L'Interview : François Ruffin, député NUPES-LFI de la Somme
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Bonjour François Ruffin, député de la France Insoumise NUPES de la Somme. On va parler de la loi pouvoir d'achat qui est en discussion en ce moment à l'Assemblée. L'Assemblée a voté hier soir les trois premiers articles et notamment ce qu'on a appelé ou ce que la majorité a appelé la prime Macron, le triplement de la prime Macron. Je rappelle le principe, les employeurs pourront verser une prime exceptionnelle jusqu'à 3000 euros, 6000 euros quand il y a un accord d'intéressement, sans cotisation sociale, sans impôts à tous les salariés qui gagnent jusqu'à trois fois le SMIC. Vous, et comme tous les députés insoumis, vous avez voté contre. Pourquoi vous avez voté contre cette prime ?
Pourquoi je me bagarre ? Je me bagarre pour un principe simple qui est franchement évident, qui n'est pas révolutionnaire, qui est que les Français doivent vivre de leur salaire. Et qu'a dit le président Macron, même le 14 juillet, les points d'accord avec le président Macron, entre lui et moi, sont quand même rares. Mais il a dit les Français doivent vivre de leur salaire.
Il a dit la réponse aux questions du pouvoir d'achat, c'est le salaire et le travail. Oui, donc on a un texte de loi.
Il y a un texte de loi qui s'appelle pouvoir d'achat, dont le premier chapitre est valorisation du travail et partage de la valeur. Donc on se dit, voilà, la réponse, ça va être le salaire. Ça va être de faire que les travailleurs du bâtiment, vous savez, en 2000, ils étaient embauchés 36% au-dessus du SMIC. Maintenant, ils sont embauchés 16% au-dessus du SMIC. Un éducateur, il était embauché 30% au-dessus du SMIC. Maintenant, il est embauché 3% au-dessus du SMIC. C'est de se dire, voilà, on va faire respirer les salaires. Et c'est comme ça qu'on va redonner du pouvoir.
D'achat au français, quand on a une inflation qui est galopante, parce que là, elle est à 5%, mais elle va être à 8% à l'automne, elle sera peut-être à 10%. Eh bien, le minimum, c'est de se dire qu'on doit vivre de son salaire.
Et en même temps, il y a plein de patrons de PME qui aimeraient bien donner un coup de pouce à leurs salariés, qui ne savent pas exactement quelle sera la situation économique à l'automne ou l'année prochaine, qui disent, je ne peux pas décemment augmenter les salaires, mais une prime, je pourrais la verser. Je pourrais verser 2 000, 3 000 euros.
Alors, d'abord, je reprends, puisque j'ai exprimé sur cette prime. On n'a pas triplé le montant de la prime. On a triplé le plafond de la prime.
Elle passe de 2 000 à 3 000 ou de 2 000 à 6 000 quand il y a un accord d'intégration.
Voilà, jusqu'à 6 000 euros. Mais aujourd'hui, la réalité de cette prime Macron, c'est quoi ? C'est qu'il n'y a qu'un quart des salariés, même moins, qui ont touché un bout de prime. Sur les 6 millions par an. Et quand ils l'ont touché, ils ont touché à hauteur de 500 euros. Donc, c'est comme si vous aviez une pièce dans laquelle il n'y a pas assez de monde qui rentre. Et vous vous dites, à la place de mettre le plafond à 2 mètres, je vais le mettre à 6 mètres de haut. Et comme ça, il va y avoir plus de... Plus de monde qui va rentrer à l'intérieur. Mais non, ça ne fait pas rentrer plus de monde à l'intérieur. Le fait de relever le plafond... Donc, c'est vraiment...
Là, on a affaire à une fumisterie. Parce qu'il ne va pas... Ensuite, à qui a profité cette prime ? Au salarié ? Non, je vais vous dire. Oui, mais qui est à l'intérieur des salariés et des études qui ont été rendus ? Ce sont les grandes entreprises qui ont plus versé la prime que les petites entreprises. Mais il y a des petits salaires dans les grandes entreprises aussi.
