Le coup de force de Trump, la riposte chinoise - C dans l’air - 04.02.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Vous aussi, faites le test et agissez dès aujourd'hui. ... ... - C.Roux: Face à l'annonce de D.Trump d'augmenter les tarifs douaniers, Pékin a répliqué.
De nombreuses entreprises sont mises en cause par la Chine et vont faire les frais de ce nouveau bras de fer commercial. Hier, les annonces du président américain ont fait plonger Wall Street dans une panique qui a peut-être pesé dans la décision de D.Trump de mettre sur pause ses punitions contre le Mexique et le Canada.
Pendant que le chef de la Maison-Blanche joue au chamboule-tout avec le commerce mondial, E.Musk met la main sur les 6000 milliards du trésor américain et sur les données fiscales des contribuables. Nous y reviendrons.
On voit ces hommes fermer la plus grande agence d'aide au développement du monde. Avec nous pour en parler ce soir, A.Bellanger, éditorialiste à franceinfo, spécialiste des questions internationales.
P.Haski, vous êtes chroniqueur national à France Inter et au "Nouvel Observateur". A.Toulouse est avec nous.
Vous êtes journaliste franco-américaine. S.Villers, vous êtes économiste, conseillère économique du cabinet de conseil PwC France.
Merci de participer à "C dans l'air". P.Haski, il n'a pas fallu attendre très longtemps pour que la Chine réplique. - P.Haski: Oui.
Je pense qu'il y a un effet trompe-l'oeil dans cette affaire. Déjà hier, on voyait que les droits de douane contre la Chine étaient inférieurs à ceux du Canada et du Mexique: 10 %. On parlait de 60 % ou même de 100 %.
Je considère que Trump a fait un geste pour montrer qu'il était méchant, mais qu'il veut rentrer dans une négociation avec la Chine. Les Chinois ont riposté et tout le monde remarque que la riposte n'est pas méchante. Elle est au niveau de l'agression américaine, mais elle ne touche pas à des secteurs vitaux.
Le gaz liquéfié américain et le charbon américain, ce n'est pas vital pour la Chine, aujourd'hui. Elle a des sources d'approvisionnement énormes qui sont très diversifiées. Les signaux envoyés...
Il y a une enquête contre Google... - C.Roux: Une enquête anti-monopole. - P.Haski: Ce sont des requêtes symboliques. - C.Roux: Pourquoi cibler le prêt-à-porter? - P.Haski: Parce qu'on est dans le symbolique.
On n'est pas encore dans le dur. Le dur...
Le cataclysme n'est pas là. - C.Roux: C'est un tour de chauffe. - P.Haski: Voilà.
Trump et Xi Jinping doivent se parler dans quelques jours. Trump est un homme d'affaires. Il a des business à faire avec la Chine.
Il est entouré d'E.Musk, qui fait du grand business en Chine. Il a sa plus grosse usine à Shanghai.
Lorsqu'E.Musk se rend en Chine, il est reçu par le président Xi Jinping. Il n'y a que 2 hommes d'affaires qui sont reçus par le président: T.Cook, le patron d'Apple, et E.Musk.
Il y a une ambivalence dans cette affaire. - C.Roux: Mais c'est la seule puissance en capacité qui a répliqué.
On va parler aussi du Canada et du Mexique. Par le passé, ça ne concernait pas les droits de douane de la Colombie, qui a accepté de faire ce qu'ils lui demandaient. La Chine n'a pas attendu. - A.Bellanger: Non, d'abord parce qu'elle est opposée idéologiquement aux Etats-Unis.
Elle a un discours à tenir face au reste du monde. Elle fait partie des Brics, qui luttent avec la Russie, l'Inde et l'Afrique du Sud contre l'impérialisme occidental et américain. Il fallait qu'elle réponde.
Vous avez raison de souligner que cette réponse est très mesurée et très intelligente. Elle met le doigt sur ce que la Chine pourrait faire si elle devenait méchante. Quand elle touche Google...
Google est exposé à la Chine à hauteur de 1 % de son chiffre d'affaires. Par contre, elle signale ce qu'elle peut faire comme mal à la tech américaine si ça continuait. E.Musk est très exposé à la Chine.
Plein d'autres entreprises américaines sont exposées à la Chine. Quand la Chine vise le GNL, elle vise les produits bruts que les Américains exportent vers les Etats-Unis, notamment l'agriculture. Ils exportent beaucoup de soja, de produits agricoles.
Ca, c'est un sujet très sensible là-bas. - C.Roux: Il y a aussi 10 % sur les machines agricoles, les véhicules de sport, les grosses cylindrées, etc. - A.Bellanger: Ils signalent les machines agricoles.
Il y a un fonds agricole aux Etats-Unis extrêmement importants. Ils ont voté Trump. Ils mettent en danger l'électorat de D.Trump. - C.Roux: C'est ciblé habilement de la part des Chinois sur ce point.
Il y a un ordre du commerce mondial, des règles. L'OMC est censée surveiller. On me dit que ça n'existe plus... - S.Villers: Déjà, la Chine croit beaucoup à l'OMC.
Elle est maintenant la seule. C'est grâce à son adhésion en 2001 que la Chine explose et que sa croissance s'installe. Google, c'est epsilonesque sur le territoire chinois, mais ça parle à tout le monde.L Pourquoi Trump y va doucement, aussi?
Il y a eu hier une petite sanction des marchés financiers. Il avance à tâtons. On ne peut pas détruire son jouet, l'économie américaine.
Il attend de voir la réaction... - C.Roux: Trump a dit aux Américains qu'ils allaient "peut-être souffrir" dans l'économie. - S.Villers: En augmentant les droits de douane à 25 %, même si le producteur prend à sa charge une partie des hausses, ça va forcément être répercuté sur le consommateur américain. - C.Roux: Le vrai bras de fer qu'on attend, c'est celui-ci? - A.Toulouse: Avec la Chine, oui.
C'est le bras de fer avec la Chine, mais aussi avec l'Europe, qui est quand même le partenaire commercial le plus important des Etats-Unis et celui avec lequel il y a un système de valeurs. La Chine, comme on l'a dit, ce n'est pas une démocratie. Il n'y a pas d'opinion publique.
On dit qu'il va y avoir une rétention. Dans des pays européens où il y a une opinion publique, on peut dire qu'on va boycotter les produits américains. Tout le monde ne va peut-être pas se priver de Calvin Klein ou de McDo, mais...
Il a des origines écossaises, Trump, il adore la Grande-Bretagne. Il y a une interview où il dit que l'Europe a commis des atrocités. Il faut qu'on se penche sur le vocabulaire de Trump, qui est toujours "le carnage, atrocités"...
