Discours d'Anne Hidalgo, Maire de Paris, au dîner annuel du CCAF 2026
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Je m'adresse à vous pour la dernière fois en tant que maire de Paris ce soir, donc avec émotion, mais aussi avec le sentiment d'avoir partagé avec vous lors de ces deux mandats de très très nombreux combats et beaucoup de moments forts entre nous. Ma proximité avec l'Arménie vient de loin. J'ai eu l'occasion de l'évoquer avec vous ici et dans d'autres lieux. Elle est née bien avant mon engagement politique et ce sont des souvenirs lyonnais dans la cité dans laquelle j'ai grandi, de ces familles survivantes du génocide de 1915 et de leurs enfants près desquels je vivais, avec lesquels je vivais.
Et plus tard, bien sûr, l'histoire de l'Arménie, l'histoire des résistants d'origine arménienne qui avaient risqué leur vie pour leur nouvelle patrie, pour la démocratie, ces combattants antifascistes qui me rappelaient aussi mon histoire familiale et l'histoire de Missak Manouchian. Évidemment, comme beaucoup d'autres, m'a profondément marqué et finalement créé ce lien très particulier que j'ai avec vous et avec l'Arménie. Je me suis forgée des convictions qui ne m'ont jamais quittée, républicaine, progressiste, humaniste.
Et j'ai également pris conscience avec vous, avec d'autres, en étant maire de Paris aussi, de l'importance de la mémoire et de la transmission pour combattre les conséquences, mais aussi les racines du mal et des génocides et notamment du génocide des Arméniens. Le CCAF et avant lui le comité 24 avril sont nés de cette nécessité absolue, vous l'avez rappelé tout à l'heure, pour les jeunes générations de faire reconnaître par la France, cette diaspora arménienne ici en France, faire reconnaître le génocide de 1915 dont la date du 24 avril est devenue, et je le salue vraiment, cette avancée, je salue le fait qu'elle soit une journée nationale de commémoration.
J'ai l'honneur, comme beaucoup ici, d'y participer chaque année. Quoi de plus important que de commémorer, repenser cette histoire, notamment dans les temps mauvais que nous traversons, ceux de la falsification, ceux du négationnisme, ceux de la résurgence de tous ceux qui en veulent aux démocraties, et cette nouvelle rhétorique de la fachosphère, qui souvent feint l'indignation dès lors qu'on la démasque, ne vise en fait qu'à brouiller les repères et à inverser les responsabilités. Nous avons, nous, défenseurs de la mémoire des victimes des génocides et du génocide arménien, un humanisme exigeant, un attachement indéfectible à l'état de droit et aux valeurs républicaines.
Et l'humanisme est la base et le socle de ce combat. Il repose sur une adhésion inconditionnelle à la reconnaissance universelle de la dignité humaine, sans distinction d'origine, de croyance ou de destin. Et plus que jamais, plus que jamais, une soirée comme celle-ci doit nous permettre d'être en alerte et d'être vigilants. C'est un devoir qui incombe à tous les démocrates, et ici en France, aux républicains des deux rives, réunis par vous, la diaspora arménienne. Parce que nous le savons, les processus génocidaires sont toujours les mêmes.
Je veux saluer, et je sais qu'ils sont présents, le mémorial de la Shoah travaille avec le mémorial du génocide à Erevan, ainsi qu'aussi avec celui de Kigali. Il nous enseigne que la déshumanisation des victimes est le principe de base. Et cela démarre toujours par des attaques contre les élites intellectuelles, culturelles. Je pense bien sûr à la figure du père Comitas. Et puis, c'est le déchaînement de la violence sur le peuple ciblé, qui n'est plus considéré comme appartenant à l'espèce humaine. Permettez-moi d'invoquer Simone Veil, qui en 2010, et nous sommes une journée très particulière, puisque c'est le 27 janvier.
En 2010, Simone Veil s'adressait aux jeunes ambassadeurs de la Shoah, et cela nous interpelle en cette journée historique. Elle disait « Notre héritage est là, entre vos mains, dans votre réflexion et dans votre cœur, dans votre intelligence et votre sensibilité. Il vous appartient que la vigilance ne soit pas un vain mot, un appel qui résonne dans le vide des consciences endormies. Si la Shoah constitue un phénomène unique dans l'histoire de l'humanité, le poison du racisme, de l'antisémitisme, du rejet de l'autre, de la haine, ne sont l'apanage d'aucune époque, d'aucune culture, ni d'aucun peuple.