Il n'y a pas que les cadres très bien payés.
C'est les banques et les assurances qui ont plus versé que, par exemple, l'industrie agroalimentaire. Oui, mais dans les banques et les assurances, il y a des gens qui ont des petits salaires. La question est, comment on fait nation, M. Corbet ? C'est-à-dire, comment on fait pour que ça ne soit pas au cas par cas, entreprise par entreprise ? Comment ça ne sera pas dans les secteurs qui se portent bien ? Comment ça ne soit pas pour les grandes entreprises et pas pour les petites ? Mais que tout le pays, tous les salariés de ce pays, et notamment ceux qui nous ont sauvés pendant la crise Covid, voient leur pouvoir d'achat. Là, aujourd'hui, on n'est même pas à dire de l'augmenter.
Je vois que leur pouvoir d'achat ne va pas... ne va pas être érodé, ce qui est le cas, de 4, 5, 6 % par l'inflation. Or, la prime ne répond pas à ça. Je me rappelle du président Macron qui, en pleine crise Covid, nous disait qu'il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Or, ces femmes et ces hommes, c'est quoi ? Ce sont les travailleurs de la logistique. J'appelle David, qui travaille dans la manutention, qui a 1330 euros. Il me dit, non, moi, la prime Macron, la dernière fois, je ne l'ai pas touchée. Et là, on ne m'en parle pas. On m'a augmenté de 3 % cette année.
Et c'était une bataille. Mais ça veut dire qu'en vérité, je vais perdre 4, 5 %. C'était les travailleurs de l'industrie agroalimentaire. Bertrand, qui est chef d'équipe de nuit dans une boîte qui fabrique des poudres pour les brioches. Il est à 1700 euros alors qu'il travaille la nuit en équipe. Et on lui parle de la prime Macron. Il n'a absolument pas touché la prime Macron la dernière fois. Mais tout le monde est d'accord.
Tout le monde est d'accord. Une augmentation de salaire, c'est mieux qu'une prime. Et notamment parce que quand on veut avoir un prêt, quand on veut avoir un logement, la prime, elle n'est pas décomptée. Donc, évidemment, tout le monde préfère un salaire. Sauf que ceux qui n'ont pas d'augmentation de salaire, entre une prime et rien, ils préfèrent la prime.
Le rôle du gouvernement et mon rôle de député, c'est de dire qu'aujourd'hui, il faut le relèvement des salaires pour tout le monde. Oui, mais il n'y en a pas là pour l'instant. Il n'y en a pas. C'est un choix. C'est un choix du gouvernement de faire qu'il n'y ait pas de relèvement de ses salaires. Moi, ma bagarre, c'est de dire qu'il doit y avoir un relèvement. Pourquoi il doit y avoir un relèvement ? Je le dis parce qu'il y a une inflation. Ça fait au fond 40 ans qu'on a ce qu'on appelle de la modération salariale. Ça fait 40 ans qu'on refuse d'augmenter les salaires. Je vous l'ai dit, les travailleurs du bâtiment, ils sont maintenant quasiment embauchés au SMIC.
De la même manière pour les éducateurs, les profs, ils étaient embauchés à deux fois le SMIC. C'est maintenant le SMIC tout court, presque 1,3 fois le SMIC. Donc, il y a comme ça une érosion du salaire depuis 40 ans. Et aujourd'hui, non seulement il y a cette modération-là, mais en plus, il y a une inflation qui va venir miner ce pouvoir d'achat. Ça veut dire que les gens, ils le sentent quand ils vont à la pompe à essence, mais ils le sentent quand ils vont voir leurs courses. Mais justement, les gens qui nous écoutent,
qui s'inquiètent à chaque fois qu'ils voient le compteur, la caisse du supermarché ou la station de service, qui peut-être ne vont pas pouvoir partir en vacances, ou quand ils vont partir en vacances, vont devoir compter plus qu'avant, vont devoir dire non à leurs enfants plus qu'avant. Cette prime, même si c'est seulement 500 euros, c'est déjà ça, ça met du beurre dans les épinards. Mais la prime, elle est là. Ils ont du mal à comprendre pourquoi vous votez contre par principe.
