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interviewBFMTV — BFM Politique· 12 décembre 2021 45 min

François Bayrou, haut-commissaire au Plan, président du MoDem - 12/12

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:19
Présentateur

Bonjour à toutes, bonjour à tous, figure incontournable de la vie politique française, au commissaire au plan, maire de Pau, président du MoDem, bonjour François Bayrou. Bonjour. Soyez le bienvenu dans cette émission, je vais vous interroger en compagnie d'Edwige Chevrillon pour BFM Business, bonjour Edwige, bonjour Louis-Albert, pour Marie-Age. Bonjour à tous. Ce sera à vous, monsieur Bayrou, juste après le journal qui est présenté par Philippe Godin.

0:42
Invité

Et par Ronald Guintran aujourd'hui, Jean-Baptiste, mais bonjour quand même. On va prendre la direction des Etats-Unis pour débuter avec cette tragédie inimaginable. Ce sont les mots de Joe Biden après le passage de tornades destructrices sur une partie des Etats-Unis, au moins 83 morts. Mais un état particulièrement touché, le Kentucky ou Mayfield, une ville de 10 000 habitants, a été rayé de la carte. Antoine Lala. Les dégâts ici sont considérables. Le quartier où je me trouve a été complètement balayé par la tornade. Beaucoup de maisons construites en bois n'ont pas résisté tout simplement. Elles ont été arrachées, déchiquetées, broyées par la force des vents.

Et c'est comme ça, sur des kilomètres et des kilomètres, il y a des débris absolument partout. Des habitants qui ont tout perdu, leur maison, leurs voitures, leurs affaires. Ils n'ont strictement plus rien. C'était effrayant. J'ai poussé ma femme dans les toilettes pour la mettre à l'abri. Et juste après, le toit s'effondrait sur moi. C'est traumatisant. Un peu plus loin, voici la maison de Brian. Elle tient encore debout, mais elle a été éventrée. La tornade a aussi tout ravagé à l'intérieur. C'est fini. Il va falloir tout démolir. C'est dur, très dur de voir ma maison comme ça. Il y a évidemment énormément de moyens qui ont été déployés sur place, notamment pour dégager les routes.

Mais il y a aussi et surtout beaucoup de solidarité avec des Américains qui se rendent spontanément sur place pour prêter main forte à ces habitants qui ont tout perdu. J'aide comme je peux. Je coupe des arbres, je nettoie. Je n'ai jamais vu un truc pareil. C'est une zone de guerre. Mayfield veut tourner la page au plus vite, mais il faudra attendre des mois avant que la ville retrouve son visage normal. La justice en France. Yannick Agniel n'a pas dormi en prison, mais l'ancien âgeur est placé sous contrôle judiciaire depuis hier soir. Le double champion olympique de Londres, mis en examen. Pure viol et agression sexuelle sur mineurs. Les faits présumés remontent à 2016.

La victime, âgée de 13 ans à l'époque, est l'une des filles de l'ancienne entraîneur de Yannick Agniel qui garde le silence pour l'instant. La situation sanitaire. Sommes-nous proches du pic de la cinquième vague ? Oui, estime Olivier Véran dans les colonnes du Parisien ce matin. Pas trop d'optimisme du ministre de la Santé qui craint que ce pic se transforme en plateau. Depuis plusieurs jours, ce que l'on constate, c'est que l'incidence de l'épidémie, le nombre de nouveaux cas positifs que l'on détecte, augmente de moins en moins vite. Et donc il est probable que dans les jours qui viennent, cette incidence se stabilise.

Maintenant, comme le dit le ministre, l'objectif, ce n'est pas juste de faire en sorte que l'épidémie arrête de progresser. L'objectif, c'est que cette épidémie recule. Donc il faut que l'incidence baisse. Pour terminer, les résultats partiels qui viennent de tomber en Nouvelle-Calédonie. Victoire écrasante du non à l'indépendance. 96,28% seront la chaîne publique de Nouvelle-Calédonie. 180 000 électeurs étaient appelés aux urnes pour ce troisième référence d'indépendance. avec une abstention record en raison du boycott des pro-indépendances pour cause de crise sanitaire. Voilà pour l'essentiel dans un instant BFM politique. Jean-Baptiste Boursé qui reçoit donc François Bayrou.

4:05
Présentateur

François Bayrou, j'aurais commencé avec cette actualité à l'instant. Donc on attend les chiffres définitifs. Ils seront affinés dans les minutes, les heures qui viennent. 96,28% Nouvelle-Calédonie. Pour le non à l'indépendance au cours de ce référendum, quel est votre commentaire sur ce résultat ?

4:19
François Bayrou

Bon, la première chose qu'il faut dire, c'est que c'était un engagement d'organiser trois référendums à la suite les uns des autres et que les trois ont répondu non. Le troisième avec l'abstention de ceux qui étaient pour l'indépendance. Mais si vous faites un peu de calcul mental, c'est presque 100% des voix parmi les 40-45% qui ont voté. Ce qui veut dire que le rapport de force n'a pas changé. Ceux qui sont contre l'indépendance pour le lien avec la France demeurent majoritaires ou légèrement majoritaires en Nouvelle-Calédonie. Et de ce point de vue-là, ça permet de régler une question qui a été posée depuis longtemps. Quel était le rapport de force ?

Après, on n'est pas du tout au bout de cette question. Une question très importante. Quel type de lien peut-il y avoir entre un pays aussi précieux pour la France et pour qui la France est aussi importante ?