Il menace à des degrés divers et sous des formes variées, au quotidien, partout et toujours, dans le siècle passé, comme dans celui qui s'ouvre, ce monde-là est le vôtre, ce monde-là est le nôtre. Et je crois que ce rappel est salutaire. Et vous, chers amis du CCAF, vous avez tant fait, tant fait pour rappeler cela. Vous avez imprimé, vous les présidents, les co-présidents, une direction à ce mouvement, à cette organisation, adaptée aux défis immenses auxquels fait face la diaspora arménienne. Au Parlement européen, au Parlement français, dans nos régions, dans nos villes, des élus se tiennent aux côtés de l'Arménie.
A vos côtés, vous, les représentants de la diaspora, vous nous avez fédérés. Nous nous sommes tenus debout à vos côtés lors de la guerre déclenchée par l'Azerbaïdjan en 2020. Vous l'avez rappelé tout à l'heure. Et j'ai encore la gorge nouée lorsque je pense à ces milliers de jeunes Arméniens morts dans cette guerre dès les premiers jours et qui reposent aujourd'hui au cimetière d'Erevan, où nous nous sommes rendus, où nous avons rencontré les parents pleurant leurs enfants, qui avaient l'âge des nôtres.
Je me souviens aussi de ce voyage que nous avions fait ensemble avec des élus locaux, de droite et de gauche, les deux rives, à la frontière de l'Artsa, pour dénoncer le blocus du corridor de la Chine par l'Azerbaïdjan. Nous étions les témoins d'un processus d'épuration ethnique de plus de 100 000 personnes. Cela a été dit avant moi, je le répète, dans l'indifférence totale de la communauté internationale. L'Arménie. L'Arménie a accueilli ses frères et sœurs de l'Artsa et nous avons apporté notre aide. Cher Ovanès et le peuple de l'Artsa a été fait citoyen d'honneur de la ville de Paris. La diplomatie a repris la place qui était la sienne à la recherche d'un accord de paix.
Vous l'avez si bien dit tout à l'heure. Bien sûr qu'on ne peut que se réjouir de rechercher la paix. Mais nous n'oublierons pas le peuple de l'Artsa, qui ne retrouvera pas de sitôt ses terres, ses maisons, ses cimetières, ses églises. Nous n'oublierons pas non plus les détenus politiques, les anciens dirigeants de l'Artsa, trois anciens présidents qui ont été capturés et qui sont détenus par le régime azerbaïdjanais. Ils ont été jugés sans équité, sans observateurs internationaux ni médias étrangers.
Il faut parler des prisonniers, on l'a fait tout à l'heure, il faut en reparler, faire en sorte que leur cas devienne emblématique du combat, bien sûr pour l'Arménie, bien sûr pour la République de l'Artsa que nous avons reconnue à l'hôtel de ville, mais aussi pour les droits de l'homme partout dans le monde. J'ai moi-même eu l'honneur de rencontrer le président Araïk Aroutiounian, qui a dirigé l'Artsa de 2020 à 2023. En fait, j'ai vraiment rencontré un chef d'Etat et pas un criminel. Nous n'oublierons pas ce que la dictature d'Aliev, alliée à Erdogan, provoque comme danger pour l'Artsa et pour la région.
Nous continuerons d'aider l'association de soutien à l'Artsa, dont vous êtes, cher Ovanès, l'infatigable promoteur. Demain, là où je serai, vous me trouverez toujours à vos côtés. Le CCAF est une organisation qui fait connaître aux élus, mais aussi à l'ensemble des Français, ce magnifique pays qu'est l'Arménie. L'Arménie est vivante, créative, dont la jeunesse en particulier a choisi de construire une nation résiliente, une nation qui offre à ses enfants un travail, des perspectives d'avenir meilleurs.
Comme j'ai été heureuse de découvrir tout mot à Erevan et les capacités incroyables de l'Arménie dans le domaine des technologies les plus en pointe, et avec vous et les autorités arméniennes, avec Marie-Lou Papazian, avec celle aussi de notre ville-sœur Erevan et avec les ambassadeurs de France que je veux à nouveau saluer et qui se sont succédés en Arménie, nous avons implanté tout mot à Paris et fait voir de l'Arménie cet élan vital et créatif qui rayonne au cœur de notre ville. Le CCAF, mes chers amis, est un partenaire privilégié de notre belle capitale.
