MÉLENCHON AU POUVOIR, ET APRÈS ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mélenchon confirme sa percée. Et il ne fait pas partie de ceux qui considèrent leur candidature comme un simple témoignage, ou comme une étape perdante vers les législatives. Non, il veut gagner.
Et là, son rapprochement du pouvoir commence à se matérialiser. Et quand on se prépare à gouverner, on parle un peu différemment. Je me présente devant vous avec un programme complet et chiffré.
Et si vous le voulez dans 30 jours on commence, parce qu'un autre monde est possible. Nous jouons à Qui veut gagner l’Elysée ? Gérard Larcher, président du Sénat avait dit que si Macron refusait de débattre pendant la campagne, la légitimité de son élection pourrait être questionnée.
Et la petite devinette c'est qui a dit à ce propos : “Je respecte Gérard Larcher. Mais je crois qu'il va un peu loin. En démocratie, la légitimité vient de l'élection.
Celui ou celle qui sera élu sera légitime parce qu'il aura été élu.” Est-ce que c'est Emmanuel Macron, ou Jean-Luc-Mélenchon ? Eh bien c’est Mélenchon, dans un entretien paru dans le Parisien.
Rappeler la légitimité issue des urnes est une évidence, et pourtant, durant le quinquennat, ça a été une critique récurrente de la FI de délégitimer Macron en pointant son faible score électoral. J’ai été également étonné en écoutant son discours lors de la Marche pour la VIe République. À plusieurs reprises il donne des mesures qu’il prendra quasi immédiatement puisque leur mise en oeuvre ne nécessite qu’une décision du président.
Le décret sur l'augmentation du Smic à 1400€ net Le décret sur le blocage des prix Il n'y a pas besoin de voter une loi pour cela. Un décret c'est un texte, et comptez sur moi pour l'écrire rapidement. N’y a-t-il pas un certain paradoxe à venir vanter les mérites d’une VIe République abolissant la monarchie présidentielle, renforçant le Parlement, organisant l’intervention plus fréquente des citoyens, tout en défendant des arguments électoraux nécessitant une pratique typique de la Ve République ?
N’est-il pas là en train de nourrir le cliché du Mélenchon se présentant en homme providentiel ? Il vous suffit, dans 3 semaines, d'un aller-retour au bureau de vote, et d'un bulletin de vote à mon nom ! Plus généralement, Mélenchon ne dit rien des résistances qu’il rencontrera à coup sûr dans la mise en oeuvre de son programme de rupture socio-économique.
Celles venant du patronat évidemment mais celles aussi venant de l'intérieur de l’Etat. Car la haute fonction publique pourrait freiner des quatre fers. Votez !
Et vous aurez la retraite à 60 ans. Parce que là, tout a l'air facile avec Mélenchon : il suffira de voter, et ça passera crème C’est ce que lui reproche les candidats trotskistes. Parce que ce qu'on défend nous, c'est pas juste "il faut un revenu à 1800€".
Tout le monde se rend bien compte que pour avoir ça, c'est pas une élection qui va le changer en réalité. Personne n'y croit par les élections. C'est la rupture, puis comment on arrive à se mobiliser, comment il peut y avoir une pression populaire, des mobilisations qui permettent d'imposer à un moment donné des changements réels.
Et ça malheureusement aujourd'hui les gens ils n'arrivent pas à y croire. Quel est le peuple de Mélenchon ? Celui qui vote une fois et après c’est l’Etat qui fait tout, ou celui qui arrache par lui-même les conquêtes sociales, par la grève, par la manifestation, par les occupations de lieux de travail ?
Il ne dépend que de vous. Et c'est vous, et vous seuls, chacune, chacun, dans le secret de l'isoloir, qui par un modeste bout de papier, un bulletin de vote, pouvez changer la priorité, et le cap de l'histoire du monde. Comment interpréter ces apparentes contradictions ?