La BBC lui repose la question de ce qu'il va faire avec eux. "Vous, c'est autre chose. On a une relation spéciale.
Avec vous, on peut s'entendre. Ce n'est pas comme avec les Européens." Pourquoi ils sont méchants?
C'est une grande puissance qui est face aux Etats-Unis. C'est la seule avec laquelle il y a quand même beaucoup de convergence. Je ne peux pas anticiper sur nos valeurs, mais c'est là que ça va frapper ensuite.
Il y a une gradation. Le Mexique ne peut rien faire. Ils dépendent des Etats-Unis.
Le Canada est une grande puissance où il y a une cohésion politique. C'est 1/15 de la population américaine. C'est rien du tout.
L'Europe, c'est quand même quelque chose avec lequel il y a un passé et des liens très forts. - C.Roux: On va reparler de l'Europe et des sanctions commerciales, notamment vis-à-vis de l'Europe.
On en a dit un mot tout à l'heure avec B.Guetta, qui imagine que ça peut être un réveil européen pour se confronter commercialement aux Etats-Unis. En tout cas, le Mexique a commencé aujourd'hui le déploiement des forces militaires à la frontière.
Le Canada a nommé un responsable en charge de la lutte contre la drogue, le fentanyl. Des concessions qui ont conduit D.Trump à mettre sur pause pendant un mois au moins ses menaces de hausse des droits de douane à l'encontre de ces 2 pays.
Avec la Chine, ce sera sans doute une autre affaire. Pékin n'a pas plié et a annoncé une réplique immédiate. - Ce matin, la Chine répond au président Trump. - La Chine impose des droits de douane sur les importations des Etats-Unis. - A la une des télévisions américaines ce matin, la riposte de Pékin, juste après que les Etats-Unis ont imposé 10 % des droits de douane supplémentaires sur les produits chinois.
Le géant asiatique répond sur le même ton. En plus des taxes, Pékin dépose une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce et lance une enquête anti-monopole contre l'américain Google. La Chine choisit la confrontation, elle qui avait pourtant cherché l'apaisement il y a encore 10 jours. - S'il existe des différends et des frictions entre les 2 parties, ils doivent être résolus par le dialogue et les négociations. - Le président américain pris à son propre piège.
Hier, il ventait encore les mérites de sa méthode. - D.Trump: Ce dont j'ai discuté, c'est que nous aurons de bonnes réunions avec la Chine.
Nous avons prévu des réunions et nous verrons ce qui se passera. Les droits de douane sont très puissants, tant sur le plan économique que pour obtenir tout ce que vous voulez. Personne ne peut nous concurrencer. - D.Trump rattrapé aussi par la réalité économique.
La hausse des droits de douane pour la Chine, mais aussi le Canada et le Mexique, ont fait s'effondrer les marchés financiers. - Une toute dernière information sur la guerre commerciale de D.Trump.
Des marchés ont ouvert fortement à la baisse. Le Dow Jones et le Nasdaq sont dans le rouge. - Les indices baissent à cause de l'incertitude de ce qui va se passer ensuite. - Le Canada et le Mexique ont aussi menacé les Etats-Unis de représailles économiques.
Hier, le président américain calme le jeu. Il suspend l'application de ses droits de douane pendant un mois et obtient des contreparties, comme l'envoi dès aujourd'hui de 10 000 soldats mexicains à la frontière avec les Etats-Unis. - Il a fait plusieurs propositions.
Nous sommes finalement parvenus à cet accord, l'accord qui a été mis en place pour placer davantage de gardes nationaux à la frontière nord afin de protéger la frontière et d'empêcher le trafic de drogue, en particulier le trafic de fentanyl du Mexique vers les Etats-Unis. - Le fentanyl, opioïde faisant des ravages aux Etats-Unis, sujet de promesses aussi de la part du Premier ministre canadien. D.Trump, ou l'art de négocier avec brutalité.
Parmi ses autres velléités: reprendre le contrôle du canal de Panama. Pour que le milliardaire abandonne son idée, le président panaméen lui a fait la promesse de limiter ses relations commerciales avec la Chine. - C.Roux: Encore une question sur la Chine. - P.Haski: La Chine a beaucoup de moyens de rétorsion contre les Etats-Unis.
Il y a effectivement la dette, qu'on qualifiait à une époque de bombe atomique vis-à-vis des Etats-Unis, mais qui est une bombe atomique à double tranchant. Si la Chine se met à utiliser cette arme, c'est le système monétaire mondial qui s'écroule. Elle a aussi les minerais.
C'est très intéressant, parce que la Chine A construit un quasi-monopole sur un certain nombre de minerais dont ont besoin les Etats-Unis qui n'ont pas beaucoup d'alternatives, d'où l'histoire de l'Ukraine qui est en train de monter. Trump parle des terres rares ukrainiennes. - C.Roux: "Je veux bien vous aider et vous livrer des armes, mais je veux faire main basse sur les terres rares en Ukraine." - P.Haski: Trump dit que c'est Zelensky qui le lui a suggéré.
Zelensky sait très bien que Trump aime faire des deals. Il sait qu'il ne veut pas l'aider pour les valeurs ou pour la liberté, mais pour les terres rares. Là, il parle à l'homme d'affaires.
C'est pareil avec la Chine. Il faut se souvenir de ce qui s'est passé pendant le premier mandat de Trump. C'est Trump qui a déclenché les hostilités contre la Chine avec les premières sanctions technologiques.
C'est lui qui avait notamment fait arrêter la directrice financière de Huawei. C'était une des grandes affaires entre la Chine et les Etats-Unis. En 2019, il a signé un accord commercial avec la Chine.
La Chine s'engageait à acheter 100 milliards de dollars de produits agricoles en plus. Ca s'est passé à la veille du covid, donc ça s'est un peu cassé la figure après. On est dans cette logique. - C.Roux: Il commence par faire la guerre et il termine par un deal.
Il y a quand même quelque chose qu'on a bien compris dans ce reportage. Le Canada s'offre une pause dans la punition américaine en nommant un responsable en charge de la lutte...
Ca ne leur coûte pas très cher. - S.Villers: Pas grand-chose.
Je ne vois pas en quoi Trump a gagné dans ces négociations. Derrière, il y avait une menace qui avait été donnée dans l'opinion publique américaine: "Attention, nous allons récolter énormément de recettes liées à ces tarifs douaniers." S'il n'arrive à rien, si ça lui suffit d'avoir quelques hommes aux frontières pour arrêter le fentanyl, je ne vois pas où est sa stratégie derrière.
