Le dico ultime, 6 kg de lecture ! - L’Oeil de Pierre Lescure - C à Vous - 24/10/2022
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« Alain Rey avait 92 ans quand il est parti il y a deux ans, presque jour pour jour »
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« les éditions Le Robert viennent de sortir l'édition ultime de son monumental dictionnaire historique »
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« 95 000 mots »
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« on a 9 000 pages en tout, complètement annotées »
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« Alain Rey avait 64 ans »
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« « to scroll » en anglais a été emprunté au mot de l'ancien français « escroc » qui voulait dire au Moyen Âge « bande de parchemin, rouleau » »
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« c'est un ouvrage moderne, vivant et un bel objet »
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Alors Gaspard, comme un écho à la célèbre semeuse du dictionnaire Larousse, Alain Rey, pour son dictionnaire historique de la langue française, avait cette formule « La langue française est comme un arbre, elle est unifiée par ses racines et son tronc, et variée à l'infini par ses feuilles. » Alain Rey avait 92 ans quand il est parti il y a deux ans, presque jour pour jour, et les éditions Le Robert viennent de sortir l'édition ultime de son monumental dictionnaire historique.
À sa mort, les éditions Le Robert ont reçu en ultime héritage des dizaines de cartons où cet érudit, aux propos tellement clairs, avait porté tous les ajouts et nouvelles recherches pour l'édition de son dictionnaire et ses 95 000 mots. Bérangère Bauchet, l'éditrice qui a travaillé avec lui de nombreuses années, nous a apporté un carton, celui de la lettre C.
C'est unique ! Alors dans le jargon éditorial, on appelle ça des placards. Ce sont en fait des épreuves qui sont imprimées sur le recto de la feuille uniquement, avec d'un côté bien sûr la copie du dictionnaire et une grande marge à droite pour que le rédacteur, en l'occurrence Alain Rey, puisse y bien écrire tous ses amendements, ses corrections, ses ajouts. Vous avez des feuilles à l'origine vierge qu'Alain Rey a insérées pour y recueillir tous ses développements annexes. Ce qui veut dire qu'on a 9 000 pages en tout, complètement annotées, plus un peu plus de la moitié, environ 5 000, qui sont des pages blanches remplies, griffonnées par Alain.
Alain Rey avait 64 ans. Déjà lorsqu'il y a 30 ans, il s'est lancé dans ce dictionnaire racontant l'histoire romanesque de tous les mots de la langue française. Le dictionnaire n'est pas la photographie d'une espèce de chose stable et immobile. C'est au contraire une sorte de séquence cinématographique, ou de cartographie plutôt, dans laquelle il y a des quantités d'objets différents qui se bagarrent les uns les autres. Car vraiment, je vous l'assure, on ne plonge pas dans les 3 000 pages de ces deux volumes du dictionnaire historique de la langue française pour chercher juste une définition ou un synonyme.
Sur chaque mot, y compris les plus usuels, j'ai lu que c'est deux-là cet après-midi, beurre et blé, c'est comme une nouvelle, c'est comme un roman.
Alain Rey, il est venu aux mots et à la passion du langage, pas par les dictionnaires, mais par les histoires. À 12 ans, il avait lu Shakespeare, Rabelais, tout Jules Verne, mais tous ses auteurs étaient d'incroyables leçons de vocabulaire pour lui. Et donc, dans ce dictionnaire, sa vraie particularité, c'est qu'il raconte la langue comme un roman. Ça se lit vraiment comme un roman. Et la grande force d'Alain, c'était d'être un conteur merveilleux qu'on adorait écouter.
Alors, les correcteurs, les informaticiens, les graphistes qui ont bossé sur toutes les notes d'Alain Rey depuis sa mort et Bérangère Baucher elle-même, ont ajouté quelques mots dans cette édition définitive. Climato-sceptique, fake news, malbouffe, asymptomatique, ça vous dit quelque chose, mais aussi scroller.
Le mot scroller, on est un peu chagriné parce qu'on a l'impression d'avoir un anglicisme de plus, un californisme même, c'est un mot qui nous vient de la vallée de la silicone, de Californie. En réalité, même si c'est un anglicisme qui vient de « to scroll » en anglais, il n'en est rien, car « to scroll » en anglais a été emprunté au mot de l'ancien français « escroc » qui voulait dire au Moyen Âge « bande de parchemin, rouleau ». C'est bien la preuve qu'en réalité, l'étymologie nous permet de nous remémorer à nous, locuteurs, qu'on est tous issus d'un même berceau.
Voilà, c'est en deux volumes, il y a 3000 pages, 6 kilos de culture, je vous le fais au prix de 4, tellement proche de nous, quel que soit notre usage de la langue, le tout au prix de 139 euros, c'est un ouvrage moderne, vivant et un bel objet. – Sous-titrage Société Radio-Canada