5:26
Présentateur

Il y a eu une forme de consensus, M. Bayrou, sur le fait qu'il faut que la Nouvelle-Calédonie reste française. Je parle dans la classe politique. Mais il y a eu des attaques très vives contre Emmanuel Macron de la part de l'opposition qui lui a reproché de ne pas vraiment prendre ce sujet à bras-le-corps et de le laisser comme ça un peu de côté.

5:41
François Bayrou

Je crois que tout cela, ce sont des polémiques, mais des polémiques sans intérêt majeur. Pourquoi le président de la République n'a pas pris la tête d'un des clans ? Parce que sa responsabilité est d'être le président de tous, y compris de ceux qui voudraient cette évolution du statut. Et deuxièmement, parce qu'il ne voulait pas transformer un référendum sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie en un référendum pour ou contre le président de la République. Et franchement, je trouve ça judicieux et juste du point de vue du rapport entre la France et la Nouvelle-Calédonie.

6:24
Intervenant

Donc il a eu raison. Pardon, j'insiste.

6:27
Présentateur

Dans quelques instants, nous allons évidemment vous interroger sur cette campagne présidentielle qui s'ouvre. Il y a beaucoup de choses à vous demander. Mais juste avant ça, parce que vous êtes aussi un élu local des Pyrénées-Atlantiques, maire de Pau, est-ce que vous avez des nouvelles à nous donner ce matin de l'état dans lequel se trouvent les Pyrénées-Atlantiques qui ont été très durement touchés par les intempéries de ces dernières 48-72 heures ?

6:46
François Bayrou

Il y a eu des concentrations d'inondations, de précipitations extraordinaires au sens propre du terme. La vallée d'Osso dans les Pyrénées a reçu 185 mm d'eau en 24 heures. Et ça a fait évidemment des inondations. La solidarité de l'ensemble des communautés béarnaises s'est exprimée. On a mis à disposition du matériel. Très importants ont été aussi les problèmes du côté du Pays Basque et du côté de Bayonne, par exemple. On a évité le pire.

7:31
Présentateur

Gérald Darmanin était sur place hier soir. Encore un mot pour dire que l'état de catastrophe naturelle a été déclaré. Il y a toujours une angoisse, M. Bayrou, de la part des sinistrés, d'être sûr d'être pris en charge, accompagné, pas abandonné par les pouvoirs publics. Ils ne le seront pas. Vous leur garantissez qu'ils ne le seront pas.

7:48
François Bayrou

Ils ne le seront pas. C'est la loi, ce sont les décisions du gouvernement et ce sont les mécanismes de solidarité qui jouent dans un pays comme la France et qui sont absolument essentiels pour notre projet national. Donc ils ne le seront pas. Et on a fait beaucoup de travaux. J'ai eu autrefois la responsabilité d'être président du Conseil général, on dit aujourd'hui, le Conseil départemental dans les Pyrénées-Atlantiques. On a fait beaucoup de travaux pour le ralentissement de l'évacuation de l'eau, pour le fait qu'on puisse mettre en place des protections contre des inondations. La Nivelle, la Nive, vos Pays Basques ont été protégés, mieux protégés.

Et l'inondation là-bas n'a pas eu lieu aussi gravement qu'on pouvait le craindre.

8:37
Présentateur

Allez, la politique maintenant. Nous sommes ce dimanche à 119 jours du premier tour de l'élection présidentielle. Autant dire que c'est quasiment rien et que le temps va passer extrêmement vite.

8:45
Intervenant

Mais il s'est passé quelque chose, François Béroux, c'est qu'on l'a bien vu. Valérie Pécresse est donc la candidate, celle qui a remporté la primaire des Républicains, la présidente de la région Île-de-France. Elle dit qu'en fait, elle voulait, avec cette candidature, éviter l'immobilisme et l'extrémisme, je la cite. Est-ce que, un, d'abord, vous dites que c'est une bonne nouvelle, la droite est de retour ?

9:07
François Bayrou

Je n'ai jamais cru que la solution du pays, c'était droite contre gauche. Je n'ai jamais changé d'avis sur ce point. On voit l'état de désarroi de la gauche et ce que vous appelez droite, c'est un tiers des voix d'opposition sur la droite du président de la République. Et avec des affrontements extrêmement lourds entre ces trois tendances. Après, le fond de l'affaire, c'est est-ce que ces projets sont, un, réellement différents de ceux du président de la République ? Et si vous reprenez l'histoire des dernières années, vous verrez que cette question se pose.

9:52
Présentateur

Donc il n'y a pas de différence fondamentale, selon vous, entre Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, pour dire les choses ?

9:55
François Bayrou

Il y a des différences, je vais en pointer une économique, précisément. Il y a des différences, mais si vous regardez les prises de position des uns et des autres dans les quatre dernières années, ce que disent d'ailleurs souvent les adversaires de Valérie Pécresse, c'est que le moins que l'on puisse dire est qu'il y a eu des hésitations.

10:16
Présentateur

Donc ça veut dire, par déduction, pardonnez-moi, qu'Emmanuel Macron est de droite ?

10:20
Intervenant

En rien. Valérie Pécresse, elle n'est pas de gauche, donc elle est de droite.

10:25
François Bayrou

Non, mais vous ne m'enfermerez pas dans ce dilemme-là ou cet affrontement-là. Je suis, j'ai toujours été, depuis le premier jour de mon engagement, et sans manquer un seul jour, partisan du pluralisme en France, et pour qu'il y ait le pluralisme, il faut qu'il y ait un centre. Il faut que ce centre soit fort et original, différent de ce que vous appelez droite, et qui est extrêmement divisé, et de ce que d'autres appellent gauche.