Il a besoin de ces recettes fiscales pour payer, financer son modèle qui est une baisse massive d'impôts sur les sociétés. Il va falloir de l'argent frais. Son idée, c'était que ça viendrait des tarifs douaniers. - C.Roux: Ce qui est compliqué à apprécier, c'est est-ce qu'il a gagné ou perdu?
Est-ce qu'il a cédé face à la pression de Wall Street? Est-ce qu'il a mis les Canadiens et les Mexicains au pied du mur? - A.Bellanger: C'est comme ça qu'il faut penser, mais nous ne pensons pas comme Trump.
Il a besoin, d'une certaine manière, d'un win. Il a besoin que Fox News puisse dire le matin: "Les Mexicains sont arrivés. Ils ont mis 10 000 hommes de plus à la frontière.
Les Canadiens sont arrivés tête basse et nous ont offert un plan de lutte contre la drogue." Il a besoin de ce type de victoire. Le fentanyl, tout le monde en parle, aujourd'hui.
C'est un problème pour les Etats-Unis. 100 000 morts par an. Depuis 2 ans, le nombre de morts dues au fentanyl est en train de baisser.
Comme toutes les drogues, elle a connu aujourd'hui son pic. Aujourd'hui, les gens sont mieux informés et utilisent moins cette drogue. C'est en train de baisser.
Que fait D.Trump? C'est à ce moment-là qu'il remet le fentanyl sur le devant de la carte pour exiger des 2 pays qui le bordent qu'ils contrôlent leurs importations de fentanyl pour pouvoir dire, - C.Roux: Est-ce que c'est un vrai argument?
On a compris les dommages que ça a fait à la société américaine, mais est-ce que la Chine est responsable? - A.Bellanger: Oui, en partie.
La Chine vend au Mexique ce qui permet de fabriquer le fentanyl. Ca, c'est vrai. Il y a eu une période, notamment à l'époque du premier mandat de Trump, où elle fabriquait elle-même le fentanyl qu'elle exportait aux Etats-Unis.
Elle a cessé de le faire sous injonction américaine, mais également les produits qui permettent de le fabriquer. - A.Toulouse: Le fentanyl est un combat qui motive tous les Américains.
Je ne crierais pas victoire pour D.Trump. D'abord, les marchés ont été secoués.
Ce n'est pas un truc de nantis, la Bourse aux Etats-Unis. A chaque fois que la Bourse baisse, vous perdez sur votre retraite, aux Etats-Unis. Dès que les marchés sont instables, ça secoue l'opinion publique.
Je ne suis pas non plus très optimiste sur le fait que ce soit réglé. C'est un peu réglé comme le cessez-le-feu à Gaza. Dans un mois, ça va recommencer.
Qu'est-ce qu'on va faire? - C.Roux: Ce n'est pas réglé pour le Mexique et le Canada? - A.Toulouse: Pour l'instant, les marchés sont stabilisés.
Il y avait une pause, mais le problème va se reposer dans un mois. Il y a aussi le fait qu'on avait promis aux Américains, comme le disait Stéphanie...
La moitié des Américains qui ont voté pour Trump ont voté contre l'inflation. Ca fait une semaine qu'il est au pouvoir et il ne se passe rien. Les fonctionnaires ne sont que 2 millions, mais ça touche pas mal de familles américaines, comme la mienne.
Mon fils et ma belle-fille américaine sont fonctionnaires. Ils ont reçu, comme tout le monde, un e-mail leur disant: "Vous pouvez partir quand vous voulez." Ca secoue l'opinion, des choses comme ça.
Les retours que j'ai des Etats-Unis, c'est que les gens sont inquiets. Ca secoue le navire. Ca fait peut-être plaisir aux auditeurs de Fox News, mais c'est 3 millions de personnes, Fox News.
Sur un pays de 330 millions d'habitants... - C.Roux: Vous êtes en train d'expliquer qu'une partie de l'Amérique...
On va parler de la fonction publique dans un instant. On va aussi parler d'E.Musk qui a pris des décisions extrêmement fortes et qui les commente en direct sur ses réseaux sociaux.
Il n'y a pas une adhésion à ce projet commercial de D.Trump? - P.Haski: C'est une stratégie.
On le voit bien. Il est arrivé préparé. Il y avait une centaine de décrets qui étaient prêts à être signés dans les premières heures.
Il déroule un plan qui avait été prévu à l'avance. Son but est d'impressionner les Américains et le reste du monde. Il faut montrer que, cette fois-ci, il y a un homme fort à Washington qui ne se laissera pas berner.
C'est du bluff. Il a les moyens de l'appliquer, si nécessaire. On l'a bien vu dans le premier petit bras de fer avec la Colombie.
Le président colombien ne voulait pas laisser entrer les avions qui revenaient avec des migrants des Etats-Unis. Le président colombien avait dit qu'il enverrait l'avion présidentiel pour qu'ils soient bien traités. Ca marche à court terme.
Je ne pense pas qu'il puisse imposer sa loi à la terre entière, mais il a les moyens de l'appliquer. - C.Roux: Peut-être pas à la terre entière, mais peut-être aux Européens.
C'est le gros morceau de D.Trump, cette sanction douanière à l'égard de ces "horribles Européens". Que faisons-nous, Européens? - S.Villers: On sait que D.Trump va augmenter ses barrières douanières.
Il l'a dit et redit. On parle un peu au sein de l'UE pour apporter une réponse. U.von der Leyen a parlé de la "boussole" pour la compétitivité européenne.
Ca n'a parlé à personne. C'était une annonce. A la Commission européenne, on parle d'une "boussole" Censée déréglementer, alléger la réglementation pour faciliter les entreprises européennes à se déployer sur le territoire européen, mais ça ne suffit pas.
En réalité, on n'est pas capable, en Europe, de faire des mesures qui soient en phase avec celles des Etats-Unis. - C.Roux: On a les moyens de faire ce que fait la Chine, également? "Très bien.
Vous voulez taxer à 15 %? Nous aussi." - S.Villers: C'est une politique commune, la politique commerciale.
Il faut qu'on soit d'accord à 27 ou au moins qu'on ait une majorité qualifiée. On voit bien qu'il y a une désunion sur ce sujet au sein même de l'UE avec l'Allemagne, qui ne veut pas entacher sa relation avec son premier client: les Etats-Unis. C'est tout le problème, pour schématiser. - A.Bellanger: L'Europe a un mandat commercial.
Elle peut décider à elle seule une politique commerciale. Ce qu'elle craint le plus, c'est de se faire doubler, l'Allemagne. En Italie, G.Meloni est allée chouiner chez D.Trump pour qu'on ne touche pas aux voitures italiennes, au luxe italien.
V.Orban et ses entreprises hongroises. Quand vous avez des nationalistes au pouvoir, ils se reconcentrent sur les intérêts de leur pays.
