Fanélie Carrey-Conte : "Éric Ciotti a un véritable problème avec l'État de droit"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:28FerméeRéponse directe
Vous touchez combien de subventions publiques ?
- 0:47OuverteRéponse partielle
Et vous en faites quoi, de cet argent ? Comment vous l'utilisez ?
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Il y a un milliard d'argent public qui sert à financer ces associations ?
- 3:04OuverteRéponse partielle
Éric Ciotti vous reproche de toucher trop de subventions publiques.
- 3:20RelanceRéponse partielle
Ce n'est plus leur place. On est dans un état de droit.
- 3:28FerméeRéponse partielle
Si Mohamed Mogouchkov est en France, c'est parce que vous avez empêché son expulsion il y a dix ans ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Aujourd'hui, la CIMAD, c'est un budget d'à peu près 13 millions d'euros qui a à moitié des financements privés, à moitié des financements publics. »
- 1:09Invité politiqueFait
« C'est très insultant parce que vous avez des personnes qui, tous les jours, vont se lever pour donner du temps, passer du temps avec des personnes migrantes. »
- 2:03Invité politiqueFait
« Nos politiques migratoires, effectivement, ne fonctionnent pas. »
- 2:32Invité politiqueFait
« Des personnes, aujourd'hui, qui dorment à la rue, des enfants, des jeunes en danger qui dorment à la rue, dans des campements en Ile-de-France, à Briançon, à Calais. »
- 2:54Invité politiqueFait
« Il faudrait freiner les migrations des personnes qu'on considère comme indésirables à venir dans l'Union européenne. »
- 4:21Invité politiqueFait
« C'est l'honneur de notre société de défendre aujourd'hui les droits fondamentaux. »
- 5:23Invité politiqueFait
« Cet article 3 permettrait, s'il était maintenu, de régulariser un certain nombre de personnes par la loi dans des métiers dits en tension. »
- 6:23Invité politiqueChiffre
« 20 lois en près de 40 ans. Elles n'ont jamais réussi à freiner l'émigration. »
Temps de parole
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Il est 6h22, les échanges entre le gouvernement et la droite à propos du projet de loi immigration se sont encore durcis. Les républicains sont toujours farouchement opposés à la régularisation des travailleurs sans papier dans les métiers en tension. Et hier, sur France Inter, le président LR, Éric Ciotti, est allé un cran plus loin. Il veut, dit-il, couper les subventions de certaines associations d'aide aux réfugiés. Il vise notamment la CIMAD, votre association. Fanélie Carrécompte, bonjour. Bonjour. Vous êtes secrétaire générale de la CIMAD. Vous touchez combien de subventions publiques ?
Aujourd'hui, la CIMAD, c'est un budget d'à peu près 13 millions d'euros qui a à moitié des financements privés, à moitié des financements publics. Donc, 6 millions, 6 millions et 1 000, quoi. Il y a beaucoup de choses. Il y a des financements de l'État dans le cadre, par exemple, de marché public, mais il y a aussi des financements de collectivités locales, d'autres types de financements publics.
Et vous en faites quoi, de cet argent ? Comment vous l'utilisez ? Parce qu'Éric Ciotti, il dit qu'en gros, vous encouragez les flux migratoires.
Mais je crois qu'Éric Ciotti, il défend là une vision de société qui est bien particulière. D'abord, ce qu'il a dit de notre point de vue, c'est très insultant pour les milliers de salariés, de bénévoles de notre association, mais de l'ensemble des associations, finalement, de solidarité, d'accès aux droits qui sont visées derrière ça.
C'est très insultant parce que vous avez des personnes qui, tous les jours, vont se lever pour donner du temps, passer du temps avec des personnes migrantes, pour les accompagner dans leur accès aux droits, dans leur compréhension de nos institutions, dans des ateliers, par exemple, d'apprentissage du français, dans des logiques d'insertion sociale, professionnelle, économique, qui sont bénéficiaires pour l'ensemble de notre société. Et aujourd'hui, c'est ça qui est pointé.
On considère que les ennemis, le combat principal à mener, ça serait un combat contre ces associations, qui, encore une fois, jouent un rôle absolument majeur dans notre société, qui a particulièrement besoin, dans ces moments de tension et de violence que nous vivons, d'apaisement et de cohésion.
Et au total, il y a un milliard, c'est ce que dit Eric Ciotti, d'argent public qui sert à financer ces associations. Il y a besoin d'un milliard ?
Mais en fait, je pense qu'il ne faut pas poser les choses comme ça, parce que, d'une part, on compare beaucoup de choses qui n'ont pas forcément grand-chose à voir. Et puis, en fait, la question, c'est qu'est-ce qu'on veut faire en termes de politique publique sur les questions migratoires ? Aujourd'hui, la réalité, c'est que nos politiques migratoires, effectivement, ne fonctionnent pas. Mais pourquoi ? Parce qu'elles sont, de notre point de vue, indignes. Elles ne répondent pas aux enjeux du moment, en termes de migration et de compréhension, finalement, de notre monde et des réalités des parcours migratoires.
Et aujourd'hui, on a des personnes sur notre sol qui sont maintenues dans des situations de précarité inacceptables et, encore une fois, qui posent des problèmes pour l'ensemble de notre société. On n'en parle plus du tout, ça, c'est quand même absolument terrible. Des personnes, aujourd'hui, qui dorment à la rue, des enfants, des jeunes en danger qui dorment à la rue, dans des campements en Ile-de-France, à Briançon, à Calais. On a des personnes qui continuent de mourir chaque année, des milliers, dans la Méditerranée, dans la Manche. C'est ça qu'il faudrait penser, aujourd'hui, en matière de politique migratoire.
