes obsessions, personnellement, M. Badou.
Alors, écoutez, c'est noté. Emmanuel Macron a confirmé mercredi soir la tenue d'un grand rendez-vous avec la nation en janvier 2024 pour tenir l'unité du pays, pour le citer. Qu'en pensez-vous ? Est-ce que... Enfin, vous avez levé les yeux au ciel, mais les auditeurs ne le voient pas.
Vous avez un pyroman. Je veux dire, quand on a deux années de crise Covid, que derrière, on a la guerre en Ukraine, qu'on a de l'inflation, que les salaires ne suivent pas, que les esprits sont usés, sont fatigués et que sur la table, à peine élu, on met la retraite à 64 ans qui divise le pays, qui installe dans les cœurs du ressentiment. et c'est l'homme qui maintenant va nous faire un grand barda pour nous dire unité de la nation. C'est du bidon. C'est du bidon. Alors, il nous a déjà tout fait. Vous savez, il nous a fait la convention citoyenne qui était une très belle idée, mais à partir du moment où il l'a touché, ça devient une catastrophe.
Il nous a fait le grand débat qui pouvait être une bonne idée, mais il le touche et il n'en sort rien. Il nous a fait des assises. Il y a eu des assises du travail, par exemple, l'année dernière. Vous savez, il nous fait le conseil national de la refondation. Qu'est-ce qu'il en tire ? Rien du tout. Il nous a promis un nouveau pacte de la vie au travail et pour moi, c'est une nécessité. Il y a un grand mal-être aujourd'hui au travail, un immense mal-être au travail et qui débouche sur un ressentiment dans la vie publique. Comment il le traite ? Rien du tout.
C'est Bruno Le Maire qui est venu à nous dire on va pourrir encore plus la vie des chômeurs qui ont 55 ans comme si les gens de 55 ans avaient choisi d'être au chômage. Alors que, vous savez, je l'ai sorti dans un rapport là, le nombre d'inaptitudes en France est passé de 50 000 à 100 000. Tous les ans, on a 100 000 personnes qui sortent du marché du travail soit à cause de soucis psychiques soit de soucis physiques. C'est-à-dire, le travail s'est alourdi sur les gens et la seule solution proposée par Bruno Le Maire c'est qu'on va aller frapper les chômeurs de plus de 55 ans comme s'ils l'avaient voulu ça. Alors qu'il faut s'attaquer aux racines du mal.
François Ruffin, vous venez de nous parler de la santé, vous avez parlé aussi beaucoup des classes moyennes. Il y a une mesure qui est annoncée dans plusieurs quotidiens ce matin, c'est le doublement des franchises médicales qui va être adoptée dans le cadre du budget de la sécu pour l'an prochain. Ça veut dire qu'on paiera 1 euro non remboursé pour chaque boîte de médicaments même prescrite, 2 euros non remboursés pour aller chez le médecin. Votre sentiment à ce propos ?
Déjà, on parlait du papier de la fondation Jean Jaurès tout à l'heure qui listait toutes les privations des Français. J'en ai parlé sur l'alimentation mais c'est vrai aussi sur la santé, ça se lit. C'est vrai par exemple aussi sur les vacances. Pour moi, ce n'est pas un détail que les gens puissent partir en vacances, que les enfants, tous les enfants de ce pays voient la mer et la montagne qui dérouillent, qui sortent de leur village ou de leur quartier. Pour moi, ce n'est pas un non-sujet. Là, vous avez des attaques constantes comme si, disons les choses simplement, la France est un pays riche, un pays immensément riche. On a un gâteau qui est énorme.
Mais il y a 10 milliards de déficits de la sécu, comment on fait ?
Mais comment on fait ? Alors je vais vous dire par exemple, les milliardaires, ils ont 20 points de taux d'imposition en moins c'est-à-dire que normalement, on devrait avoir un impôt qui est progressif où les gens payent en fonction de leur revenu et là, c'est l'inverse.
C'est l'optimisation fiscale.