11:00
Intervenant

Est-ce que c'est une bonne candidate, Valérie Pécresse ?

11:02
François Bayrou

Les militants LR et quelques autres ont dit que oui, donc je suis comme le président de la République, je prends les concurrents comme ils viennent. Mais j'ai une différence fondamentale. J'ai regardé le programme de Valérie Pécresse, je connais ce programme. Grosso modo, c'est le programme de Fillon, avec un peu plus, un peu moins d'appels à la dépense, et un peu moins de suppression d'aide aux Français. Mais je pense que ce programme est faux.

Parce que ce que demande Valérie Pécresse, c'est qu'on coupe dans les dépenses publiques, qu'on supprime 250 000 fonctionnaires, il faudra nous dire où, parce que dans le même temps, elle demande concret des emplois de fonctionnaires, et qu'on intervienne de manière extrêmement dure sur les retraites, sur les allocations des Français. Je crois que cette manière de voir les choses, qui consiste à couper, a priori, dans tout ce qui fait le contrat social, n'est pas une bonne manière. Et ce que je préconise, moi, c'est qu'on pose la question à l'envers, et qu'on se demande comment on peut produire plus pour soutenir le contrat social.

La question n'est pas de couper, la question est d'avoir un meilleur équilibre entre ce qu'on produit et les ressources de l'État, et ce qu'on dépense. Si on avait un pays dans lequel la production, c'est un des objets de la note que nous avons publié, dans lequel la production, dans lequel l'efficacité de l'État, l'efficacité de l'État, oui, c'est vrai, mais c'est le contrat social. Je vais y revenir. Mais c'est notre contrat. L'école gratuite, la santé gratuite, la garantie chômage pour tout le monde, la retraite pour tout le monde garantie. Cherchez un pays autour de nous qui est ça, vous n'en trouverez pas. Et donc, c'est l'idée que nous nous faisons du contrat social en France.

La question, c'est, pour soutenir cette solidarité-là, nous ne produisons pas assez, nous ne développons pas assez le pays, et l'État n'est pas assez efficace au service de la société et de la créativité. Je ne parle pas que du commerce extérieur.

13:38
Intervenant

Oui, mais on va y revenir, parce que c'est l'objet de la dernière note, mais simplement, il y a un autre argument que Valérie Pécresse met en avant dans sa campagne présidentielle, c'est une femme. Il y aura plusieurs femmes candidates et des femmes qui ont des chances de gagner. Est-ce que pour vous, vous dites « enfin » ? Ou est-ce que ça ne relève que du symbolique ?

13:54
François Bayrou

Ah non, ça ne relève pas que du symbolique. La question de la place des femmes dans la politique est une question essentielle. Puis-je vous rappeler que c'est la première fois qu'il y a un gouvernement où il y a plus de femmes que d'hommes ?

14:08
Intervenant

Mais autour du président de la République, il y a beaucoup moins de femmes, si je peux me dire. Et toujours pas de femmes à Matignon, c'est Emmanuel Macron en avait parlé. Et sur les postes clés, ce sont les hommes ? Oui, enfin... Mais ça peut être un argument de campagne ? C'est un bon argument de campagne, une femme présidente de la République, ce qui n'est jamais arrivé.

14:22
François Bayrou

Moi, je ne fais pas de homme ou femme un argument. J'ai toujours travaillé avec des femmes. C'est absolument public. C'est ainsi que j'ai construit mes équipes. Nous avons cinq ministres au gouvernement. Quatre sont des femmes. Et au poste clé, Jacqueline Gourault, par exemple, est numéro un dans le classement de nos ministres. Pour moi, tout le monde sait ce que je pense. Je pense que les femmes sont assez souvent plus fiables que les hommes, plus engagées, désintéressées, assez souvent. Le contre-exemple existe aussi. Il y a vraiment des femmes politiques qui ont tous les défauts des hommes politiques et au-delà.

15:20
Présentateur

La France est prête à choisir une femme pour la gouverneur ?

15:22
François Bayrou

Pardonnez-moi. Oui, bien sûr, depuis longtemps. Pour moi, je ne fais pas de différence entre femmes et hommes dans l'engagement politique. Je fais la différence sur le charisme, la capacité à entraîner, les idées. Mais je ne catalogue pas ainsi, sauf que je veille scrupuleusement à la parité.

15:47
Présentateur

Monsieur Bayrou, la gauche est en difficulté, en tout cas dans les études. Pas un candidat de gauche est au-dessus de 10%. Ils sont tous là. Et dans cet étiage-là, refusent de se mettre d'accord sur une primaire populaire. Anne Hidalgo le souhaiterait, Arnaud Montebourg également. Les autres disent non. Est-ce que c'est une erreur ? Pour eux, peut-être. Mais pour la démocratie, elle a tenu cette élection présidentielle et son enjeu.

16:11
François Bayrou

Alors, deux choses. Un, Anne Hidalgo, vous dites, le souhaiterait tardivement. Elle le souhaite aujourd'hui. Elle était contre il y a encore 15 jours. C'est simplement qu'elle cherche une porte de sortie à une situation qui est une impasse absolue dans laquelle elle est enlisée, embourbée à 3% au dernier sondage. Et quand on pense que c'est le Parti socialiste, ça donne une idée de l'espèce de dévitalisation que ce courant connaît. La gauche est en train de disparaître. Permettez-moi de finir. Et ensuite, vous dites, la gauche, je fais la même objection que je faisais tout à l'heure à Edwil Chevrillon.

16:59
Présentateur

Les gauches.