Vous avez pas mal de nationalistes au pouvoir dans pas mal de pays d'Europe. C'est un danger. - C.Roux: Légalement, l'Europe ne peut pas faire ce qu'a fait la Chine? - A.Bellanger: Je pense qu'ils ont déjà des plans prévus.
On ne va pas attaquer les Etats-Unis avant même qu'ils ne nous aient attaqués. On a les moyens de le faire. Ce qui est vrai, c'est que les Etats-Unis se préparent pour le gros morceau.
Trump a montré ce qu'il pouvait faire. L'Europe, c'est un enjeu. Pour les Etats-Unis, l'Europe, c'est Disneyland.
Ils la voient comme un gros gâteau qu'ils détestent, quand on est trumpiste. Ils ne comprennent rien. Ils n'ont même pas envie...
Le "New York Times" publiait il y a quelques jours les principaux partenaires des Etats-Unis pour montrer combien le Canada, le Mexique et la Chine étaient importants. A côté de ça, ils mettaient, non pas l'Europe, mais l'Allemagne. Même le meilleur des journaux américains n'arrive pas à se faire à l'idée que la politique commerciale européenne, c'est un tout.
D.Trump va s'amuser comme un fou à taper à droite et à gauche, à vouloir signer avec les uns mais pas avec les autres. - C.Roux: Est-ce qu'il peut y arriver? - P.Haski: Il y a une chose qu'on oublie.
Il y a une différence entre la Chine et l'Europe. Les Etats-Unis sont notre protecteur. Quand le pays qui vous agresse commercialement est aussi votre protecteur militairement, il vous tient.
En octobre, il y a eu un incident très révélateur. Il y a eu un clash entre T.Breton, qui était encore commissaire européen, et E.Musk.
Ca a fait pas mal de bruit. J.D.Vance, aujourd'hui vice-président des Etats-Unis, a dit: "Vous touchez à une entreprise d'E.Musk, nous quittons l'Otan." On met des dossiers qui n'ont rien à voir en parallèle pour les négociations.
Vous allez dans le reste de l'Europe...
En France, on a la dissuasion nucléaire. On pense qu'on est autonomes et qu'on n'a pas besoin des Américains. Vous êtes allemand, lituanien, polonais...
Votre protection ultime est américaine et pas européenne. - A.Bellanger: Ils ont les moyens militaires de nous racketter.
Il y a aussi la Chine qui ne pourra plus vendre autant aux Etats-Unis et qui va vouloir se tourner vers l'Europe pour voir si elle ne peut pas écouler son stock. - C.Roux: Sur l'Ukraine, puisque c'est un énorme dossier pour les Européens, quelle est la ligne?
On va écouter cette citation de D.Trump sur l'Ukraine. Il voulait faire la paix en 24 heures, puis en 6 mois.
Désormais, il veut faire un deal. - D.Trump: Nous disons à l'Ukraine qu'elle possède des terres rares très précieuses.
Nous voulons que ce soit une garantie. On veut des garanties. On leur a donné de l'argent, fourni du matériel...
Nous cherchons à trouver un accord avec l'Ukraine selon lequel ils apporteraient en garantie leurs terres rares et d'autres choses en échange de ce que nous leur donnons. - C.Roux: Un deal avec Zelensky, des terres rares contre des armes...
Il ne parle plus de la paix? - A.Bellanger: Ce qu'on n'a pas vu non plus dans les mesures chinoises, c'est l'exportation.
La Chine a réduit ses exportations sur des minerais au nom imprononçable qui servent à produire des téléphones portables, des batteries, tout ce qui est moderne. C'est là que D.Trump se retourne vers l'Ukraine et se souvient qu'il y a en Ukraine 20 000 gisements exploitables et qu'elle n'en exploite que 3500. 116 produits différents, notamment des métaux rares, dans ces gisements.
D.Trump, qui est loin d'un imbécile, fait la réponse du berger à la bergère: "Vous restreignez mes exportations de produits de terres rares? Je vais regarder si je peux faire un deal avec l'Ukraine et m'en procurer là-bas." - C.Roux: Ses projets de paix? - P.Haski: Pour l'Ukraine, c'est tout bénéfice.
Zelensky a bien compris comment fonctionne D.Trump. C'est lui qui est à l'initiative de cette idée, Zelensky.
Il lui propose un deal. Il sait parler à l'homme d'affaires D.Trump.
Les Etats-Unis continueront à aider l'Ukraine tant qu'un deal, un accord avec Poutine, ne sera pas possible. Aujourd'hui, cet accord n'est pas possible et Trump en est conscient. Poutine est maximaliste.
Il a gardé des exigences qui ne sont pas acceptables, même pour D.Trump. Tant que cette affaire n'est pas négociable avec Poutine, on continue à aider et on en tire un bénéfice. - C.Roux: Win-win.
Pour boucler la boucle sur cette guerre commerciale, une suggestion. On pourrait faire ça? - S.Villers: Ce que Trump est en train de faire, c'est inciter les pays partenaires, les commerciaux ordinaires, habituels, à s'unir, puisque les Etats-Unis ne veulent plus réellement commercer.
Ils veulent un repli sur eux-mêmes. Ils n'ont pas tellement envie de cette mondialisation qui a perduré jusqu'à présent heureuse. La Chine, qui a besoin de vendre ses produits, l'Europe aussi...
La Chine et l'Europe ont 2 balances commerciales ultra excédentaires. Il leur faut d'autres marchés. Trump incite l'Europe et la Chine à aller explorer d'autres marchés.
Je ne pense pas que l'Europe se fasse à ce point vassaliser par les Etats-Unis pour une histoire de défense. Comme tout est économique...
Je rappelle que l'Europe a un avantage: nous avons énormément d'épargne. Les Américains, c'est la 1re puissance mondiale, mais ils dépendent des Chinois, qui achètent leur dette. Ils sont largement endettés.
Ils n'ont pas d'épargne. Ils vivent à crédit. - C.Roux: S.Villers, vous êtes économiste.
Au bout du bout, le risque, ce n'est pas une déstabilisation de l'économie mondiale, une crainte des investisseurs, un ralentissement? C'est ce que raconte la fébrilité qu'on a vue hier sur les marchés. - S.Villers: Il n'y a rien de pire que l'instabilité géopolitique.
Les investisseurs ne savent même plus à quel saint se vouer. Il n'y a pas de feuille de route chez D.Trump.
Il bouge d'un jour à l'autre. Ca a tendance à déstabiliser, jusqu'au jour où ceux qui ont de l'argent voudront se dire qu'il y a peut-être des territoires plus attractifs pour aller investir. - A.Bellanger: Je voulais répondre précisément à votre téléspectateur: non, on ne peut pas se fournir en pétrole canadien.