Je vous le répète, je vous le répéterai autant de fois que nécessaire. Ce n'est pas parce qu'on triple le plafond la prime qu'on triple la prime. Oui, mais les gens qui nous écoutent le comprennent. Ils ne comprennent pas forcément qu'entre rien ou la prime, il faut faire la prime. Mais d'accord, mais là, il n'y a pas de prime en plus. Il n'y a pas de prime en plus. Pour des millions de salariés, il y aura une prime en plus. Non, non, M. Corbet. M. Corbet, je vous demande maintenant le fact-checking. Vous savez, la vare. Mais vous verrez, il n'y a pas de triplement de la prime. Il n'y a pas de triplement de la prime. Ça a été voté dans l'article 1 ? Non, absolument pas, M. Corbet.
Il a été voté le triplement du plafond de la prime. Le triplement du plafond de la prime ne fait pas un triplement de la prime. Là, les... Pas mathématiquement, pas automatiquement. Mais pas du tout. Mais un patron pourra verser une prime plus importante qu'avant. Il pourra. Mais n'empêche que là, on avait déjà la possibilité de verser jusqu'à 2 000 euros. Le versement moyen de la prime était de 500 euros. Et seulement ça pour le quart des salariés. Ensuite, dans quel moment on se situe ? On se situe dans un moment absolument inédit qui est un moment d'hyper-profit. Le taux de marge des entreprises au niveau national n'a jamais été aussi élevé en France après impôts.
On est dans un temps où les entreprises du CAC 40 ont fait... On disait plus 60% par rapport à leur précédent record. Mais c'est même pas vrai. Il y a une vérification par l'Obs qui dit que c'est 73%. C'est-à-dire que quand en sport, on bat un record, normalement, on le bat d'un centième de seconde, on le bat d'un centimètre. Eux, ils font plus 73% par rapport à leur précédent record. On est dans un temps où c'est une inflation qui, apparemment, ne pose pas trop de problèmes au gouvernement. Les salaires des grands patrons ont doublé l'an dernier. Vous voyez à quel point je suis modéré. Parce que je ne demande pas une indexation des salaires sur l'inflation de ces grands patrons.
Je ne demande pas un doublement des salaires des agents d'entretien, des caristes, des camionneurs, des ouvriers de l'industrie agroalimentaire. Je demande simplement, moi, qu'il y ait un relèvement à 1 500 euros et qu'ensuite, il y ait une indexation des salaires sur l'inflation.
Sur ce point, vous avez déposé plusieurs amendements pour indexer les salaires sur l'inflation. Vous avez évoqué le fait que depuis 40 ans, effectivement, il y a une modération salariale. Pourquoi ? Parce qu'en 1983, la gauche au pouvoir, le président Mitterrand, c'était le tournant à rigueur, a décidé de ne plus indexer automatiquement les salaires sur l'inflation. C'est le cas encore pour le SMIC, mais pas pour les autres. Et à l'époque, c'est une décision qui avait été prise pour casser l'inflation. C'était le seul moyen qu'il y avait trouvé pour casser l'inflation.
Si aujourd'hui, on indexe les salaires sur l'inflation, ça va être répercuté sur les prix, donc ça va grossir l'inflation, ça va grossir les salaires. On va être dans une histoire de spirale qui va nous amener à une crise économique, des licenciements et une augmentation des taux d'intérêt. Je connais bien ce discours.