17:01
François Bayrou

Trois gauches antagonistes et qui ne disent pas la même chose et ne veulent pas dire la même chose. Alors, vous dites, il faut qu'ils se mettent d'accord autour d'un candidat. Je ne crois pas que cela puisse se faire sans abandonner l'essentiel de ce qui fait l'engagement politique, c'est-à-dire ce qu'on croit. On n'est pas en politique simplement pour obtenir des scores aux élections, parce que ça se casse toujours la figure. La question est, que croyez-vous ? Qu'est-ce que vous avez en dedans de vous qui s'adresse au pays ? Quelle est votre vision ?

17:36
Présentateur

Mais la vitalité démocratique, la vitalité du débat, M. Bayrou, elle ne nécessite pas d'avoir une ou des droites fortes, une ou des gauches fortes, autour d'un centre que vous souhaitez indépendant ? Si c'est le pluralisme, je suis d'accord.

17:50
François Bayrou

Mais c'est la démocratie ? Non, parce que ce qu'on a voulu nous imposer depuis des années, ce n'est pas le pluralisme, c'est la bipolarisation. C'est résumer le débat à droite contre gauche. Il n'y a rien, pardonnez-moi, il n'y a rien de plus fallacieux, de plus menteur, de plus mensonger que cette présentation-là. Parce que je ne confonds pas les sensibilités de droite, je ne confonds pas les sensibilités de gauche. On retombe dans une autre bipolarité. Ah mais je n'ai jamais utilisé le mot de progressiste de ma vie. Donc ça n'est pas le clivage actuel ? Non, non, ça n'est pas le clivage actuel. Les clivages sont beaucoup plus subtils, beaucoup plus profonds que cela.

Et celui que je vous ai indiqué, c'est-à-dire optimiste contre pessimiste qui décourage le pays. On peut maintenir notre niveau de contrat social, à la condition qu'on se décide à produire, à la condition qu'on se décide à rendre un pays qui est aussi avancé en matière technologique, scientifique, capable de produire les meilleurs ou parmi les meilleurs satellites du monde, les meilleurs fusées du monde, les meilleurs avions du monde, les meilleurs sous-marins du monde, y compris nucléaires, des centrales de production d'électricité comme il n'en existe que peu dans le monde. Comment ce pays-là n'est-il plus capable d'équilibrer son commerce extérieur ou sa protection sociale ?

Parce que c'est ça la vérité.

19:26
Présentateur

M. Bayrou, vous parlez du pessimisme. Alors j'imagine que comme Emmanuel Macron vous met en creux allusion à Éric Zemmour, il est désormais candidat à l'élection présidentielle. Après avoir une trajectoire ascendante un peu inédite sous l'histoire de la Vème République, il y a eu une forme d'érosion, puis une stabilisation. Il y a eu d'autres trajectoires ascendantes. De cette puissance-là, de la vie de tous, en tout cas, elle est inédite. Je ne juge pas de sa qualité, j'observe juste la courant.

19:49
François Bayrou

Oui, puis peut-être en 2007, il y en avait...

19:51
Présentateur

En revanche, il y a un fait qui est certain, M. Bayrou, c'est que tout le monde va débattre avec Éric Zemmour. Tout le monde propose à Éric Zemmour de débattre. Le dernier rendez-vous, c'est le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, qui l'a fait. Est-ce que vous, vous iriez débattre avec Éric Zemmour ?

20:03
François Bayrou

Si la question se pose, on l'examinera. Mais ce n'est pas ça, mon reproche à Éric Zemmour. C'est un reproche que je fais, d'ailleurs, à des responsables politiques divers depuis longtemps. Il y a deux attitudes lorsque vous êtes engagé en politique, notamment pour l'élection présidentielle. Soit vous décidez d'organiser l'affrontement entre les Français, en désignant des ennemis, des adversaires, des gens à abattre, et en les désignant, ce qui est encore plus grave de la part de Zemmour, sur leur origine, sur leur religion. Et si on n'a pas étudié l'histoire de France sur ce que donnent les guerres de religion, alors on n'a rien compris à l'être profond du pays.

J'ai moi-même écrit beaucoup sur Henri IV et sur les guerres de religion. Je sais de quoi je parle et comment on fait.

20:54
Présentateur

Il le sait a priori aussi, puisque beaucoup ont dit que la reconquête, le nom de son parti, était une allusion à la reconquista. Donc c'est la reprise de la péninsule ibérique sur les musulmans.

21:03
François Bayrou

Oui, vous voyez, c'est le pire de ce que vous illustrez. C'est ce que je trouve insupportable dans cette démarche-là. Il n'existe aucune expérience dans le monde, écoutez bien ce que je dis, aucune expérience dans le monde, dans laquelle une démarche politique organisant l'affrontement à l'intérieur d'un pays, entre des communautés, des cultures, jamais ça n'a conduit un pays au mieux. Ça a toujours été une catastrophe absolue. Ça a toujours conduit au pire. Et prétendre qu'on connaît l'histoire et choisir cette voie-là, pour moi, c'est manquer simplement à sa vocation d'homme, même pas à sa vocation de politique, à sa vocation d'homme et à sa vocation de père de famille.

Parce que vous conduisez le pays vers le pire. Et ce que j'apprécie chez le président de la République, c'est que lui n'est pas sur cette ligne-là. Il n'est pas sur la ligne d'affrontement des Français. Il est sur la ligne de la réunion et du rassemblement des Français.

22:13
Présentateur

M. Bayrou, nous revenons en direct pour la suite de BFM Politique dans quelques secondes. François Bayrou est l'invité de BFM Politique ce midi. Ça n'est un secret pour personne, M. Bayrou ?