C'est un pétrole lourd et visqueux qui ne peut être traité que par des raffineries du sud des Etats-Unis, dans le golfe du Mexique, à l'égal du pétrole vénézuélien. Ce n'est pas un pétrole destiné à l'Europe. On ne sait pas le faire.
Il est uniquement destiné au marché américain. - C.Roux: Il y a le coup de pression de D.Trump qu'on a évoqué.
Il y a aussi le coup de force d'E.Musk, qui a surpris par sa brutalité. Le patron de Tesla, aux manettes de son département de l'Efficacité gouvernementale, le Doge, s'est emparé d'un dossier qui concerne des millions de personnes dans 120 pays.
L'Usaid a été fermée en quelques heures, pour mettre fin à une organisation qualifiée de marxiste. - La cohue et la stupeur. Le siège de l'Usaid, l'Agence américaine pour le développement international, est barricadée par la police.
Ni les salariés ni les élus du Congrès ne sont autorisés à y entrer. - L'agence ne prend plus de rendez-vous. Vous serez bientôt contactés. - L'agence fermée du jour au lendemain, tout comme son site Internet et sa page X, effacés.
Dernier coup d'éclat de D.Trump et de son cost killer, E.Musk. - Nous avons dit que D.Trump voulait être un dictateur dès le 1er jour.
Nous y sommes. Voilà à quoi ressemble le début d'une dictature. - L'Usaid est une institution aux Etats-Unis.
Fondée par le président Kennedy en 1961, elle est présente dans 120 pays au monde, avec de gigantesques programmes d'aide humanitaire. Droits de l'homme, éducation, mais aussi aide alimentaire et sanitaire...
Son budget: 40 milliards de dollars par an, sur lesquels lorgnent désormais D.Trump et E.Musk. - D.Trump: L'Usaid est dirigée par des fous radicaux dont nous allons nous débarrasser. - E.Musk: Avec l'Usaid, on ne peut pas dire que le ver est dans la pomme.
C'est tout un panier de pommes remplies de vers. - L'agence est diabolisée par la nouvelle administration, qui liste des postes de dépenses précis. - 47 000 dollars pour un opéra transgenre en Californie. 32 000 dollars pour une bande dessinée transgenre au Pérou.
Je ne sais pas pour vous, mais je ne veux pas que mon argent serve à ces conneries. - En réalité, des dizaines d'ONG qui luttent contre le VIH ou pour l'accès à l'eau potable en Afrique se disent très inquiètes. - Ils s'en prennent à l'Usaid aujourd'hui.
Soyez certains qu'ils auront une nouvelle cible demain. Il s'agira peut-être du service postal, des impôts ou de l'assurance santé. Ils seront peut-être les prochains, tout comme nos agences de sécurité. - A la tête du Doge, le Département pour l'efficacité budgétaire, créé spécialement pour lui, E.Musk a promis de réduire les dépenses publiques à la hâte, avec un objectif de 2 milliards de dollars.
Ce week-end, nouveau coup de théâtre: le "New York Times" annonce que les équipes du milliardaire ont pris le contrôle du système de paiement fédéral, le budget qui sert à financer l'Assurance maladie, les retraites ou encore les salaires des fonctionnaires. Certains démocrates n'hésitent plus à parler d'un coup d'Etat. Ces éditorialistes sont abasourdis. - J'ai vu passer suffisamment d'alertes ces derniers temps pour vous dire que cette fois, le danger est grand.
Si les gens qui contrôlent désormais ce système ultrasensible ont de mauvaises intentions, jusqu'où tout ça peut aller? Où s'arrêtera leur pouvoir? - D.Trump a donné à E.Musk l'équivalent administratif des codes nucléaires.
Ce sont les clés du Trésor des Etats-Unis. C'est la brèche la plus grave de l'histoire mondiale. - Dans sa guerre contre la bureaucratie, E.Musk a promis de s'en prendre à d'autres institutions, comme le ministère de l'Education ou de la Justice, et de se débarrasser des trois quarts des employés fédéraux. - C.Roux: Il y a beaucoup de choses dans ce reportage sur ce qu'a entrepris Trump. - A.Bellanger: Passionnant! - C.Roux: En effet, merci.
Il y a beaucoup de choses sur les ambitions d'E.Musk. Commençons par l'Usaid.
C'est vrai, ça servait à financer uniquement des opéras transgenres? C'est beaucoup plus que ça. - P.Haski: Sur des dizaines de milliers de projets, ils sont capables de trouver ce qui correspond à leur approche idéologique.
Mais l'Usaid, c'est aussi des médicaments pour les malades du sida en Afrique, les camps de réfugiés...
Prenez Handicap International, qui fabrique des prothèses pour les gens qui sautent sur des mines dans les pays qui ont été en guerre. 20 % de leur budget vient de Usaid. Vous enlevez 20 % du budget d'une organisation qui fabrique des prothèses pour des gens qui ont perdu une jambe.
Ca ne rentre pas tout à fait dans la même catégorie. Mais il est évident que vous trouverez...
Il y a toutes les cibles de Trump qui apparaissent: les questions de genre, de santé reproductive, etc. - C.Roux: "C'est le système d'aide mondiale qui s'est effondré ce jour-là", dit une ONG américaine.
Les Etats-Unis sont les 1ers donateurs de l'aide au développement. - P.Haski: Ils donnent 40 % de l'aide mondiale.
C'est plus de 2 fois le poids des Etats-Unis dans l'économie mondiale. C'était, pour les Etats-Unis, un instrument de soft power. Ce logo de l'Usaid, ça fait des décennies qu'on le voit dans toutes les images avec des cartons, des caisses, des sacs de riz, et ce logo.
C'est l'Amérique généreuse qui vient aider... - C.Roux: E.Musk ne dit pas "on arrête de donner", il dit: "On va passer au crible toutes les dépenses pour qu'elles soient validées par l'administration Amérique..." - P.Haski: Ils ont cassé l'organisation.
Les bureaux sont désormais des bureaux du département d'Etat et plus d'une organisation autonome. Le site Internet est arrêté. Les cadres de l'organisation sont mis à la retraite.
C'est un démantèlement... - C.Roux: Cette brutalité dans la façon vous surprend?
On pouvait s'y attendre? - P.Haski: Je suis surpris.
On a l'impression d'assister...
Vous êtes au lendemain d'un coup d'Etat dans un pays du tiers-monde. Des soudards arrivent, cassent un bureau qui leur déplaît...