On a un impôt qui est régressif notamment à cause d'un truc qui s'appelle les holdings financières. Vous voyez ? C'est-à-dire qu'ils mettent des sociétés écran qui fait que le petit actionnaire normal, il paye la flat tax, il paye 20% et eux, ils échappent. Vous faites ça, rien que ça. Vous taxez les holdings financières. C'est 20 milliards d'euros en plus. D'accord ? 20 milliards d'euros. Donc, c'est deux fois le déficit. Le déficit de la Sécu pour l'enfant. Deux fois le déficit. Juste avec cette mesure. Alors, on va me dire, c'est l'Union soviétique, c'est la Corée du Nord, c'est le Venezuela. Non, ce sont les USA.
On va vous dire, ça peut être dissuasif.
Ce sont les USA. Ce sont les USA. Les USA ont cette taxation sur les holdings financières. Et il n'y a pas de société écran. Et le petit actionnaire est à égalité avec les plus riches du pays. Il faut se rendre compte du gavage en cours. C'est le phénomène massif. On nous amuse. On amuse la galerie. Mais le phénomène massif des années Macron, c'est ce gigantesque gavage. Il y a 25 ans. Il y a 25 ans. Quand sort le premier classement de challenge, les 500 fortunes françaises pèsent 6% de PIB. À l'arrivée d'Emmanuel Macron, c'est 20%. Aujourd'hui, on est à 45%. Voilà le mouvement massif qui se produit. Et on ne peut pas en parler.
Le mot dividende, Emmanuel Macron, il n'a jamais ce mot à la bouche. Il n'en parle pas dans ses deux heures d'entretien de mercredi, mais il n'en parle jamais. Le mot profit, c'est un mot qui est interdit. Mais non, c'est comment on fait pour que ce gigantesque gâteau y bénéficie à tous, qu'on vive mieux, que les lois proposées par le gouvernement ne soient pas des lois de régression et de désespérance et on va vous pourrir la vie toujours plus, mais que ce soit des lois de progrès et de progrès pour affronter aussi un autre défi qui est le défi démographique. On a de plus en plus de personnes âgées. Il faut s'en occuper. C'est un défi qu'on doit mettre sur la table.
Mais on n'y va pas du tout vers cet accompagnement de l'humain de la naissance jusqu'à la mort. Ce n'est pas du tout le chemin qui est pris. C'est le chemin de la concurrence. C'est le chemin des égoïsmes.
François Ruffin, on est à l'avant-veille de Noël. Pour vous, Noël, ça représente quoi ? Ça représente une fête consumériste, un délire consumériste ou est-ce que c'est avant tout un moment familial avec tout ce que ça peut représenter ?
Moi, ça représente du bonheur. Ça représente du bonheur. Et le bonheur doit être un mot autorisé en politique. Moi, je vais passer quelques jours avec ma famille et mes enfants. ping-pong, eh bien, c'est du bonheur. Faire des cadeaux ? Mais que le citoyen
se transforme en consommateur.
Je veux dire, je fais des cadeaux comme tout le monde. Maintenant, vous savez, par exemple, ce qui s'est fait à Amiens, on a ma suppléante, Hayat Madboua, qui a fondé une association L'Acte Citoyen. Elle a commencé par récolter quelques centaines de cadeaux pour distribuer aux familles qui n'auraient pas de cadeaux à mettre au pied du sapin. Eh bien, cette année, c'était plus de 5 000. Et je veux dire que sous un pays qui se déchire au sommet, il y a d'immenses désirs de solidarité, de générosité qui existent en dessous. Et c'est ça qu'il faut faire exister. Et que tous les enfants de notre pays à Noël aient un cadeau au pied du sapin. Enfin, vous n'allez pas m'en trouver blessé. Je veux ça.
Je veux que, vous savez, moi je suis pour descendre le plafond et relever les planchers. Descendre le plafond, c'est descendre le plafond pour les riches et relever les planchers, relever les planchers pour tous et qu'on ait un espace de commun avec pas des immenses dissensions au sein de notre société.
Merci François Ruffin d'avoir été invité de France Inter.
Et pas de résignation pour Noël. Pas de résignation.
Bonne fête à vous aussi.
François Ruffin