22:33
François Bayrou

Vous êtes extrêmement proche d'Emmanuel Macron. Oui, ben là, c'est public.

22:37
Présentateur

Mais ce qui est public aussi, c'est votre proximité avec le président de la République, qui sera très vraisemblablement candidat à ses réélections. Est-ce que vous faites partie des gens qui estiment qu'il doit, comme d'autres avant lui, attendre le plus tard possible pour déclarer sa candidature ?

22:50
François Bayrou

Si vous aviez posé la question à François Mitterrand, il vous aurait fait cette réponse exactement. Quand vous êtes président de la République, vous avez des responsabilités qui tiennent à votre fonction. Et ces responsabilités sont plus importantes que tout. Le temps de la campagne viendra. Et il viendra à son heure. Si je me souviens des déclarations de candidature de François Mitterrand, c'était ultime minute. C'est quelques heures seulement avant...

23:21
Présentateur

Là, la date de dépôt pour le Conseil constitutionnel, c'est le 6 mars, je crois.

23:24
François Bayrou

Oui, je pense qu'il se prononcera avant.

23:28
Présentateur

Vous avez envie de faire partie de l'équipe, vraiment, qui va l'accompagner au plus près ? Ou est-ce que ça n'est plus votre place ? Non.

23:37
François Bayrou

La question des équipes politiques, ça n'est pas des questions de nomination et de choix.

23:43
Présentateur

Non, là, je vous parle d'envie.

23:44
François Bayrou

C'est des questions de lien. Moi, je suis engagé. Et je n'ai jamais cessé une minute d'être engagé. Depuis que je suis entré dans le militantisme, dans l'adhésion à un courant de pensée dont je n'ai jamais changé. Pas une seule fois en beaucoup d'années. Depuis que je suis entré, ma philosophie ou ma vision des choses est toujours la même. c'est je ferai tout ce que je peux faire pour aider au succès de ces idées, de cette vision du monde. Et en l'occurrence, s'il se décide dans ce sens, pour aider au succès de cet homme qui a assumé depuis 5 ans les chocs les plus rudes et en défendant la place de la France.

24:33
Intervenant

Si vous préparez la campagne, vous préparez aussi la suite avec la fameuse maison commune, l'ensemble citoyen. C'est une manière de préparer l'après-macronisme puisqu'il n'y aura pas de mandat Macron 3. C'est une manière de préparer votre avenir à vous. Vous en avez toujours un.

24:46
François Bayrou

Alors, il y a plein de questions dans votre question. J'en prends une. Il y a des gens, nombreux, qui pensent que si le président de la République est réélu, c'est la fin de sa carrière politique. Je n'appartiens pas à ce groupe d'analystes brillants. Ma vision est tout à fait différente. S'il était réélu, Emmanuel Macron, à la fin du quinquennat, aurait 48 ans, quelque chose comme ça. Ça n'est pas l'âge de la retraite.

25:21
Intervenant

Mais il ne pourra pas faire un troisième mandat.

25:23
François Bayrou

Ah ! Pas tout de suite, en tout cas. Il ne pourra pas avoir un troisième mandat de suite. Mais étant donné la place que désormais il a prise en France, en Europe et dans le monde, dans ce courant central que j'appelle démocrate, étant donné cette place, je pense que sa voix comptera. Et qu'il sera, pour les Français qui s'intéressent à l'avenir de leur pays, qu'il sera un repère. Donc ça, c'est la première chose. Deuxièmement, est-ce qu'ensemble citoyens, qui est ce rassemblement de toutes les forces qui veulent soutenir le président de la République, et de toutes les forces qui, demain, veulent constituer un grand courant organisé de la vie politique française ?

Est-ce qu'ensemble citoyens le préparent ? Oui, c'est ça le but, ensemble citoyens. Et cette étape de rassemblement, elle est nécessaire. Et nous avons pris toutes les dispositions et toutes les règles pour qu'on puisse aller de l'avant, si on le souhaite. Je vais le dire mieux. Pour que ceux qui veulent aller de l'avant puissent le faire. Pour que ceux qui peuvent se réunir, qui veulent se réunir, puissent le faire. C'est très important, parce que, comme vous voyez, l'effondrement de tous les courants politiques dont nous avons parlé, de la gauche la plus à gauche, à la droite la plus à droite, l'effondrement de tous ces courants politiques appelle une nouvelle forme d'organisation.

27:00
Présentateur

Juste, à titre personnel, M. Bayrou, vous avez été très proche d'accéder au second tour de cette élection. C'est quelque chose qui est mis derrière vous, ou est-ce que vous dites qu'il ne faut jamais dire jamais ?

27:10
François Bayrou

M. Boursier, je n'ai jamais rien mis derrière moi. Jamais.

27:14
Présentateur

Ah bien, c'est clair.

27:15
François Bayrou

Parce qu'au moment où vous mettez quelque chose derrière vous, ça veut dire que vous fermez, que vous tournez la page, que vous fermez un acte de votre vie, que vous passez à autre chose qui est distant, qui est lointain. Je ne suis pas fait pour le distant, je ne suis pas fait pour le lointain, je ne suis pas fait pour tourner les pages. Je suis fait, et j'aime, ce qui dure, les engagements qui durent. Et quand on voit les problèmes du monde, hier, aujourd'hui, et peut-être demain, alors on sait que la vie peut vous pousser à avoir des prises de risques et des responsabilités. Donc, jamais tourner de page.

27:58
Intervenant

On a compris le message. Enfin, plus ou moins, quand même, parce qu'on s'interroge sur comment est-ce que vous voyez Emmanuel Macron avoir un troisième président. Enfin, on aura le temps d'en parler.