Au lieu de ça, on est uniquement, aujourd'hui, sur des questions de répression, de fermeture, autour d'une philosophie qui est toujours la même. Il faudrait freiner les migrations des personnes qu'on considère comme indésirables à venir dans l'Union européenne. Non seulement ça ne marchera pas, mais ça sera extrêmement dangereux et périlleux pour la vie de ces personnes.
Juste, je reviens à Éric Ciotti, hier matin, sur notre antenne, puisqu'il vous a interpellé directement, vous, la CIMAD. Donc, il vous reproche de toucher trop de subventions publiques. Il est allé encore plus loin.
Il y a des associations dans les centres de rétention. Ce n'est plus leur place. On est dans un état de droit. Et qu'elle ? Je pense à la CIMAD, qui, notamment, a fait en sorte que l'assassin de Dominique Bernard soit toujours en France.
Donc, si Mohamed Mogouchkov est en France, c'est parce que vous, à la CIMAD et avec d'autres associations, vous avez empêché son expulsion il y a dix ans ?
Éric Ciotti, ce n'est pas la première fois et ce n'est pas le seul à le dire. Cette petite musique, elle vient de plus loin, qu'on entend régulièrement. Les associations sont toujours complices de plein de choses. Un jour, elles sont complices des passeurs. Le lendemain, elles sont complices des terroristes. Elles empêchent l'État de tourner en rond, etc. La mobilisation contre l'expulsion d'il y a dix ans d'une famille et ce qui s'est passé à Arras, c'est pour nous un lien que nous ne faisons pas aujourd'hui. Et par ailleurs, ce que nous disons, c'est qu'Éric Ciotti, et il n'est pas le seul malheureusement, a un véritable problème en réalité avec l'État de droit.
Qu'est-ce qui lui pose souci ? Il lui pose souci qu'effectivement, des associations comme les nôtres défendent des droits. Défendent des droits des personnes en centre de rétention, et c'est une mission de service public. Défendent des droits des personnes, qui y compris pour certaines, en prison, peuvent avoir un parcours pénal. Mais en fait, c'est l'honneur de notre société de défendre aujourd'hui les droits fondamentaux. Et de la même manière que Éric Ciotti, et là encore il n'est pas le seul, remet en cause des choses fondamentales comme la Convention européenne des droits de l'homme.
Le fait que par exemple, aujourd'hui, effectivement, on ne peut pas expulser des personnes dans des pays où elles risquent la mort et la torture. Mais ça oui, on a un vrai différentiel de vision de société avec Éric Ciotti et avec d'autres de ce point de vue-là. La défense de l'état de droit est fondamentale dans notre société et pour notre démocratie.
En parlant de droit, la législation pourrait être modifiée, puisqu'il y a un projet de loi immigration qui est en ce moment à l'étude, examiné au Sénat à partir du 6 novembre. L'assimade est évidemment très critique. Il n'y a que l'article 3 à sauver. C'est l'article qui prévoit la régularisation des travailleurs sans papier dans les métiers en tension. C'est celui que la droite et l'extrême droite veulent voir supprimer.
Mais si vous voulez, ce qui est assez terrible dans tout ça, c'est que cet article 3, même à la base, il était finalement très limitatif. C'est-à-dire que cet article 3 permettrait, s'il était maintenu, de régulariser un certain nombre de personnes par la loi dans des métiers dits en tension. Donc, c'est même pas l'ensemble des métiers dans lesquels il y a aujourd'hui des travailleurs sans papier et avec des conditions très limitées, puisqu'il faudrait avoir eu 3 ans de présence en France et avoir travaillé 8 mois sur 24. Donc, on est déjà sur quelque chose qui est extrêmement limitatif.
Donc, si vous voulez voir aujourd'hui que même cette mesure-là est remise en cause finalement sur des marchandages politiques entre la majorité et la droite sous pression de l'extrême droite, pour avoir une majorité autour de ce texte, ça montre bien à quel point finalement toutes les digues sont en train de sauter sur ces questions de politique migratoire dans le débat public et politique. Une dernière question. Est-ce que vous êtes contre cette réforme ou contre toute réforme ? Est-ce que vous estimez qu'on a besoin de modifier les règles actuelles ? En fait, ce qu'on dit, nous, c'est vraiment, vraiment qu'il faut changer de paradigme et de philosophie en matière de politique migratoire.
Tant qu'on continuera de penser qu'on peut et qu'on doit freiner les migrations, eh bien, on aura des politiques qui non seulement échoueront. L'émigration, c'est un phénomène mondial. Ça a toujours fait partie de notre monde et ça fera encore plus partie de notre monde demain. 20 lois en près de 40 ans. Elles n'ont jamais réussi à freiner l'émigration. Celle-là ne réussira pas non plus. Et encore une fois, elle génèrera encore plus de drame. Donc, changeons de philosophie, parlons d'accueil, parlons de solidarité, défendant une autre vision de société. Et la CIMAD, elle est fière de porter cette vision et elle continuera à la porter. Merci, Fanélie Carréconte.
Vous êtes secrétaire générale de la CIMAD.