C'est la gauche qui a cassé cette élection sur l'inflation. Vous étiez jeune à l'époque. Non, non, c'est pas seulement que j'étais jeune. C'est vrai que pour moi, 1982, ça reste surprenant. Surtout Patrick Batiston à Séville. Mais voilà. À ce moment-là, le Parti Socialiste d'ouvrir une parenthèse libérale. 40 ans de cette parenthèse libérale ont donné quoi ? Ça a donné qu'il y a 10% du produit de la valeur ajoutée dans le pays qui a glissé du travail vers le capital. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les dividendes dans le pays ont triplé depuis ce moment-là. Donc du gras, il y en a dans le pays aujourd'hui. De manière générale. Alors évidemment, on a une injustice vis-à-vis des TPE, PME.
Elle est double. C'est laquelle ? Je vais vous dire laquelle.
Mais tu vois leur façon de penser. C'est compliqué. Ils ne savent pas comment ça sera.
C'est pour ça que je veux insister là-dessus. Il y a une double injustice. La première injustice, c'est que la plus-value dans le pays, elle remonte vers les donneurs d'ordres. Elle remonte vers les firmes. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que UBS, par exemple, quand ils font livrer leurs colis, ils font appel à des tas de petits entrepreneurs, de moins de 10 salariés ou des auto-entrepreneurs qui ne vont presque rien gagner, qui vont être au ras du SMIC, qui vont avoir bien du mal à boucler leur fin de mois pendant que tous les profits vont remonter vers UBS. Oui, ça se double. Une deuxième injustice, quelle est cette deuxième injustice ?
C'est que l'impôt va taper davantage sur les TPE-PME que sur les grandes firmes. C'était montré là dans un papier qui montre que les entreprises du CAC 40, en moyenne, elles payent entre 0 et 4% d'impôt sur les sociétés quand les TPE-PME payent 24,62%.
Pour revenir sur cette question de l'indexation des salaires sur l'inflation, si demain, et c'est une hypothèse parce qu'on sait que le gouvernement ne va pas vous suivre, mais si demain, il y a une indexation des salaires sur l'inflation pour plein de petites entreprises, c'est la fin, elles ferment, elles mettent la clé sur la porte demain matin.
C'est pour ça que je vous ai présenté ce tableau général d'une injustice faite aux petites entreprises et au profit des grandes. Mais on ne peut pas laisser se développer dans un pays. Moi, je vous repose la question, c'est comment on fait nation ? Comment on fait pour que l'égalité est au cœur de notre triptyque républicain liberté, égalité, fraternité ? Comment on fait pour que les salariés des petites entreprises ne subissent pas, une inflation galopante qui va éroder leur pouvoir d'achat, qui va les faire se dire « moi, je travaille et j'ai droit à quoi ? Comment je fais pour vivre ? » Je vous réponds, M. Corbet, il faut rétablir dans ce pays de la justice fiscale.
Vous savez, on est comme autant des seigneurs. Autant des seigneurs... Vous parlez d'une taxe sur les super-profits, c'est ça ? C'est plus qu'une taxe sur les super-profits. Quand on a 24% de taux de paiement de l'impôt sur la société par les TPE, PME, et que vous êtes entre 0 et 4% pour les entreprises du CAC 40, ce n'est pas juste une taxe conjoncturelle sur les super-profits, c'est un rééquilibrage de la fiscalité. Ça veut dire que là, on doit aller sucer au maximum les hyper-profits total. En effet, d'abord, pour commencer, vous imaginez, 5 milliards d'euros sur les 3 premiers mois de l'année, on est dans un espèce de délire.
Alors, ce n'est pas que sur les activités en France. Et donc, s'il y avait une taxe sur les super-profits, elle ne porterait que sur les activités en France. Par exemple, le raffinage, ça ne rapporterait pas... Ça rapporterait au maximum 2 milliards d'euros.
D'accord, mais enfin, quand je vais à la pompe, moi, je ne regarde pas ce que c'est Total Energy, j'y passe, j'y mets la pompe. Je pense que quand ils ouvrent des boutiques le long des autoroutes, ce n'est pas par bénévolat.