28:07
François Bayrou

Excusez-moi, ce n'est pas ce que j'ai dit. Comme vous l'avez dit à très juste titre, la Constitution fait qu'il ne peut pas y avoir de troisième mandat. J'imaginais qu'il puisse revenir en ce moment. Ce n'est pas ce que j'ai dit. Ce que j'ai dit, c'est que ceux qui croient qu'ils disparaîtraient de la vie politique française, simplement parce qu'ils ne pourraient pas se présenter une troisième fois, cela, à mon avis, se trompe.

28:37
Intervenant

Il n'y a qu'à l'élection présidentielle, mais après, il y a un autre enjeu, évidemment. Parce que je trouve que l'expérience est indispensable

28:51
François Bayrou

pour faire les hommes d'État et les hommes d'histoire. Avoir traversé des choses difficiles, c'est vital pour ce type de fonction. Et donc, je ne crois pas que la parenthèse se fermerait.

29:10
Intervenant

Les législatives. Juste quand Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, il n'avait pas l'expérience, en l'occurrence. On va parler des législatives. Législatives, François Bérot, parce que c'est un moment très important. Il avait un peu d'expérience. Après la présidentielle.

29:22
François Bayrou

Tout petit peu. Il avait été ministre de l'économie, il avait été secrétaire général adjoint de l'Élysée. Mais vous faites des petits peu avec des choses conséquentes.

29:30
Intervenant

Les législatives. Est-ce que vous redoutez que dans cette maison commune, que les élus du Modem se fassent laminés peut-être par la République en marche, par Édouard Philippe, et puis surtout qu'ils se fassent aussi laminés par le retour des Républicains, qui est une véritable organisation militaire quand il s'agit des législatives. Est-ce que vous avez obtenu des garanties, quelque chose, François Bérot, cette fois-ci ?

29:56
François Bayrou

Dites-vous une chose. Je ne redoute jamais rien. Je ne suis pas fait comme ça. La peur n'est pas ma manière d'être. En revanche, je me bats.

30:12
Intervenant

J'organise les choses. Et là, vous êtes en train de vous battre parce qu'il y a quand même les investitures. C'est un point très important pour un parti.

30:17
François Bayrou

Il n'y aura, à mon sens, pas de difficultés d'investiture. Il y en a eu la dernière fois. On les a traités par une explication publique, comment on dit au rugby, virile mais correcte. Il n'y aura pas de problème de cet ordre. Peut-être qu'on ne se rend pas compte. Toutes les majorités, sans exception, sur les derniers quinquennats ou périodes présidentielles, toutes les majorités se sont divisées, affrontées, méchamment opposées entre factions à l'intérieur de la majorité. Ça n'a pas été le cas.

30:58
Intervenant

Là, il faut faire de la place à Édouard Philippe.

31:00
François Bayrou

Ça n'a pas été le cas.

31:01
Présentateur

M. Bayrou, le pic de la cinquième vague est là. C'est Olivier Véran qui le dit ce matin dans la presse, avec tout de même la crainte que ce pic soit un plateau. Chez les enfants, en revanche, les taux d'incidence sont en train d'exploser. On est à 1000 pour 100 000 chez les 6-10 ans. Jean Castex estime que les vacciner est nécessaire. C'est un débat qui est hautement explosif dans le pays. Quelle est votre position ?

31:25
François Bayrou

D'abord, sur l'évolution de l'épidémie, j'ai la chance de pouvoir suivre au jour le jour, j'allais presque dire heure par heure, l'évolution de l'épidémie à peau. Et c'est vrai que nous semblons avoir passé le sommet de la courbe. On a été monté à 11% de taux de positivité. Et on est redescendu à 9,5% en 4 jours. Donc c'est fascinant d'ailleurs de voir comme ces courbes sont logiques. Elles montent, elles paraissent être exponentielles.

32:04
Présentateur

Alors puisque vous suivez ça quotidiennement au sujet des enfants, M. Bayron, est-ce qu'il faut les vacciner ?

32:08
François Bayrou

Permettez-moi de rappeler ce que j'ai déjà dit sur votre plateau. La pire crainte qu'on puisse avoir pour cette épidémie, c'est qu'elles se mettent à atteindre les enfants de manière grave. Pour l'instant, ils sont très atteints, en nombre, mais pas de manière grave. Et ma hantise, c'est celle-là. Deuxièmement, c'est aux autorités médicales de dire s'il faut vacciner et si le vaccin est utile à cet âge-là. En tout cas, il y a une chose que je sais. J'ai une fille urgentiste et je vois très bien son découragement. Tous les gens, tous les femmes et hommes, y compris jeunes, qu'elle a en charge, sont tous des non-vaccinés. À 92 ou 95%.

Et qu'on entretienne dans le pays, que des gens s'ingénient à entretenir dans le pays l'idée qu'au fond, on peut se placer de la vaccination et que même la vaccination, c'est criminel.

33:22
Intervenant

Ce sont des gens qui engorgent l'hôpital. Est-ce que l'hôpital risque de craquer, selon vous ? On voit les plans blancs se multiplier dans le pays.

33:28
François Bayrou

Oui, en tout cas, il y a des risques très importants. Mais si nous atteignons le sommet de la courbe et si nous passons les 15 jours qui viennent, puisque c'est à peu près le délai, les 15 jours entre l'infection virale et l'hospitalisation, alors peut-être allons-nous connaître un répit.