C'est la réaction un peu timide des démocrates et des médias qui parlent de coup d'Etat. Ils sont pour l'instant sans pouvoirs. Ils ont des recours légaux, mais la Cour suprême est du côté de Trump. - A.Bellanger: Ce qui est absolument juste, c'est qu'il n'y a rien de raisonnable dans ce qui vient d'être fait.
Tout est idéologique. Mon problème avec les idéologues, c'est que je ne les crois jamais. En fait, il faut les écouter.
Ces idéologues ont décidé que ce n'était pas à l'Etat de rétablir la solidarité mondiale, que ce n'était pas à l'Etat américain de prendre dans les impôts et de choisir à qui donner, selon une équation équitable et mondialement reconnue, l'argent du Trésor. Ils ont décidé, en bons idéologues ultraconservateurs et libertariens, qu'il valait mieux que cet argent soit entre les mains des plus riches, qui font de la charité et pas de la solidarité. Il s'agit bien d'une idée de Trump, Musk et d'autres milliardaires, de choisir ces pauvres, comme l'Etat du XIXe siècle.
Au moindre tremblement de terre, l'Etat américain fournira 1 milliard de dollars, se mettra en scène et choisira ses causes. C'est exactement l'inverse de ce qu'on fait depuis les années 60. La raison pour laquelle Kennedy a créé cette agence, c'est justement pour abstraire, extraire l'aide américaine des mains de ces philanthropes qui choisissent leurs pauvres, et imposer une vision rationnelle et équitable de la répartition de la richesse américaine. - C.Roux: Il y a des nuances dans la relation...
C'est une décision conjointe, portée par D.Trump et appliquée par E.Musk, qui est l'homme de main sur la question de la gestion des finances publiques. - A.Toulouse: Oui, et ça fait peur.
En tant que citoyenne américaine, ça veut dire que mes données personnelles sont entre les mains d'E.Musk... - C.Roux: Vous parliez du Trésor.
Si on reste sur la question de l'Usaid, sur l'aide au développement qui est désormais... - A.Toulouse: On voit surtout un conflit entre les élus traditionnels et cette espèce d'ovni dans le pouvoir américain qu'est E.Musk.
Il arrive, il n'est pas élu, on ne sait pas exactement ce qu'il fait, on sait qu'il couche dans une annexe de la Maison-Blanche... - C.Roux: On nous pose une question sur les relations entre les deux.
Entre E.Musk et D.Trump.
D.Trump a dit: "E.Musk propose ce qu'il propose, mais c'est moi qui décide." E.Musk met la main dans tous les pots de confiture et finira par diriger le gouvernement américain.
C'est troublant...
On voit chez les démocrates...
Je ne suis pas à Washington, mais ce que je sais, c'est ce que je lis dans la presse et ce que j'entends par des amis là-bas. Même les parlementaires sont affolés. Sur l'Usaid, on voit bien qu'il y a une lutte.
M.Rubio, au département d'Etat, est en train de reprendre...
L'Usaid faisait partie du département d'Etat puis est devenue une agence indépendante. C'est revenu au département d'Etat. Il a commencé par faire une dispense pour dire que ça ne toucherait pas à l'aide alimentaire ni à l'aide sanitaire. - C.Roux: Donc E.Musk est sous contrôle. - A.Toulouse: Il l'est dans la mesure où il est incontrôlable.
On ne sait pas qui fait quoi, actuellement, à Washington. D.Trump étant imprévisible, on ne sait jamais ce qu'il pense.
Même ses interlocuteurs entendent des différentes personnes qui parlent des choses différentes. - C.Roux: Vous parliez des agents de la fonction publique.
Là, pareil, pour faire baisser les coûts du fonctionnement de l'Etat, il a proposé aux fonctionnaires de démissionner. 20 000 agents ont accepté de démissionner. Ce n'est pas encore l'objectif qui était fixé par D.Trump. - A.Toulouse: Si on réduit la fonction publique, ça va avoir un effet domino.
Des tas de gens dépendent de la fonction publique. Même les fournisseurs et les sous-traitants...
Le gouvernement américain marche à coups de sous-traitants. Ca va être un coup de boutoir dans la société américaine. - C.Roux: Je vous disais que c'était déjà un début d'inquiétude dans la société américaine des conséquences des décisions de D.Trump.
Vous évoquiez rapidement le fait qu'E.Musk aurait mis la main sur le Trésor américain et sur les données fiscales des contribuables américains. - A.Toulouse: C'est ce qui m'inquiétait. - C.Roux: On a entendu la panique sur MSNBC, où on parle de la décision la plus grave de l'histoire des Etats-Unis.
Pourquoi fait-il ça et pourquoi en a-t-il le droit? - P.Haski: La 2e question est plus compliquée.
Il n'est même pas ministre. Son département est une appendice du gouvernement. - C.Roux: C'est quoi, le Trésor américain? - P.Haski: C'est les impôts, les déclarations fiscales, tout ce qui... - A.Toulouse: Les retraites! - P.Haski: Il a accès à toutes les données personnelles fiscales de tous les Américains.
Il a accès aussi, et ça a surpris tout le monde, à toutes les transactions, les appels d'offres publics...
Il est entrepreneur, chef de plusieurs grandes entreprises. Il a accès à toutes les données de ses concurrents. La question du conflit d'intérêts dont on parle depuis qu'il a été sollicité sur ce poste, on est en plein dedans.
Cet homme est toujours chef d'entreprise et a accès à toutes les données publiques. C'est extravagant. Je comprends le choc d'une partie des commentateurs et des politiques américains aujourd'hui.
C'est la nouvelle norme trumpienne. - S.Villers: Ca n'aurait jamais pu arriver en Europe.
On a notre protection des données qui empêche ce genre de... - C.Roux: Vous faites un hommage à l'Europe, qui régule.
Elle est souvent dénoncée par les investisseurs américains. - S.Villers: Trump, à dessein, déstabilise l'Etat.
Il ne croit pas au rôle de l'Etat. Il considère qu'à part faire des normes et des règlements...
Il est ultralibéral en ses frontières. Après, il est très protectionniste. Il veut pouvoir déréglementer. "Venez, entreprises européennes, vous installer aux Etats-Unis.
Je vais déréglementer et baisser..." - C.Roux: Personne ne peut dire "ça, Elon, tu ne vas pas pouvoir le faire, parce qu'il y a des règles du jeu"?
On parle de plusieurs milliards de dollars, de données privées des contribuables américains...
Le seul qui peut l'arrêter, c'est D.Trump? - A.Bellanger: Comme il ne sort d'aucun ministère et n'a pas été approuvé par le Congrès comme n'importe quel ministre...