Non, mais ils gagnent beaucoup d'argent, mais ça ne serait pas... S'il y avait une taxe sur les profits de Total, ça serait une immense sur les activités en France.
D'accord, mais à ce moment-là, on peut taxer ESSO, on peut taxer Exxon, on peut taxer aussi les entreprises étrangères qui font des profits en France. Le problème, c'est qu'on a la Total qui dit « Moi, je ne vais pas payer mes impôts en France parce que ce n'est pas ici que je fais du profit, même s'il y en a quand même une part. » Et les autres, Google, Amazon et compagnie, ils disent « Non, non, je ne vais pas payer mes impôts en France. » Donc, on est revenu au temps des seigneurs, c'est-à-dire quoi ? Les seigneurs, sous l'ancien régime, qu'est-ce qu'ils faisaient ?
Ils pompaient la moelle, l'énergie, le travail des paysans qui faisaient remonter le blé au château et derrière, ils refusaient de payer les impôts. Eh bien, il y a eu la révolution, une révolution fiscale d'abord, pour venir rétablir ça et dire « Non, non, il doit y avoir une abolition des privilèges. On est dans un temps de nouveaux privilèges et ces gens-là... » Je veux dire, quand on voit que Patrick Pouyanné, le PDG de Total, s'augmente de 52% à la fois sur la guerre en Ukraine et sur une essence qui est à plus de 2 euros, normalement, le gouvernement, il devrait venir poser ça sur la table et dire « Un peu de justice dans ce pays. »
Mais François Ruffin, vous allez dire que je reviens encore sur la prime, mais au fond, c'est le même sujet. Le RN va voter cette prime. Le RN va voter cette prime. C'est-à-dire que les députés, parce que je crois que sur 17 députés en Picardie, il y a 8 RN. Ils vont rentrer dans la circonscription, ils vont dire « J'aurais préféré... » Je dirais qu'il y a une augmentation de salaire, mais entre la prime et rien, j'ai obtenu la prime pour vous. Vous vous rendez compte qu'il y a un décalage entre ce que vous dites et ce que perçoivent beaucoup de Français parce que les gens qui vont à la caisse du supermarché ou à la station Total, ils préfèrent avoir la prime même de 500 euros que rien.
Mais la prime de 500 euros, elle est là. D'accord.
Globalement, entre rien, il y a un peu mieux de voir.
Non, non. Là, je suis désolé, M. Corbet. Vous savez, moi, je suis très attentif à quand on peut augmenter de 25 euros le salaire d'une auxiliaire de vie sociale, je le prends. Parce que je sais... On sait ce que ça fait pour le caddie ou ce que ça fait pour la pompe à essence.
C'est ce que fait l'ERN en votant, par exemple, cette mesure ?
Mais justement, là, on a le choix entre rien et rien. Vous comprenez ça ? On a le choix entre rien et rien. Parce que c'est pas en relevant, en triplant le plafond de la prime que vous augmentez la prime pour les gens. La prime, elle ne va pas augmenter pour les gens grâce à ça. Donc, on a le choix entre rien et rien. C'est du vent qui nous est vendu. On a une loi qui s'appelle...
Non, mais c'est pour ça, par exemple, que vous avez fait tout un débat pour renommer l'article 1er « prime d'enfumage ». Non. Est-ce que c'est vraiment ça qu'attend les Français ? Les Français, ils trouvent que c'est anecdotique, cet amendement ? Je suis bien d'accord. Vous êtes d'accord ?
Non, je suis d'accord que c'est pas sur le titre de loi. Maintenant, je pense que... Qu'est-ce qui est organisé, en fait ? Il faut que les Français comprennent. Et après, tout dépendra si les journalistes font obstacle à ça ou bien s'ils sont les porte-voix du... Non, mais on essaie de comprendre.