33:50
Présentateur

Monsieur Bayrou, juste avant de vous interroger au sujet de la dernière note en date due au commissariat au plan, un sujet d'actualité. La parole se libère enfin. Enfin. Une des jeunes femmes qui met en cause, Nicolas Hulot, a décidé de porter plainte. Je m'adresse aussi à l'ancien ministre de la Justice et Garde des Sceaux. La question de la prescription est un sujet central dans notre démocratie, mais aussi dans la façon dont ces sujets sont traités. Est-ce qu'il faut regarder à nouveau le sujet de la prescription ? Je précise qu'il a évolué avec le temps et qu'il a été porté à 30 ans pour les cas de viol sur mineurs par le gouvernement actuel.

34:25
François Bayrou

Franchement, si vous supprimez la prescription dans un ordre juridique et judiciaire, vous allez à des catastrophes considérables. Ça n'est pas gai de constater que des actes inqualifiables – je ne parle pas de ceux-là, je n'ai aucune information – mais c'est pas gai de constater que des actes inqualifiables sont prescrits. Mais si vous n'avez plus de prescription, alors il n'y a plus de vie en société possible. Et donc je pense que ce sujet doit être traité avec beaucoup de prudence. Beaucoup de prudence.

35:02
Intervenant

On parle de… vous êtes haut commissaire au plan et vous avez publié une note notamment sur le commerce extérieur français où vous tirez la sonnette d'alarme parce que c'est vrai que ça fait 20 ans que notre commerce extérieur est largement déficitaire. S'effondre. S'effondre totalement. Progressivement. Pour atteindre une situation dramatique, 75 milliards grosso modo, c'est le chiffre que vous citez, notamment par rapport à l'Allemagne, notre partenaire pourtant, partenaire industriel. Qu'est-ce que… pourquoi on est dans cette situation-là ? On ne va pas refaire, on n'a pas le temps. Mais pourquoi on est… c'est une absence de prise de conscience de la part des dirigeants politiques.

– Et c'est en train de changer. – Ça ne s'arrange pas.

35:37
François Bayrou

– La cour ne s'inverse pas. – Oui. – Non, ça s'arrange. – J'étais interrogé sur la prise de conscience. – Oui. – C'est en train de changer. Pourquoi c'est comme ça ? Parce qu'on a considéré pendant longtemps que ce n'était pas grave. On a pensé pendant longtemps que ce qui comptait en économie, c'était la bonne santé des entreprises. Et personne n'a regardé la bonne santé du pays. La bonne santé de la communauté économique que nous formons ensemble. – Et on a des succès qui sont inouïs. – Mais sur lesquels on s'est trop reposé. – Et on est incapable de traiter les choses du quotidien. Et c'est l'inspiration de cette note que je replace dans le contexte que je décrivais au début.

Nous sommes un pays qui a un contrat social extraordinairement solidaire, extraordinairement généreux, comme il n'y en a aucun ou quasi aucun dans le monde. Mais ce pays-là ne va pas pouvoir soutenir le contrat social s'il ne part pas à la reconquête des bases qui permettent de le financer. – Comme vous dites, c'est des bases qui permettent de produire.

36:46
Intervenant

– Je reprends des absurdités que vous soulignez dans la note. Nous sommes, la France, le premier exportateur mondial de pommes de terre. Mais nous importons des chips. Nous exportons énormément de bois. Mais nous importons les matériaux de construction. Nous importons des meubles de maison. On connaît des célèbres marques étrangères de meubles de maison. À qui la faute ? Est-ce que c'est une absurdité de la mondialisation quelque part ?

37:05
François Bayrou

– Je crois que la responsabilité, s'il y en a une, est celle des principaux prescripteurs dans l'opinion française qui se sont résignés, comme je le disais, à penser que l'important, c'était les entreprises. Et que les choix que faisaient les entreprises, si elles étaient pour leurs bénéfices, c'était très bien. Personne n'a regardé depuis longtemps, pardonnez-moi de vous dire, j'ai essayé d'introduire ce sujet dans le débat lors des élections présidentielles. J'ai fait une élection présidentielle autour de deux verbes, produire et instruire, parce que je pensais que c'était les deux sujets principaux. Mais à l'époque, ça n'intéressait personne.

Et grâce en particulier au travail que nous faisons au commissariat au plan. Alors on voit, nous avons isolé plus de 900 postes de produits qui sont déficitaires de plus de 50 millions chacun. Et il y a des postes qui les... Alors vous en avez décrit un. Voilà, peut-être vous pouvez dire en effet, comme dit Edwige, que la ratatouille, si on prend les cinq légumes qui composent la ratatouille... Nous ne les produisons pas chez nous. On a 700 millions de déficits sur la ratatouille. Et vous n'allez pas me dire qu'on ne peut pas produire des poivrons et de la tomate, tout ça. C'est ridicule.

Et ce que vous avez dit sur le bois et sur les pommes de terre, qui est en effet un des exemples que nous avons mis en exergue, que ce n'est pas les seuls, et de très loin. C'est très parlant. Mais ils sont... Ils parlent. Autrefois, à l'école, quand on était au collège, on apprenait ce qu'était l'économie des pays sous-développés. On disait sous-développés à l'époque. On a changé en des termes plus pudiques aujourd'hui. L'économie des pays sous-développés, disait-on à cette époque, c'est vous produisez des matières premières, qui sont achetées par des pays étrangers, et ils viennent vous vendre des produits finis. Transformés.

39:09
Intervenant

Eh bien, pour le bois, c'est exactement ça. Mais quelle suite pour ce constat fort ? Vous faites le constat que la France a, à certains égards, l'économie d'un pays en voie de développement, donc c'est un constat très grave. Mais pas sur le haut de la pyramide, vous avez compris bien. Mais ce rapport va terminer au placard. Quelle suite vont être donnée ? Vous faites des constats, mais...