Vous êtes nommé par le président, mais approuvé ou non par le Congrès. Certains ministres passent d'ailleurs un sale quart d'heure parce que le Congrès leur fait passer des tests et qu'ils ne les passent pas forcément très bien. Il ne veut pas abandonner ses entreprises et il ne veut pas qu'on aille fouiller dans son passé, ses affaires privées, ce qui fait qu'on peut empêcher quelqu'un de devenir ministre.
Il n'est contrôlé par personne. Mais c'est déjà arrivé au début du 1er mandat de D.Trump.
S.Bannon était un peu pareil, l'électron libre. Sans les 400 milliards de capital, qui changent beaucoup de choses, mais il a duré 6 mois.
Enfin, la mission d'E.Musk a une date de péremption. Ca se terminera en juillet 2026. - A.Toulouse: Ca fait long, quand même. - A.Bellanger: Ca fait long, c'est vrai.
Mais je ne donne pas 6 mois avant que ce dont parlait le "Wall Street Journal"finisse en eau de boudin. En prenant ces décisions, D.Trump se tire une balle dans le pied.
C'est lui, le président des Etats-Unis. Vous avez besoin d'un bras armé. Il n'est pas si ultralibéral que ça.
Il utilise tous les moyens d'un Etat puissant pour essayer d'intervenir à l'extérieur comme à l'intérieur. Les impôts, les tarifs douaniers, l'interventionnisme extrême...
Si on commence à réduire comme peau de chagrin l'Etat fédéral, il n'aura plus rien à diriger. - C.Roux: E.Warren dénonce la prise de contrôle des données privées de millions d'Américains par un milliardaire non élu et "un nombre indéterminé de larbins non qualifiés".
Ce sont les nouveaux hommes d'E.Musk, qui ne sont pas des fonctionnaires, puisque ceux-ci ont été débarqués. En attendant, D.Trump promet de punir le Mexique, le Canada et l'Europe.
Il annonce des tarifs douaniers. La Chine trouve le moyen de contourner nos règles européennes. Produire en Europe avec des entreprises chinoises, par exemple. - Dans le pays de Montbéliard, sous la tôle de ces hangars abandonnés par l'industrie automobile, bientôt une gigafactory de panneaux photovoltaïques.
L'acquéreur: un chinois, leader mondial du secteur. Plus de 100 millions d'euros pour acheter ces friches et installer sa 1re usine en Europe. - On va pouvoir mettre 3 lignes de fabrication.
On va créer 600 emplois. Il va y avoir près de 5 millions de panneaux photovoltaïques produits par an. Das Solar a choisi de s'implanter ici pour raccourcir les délais de construction.
Il y avait déjà des bâtiments. On pourra lancer la production le plus vite possible. J'ai visité plusieurs pays, au début, en Europe.
J'ai choisi la France car nous avons été bien accueillis dès la 1re visite par le cabinet du président de la République et les ministères, y compris Bercy. Ils ont montré de l'intérêt pour notre projet. - La Chine, qui détient déjà près de 90 % du marché européen photovoltaïque, n'a pas vraiment le choix.
A partir de 2030, l'UE a décidé que 40 % des panneaux solaires installés en Europe devront y être fabriqués. Une mesure protectionniste dont se réjouit cet ancien député. Frédéric Barbier a oeuvré pendant plus d'un an pour que le géant chinois s'installe en France. - Ils répondent à une attente de l'Europe, avec un certain nombre de pays qui exportent beaucoup.
On l'a vu sur la voiture électrique. Des taxes ont été mises sur le véhicule électrique. Ca sera pareil et ça a déjà commencé sur le panneau photovoltaïque. - Une arrivée très attendue localement.
Dans la vallée, le lion de Peugeot a cessé de rugir. PSA, qui employait autrefois 42 000 salariés, n'en a plus que 5000. Des friches témoins du passé que connaît bien cet ancien ferronnier. - Le bâtiment date de l'époque Eiffel, qui fabriquait des pièces pour l'usine. - Jean-Jacques a vu la région décliner depuis des décennies et son entreprise perdre des dizaines de salariés.
Avec l'arrivée de cette mégafactory, son carnet de commandes pourrait se remplir à nouveau. Il a déjà été contacté pour fabriquer des passerelles ou des échelles pour l'usine. - On fabrique tout ça avec le sourire.
Ca nous fera monter le chiffre d'affaires pas mal. On pourra employer des gens rapidement. Même beaucoup d'intérimaires, si ça accélère bien. - Avec les emplois indirects et les sous-traitants, les élus locaux espèrent la création de 3500 emplois.
Une aubaine pour le président de l'agglomération, alors que le taux de chômage s'élève à 9 %, 2 points de plus que la moyenne nationale. - Petit à petit, cette région devient sinistrée. Elle est tournée vers la filière automobile.
Si on recule, on va se dire que c'était le textile dans les Vosges qui a disparu, la sidérurgie en Lorraine...
Comme on a été au début de la filière automobile, on sera peut-être au début, au niveau national, de cette filière de fabrication. - L'espoir de voir se créer une filière complète du photovoltaïque, avec, cette fois, des garanties: un transfert de technologies de la Chine vers la France pour ne pas répéter les erreurs du passé. - C.Roux: Une réaction?
Dans cette guerre commerciale, coincés entre la Chine et les Etats-Unis, c'est une option, de dire aux Chinois de venir produire en France? - P.Haski: L'idée est que, d'une certaine manière, c'est une normalisation du monde.
On a investi en Chine pendant des décennies. Que les Chinois investissent en Europe, pourquoi pas, mais tant que les conditions sont remplies. Il y a la possibilité d'un contrepoids à l'Amérique.
La France essaye de garder ses relations avec la Chine en disant que s'il y a de la réciprocité dans les relations, tant mieux. Mais c'est compliqué. La Chine est un rouleau compresseur.
Les règles de l'OMC sont largement... - C.Roux: Il paraît qu'on ne les respecte plus, les règles de l'OMC. - P.Haski: L'OMC est un fantôme, mais il y a encore quand même des règles. - C.Roux: Question. - A.Bellanger: Ca dépend de quel pays vous parlez.
Si c'est la Chine, c'est chacun pour elle. Si c'est l'Europe, c'est ce qu'on va éprouver avec d'éventuelles sanctions. Sauve-qui-peut pour tout le monde, ou bien on restera ensemble?
La Chine a une stratégie étonnante: elle produit ailleurs qu'en Chine. Elle regarde ce qui se passe ailleurs. Elle n'est plus le 1er partenaire des Etats-Unis.
C'est maintenant le Mexique. Ils sont le 1er partenaire des Etats-Unis en termes d'échanges. La Chine a fait quelque chose de malin.