Moi, je me mets à la place des Français qui nous écoutent, qui veulent comprendre pourquoi est-ce que cette prime-là... Vous pensez que c'est une mauvaise idée, dont vous l'avez expliqué.
Alors, parce qu'il n'y a pas de prime là-dedans. Et parce qu'ensuite, que réclament ? Si on a le sens du compromis, que réclament toutes les organisations syndicales ? Que réclament tous les salariés ? Ils réclament des salaires. Les gens en ont marre. Vous savez, j'ai fait la liste des primes sous Macron. Je vous l'ai redit, il n'y a pas de prime supplémentaire là-dedans. Mais j'ai quand même fait la liste des primes. Prime d'activité, indemnité inflation, remise carburant, chèque énergie exceptionnelle, prime rénov', aide pour les plus précaires, chèque étudiant, prime Macron, enfin. Un moment. Est-ce qu'on veut vivre d'aumône ?
Ou est-ce qu'on estime que notre salaire doit être la base de comment on peut vivre dans notre pays ?
Mais je me mets à la place des gens qui nous écoutent. Qui écoutent ce débat, qui le trouvent, j'espère, intéressant. Et qui en même temps se disent, de quoi on a parlé ces derniers jours ? D'un tweet de la patronne du groupe Insoumis, qui le jour de la commémoration du Veldiv attaque le président de la République. Il n'y a pas un décalage entre la stratégie d'Insoumis et les préoccupations des Français ? Dans votre circonscription, personne n'attend que les Insoumis attaquent le président de la République.
De quoi je viens vous parler aujourd'hui ? Mais ça existe aussi, ça. Je viens vous parler aujourd'hui de comment on fait. Parce que je veux qu'on comprenne ça. C'est que le fait d'éroder les salaires depuis 40 ans, ça a des conséquences. Oui, mais c'est elle qui pose ce tweet, Mathieu Panot. C'est vous qui me posez la question. Mais sinon, c'est elle qui a posé ce tweet. Moi, je viens ici sur l'essentiel. Oui, justement, c'était peut-être accessoire, ça. Je peux vous parler de l'affaire Pétain et ainsi de suite, mais moi, je viens ici sur l'essentiel. L'essentiel concerne le français. Vous savez, c'est simplement ça, là. Et c'est quelque chose, BFM, RMC.
C'est votre sondage qui demande, tous les 10 de mois, combien il vous reste sur votre compte en banque. Et là, le 10 du mois, on était à 54 euros, il me semble. Donc, vous voyez, c'est la question centrale. Est-ce qu'on va sortir de ça simplement en ayant des micro-primes qui ne rapportent rien à personne, ou en se disant, on a une inflation qui est maintenant structurelle, il nous faut prendre des mesures structurelles ? Et aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ?
Il se passe que ceux qui ont sauvé le pays, qui, pendant la crise Covid, les travailleurs de la deuxième ligne, 4,6 millions de salariés, les auxiliaires de vie, les aides à domicile, les agents d'entretien, ils ne perçoivent pas massivement cette crise Covid. Ils n'ont rien. Et au contraire, eux, dont le président de la République disait qu'il faudrait s'en rappeler, et qu'il faudrait que l'économie, elle change pour eux, ça ne change pas, ça empire pour eux. Donc moi, je sais pourquoi je suis là.
Je suis là pour défendre ces travailleurs de la deuxième ligne, de la première ligne, aussi dans les hôpitaux, et leur rendre hommage, parce que si les hôpitaux ne craquent pas, ils vont se réveiller. Et vous dire à ce sujet que le fait d'éroder les salaires dans la durée, ça a des conséquences sur les individus, parce qu'ils ne partiront pas en vacances et tout ça, mais ça a des conséquences sur la société dans son ensemble. Pourquoi ? Parce que ça introduit du turnover à l'hôpital, ça implore de turnover dans l'éducation, et donc ça désorganise la société.
François Ruffin, député LFI de la Somme, invité ce matin de BFM TV, RMC, il est 8h53.
François Ruffin