39:23
François Bayrou

Non, je propose deux démarches. La première démarche, c'est que l'État prenne la responsabilité de réunir, y compris les entreprises privées, et les grandes entreprises, autant que les moyennes et les petites, en prononçant des appels d'offres, si j'ose dire, en disant sur tel produit, est-ce que vous avez une stratégie ? Et qu'à ce moment-là, on fédère, on met autour de la table ce qu'on ne fait jamais. L'État annonce des décisions, mais le monde du privé y est totalement étranger. Il faut faire partager ce constat, autant au privé qu'au public, et cette fédération, cette capacité de fédérer les acteurs est très importante. J'ai fait une deuxième proposition.

S'il y a vraiment des secteurs où nous n'avons pas les entreprises, alors réfléchissons à prendre des participations dans des entreprises étrangères pour implanter en France des unités de production.

40:20
Intervenant

Mais l'État est déjà actionnaire de quasiment toutes les grandes entreprises privées en France. Eh bien, d'où l'efficacité

40:26
François Bayrou

qu'il peut avoir pour les convaincre. Et qu'on a oublié depuis très longtemps. Et quand je dis qu'on est en train de prendre conscience, le plan France 2030, le plan d'investissement en France 2030 que le président de la République a dévoilé et qui est pour moi un début, ce plan-là, il est un indice de la prise de conscience. On voit là que c'est en train de... Oui, à mon sens, il n'est pas encore suffisant. Moi, je pense que la dimension de l'investissement doit être plus importante. Mais je veux insister pour ceux qui nous écoutent parce que les mots passent vite et les réalités, on les prend moins en compte. investissement, ça ne veut pas dire argent perdu.

L'investissement, ça n'est pas des subventions et des carnets de chèques qu'on paye. L'investissement, ça veut dire qu'on attend un retour sur investissement. On va développer des réseaux de production, des unités de production, une conscience nouvelle et on a tous les moyens de le faire.

41:33
Présentateur

M. Bayrou, en parlant de produits français et d'une spécialité que vous connaissez très bien, le foie gras.

41:38
Intervenant

Il y aura du foie gras à la table de Bayrou pour Noël ou le jour de l'an ?

41:42
François Bayrou

Je vais vous dire, je suis d'un pays qui adore le foie gras. C'est devenu un sujet tabou, vous avez eu la polémique. Et moi, un peu moins, parce que peut-être... Mais qu'est-ce que vous pensez de la polémique

41:53
Intervenant

qui a été lancée par le maire de Lyon, le maire de Bordeaux ou d'autres maires encore ? Est-ce que c'était un mauvais procès ?

41:59
Présentateur

On est maire écologiste.

42:00
Intervenant

Maire écologiste, absolument. L'idée

42:02
François Bayrou

que tous les élevages sont des cibles est une idée désespérante, dangereuse et désastreuse. La France est un pays qui s'est illustré par son excellence dans ces domaines-là. Je ne suis pas pour qu'on supprime nos compétences d'excellence. Je suis pour qu'on veille au bien-être animal. Ça, c'est un très grand sujet.

42:36
Intervenant

Oui, parce que c'est le gavage des oies et des canards qui est en cause.

42:38
François Bayrou

Oui, mais pour quelqu'un qui connaît le sujet comme moi, le gavage d'aujourd'hui, ça n'a rien à voir avec le gavage d'hier. Je puis vous assurer qu'aujourd'hui, ce gavage est doux. Il n'était pas autrefois.

42:53
Présentateur

Je voudrais vous entendre sur un autre sujet, s'il vous plaît. En fait, c'est une petite question mais qui n'est pas complètement un clin d'œil. Vous avez regardé Miss France hier, l'élection de Miss France. C'est Miss Île-de-France qui a été choisie. Vous ne l'avez pas regardé, donc je vous le dis, c'est Miss Île-de-France. Elle était d'ailleurs ce matin en direct sur BFM TV. Est-ce que vous avez suivi la polémique qui entourait ce concours de beauté, estimant pour certaines associations notamment que ce concours était rétrograde, qu'il était misogyne ? Cette année avait un contrat de travail.

43:22
François Bayrou

Dites-moi, s'il faut suivre toutes les polémiques qui se déclenchent, non pas jour après jour, mais heure après heure, sur tous les sujets...

43:31
Présentateur

Il y a plus de 7 millions de téléspectateurs, donc c'est quand même un moment important cathodique chaque année.

43:36
François Bayrou

Donc ça veut dire qu'un grand nombre de Français ne partagent pas ce type de prise de position qui vise à tout idéologiser. Tous les sujets, tous nos modes de vie se retrouvent tout d'un coup passés au crible d'idéologies impérieuses qui veulent qu'on obéisse et qu'on se plie. Je ne partage pas cette démission.

44:04
Présentateur

Merci beaucoup François Bayrou d'avoir accepté notre invitation ce midi dans BFM Politique. Merci Edwige. Merci Louis. Dans un instant, on va faire suivant entre Ronald Guintrange en compagnie de Dominique Rizet. Je vous retrouve à 18h, donc comme chaque dimanche, notre débat 18h entre Geoffroy Lejeune et Alice Coffin. Et à 19h, je recevrai un des hommes de la semaine. On a beaucoup parlé de lui. Arnaud Montebourg, c'est mon ami. Bel après-midi, à tout à l'heure. Sous-titrage Société Radio-Canada

François Bayrou, haut-commissaire au Plan, président du MoDem - 12/12 — François Bayrou · Pourquijevote