Il souhaite, je le sais, que Paris l'aide à développer et à mieux s'inscrire physiquement dans le paysage parisien pour continuer son œuvre au service de l'Arménie. Et le Conseil de Paris va se prononcer, et je sais qu'il donnera son aval, car toutes les composantes politiques de notre Assemblée ont toujours trouvé un consensus pour soutenir la cause arménienne et celle de l'Artsa. Et très bientôt, il sera acté que le CCAF s'installera au pavillon de l'eau dans le 16e arrondissement de Paris. Et c'est avec fierté que je laisse cet héritage. Oui, la cause arménienne a bel et bien trouvé son écrin à Paris et elle côtoiera la maison de l'Europe. Et quel signal !
Quoi de plus chargé de sens que de voir l'Arménie et les amis d'une Europe unie partager les mêmes locaux ? Mes chers amis, je veux réaffirmer notre engagement avec Erevan, notre ville sœur. Je soutiens bien sûr les très nombreuses associations de la diaspora arménienne, comme Santé Arménie, chère Nadia, mais aussi les Croix Bleues. Je salue votre immense travail à toutes et tous, pour les femmes, contre les traumatismes de la guerre aussi. Le peuple français et le peuple arménien sont des peuples frères. Leur sang est mêlé. Leur sang est mêlé. Et des grands noms de la diaspora arménienne qui ont tant apporté à la France sont honorés à Paris.
Je les réinvoque ici parce qu'ils sont importants et ils nous inspirent. l'immense Charles Aznavour qui, grâce à sa fondation portant son nom, a non seulement un buste au carrefour de l'Odéon depuis 2019, mais aussi son jardin en bas des Champs-Elysées depuis mai 2024. Et nous avons aussi cette plaque à la mémoire de Missac et Mélinet Manouchian sur la façade du 11 rue de plaisance où ils ont vécu. Oui, Missac et Mélinet qui ont donné à la résistance française ce visage de l'universel, de la fraternité et de la grandeur. Et ils reposent, grâce au président de la République, en paix au Panthéon. Être vigilant. J'y reviens et je reviens à Simone Veil qui nous y invite.
Je sais, mes chers amis, que vous n'êtes pas dupes. Je sais que vous savez reconnaître vos amis, reconnaître les convertis d'un soir sensibles aux échéances électorales. Je sais que vous savez aussi reconnaître les falsificateurs de l'histoire, ceux qui tentent encore aujourd'hui, par exemple, de réhabiliter Pétain, ceux qui siègent au Parlement européen dans le même groupe politique que l'AFD, parti allemand regroupant des néo-nazis. Vous n'êtes pas dupes. Tout cela, vous le savez.
Et le peuple arménien connaît le prix des reconnaissances tardives et le prix du combat d'une démocratie pour défendre la dignité humaine partout comme valeur universelle, pour défendre l'état de droit partout comme garant de la primauté du droit sur la loi du plus fort et la violence. Je terminerai donc, mes amis, là encore, par le message de Simone Veil. Elle disait, toujours en 2010, toujours le 27 janvier 2010, à des jeunes, elle disait, « Pourtant, votre responsabilité est de ne pas céder aux amalgames, à toutes les confusions. La souffrance est intolérable. Toutes les situations ne se valent pas pourtant.
» Sachez faire preuve de discernement, alors que le temps nous éloigne toujours plus de ces événements faisant de la banalisation un mal, peut-être plus dangereux encore que la négation. L'enseignement de la Shoah n'est pas non plus un vaccin contre l'antisémitisme ni les dérives totalitaires, mais il peut aider à forger la conscience de chacun et chacune d'entre nous. Il doit nous faire réfléchir sur ce que furent les mécanismes et les conséquences de cette histoire dramatique. Notre témoignage, elle parlait des survivants, existe pour vous appeler à incarner et à défendre ces valeurs démocratiques qui puisent leurs racines dans le respect absolu de la dignité humaine.
Notre lègue le plus précieux à vous, jeunesse du XXIe siècle. Ensemble, continuez à défendre l'Arménie, son peuple, ses valeurs, parce que ce message de Simone Veil, c'est aussi le message de l'Arménie, des survivants de la diaspora ici à Paris. Et en protégeant l'Arménie, nous protégeons aussi l'Europe, nous protégeons notre République et notre humanité commune. Alors vive l'Arménie, vive la France, vive Erevan et vive Paris. Merci. Merci. Applaudissements
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Anne Hidalgo