D’abord Mélenchon le dit souvent : quand la gauche arrive aux affaires, son premier geste ce doit être d'augmenter le salaire minimum, pour démontrer à tous qu’avec la gauche le changement c’est maintenant. Ces mesures doivent être prises immédiatement pour envoyer un signe fort. Et c'est justement ce que permettent de faire les institutions de la Ve République.
Deuxièmement, il y a sa volonté de mobiliser ceux qui se sont éloignés de la politique. Il entend parler à ceux qui sont peu engagés dans les mouvements sociaux, dont la culture n'est pas la lutte permanente, et tout simplement tous ceux pour qui l'action est de plus en plus coûteuse. Si vous voulez partir avant 65 ans, avant 62 ans, pas besoin de faire de nouveau des grèves coûteuses pour vos budgets, ou des manifestations rendues dangereuses par le préfet Lallement, il vous suffit, dans 3 semaines, d'un aller-retour au bureau de vote, et d'un bulletin de vote à mon nom !
Il leur dit “on a les moyens d’obtenir tout de suite ces avancées, par le gouvernement”. Je bloquerai le prix de l'essence, comme le code du commerce me permet de le faire par une simple signature. Troisièmement, on peut comprendre ça comme une volonté de profiter à fond des derniers moments de la Ve République, et d'y aller un peu à la schlague.
Parce que je vous ai lu en long, en large et en travers, et que j'aime bien voir le visage de l'homme que je lis et à qui je compte faire les poches. Après tout Macron a lui-même usé de ses prérogatives pour forcer ses réformes néolibérales contre l’opposition et les mouvements sociaux. Mais le problème de Mélenchon n’est pas le même.
La résistance viendra non seulement de l'opposition parlementaire, mais aussi du patronat, des grands médias, et peut-être de l’intérieur de l’appareil d’Etat lui-même. Tenir l’exécutif ne suffira probablement pas. Il faudra mobiliser la société civile de gauche, et les salariés, et les petits fonctionnaires, pour “prendre en sandwich” le patronat et la haute fonction publique entre ces mouvements sociaux et le sommet de l’Etat dirigé par des politiques de gauche.
Concrètement, pour 2022 et après, c’est le Parlement populaire, composante de l’Union populaire, qui est censé assurer l’articulation entre le plan politique et le plan de la société civile et des mouvements sociaux. Il crée des passerelles entre différentes initiatives (syndicales, associatives, militantes, intellectuelles) et la politique partisane. Mélenchon doit alors nous dire comment sa présidence, non pas révolutionnera tout, mais créera un contexte favorable à cette symbiose ou cette prise en sandwich.
Un indice chez vous : c’est ce qu’il appelle la révolution citoyenne, notamment par la Constituante, ou le Référendum d'Initiative Citoyenne. Ce sera non seulement l'écriture d'un autre texte, d'une autre règle du jeu, une incitation à se réinvestir dans la vie du pays qui est en train de mourir à petit feu de l'abstention. Il va falloir être convaincant.
Mais cette manière d’en appeler à un peuple actif pourrait être un moyen de se distinguer de Marine Le Pen, qui, elle, joue à fond la carte de la femme providentielle en multipliant les promesses électorales sociales mais sur lesquelles ses électeurs n’ont aucune prise. Il peut être bon dès lors d’ajouter certaines remarques d’un François Ruffin. Très inspiré par l’expérience du Front populaire, il ne cesse de rappeler qu’avoir un gouvernement de gauche ne suffit pas : il faut que les travailleurs le poussent à aller plus loin dans la transformation sociale, et l’appuient contre ses adversaires.
Maintenant c'est cette histoire qu'il faut continuer, dans la rue et dans les urnes. Bah on est dans une révolution, c'est une révolution citoyenne On parle de “3e tour social” pour dire qu’on va chercher à obtenir par la rue, par la grève, ce qu’on n’a pas réussi à obtenir par les urnes. Mais là l’idée ce serait que même si on avait un gouvernement de gauche, un gouvernement d’Union populaire, il faudrait aussi lui imposer un “3e tour social”.
Si Mélenchon arrive au pouvoir, on va le bizuter. À la semaine prochaine.
François Ruffin