Elle a mis ses usines côté mexicain, profitant de l'accord de libre-échange... - S.Villers: C'est pour ça que Trump veut taxer le Mexique.
Ils savent que les produits chinois passent par là. - A.Bellanger: A ce jeu du chat et de la souris, les Chinois ont toujours une option d'avance.
En ce moment, ils investissent au Vietnam. Ils savent que les relations entre les Etats-Unis et le Vietnam...
Ils investissent aux Emirats arabes unis. Les intérêts américains y sont tellement énormes et géopolitiques que les Américains attendront avant de sanctionner les Emiratis. - S.Villers: Dans un contexte où on veut lutter contre le réchauffement climatique, accepter que les Chinois viennent s'implanter en Europe réduit aussi les chances de s'améliorer là-dessus. - C.Roux: L'intérêt, pour eux, c'est de contourner des règles de protection douanière européenne? - S.Villers: Oui, amadouer l'Europe en disant qu'il y a cette notion de réciprocité... "Vous êtes venus développer un autre pays il y a une dizaine d'années..." Les Chinois sont des commerçants.
Ils veulent s'adapter au marché mondial. Je pense qu'ils voient d'un mauvais oeil l'arrivée de Trump, qui veut secouer la mondialisation. Ils essaient de contourner...
Les Chinois n'aiment pas la confrontation, le face-à-face. Essayer de louvoyer pour trouver d'autres solutions, ils sont forts. - A.Bellanger: Il y a des histoires économiques chinoises heureuses.
Le port du Pirée a été racheté par la Chine. Tout le monde avait fait des grands yeux. On doit acheter un quai, puis deux, puis trois...
Aujourd'hui, ce port est le 1er de Méditerranée. - C.Roux: Ils ne sont pas toujours de bons investisseurs. - A.Bellanger: En l'occurrence, ils ont trouvé le point d'entrée qui les amène jusqu'au nord de l'Europe et qui a permis au port du Pirée de sortir de la misère. - C.Roux: Dans cette guerre commerciale, si elle se tendait encore entre la Chine et les Etats-Unis, ça avantage qui? - A.Toulouse: Personne. - C.Roux: Tout le monde a perdu, d'accord.
C'est ce que disent les Chinois. - P.Haski: Les Chinois ont une position intéressante.
Trump, par sa brutalité et son agressivité, fait le jeu des Chinois. Vous maltraitez les gens, vous les humiliez. Souvent, Trump utilise l'humiliation comme méthode.
Vous les envoyez dans les bras de celui qui les accueille et est capable de les respecter. On parlait des Brics. C'est une sorte de système parallèle.
Ce n'est pas l'ONU bis, mais c'est une sorte de club d'accueil. Mais il est piloté par la Chine. La liste d'attente pour entrer dans les Brics va augmenter. - A.Toulouse: Les guerres commerciales, c'est comme les vraies guerres.
On sait comment ça commence, pas comment ça finit. Je crois qu'on joue avec le feu. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.
Question. - A.Bellanger: Du point de vue de Trump, il a obtenu ce qu'il voulait: que les Mexicains et les Canadiens cèdent et mettent pour l'un 10 000 soldats, et pour l'autre, un tsar de la drogue, pour répondre à des questions qui ne se posaient pas.
Mexicains et Canadiens collaboraient avec les Etats-Unis sur d'autres sujets depuis longtemps. Il avait besoin d'une espèce de victoire à la Fox News dès le 1er jour. - C.Roux: Question. - A.Toulouse: Qu'est-ce que je vous disais? - C.Roux: Il peut y avoir ça en Europe? - A.Toulouse: Le boycott, ça peut marcher.
Surtout quand on humilie les gens, il y a une réponse. Si on traite l'Europe...
L'Europe avait eu une réaction épidermique quand Roosevelt avait dit "la vieille Europe". On peut être vieux, ce n'était pas injurieux. Ca arrive aux meilleurs.
Là, il peut y avoir une réaction épidermique. - C.Roux: Question.
Elle est intéressante, cette question. C'est peut-être ça, le deal. "On laisse tomber les droits de douane, mais vous me donnez le Groenland." - P.Haski: Trump est incapable de proposer des deals qui mêlent des choses qui n'ont rien à voir.
Pour l'instant, le Danemark ne lâche pas le Groenland. La Première ministre du Danemark a fait un tour d'Europe la semaine dernière pour s'assurer que tout le monde la soutenait. - S.Villers: Je vois mal la France accepter.
On achète plus de produits américains qu'on ne vend de produits français. Ca peut inciter la France à se battre au sein de l'UE pour conserver ou gagner la bataille. - C.Roux: Question.
C'est ce que vous disiez à l'instant. - A.Bellanger: C'est incroyable que la Chine passe pour une victime à la fin.
Elle est à la tête d'un des régimes les plus claquemurés de la planète. Vous ne pouvez rien dire, la censure est partout...
C'est incroyable. - C.Roux: On parle de commerce. - A.Bellanger: Visiblement, Trump ne parle pas que de commerce.
Que le mauvais flic, ce soit les Etats-Unis, qui partagent nos valeurs, et que le gentil, ce soit la Chine, ça en dit long de la confusion que Trump sème dans le monde. - P.Haski: Selon un sondage, seulement 22 % des Européens considèrent désormais les Etats-Unis comme un allié. 40 % disaient que c'était un partenaire incontournable et nécessaire. 22 % considèrent les Etats-Unis comme un allié.
C'est une détérioration colossale, de l'acabit de ce qu'a connu la Chine. Quand les relations s'ouvraient, il y a eu un moment de soft power chinois. La tour Eiffel était en rouge dans les années 2000 pour les années culturelles France-Chine.
Aujourd'hui, une majorité d'Européens considèrent que la Chine est une menace. Les Américains sont en train de rejoindre ce statut. C'est paradoxal. - C.Roux: Question. - A.Bellanger: Oui, je pense.
Il n'a pas intérêt à ce que les droits de douane augmentent du côté de la Chine. Ca pourrait l'atteindre directement. C'est aussi pour ça...
Je ne crois pas à ces hausses massives des droits de douane. Ca dégraderait trop l'économie américaine. Ca serait aux dépens de la stratégie de Trump. - C.Roux: Question.
C'est important, Taïwan. - P.Haski: Cette question est fondamentale dans la relation sino-américaine.
Trump a émis des petits bruits inquiétants. Il a proposé de mettre 100 % de droits de douane sur les semi-conducteurs taïwanais, en les accusant d'avoir volé les semi-conducteurs. Il n'a pas d'états d'âme ni d'affect vis-à-vis de Taïwan.
Il n'y a pas d'amis ni d'alliés pour Trump, il y a des intérêts.
Georges Naturel